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Re: Sermon du Vénérable Louis de Grenade pour le IIe dimanche après l'Épiphanie

Publié : sam. 25 janv. 2025 23:14
par Laetitia
La conséquence à tirer de cette doctrine, mes frères, est que, pour être à l'abri des embûches du démon, il faut regarder, non la tête, mais la queue du scorpion infernal, comme le disait un ancien, Aristot. Apopht.; considérer les voluptés non quand elles se présentent, mais quand elles se retirent. Aimables et séduisantes dans le premier cas, elles ne se retirent jamais sans enfoncer dans notre cœur l'aiguillon de la douleur et du remords. Tout au contraire, la vertu, qui nous effraie d'abord par ses traits austères, ne tarde pas à nous réjouir et à nous charmer. Autant son aspect nous repousse, autant son commerce nous ravit. Ainsi Moïse fuyait, rempli de crainte, le serpent dans lequel sa verge avait été changée, mais l'ayant saisi par l'ordre du Seigneur, il le trouva doux et inoffensif. Exod. IV, 17. Ne vous laissez donc pas effrayer par la difficulté apparente de la vertu : vous la trouverez bien aimable, quand le Seigneur vous fera entendre ces douces paroles : « Allons, serviteur bon et fidèle ; parce que vous avez été fidèle en de petites choses, je vous en confierai de plus grandes ; entrez dans la joie de votre Seigneur.» Matth. xxv, 23. Il ne sera pas même besoin d'attendre ce moment, pour goûter les douceurs de la vertu. Comme tout ce qui est d'abord âpre et malaisé, la vertu perd de ses difficultés sous l'action de l'habitude, et elle finit par devenir facile et agréable.
De là ce mot de l'Apôtre : « Toute discipline est au commencement un sujet de peine, et non de plaisir ; mais après s'y être exercé quelque temps, on en recueille à peu de frais des fruits de justice. » Hebr. XII, 11. De là cet autre mot du Sage : Je vous conduirai dans les sentiers de l'équité ; une fois que vous y serez entré, vos pas ne seront plus à l'étroit, et vous pourrez courir sans obstacle. » Prov. IV, 12. Ajoutez à cela, mes frères, cette paix qui surpasse tout sentiment, compagne inséparable de la justice. Ajoutez à cela la joie de l'Esprit saint, et les grâces sans nombre dont le ciel favorise les âmes pieuses, afin de leur rendre aimable l'accomplissement des divins commandements. Ainsi, tandis que, d'un côté, les méchants s'enfoncent de plus en plus dans les ténèbres, les souffrances et les misères; de l'autre, les justes marchent de vertus en vertus, de lumière en lumière, jusqu'au moment où les joies spirituelles feront place à l'éternelle félicité, et où, dans la véritable Sion, le Dieu de majesté se découvrira à leurs regards, non plus d'une manière énigmatique, mais face à face et sans voile. Ainsi soit- il.