Noël ! Noël !

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Laetitia
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Noël ! Noël !

Message par Laetitia »

Dom Guéranger a écrit :
Ce saint jour est un jour de grâce et d'espérance, et nous devons le passer dans une pieuse allégresse. L'Église veut ... que si la Vigile de Noël vient à tomber au Dimanche ... dans ce cas l'Office et la Messe de la Vigile l'emportent sur l'Office et la Messe du quatrième Dimanche de l'Avent: tant ces dernières Heures qui précèdent immédiatement la Nativité lui semblent solennelles ! Dans les autres Fétes, si importantes qu'elles soient, la solennité ne commence qu'aux premières Vêpres : jusque-là l'Église se tient dans le silence, et célèbre les divins Offices et le Sacrifice, suivant le rite quadragésimal. Aujourd'hui, au contraire, dès le point du jour, à l'Office des Laudes, la grande Fête semble déjà commencer...

...Entrons dans l'esprit de la sainte Église, et préparons-nous, dans toute la joie de nos coeurs, à aller au-devant du Sauveur qui vient à nous. Accomplissons fidèlement le jeûne qui doit alléger nos corps et faciliter notre marche; et, dès le matin, songeons que nous ne nous étendrons plus sur notre couche que nous n'ayons vu naître, à l'heure sacrée, celui qui vient illuminer toute créature; car c'est un devoir pour tout fidèle enfant de l'Église Catholique, de célébrer avec elle cette Nuit heureuse durant laquelle, malgré le refroidissement de la piété, l'univers entier veille encore à l'arrivée de son Sauveur : dernier vestige de la piété des anciens jours, qui ne s'effacerait qu'au grand malheur de la terre.

Parcourons en esprit de prière les principales parties de l'Office de cette Vigile...

...A l'Office de Prime, dans les Chapitres et les Monastères, on fait en ce jour l'annonce solennelle de la fête de Noêl, avec une pompe extraordinaire. Le Lecteur, qui est souvent une des dignités du Choeur, chante sur un ton plein de magnificence la Leçon suivante du Martyrologe, que les assistants écoutent debout, jusqu'à l'endroit où la voix du Lecteur fait retentir le nom de Bethléhem. A ce nom, tout le monde se prosterne, jusqu'à ce que la grande Nouvelle ait été totalement annoncée.
Octavo Kalendas Januarii :

Anno a creatione mundi, quando in principio Deus creavit coelum et terram, quinquies millesimo centesimo nonagesimo nono : A diluvio vero, anno bis millesimo nongentesimo quinquagesimo septimo : A nativitate Abrahae, anno bis millesimo quintodecimo : A Moyse et egressu populi Israel de Aegypto, anno millesimo quingentesimo decimo : Ab unctione David in regem, anno millesimo trigesimo secundo : Hebdomada sexagesima quinta juxta Danielis prophetiam : Olympiade centesima nonagesima quarta : Ab urbe Roma condita, anno septingentesimo quinquagesimo secundo : Anno Imperii Octaviani Augusti quadragesimo secundo : toto orbe in pace composito, sexta mundi aetate, Jesus Christus aeternus Deus, aeternique Patris Filius, mundum volens adventu suo piissimo consecrare, de Spiritu Sancto conceptus, novemque post conceptionem decursis mensibus, in Bethlehem Jude nascitur ex Maria Virgine factus Homo : NATIVITAS DOMINI NOSTRI JESU CHRISTI SECUNDUM CARNEM !


