Sodalitium, N° 13, Mars 1988 a écrit :
[...]
Sodalitium : Monseigneur, en 1981, vous avez été sacré évêque par Mgr THUC. Cet évêque n'a pas toujours été clair en ses actes. A la suite de ce Sacre, vous avez été "excommunié" par le Cardinal Ratzinger - que dire de cela ?
Mgr Guérard : J'ai reçu la Consécration épiscopale, le 7 mai 1981, de Mgr Pierre Martin NGO DINH THUC.
J'affirme que cette Consécration est valide, légale autant qu'il se pouvait, parfaitement licite.
(On appelle : "légal", ce qui est conforme à la lettre de la loi.
On appelle : "licite", ce qui est conforme au but visé par la loi.
La vertu d'épikie consiste à négliger la "lettre", si celle-ci s'avère être contraire au "but").
(I) La Consécration est valide. Attendu que :
1) le rite traditionnel a été intégralement observé (La lecture du "mandat romain" exceptée !);
2) Mgr THUC et moi-même avions l'intention de faire ce qu'entend faire l'Église.
(II) La Consécration est légale, autant qu'il se peut.
Il faut en effet savoir que, par un Bref en date du 15 III 1938, Pie XI institua Mgr THUC comme étant son Légat ("
deputamus in Nostrum Legatum Petrum Martinum Ngô-Dinh-Thuc Episcopum titularem Saesinensem ad fines Nobis notos, cum omnibus necessariis facultatibus"). Mgr Thuc avait donc le pouvoir de consacrer des Evêques, SANS en référer ANTECEDEMMENT au Saint Siège, et par suite sans "mandat romain". Mgr Thuc conserva ce MEME pouvoir, lorsqu'il fut institué Archevêque de Hué par Pie XII. La preuve en est que ce fut lui Mgr Thuc, et non l'Administrateur apostolique, qui choisit et consacra tous les Evêques du Vietnam entre 1940 et 1950 [Mgr Thuc m'en expliqua, de vive voix, et non sans une insistante malice, la raison (cachée et véritable !) De cette façon, les pensions, frais en cas de maladie, etc. des dits Evêques, ces charges donc incombaient aux fidèles du Vietnam ; tandis qu'ils eussent incombé à "Rome", si ces mêmes Evêques eussent été consacrés par l'Administrateur apostolique]. Quoi qu'il en soit de cette "divertissante" (!) "finalité", il reste qu'au strict point de vue de la cause formelle, "Rome", EN FAIT, sous Pie XII, a confirmé Mgr Thuc dans ses pouvoirs et prérogatives de Légat. Mgr Thuc avait conscience de les avoir consacrés, et il en fit part oralement à plusieurs personnes : "Quand on trouvera ces Documents après ma mort ...!" Mais ces Documents ne furent mis au jour, et "à jour", que très tardivement (ils passèrent par de multiples et périlleuses vicissitudes), et c'est pourquoi il n'a pas été possible d'en faire état comme il eût été opportun. C'est donc en toute bonne foi et même en toute candeur, que Mgr Thuc procéda à faire : Consécrations et Ordinations. Il pensait, à juste titre en avoir canoniquement le droit ; puisque ce droit ne lui avait pas été retiré...