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Re: DISSERTATION CRITIQUE ET THEOLOGIQUE DU PERE HOUBIGANT DE L'ORATOIRE SUR LA VENUE D'ELIE
Publié : mar. 22 juil. 2025 18:05
par Mercè
ANALECTA JURIS PONTIFICII
CENT VINGT-HUITIÈME LIVRAISON.
DISERTATION CRITIQUE ET THÉOLOGIQUE SUR LAVENUE D ÉLIE
PAR LE P. HOUBIGANT DE L’ORATOIRE
SUITE
SECONDE PARTIE.
I.
De la tradition des Juifs sur la venue d'Elie : que celle de l’Eglise nous va mettre dans tous les droits de la prescription.
La tradition qui régnait chez les Juifs touchant la venue d’Elie, paraît avoir commencé au temps de Malachie. Jusqu’alors les Juifs ne doutant point qu’Elie ne fût plein de vie, et que Dieu ne l’eût réservé pour quelque grande œuvre, ne savaient point quels étaient les desseins de Dieu sur ce prophète, ni dans quelle conjoncture des temps à venir Dieu devait les exécuter. Mais Malachie, le dernier des prophètes, ayant annoncé Elie, comme devant précéder un grand et terrible jour et opérer une réunion célèbre et universelle dans le monde, les Juifs interprétèrent l’oracle du prophète suivant les idées qu’ils se firent de la religion future du Messie. Les Juifs éclairés entendirent la réunion des pères aux enfants d’une réunion des cœurs dans le culte du Messie, tel que le montraient les Ecritures. Les Juifs charnels qui accommodaient l’Ecriture à leur sens propre, s’attendaient qu’Elie rassemblerait en un même peuple, et comme sous un même étendard, leur nation dispersée dans toute la terre, et que dans cet état ils seraient accueillis par ce grand dominateur qu’ils attendaient, et qui ne viendrait que pour les rendre heureux et florissants dans tout le monde.
Nous ne devons point douter que les Juifs selon l’esprit n’attendissent deux avènements du Messie, et apparemment aussi deux précurseurs. Les deux avènements étaient marqués distinctement dans les prophètes, et, dans Malachie, les deux précurseurs. Car Malachie avait annoncé l’un comme un ange, ou envoyé pour préparer les voies, et avait nommé l’autre le prophète Elie. Mais les Juifs qui entraient dans l’esprit des Ecritures, étaient en bien petit nombre. Ainsi la tradition pure de ces événements célèbres n’était pas a beaucoup près la tradition dominante dans la Judée; de telle sorte que J.-C. se manifestant au monde, ne trouva plus chez les Scribes même qu’une tradition défigurée et devenue méconnaissable.
Les prophètes n’ayant point marqué l’époque des deux avènements du Messie, mais seulement celle du premier, la plupart des Juifs prenaient ces deux avènements pour un seul, et en conséquence n’attendaient qu’un précurseur. Une erreur toute semblable a trompé beaucoup de chrétiens dans l’Eglise naissante.
J.-C. ayant parlé dans un même discours des signes qui devaient précéder la ruine de Jérusalem et du temple et de ceux qui doivent annoncer la désolation générale de l’univers et la fin des siècles, et ayant fait assez entendre que la ruine de Jérusalem et du temple arriverait bientôt, les apôtres en prirent occasion de regarder ces choses d’un même coup d’œil et comme devant arriver toutes ensemble. « Les apôtres, dit Maldonat, croyaient que la fin du monde et la fin du temple étaient jointes ensemble. J.-C. ne voulut pas les détromper, de peur qu’après la destruction du temple voyant leurs espérances éloignées, ils ne demeurassent trop tranquilles. " Sans adopter cette vue que Maldonat prête au Sauveur, il est certain que telle a été la première pensée des apôtres, et après eux de beaucoup de chrétiens. Les vrais fidèles attendaient impatiemment la ruine de Jérusalem, croyant que le règne du Messie ne devait être fondé que sur la ruine de l’Etat des Juifs, et que la fin du monde suivrait bientôt. Saint Paul s’est opposé à cette erreur dans sa seconde Epître aux Thessaloniciens; et nous ne devons pas nous en étonner. Il n’y avait point d’erreur plus dangereuse pour une société naissante. Car comment les fidèles eussent-ils songé sérieusement à établir le christianisme dans leurs familles et à le faire passer à la postérité, s’ils avaient été dans la pensée que le monde finirait dans quelques années ? Et d’ailleurs quelle idée aurait-on eu d’une religion qui, après avoir été prédite par tant d’oracles et figurée par tant d’événements, et cela pendant quatre mille ans, n’aurait dû avoir qu’une durée de quelques années?
Mais si le Sauveur n’a point fixé l'époque du dernier avènement, il en a certainement fait connaître le précurseur ; j’ai taché de le montrer en examinant son discours aux apôtres en S. Mathieu ch. 17. Et je prie ceux qui en douteraient encore après toutes les preuves que j’en ai données, de bien considérer quelle est la nouvelle preuve que je vais leur présenter, en leur exposant quelle a été la tradition de l’Eglise sur la venue d’Elie.