Le huit des calendes de janvier :

L'an de la création du monde, quand Dieu au commencement créa le ciel et la terre,cinq mille cent quatre-vingt dix-neuf : du déluge, l'an deux mille neuf cent cinquante-sept : de la naissance d'Abraham, l'an deux mille quinze : Moïse et de de la sortie du peuple d'Israël de l'Egypte, l'an mille cinq cent dix : de l'onction du roi David, l'an mille trente deux : en la soixante-cinquième Semaine, selon la prophétie de Daniel : en la cent quatre vingt quatorzième Olympiade : de la fondation de Rome, l'an sept cent cinquante-deux : d'Octavien Auguste, l'an quarante-deuxième : tout l'univers étant en paix : au sixième âge du monde : Jésus-Christ, Dieu éternel, et Fils du Père éternel voulant consacrer ce monde par son très miséricordieux Avénement, ayant été conçu du Saint-Esprit, et neuf mois s'étant écoulés depuis la conception, naît, fait homme, de la Vierge Marie, en Bethléhem de Judée : LA NATIVITÉ DE NOTRE SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST SELON LA CHAIR !
Ainsi toutes les générations ont comparu successivement devant nous(1). Interrogées si elles auraient vu passer celui que nous attendons, elles se sont tues, jusqu'à ce que le nom de Marie s'étant d'abord fait entendre, la Nativité de Jésus-Christ, Fils de Dieu fait homme, a été proclamée :

« Une voix d'allégresse a retenti sur notre terre, dit à ce sujet saint Bernard dans son premier Sermon sur la Vigile de Noêl ; une voix de triomphe et de salut sous les tentes des pécheurs. Nous venons d'entendre une parole bonne, une parole de consolation, un discours plein de charmes, digne d'être recueilli avec le plus grand empressement. Montagnes, faites retentir la louange; battez des mains, arbres des forêts, devant la face du Seigneur ; car le voici qui vient. Cieux, écoutez ; terre, prête l'oreille ; créatures, soyez dans l'étonnement et la louange; mais toi surtout, ô homme !

JÉSUS‑CHRIST, FILS DE DIEU, NAÎT EN BETHLÉHEM DE JUDÉE !

Quel coeur, fût-il de pierre, quelle âme ne se fond pas à cette parole ? Quelle plus douce nouvelle ? Quel plus délectable avertissement ? Qu'entendit-on jamais de semblable ? Quel don pareil le monde a-t-il jamais reçu ?

JÉSUS-CHRIST, FILS DE DIEU, NAÎT EN BETHLEHEM DE JUDÉE !

O parole brève qui nous annonce le Verbe dans son abaissement mais de quelle suavité n'est-elle pas remplie ! Le charme d'une si mielleuse douceur nous porte à chercher des développements à cette parole ; mais les termes manquent. Telle est, en effet, la grâce de ce discours, que si j'essaie d'en changer un iota, j'en affaiblis la saveur :

JÉSUS-CHRIST , FILS DE DIEU, NAÎT EN BETHLEHEM DE JUDÉE ! »


(1) L'Église, en ce seul jour et en cette seule circonstance, adopte la Chronologie des Septante, qui place la naissance du Sauveur après l'an cinq mille, tandis que la version Vulgate ne donne que quatre mille ans jusqu'à ce grand événement ; en quoi elle est d'accord avec le texte hébreu. Ce n'est point ici le lieu d'expliquer cette divergence de chronologie ; il suffit de reconnaître le fait comme une preuve de la liberté qui nous est laissée par l'Église sur cette matière.
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Abbé Zins
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Re: Noël ! Noël !

Message par Abbé Zins »

Grand merci à Laetitia !

d'avoir cité cette si solennelle et magnifique annonce

de la Nativité du Verbe éternel Incarné en cette plénitude du temps

qui marque le centre de toute l'histoire humaine :

Quatre Mille ans AVANT Jésus-Christ ;

2007 APRES Jésus-Christ !


O divin Centre de toute l'histoire, nous Vous adorons !

Nous Vous louons de votre infinie Bonté qui s'abaisse à ce point jusqu'à nous !

Nous Vous remercions pour ce don infini :

Vous ne pouviez nous donner plus,

puisque Vous Vous donnez Vous-même !

O Notre Dame !

Quelle joie !

NO EL !

Naissance de Dieu !

