SERMON POUR LE DEUXIÈME DIMANCHE APRES L'ÉPIPHANIE.
Explication de l'Évangile.
Omnis homo primum bonum vinum ponit ; et cum inebriati fuerint, tunc id quod deterius est : tu autem servasti vinum bonum usque adhuc.
Tout homme sert le bon vin le premier. Quand on a bu largement, alors il sert un vin de qualité inférieure. Mais vous, vous avez réservé pour ce moment votre vin le meilleur. Joan. II, 10.
MES TRÈS-CHERS FRÈRES,
L’Évangile de ce jour nous offre un sujet bien capable d'exciter notre étonnement. En effet, il nous montre la très-sainte Vierge et le Sauveur du monde lui-même assistant à un festin de noces et mêlés aux gens du siècle, tandis que les personnes pieuses les évitent ordinairement, de crainte d'être les témoins et les complices des excès inséparables de ces sortes de festins. Si vous demandez la raison de cette conduite de Notre-Seigneur, saint Augustin vous répondra qu'il a voulu attester par sa présence la sainteté du mariage. Il n'ignorait pas qu'il paraîtrait de ces hommes hypocrites et menteurs dont parle l'Apôtre, I Tim. IV, 3, qui interdiraient le mariage, et le représenteraient comme mauvais et déshonorant. C'est pourquoi il a condamné d'avance cette erreur criminelle, en instituant lui-même ce sacrement. Il y a cette différence entre le mariage et les autres sacrements, que l'origine de ces derniers est postérieure au péché dont ces sacrements sont le remède. Le mariage au contraire remonte au berceau de l'homme; et le but de son institution a été, non de remédier au péché qui n'existait pas encore, mais de pourvoir à la perpétuité du genre humain. S'il sert aujourd'hui de remède au péché, c'est à cause de la faute originelle qui suivit son institution. « Que chaque homme ait son épouse, pour ne pas tomber dans la fornication, dit saint Paul ; et que chaque femme ait son époux. » I Cor. VII, 2. Et parce que la concupiscence exerce sur ce point ses ravages les plus violents, il a fallu lui opposer un sacrement qui les prévînt ou les réparât; ce sacrement qui, comme tous les autres sacrements, sert de remède au péché, est le sacrement de mariage. [...]
Mais, pour que l'état du mariage ne perde rien de la sainteté que le Seigneur lui a conférée, il faut avoir soin de ne point séparer l'union des corps de l'union des âmes. Autre est la condition de l'homme,autre la condition des animaux. C'est en vain qu'il y aura union corporelle, si les âmes sont désunies par la discorde.
Voilà pourquoi le prince des apôtres exhorte les hommes, qui l'emportent d'ordinaire en lumières et en prudence sur les femmes, à environner leurs épouses de respect et de prévenances. I Petr. III, 7. De même que l'on manie avec la plus grande précaution des vases de cristal, et que l'on évite tout choc contre des objets moins fragiles ; ainsi, l'on doit user de toute sorte de ménagements envers les femmes, dont la nature délicate ne saurait résister à un choc un peu violent. Savez-vous, mes frères, pourquoi Dieu a fait la femme si faible et si délicate ; si sensible, et pourtant inférieure à l'homme en raison et en sagesse ? Que la femme soit égale à l'homme en ce dernier point, et vous les verrez se disputer le gouvernement des choses domestiques, aspirer l'un et l'autre à commander, et se refuser à obéir, enfin dans un dissentiment qui n'aurait pas de fin et n'aboutirait qu'au désordre et au malheur. Mais, par un bienfait de la Providence divine, l'un a reçu en partage la force et le conseil, l'autre la faiblesse et la grâce ; l'un est appelé par sa nature même au commandement, l'autre à l'obéissance. Semblable à ces objets précieux autant que fragiles, que l'on enveloppe de tissus épais et moelleux afin de les garantir de tout accident, la femme, créature tendre et délicate, a reçu, par un admirable conseil de la sagesse incréée, l'homme dont la nature est plus ferme, pour protecteur et pour compagnon de son sort. En cas de conflit, c'est à la femme de céder ; et de la sorte s'établit entre eux un lien à l'abri de toute rupture. Il suit de là que le devoir de l'épouse est d'opposer aux vivacités de son époux la mansuétude et le silence : à cette condition, ils vivront l'un et l'autre dans une paix inaltérable. Telle était, au rapport de saint Augustin, la conduite de Monique, sa pieuse mère. Jamais les violences et les emportements de son mari n'altérèrent la douceur de son visage.
De ces observations que nous a suggérées le sujet de l’Évangile d'aujourd'hui, nous allons, mes frères, passer à l'explication de ce même Évangile. Ave Maria.
(à suivre)