Noël ! Noël !
Publié : dim. 24 déc. 2006 19:19
Dom Guéranger a écrit :
Ce saint jour est un jour de grâce et d'espérance, et nous devons le passer dans une pieuse allégresse. L'Église veut ... que si la Vigile de Noël vient à tomber au Dimanche ... dans ce cas l'Office et la Messe de la Vigile l'emportent sur l'Office et la Messe du quatrième Dimanche de l'Avent: tant ces dernières Heures qui précèdent immédiatement la Nativité lui semblent solennelles ! Dans les autres Fétes, si importantes qu'elles soient, la solennité ne commence qu'aux premières Vêpres : jusque-là l'Église se tient dans le silence, et célèbre les divins Offices et le Sacrifice, suivant le rite quadragésimal. Aujourd'hui, au contraire, dès le point du jour, à l'Office des Laudes, la grande Fête semble déjà commencer...
...Entrons dans l'esprit de la sainte Église, et préparons-nous, dans toute la joie de nos coeurs, à aller au-devant du Sauveur qui vient à nous. Accomplissons fidèlement le jeûne qui doit alléger nos corps et faciliter notre marche; et, dès le matin, songeons que nous ne nous étendrons plus sur notre couche que nous n'ayons vu naître, à l'heure sacrée, celui qui vient illuminer toute créature; car c'est un devoir pour tout fidèle enfant de l'Église Catholique, de célébrer avec elle cette Nuit heureuse durant laquelle, malgré le refroidissement de la piété, l'univers entier veille encore à l'arrivée de son Sauveur : dernier vestige de la piété des anciens jours, qui ne s'effacerait qu'au grand malheur de la terre.
Parcourons en esprit de prière les principales parties de l'Office de cette Vigile...
...A l'Office de Prime, dans les Chapitres et les Monastères, on fait en ce jour l'annonce solennelle de la fête de Noêl, avec une pompe extraordinaire. Le Lecteur, qui est souvent une des dignités du Choeur, chante sur un ton plein de magnificence la Leçon suivante du Martyrologe, que les assistants écoutent debout, jusqu'à l'endroit où la voix du Lecteur fait retentir le nom de Bethléhem. A ce nom, tout le monde se prosterne, jusqu'à ce que la grande Nouvelle ait été totalement annoncée.
Octavo Kalendas Januarii :
Anno a creatione mundi, quando in principio Deus creavit coelum et terram, quinquies millesimo centesimo nonagesimo nono : A diluvio vero, anno bis millesimo nongentesimo quinquagesimo septimo : A nativitate Abrahae, anno bis millesimo quintodecimo : A Moyse et egressu populi Israel de Aegypto, anno millesimo quingentesimo decimo : Ab unctione David in regem, anno millesimo trigesimo secundo : Hebdomada sexagesima quinta juxta Danielis prophetiam : Olympiade centesima nonagesima quarta : Ab urbe Roma condita, anno septingentesimo quinquagesimo secundo : Anno Imperii Octaviani Augusti quadragesimo secundo : toto orbe in pace composito, sexta mundi aetate, Jesus Christus aeternus Deus, aeternique Patris Filius, mundum volens adventu suo piissimo consecrare, de Spiritu Sancto conceptus, novemque post conceptionem decursis mensibus, in Bethlehem Jude nascitur ex Maria Virgine factus Homo : NATIVITAS DOMINI NOSTRI JESU CHRISTI SECUNDUM CARNEM !
Le huit des calendes de janvier :
L'an de la création du monde, quand Dieu au commencement créa le ciel et la terre,cinq mille cent quatre-vingt dix-neuf : du déluge, l'an deux mille neuf cent cinquante-sept : de la naissance d'Abraham, l'an deux mille quinze : Moïse et de de la sortie du peuple d'Israël de l'Egypte, l'an mille cinq cent dix : de l'onction du roi David, l'an mille trente deux : en la soixante-cinquième Semaine, selon la prophétie de Daniel : en la cent quatre vingt quatorzième Olympiade : de la fondation de Rome, l'an sept cent cinquante-deux : d'Octavien Auguste, l'an quarante-deuxième : tout l'univers étant en paix : au sixième âge du monde : Jésus-Christ, Dieu éternel, et Fils du Père éternel voulant consacrer ce monde par son très miséricordieux Avénement, ayant été conçu du Saint-Esprit, et neuf mois s'étant écoulés depuis la conception, naît, fait homme, de la Vierge Marie, en Bethléhem de Judée : LA NATIVITÉ DE NOTRE SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST SELON LA CHAIR !
Ainsi toutes les générations ont comparu successivement devant nous(1). Interrogées si elles auraient vu passer celui que nous attendons, elles se sont tues, jusqu'à ce que le nom de Marie s'étant d'abord fait entendre, la Nativité de Jésus-Christ, Fils de Dieu fait homme, a été proclamée :
« Une voix d'allégresse a retenti sur notre terre, dit à ce sujet saint Bernard dans son premier Sermon sur la Vigile de Noêl ; une voix de triomphe et de salut sous les tentes des pécheurs. Nous venons d'entendre une parole bonne, une parole de consolation, un discours plein de charmes, digne d'être recueilli avec le plus grand empressement. Montagnes, faites retentir la louange; battez des mains, arbres des forêts, devant la face du Seigneur ; car le voici qui vient. Cieux, écoutez ; terre, prête l'oreille ; créatures, soyez dans l'étonnement et la louange; mais toi surtout, ô homme !
JÉSUS‑CHRIST, FILS DE DIEU, NAÎT EN BETHLÉHEM DE JUDÉE !
Quel coeur, fût-il de pierre, quelle âme ne se fond pas à cette parole ? Quelle plus douce nouvelle ? Quel plus délectable avertissement ? Qu'entendit-on jamais de semblable ? Quel don pareil le monde a-t-il jamais reçu ?
JÉSUS-CHRIST, FILS DE DIEU, NAÎT EN BETHLEHEM DE JUDÉE !
O parole brève qui nous annonce le Verbe dans son abaissement mais de quelle suavité n'est-elle pas remplie ! Le charme d'une si mielleuse douceur nous porte à chercher des développements à cette parole ; mais les termes manquent. Telle est, en effet, la grâce de ce discours, que si j'essaie d'en changer un iota, j'en affaiblis la saveur :
JÉSUS-CHRIST , FILS DE DIEU, NAÎT EN BETHLEHEM DE JUDÉE ! »
(1) L'Église, en ce seul jour et en cette seule circonstance, adopte la Chronologie des Septante, qui place la naissance du Sauveur après l'an cinq mille, tandis que la version Vulgate ne donne que quatre mille ans jusqu'à ce grand événement ; en quoi elle est d'accord avec le texte hébreu. Ce n'est point ici le lieu d'expliquer cette divergence de chronologie ; il suffit de reconnaître le fait comme une preuve de la liberté qui nous est laissée par l'Église sur cette matière.