Naissance du Verbe éternel et intemporel

en la plénitude du temps

dans une nature humaine

qu'Il n'a point assumée pour un moment seulement

mais pour toute l'éternité !

Pour Dieu quel abaissement !

Toutefois, quelle plus grande preuve d'Amour

pouvait-Il nous donner !?


Gloria in excelsis Deo !

Et in terra pax hominibus bonae voluntatis.



NO EL !

Naissance de Dieu !
Si vis pacem
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Re: Noël ! Noël !

Message par Si vis pacem »

Saint Noël à tous.
Léon Gautier, Choix de prières d'après les manuscrits du IXe au XVIIe siècle. p. 212 a écrit :
(D'après trois manuscrits des XIIe et XVe siècles.)

Il est là, non pas dans la cour d'un roi, non pas sur le trône, mais sur une pauvre couche de paille; il est là, ce petit enfant qui est la terreur de l'Enfer.

0 Vierge qui contemplez Jésus dormant, ô Vierge mère, priez pour nous.

L'Immensité s'est faite toute petite; la Hauteur suprême s'est abaissée; le Maître du monde en est aujourd'hui l'habitant ; l'Éternité a voulu devenir mortelle et la Divinité visible.

0 Vierge qui contemplez Jésus dormant, ô Vierge mère, priez pour nous.

L'Enfant divin jette parfois un cri; mais jamais tel cri ne fut entendu. Puis donc que l'éternelle Joie consent à pleurer pour nous, nos larmes peuvent se réjouir. Voici qu'à ce spectacle, le ciel entier entre en allégresse, et que l'Alleluia retentit dans les hauteurs.

0 Vierge qui contemplez Jésus dormant. ô Vierge mère, priez pour nous.
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Laetitia
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Re: Noël ! Noël !

Message par Laetitia »

Joyeux Noël !

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Dom Guéranger a écrit :
Pratique du temps de Noël :

Le moment est venu où l'âme fidèle va recueillir le fruit des efforts qu'elle a faits dans la carrière laborieuse de l'Avent, pour préparer une demeure au Fils de Dieu, qui veut prendre naissance en elle. Le jour des noces de l'Agneau est arrivé, et l'Épouse s'est préparée (Apoc.XIX.7.). Or, l'Épouse, c'est la sainte Église; l'Épouse, c'est toute âme fidèle.

L'inépuisable Seigneur se donne tout entier, et avec une particulière tendresse, à tout le troupeau et à chacune des brebis du troupeau...
...Mais avant de parler de l'Avénement mystique du Verbe dans les âmes, avant de raconter les secrets de cette sublime familiarité du Créateur et de la créature, traçons d'abord, avec l'Église, les devoirs que la nature humaine et chacune de nos âmes ont à rendre à l'Enfant divin que les cieux nous ont enfin donné comme une rosée bienfaisante. Durant l'Avent, nous nous sommes unis aux saints de l'ancienne Alliance pour implorer la venue de ce Messie Rédempteur; maintenant qu'il est descendu, considérons quels hommages il convient de lui offrir.

Or, l'Église, en ce saint temps, offre au Dieu-Enfant le tribut de ses profondes adorations, les transports de ses joies ineffables, l'hommage d'une reconnaissance sans bornes, la tendresse d'un amour non-pareil. Ces sentiments, adoration, allégresse, reconnaissance, amour, forment aussi l'ensemble des devoirs que toute âme fidèle doit offrir à l'Emmanuel dans son berceau. Les prières de la Liturgie en fourniront l'expression la plus pure, la plus complète ; mais pénétrons la nature de ces sentiments, afin de les concevoir mieux, et de nous approprier plus intimement encore la forme sous laquelle la sainte Église les exprime.

Notre premier devoir à remplir auprès du berceau du Sauveur est celui de l'adoration.

L'adoration est le premier acte de la religion ; mais on peut dire que, dans le mystère de la Nativité, tout semble contribuer à rendre ce devoir plus sacré encore. Au ciel, les Anges se voilent la face et s'anéantissent devant le trône de Jéhovah; les vingt-quatre vieillards abaissent continuellement leurs diadèmes devant la majesté de l'Agneau ; que ferons-nous, pécheurs, membres indignes de la tribu rachetée, quand Dieu lui-même se montre à nous abaissé, anéanti à cause de nous ? quand, par le plus sublime renversement, les devoirs de la créature à l'égard du Créateur sont remplis par le Créateur lui-même ? Quand le Dieu éternel s'incline, non plus seulement devant la Majesté infinie, mais devant l'homme pécheur ?

Il est donc juste qu'à la vue d'un si étonnant spectacle, nous nous efforcions de rendre, par nos profondes adorations, au Dieu qui s'abaisse pour nous , quelque chose du moins de ce que son amour pour l'homme et sa fidélité aux ordres de son Père lui enlève. Il nous faut, sur la terre, imiter, en ce qui nous est possible, les sentiments des Anges dans le ciel, et n'approcher jamais du divin Enfant, sans lui présenter tout d'abord l'encens d'une adoration sincère, la protestation de notre dépendance, enfin l'hommage d'anéantissement dû à cette Majesté infinie, d'autant plus digne de nos respects, que c'est pour nous-mêmes qu'elle s'abaisse. Malheur donc à nous, si, rendus trop familiers par la faiblesse apparente du divin Enfant, par la douceur même de ses caresses, nous pensions pouvoir retrancher quelque chose de ce premier des devoirs, et oublier un moment ce qu'il est et ce que nous sommes!

L'exemple de la très-pure Marie servira puissamment à maintenir en nous cette humilité. Marie était humble devant son Dieu, avant d'être Mère; devenue Mère, elle devient plus humble encore devant son Dieu et son Fils. Nous donc, viles créatures, pécheurs mille fois graciés, adorons de toutes nos puissances celui qui, de si haut, descend jusqu'à notre bassesse, et efforçons-nous de le dédommager par nos abaissements, de sa crèche, de ses langes, de cette éclipse de sa gloire. Toutefois, c'est en vain que nous chercherions à descendre jusqu'au niveau de son humiliation; il faudrait être un Dieu pour atteindre aux abaissements d'un Dieu.
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Laetitia
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Re: Noël ! Noël !

Message par Laetitia »


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Dom Guéranger a écrit : Mais la sainte Église n'offre pas seulement au Dieu-Enfant le tribut de ses profondes adorations; le mystère de l'Emmanuel, du Dieu avec nous, est pour elle la source d'une ineffable allégresse. Le respect dû à un Dieu se concilie admirablement, dans ses sublimes cantiques, avec cette joie qu'ont recommandée les Anges. Elle tient à coeur d'imiter l'allégresse des bergers qui vinrent en hâte et tressaillants à Bethléhem(Luc.II.16), et cette joie aussi des Mages, lorsqu'au sortir de Jérusalem, ils aperçurent de nouveau l'étoile (Matth.II.10). De là vient que la chrétienté tout entière, l'ayant compris, célébrait l'Enfantement divin par ces chants joyeux et populaires, connus sous le nom de Noëls : usage précieux, dont les dernières traces vont s'effaçant parmi nous avec les douces traditions de la foi, mais que Rome notre Mère retrouve encore chaque année avec transport, lorsque descendent des Apennins ces musiciens champêtres qui viennent faire retentir de leurs joyeux accents les places et les rues de la Cité sainte.

Or sus, chrétiens, associons-nous à cette jubilante allégresse ; il n'est plus temps de soupirer, ni de verser des larmes: Un petit Enfant nous est né (Isai. IX.6.). Celui que nous attendions est enfin venu, et il est venu pour habiter avec nous. Aussi longue a été l'attente, aussi enivrant soit le bonheur de la possession. Le jour viendra assez tôt où cet enfant qui naît aujourd'hui, devenu homme, sera l'homme des douleurs. Nous lui compatirons alors ; présentement, il nous faut nous réjouir de sa venue, et chanter auprès de son berceau avec les Anges. Ces quarante jours passeront vite; acceptons à coeur ouvert la joie qui nous vient d'en haut comme un présent céleste. La divine Sagesse nous apprend que le coeur du juste est une fête continuelle (Prov. XV.16.), parce que la paix est en lui : or, la Paix, en ces jours, nous est apportée sur la terre, la Paix aux hommes de bonne volonté.
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Re: Noël ! Noël !

Message par Laetitia »

Dom Guéranger a écrit : A cette allégresse mystique et délicieuse vient s'unir comme de lui-même le sentiment de la reconnaissance envers celui qui, sans être arrêté par notre indignité, ni retenu par les égards dus à sa Majesté suprême, a voulu se choisir une mère parmi les filles des hommes, un berceau dans une étable : tant il avait à coeur de pousser l'oeuvre de notre salut, d'écarter tout ce qui pourrait nous inspirer quelque crainte ou quelque timidité à son égard, de nous encourager par son exemple divin dans la voie d'humilité où il nous faut cheminer pour remonter au ciel d'où notre orgueil nous a fait déchoir.

Recevons donc avec un coeur touché ce don précieux d'un libérateur Enfant. C'est le Fils unique du Père, de ce Père qui a tant aimé le monde, qu'il a livré son propre Fils (Johann. III.16.) ; c'est ce Fils unique lui-même qui ratifie pleinement la volonté de son père, et qui vient s'offrir pour nous parce qu'il le veut bien (Isai. LIII.7.). Certes, en nous le donnant, comme parle l'Apôtre, le Père ne nous a-t-il pas tout donné avec lui ? (Rom. VIII.32.). O présent inestimable ! quelle gratitude pourrions-nous offrir comparable au bienfait, quand, du fond de notre misère, nous sommes incapables d'en apprécier même la valeur ? Dieu seul, dans ce mystère, sait bien ce qu'il nous donne, et l'Enfant divin qui, au fond de son berceau, en garde le secret.
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Re: Noël ! Noël !

Message par Laetitia »

Dom Guéranger a écrit : Mais, si la reconnaissance est hors de proportion avec le bienfait, qui donc acquittera la dette ? L'amour seul le pourra faire, parce que, tout fini qu'il est, du moins il ne se mesure pas et peut croître toujours. C'est pourquoi la sainte Église, en présence de la crèche, après avoir adoré, loué, rendu grâces, se sent éprise d'une indicible tendresse. Elle dit : Que vous êtes beau, ô mon bien-aimé (Cant. I.15.) ! Que votre lever est doux à ma vue, ô divin Soleil de justice! Que votre chaleur est vivifiante à mon coeur ! Combien votre triomphe est assuré sur mon âme, quand vous l'attaquez avec les armes de la faibfesse, de l'humilité et de l'enfance ! Et toutes ses paroles se changent en paroles d'amour ; et l'adoration, la louange l'action de grâces, ne sont dans ses Cantiques que l'expression variée et intime de l'amour qui transforme tous ses sentiments.

Nous aussi, chrétiens, suivons l'Église notre Mère, et portons nos coeurs à l'Emmanuel. Les Pasteurs lui font offre de leur simplicité, les Mages lui apportent de riches présents; les uns et les autres nous enseignent que nul ne doit paraitre en présence du divin Enfant, sans lui rendre un don digne de lui. Or, sachons-le bien : il dédaigne tout autre trésor que celui qu'il est venu chercher. L'amour l'a fait descendre du ciel ; plaignons le coeur qui ne lui rendrait pas l'amour.

Telle est donc la matière des devoirs que nos âmes ont à rendre à Jésus-Christ dans ce premier Avènement, où il vient en chair et en infirmité, comme dit saint Bernard, non pour juger le monde, mais pour le sauver.
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Re: Noël ! Noël !

Message par Laetitia »

Dom Guéranger a écrit : Pour ce qui est de l'Avènement dans la gloire et de la majesté terrible du dernier jour, nous l'avons assez médité durant les semaines de l'Avent. La crainte de cette colère à venir a dû réveiller nos coeurs de leur assoupissement, et les préparer par l'humilité à recevoir la visite du Sauveur dans cet Avènement intermédiaire qui s'accomplit en secret au fond des âmes, et dont il nous reste à raconter l'ineffable mystère.

Nous avons montré ailleurs comment le temps de l'Avent appartient à cette période de la vie spirituelle que la Théologie Mystique désigne sous le nom de Vie purgative, et durant laquelle l'âme se dégage du péché et des liens du péché par la crainte des jugements de Dieu, par la mortification et la lutte corps à corps contre la concupiscence. Nous supposons donc que toute âme fidèle a traversé cette vallée d'amertume, pour être admise à ce festin auquel l'Église, par la bouche du Prophète Isaïe, convoquait tous les peuples, an nom du Seigneur, en ce jour où l'on doit chanter : Voici notre Dieu : nous l'avons attendu; il vient enfin nous sauver; nous avons supporté ses délais ; tressaillons d'allégresse dans le salut qu'il nous apporte (au samedi de la deuxième semaine de l'Avent). Il est même vrai de dire que, comme il y a dans la maison du Père céleste plusieurs demeures (Johann. XVI.) ; ainsi, dans cette grande solennité, l'Église aperçoit parmi la multitude de ses enfants qui se presse en ces jours autour de la table où se distribue le Pain de vie, une grande variété de sentiments et de dispositions. Les uns étaient morts à la grâce, et les secours du saint temps de l'Avent les ont fait revivre; les autres, vivant déjà, ont par leurs soupirs ravivé leur amour, et l'entrée dans Bethléhem a été pour eux comme un renouvellement de la vie divine.

Or, toute âme introduite dans Bethléhem, c'est-à-dire dans la Maison du Pain, unie à celui qui est la Lumière du monde (Johann.VIII.12.), cette âme ne marche plus dans les ténèbres. Le mystère de Noël est un mystère d'illumination, et la grâce qu'il produit dans notre âme l'établit, si elle est fidèle, dans ce second état de la vie mystique qui est appelé Vie illuminative. Désormais, nous n'avons plus à nous affliger dans l'attente du Seigneur ; il est venu, il a lui sur nous, et sa lumière ne s'éteint plus. Elle doit même croître à mesure que le Cycle liturgique va se développer. Puissions-nous réfléchir assez fidèlement dans nos âmes le progrès de cette lumière, et parvenir par son aide au bien de l'union divine qui couronne à la fois le Cycle et l'âme sanctifiée par le Cycle !

Mais dans le mystère de Noël et des quarante jours de la Naissance, la lumière est encore proportionnée à notre faiblesse. C'est le Verbe divin, sans doute, la Sagesse du Père, qui nous est proposé à connaître et à imiter ; mais ce Verbe, cette Sagesse, apparaissent sous les traits de l'enfance. Que rien donc ne nous empêche d'approcher. Ce n'est pas ici un trône, c'est un berceau ; ce n'est pas un palais, c'est une étable ; il ne s'agit pas encore de travaux, de sueurs, de croix et de sépulcre ; moins encore de gloire et de triomphe ; il n'est question que de douceur, de silence, de simplicité. Approchez donc, nous dit le Psalmiste, et vous serez illuminés (Psalm. XXIII.6.).

Qui pourrait dignement raconter le mystère de l'enfance du Christ dans les âmes, et de l'enfance des âmes dans le Christ ? Ce double mystère qui s'accomplit en ce saint temps, a été merveilleusement rendu par saint Léon dans son sixième Sermon sur la Nativité du Sauveur, quand il dit : « Quoique cette enfance que n'a pas dédaignée la majesté du Fils de Dieu ait successivement fait place à l'âge de l'homme parfait, et qu'après le triomphe de la Passion et de la Résurrection, toute la suite des actes de l'humilité dont le Verbe s'était revêtu pour nous soit à jamais achevée, la solennité présente renouvelle pour nous la Naissance de Jésus par la Vierge Marie; et en adorant la Naissance de notre Sauveur, il advient que c'est notre propre origine que nous célébrons. En effet, cette génération temporelle du Christ est la source du peuple chrétien, et la naissance du Christ est à la fois celle du corps. Sans doute, chacun des appelés a son rang propre, et les enfants de l'Église sont distincts les uns des autres par la succession des temps ; toutefois, l'ensemble des fidèles, sorti de la fontaine baptismale, de même qu'il est crucifié avec le Christ dans sa Passion, ressuscité dans sa Résurrection, placé à la droite du Père dans son Ascension, est aussi enfanté avec lui danscette Nativité. Tout homme, en quelque partie du monde des croyants qu'il habite, est régénéré dans le Christ; l'ancienneté de sa première génération est tranchée; il renaît en un nouvel homme, et désormais il ne se trouve plus dans la filiation de son père charnel, mais bien dans la nature même de ce Sauveur qui s'est fait Fils de l'homme, afin que nous puissions devenir fils de Dieu. »

Le voilà, le mystère de Noël ! C'est bien là ce que nous dit le Disciple bien-aimé dans la Leçon du saint Évangile que l'Église nous propose à la troisième Messe de cette grande fête. A ceux qui ont bien voulu le recevoir, il leur a donné de devenir fils de Dieu, à ceux qui croient en son nom, qui ne sont point nés du sang, ni de la volonté de l'homme, mais de Dieu. Donc, tous ceux qui, après avoir purifié leur âme, après s'être affranchis de la servitude de la chair et du sang, après avoir renoncé à tout ce qu'ils tiennent de l'homme pécheur, veulent ouvrir leur coeur au Verbe divin à cette LUMIÈRE qui luit dans les ténèbres, et que les ténèbres n'ont point comprise, ceux-là naissent avec Jésus-Christ, ils naissent de Dieu; ils commencent une vie nouvelle, comme le Fils de Dieu lui-même dans ce mystère...

...Soyons attentifs à la doctrine du séraphique saint Bonaventure, qui nous montre disertement comment s'opère la naissance de Jésus-Christ dans les âmes :
« Cette heureuse naissance a lieu, dit le saint Docteur dans une Exhortation sur la Fête de Noël, quand l'âme, préparée par une longue considération, passe enfin à l'action ; quand la chair étant soumise à l'esprit, l'oeuvre bonne arrive à son tour : alors la paix et la joie intérieures renaissent dans l'âme. Dans cette nativité, il n'y a ni lamentations, ni douleurs, ni larmes; tout est admiration , tressaillement et gloire. Mais si cet enfantement t'agrée, ô âme dévote ! songe à être Marie. Or, ce nom signifie amertume : pleure amèrement tes péchés; il signifie encore illuminatrice: deviens brillante de vertus ; il signifie enfin maîtresse : sache dominer sur les passions de la chair. Alors le Christ naîtra de toi, sans douleur et sans travail. C'est alors que l'âme connaît et goûte combien est doux le Seigneur Jésus. Elle l'éprouve cette douceur, quand, par de saintes méditations elle nourrit cet Enfant divin ; quand elle le baigne dans ses larmes ; quand elle l'enveloppe de chastes désirs; quand elle le presse dans les brassements d'une tendresse sainte; quand elle le réchauffe dans le plus intime de son coeur. O heureuse crèche de Bethléhem ! en toi je trouve le Roi de gloire; mais plus heureux que toi est le coeur pieux qui contient spirituellement celui que tu n'as pu contenir que corporellement. »
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