Les apôtres et les disciples de Jésus-Christ ont eu de grands combats à soutenir contre les Juifs. Ce sont les Juifs qui ont été les premiers ennemis de l’Evangile. S. Etienne a disputé contre eux à Jérusalem. S. Paul a eu de fréquentes conférences avec les Juifs à Athènes et à Corinthe. Il a disputé contre eux pendant trois mois de suite à Ephèse. Il n’y a point de doute que tous les apôtres et tous les disciples qui ont planté la foi dans le monde, n’aient eu les mêmes disputes avec les Juifs, surtout dans l’Orient où cette nation était infiniment répandue. Or la grande objection des Juifs était qu’Elie n’était point encore venu, et qu’ainsi Jésus de Nazareth, annoncé par les apôtres, ne pouvait être le Messie prédit par les prophètes. D’où il faut conclure que tous ceux qui ont prêché la foi dans le monde, ne pouvaient se dispenser d’expliquer aux Juifs ce que les Ecritures leur apprenaient touchant la venue d’Elie ; et qu’ainsi il est nécessaire qu’ils aient laissé dans l’Eglise un sentiment touchant la venue d’Elie.
Si donc ce sentiment paraît dès les premiers temps de l’Eglise, et que ce sentiment soit uniforme, n’est-il pas certain qu’il sera le même qu’ont laissé les apôtres ? Prenons garde que nous voilà dans tous les droits de la prescription.
La prescription est un droit d’acquisition plus ancien que toutes les opinions nouvelles. La force de la prescription consiste dans un fait qu’elle établit, savoir que ce qu’on croit dans l’Eglise a passé des apôtres aux siècles suivants. Et ce fait se démontre par la créance universelle qu’on voit établie avant toutes les nouveautés, et par les monuments qui nous l’attestent. Or, c’est ce que nous allons voir touchant la venue d’Elie.
On dira peut-être que les Pères de l’Eglise n’ont usé de l’argument de la prescription que pour appuyer les dogmes de l’Eglise, et qu’ici ce n’est pas un dogme. Mais ce n’est là qu’un subterfuge. La force de la prescription ne dépend pas de l’importance des vérités qu’elle établit. Elle consiste uniquement dans le fait démontré, savoir qu’une vérité, de quelque importance qu’elle puisse être, a passé des apôtres dans l’Eglise. Ainsi, que la venue d’Elie soit un dogme ou ne le soit pas, il est toujours certain que si elle est attestée dans tous les siècles, cette venue est du moins une vérité de tradition, c’est-à-dire une vérité qui nous vient du temps des apôtres, et qu'ainsi à l’égard de cette vérité la prescription a la même force qu’à l’égard des vérités les plus nécessaires au christianisme.
Il y a même des prescriptions qui n’en sont pas moins certaines pour n’être pas universelles. Nous ne contestons pas à l’Eglise grecque que les apôtres qui ont prêché la foi dans l’Orient n’aient pu consacrer avec du pain levé. Les Grecs, de leur côté ne peuvent nous contester que l’usage contraire ne soit ou ne puisse être aussi ancien que l’établissement de nos premières Eglises. Il en était à peu près de même du jour de la Pâque dans les deux Eglises naissantes. Cette diversité d’usage n’affaiblissait point la preuve que chacun trouvait dans l’argument de la prescription. Elle prouvait tout au plus que les apôtres n’étaient point convenus d’un usage uniforme avant qu’ils se séparassent.
Il n’y aura point ici un semblable partage dans les deux Eglises. Nous les verrons toutes les deux déposer constamment touchant la venue d’Elie, comme précurseur du second avènement. Il est vrai que les pères qui composent la chaîne de la tradition, ne la citeront pas toujours en preuve de ce qu’ils avancent. Mais l’uniformité dans laquelle ils se rencontrent, la cite pour eux à notre égard. Si les pères s’autorisent plus souvent de l’Ecriture que de la tradition, c’est parce que, de deux preuves convaincantes, ils choisissaient la plus sensible. On persuade plus aisément le vrai sens d’un texte par ce texte même, quand on le voit entre les mains de tout le monde, qu’on ne prouve que c’est ainsi que toutes les Eglises du monde l’interprètent. La dernière de ces deux preuves était la grande preuve des conciles généraux, parce que ces conciles rassemblaient des témoins de plusieurs endroits du monde, et qu’il n’y en avait point de plus efficace pour confondre les erreurs. Mais un particulier parlant dans une église particulière et qui n’a point de relations prochaines avec des églises éloignées, a plutôt fait de prendre en main le livre même qui porte ses preuves, principalement quand la vérité qu’il développe n’a point encore été combattue et qu’il n’a point d’erreurs à réfuter. C’est la conduite que suivaient les Pères en enseignant les dogmes de l’Eglise. C’est celle qu’ils ont tenue par rapport à l’avénement d’Elie.
Nous allons donc suivre la tradition de la venue d’Elie dans tous les siècles, et nous y comprendrons avec les pères tous les docteurs dont la théologie a coutume de s’autoriser. Nous ne rapporterons point les textes même à moins que cela ne soit nécessaire, pour ne point grossir inutilement ce volume. Nous traduirons les auteurs sur les textes originaux, et s’il arrive que nous nous écartions quelquefois des traductions qui en ont été faites, nous aurons soin de nous justifier. Tous les témoignages que nous allons rapporter diront tous à peu près la même chose touchant la venue même du prophète Elie, et cette grande uniformité sera une grande preuve. Mais touchant les circonstances de la venue d’Elie, si les témoignages ne sont pas si uniformes, ils seront plus curieux. Les lecteurs y verront quelle idée ont eue les pères des derniers temps du monde. Nous joindrons à ces témoignages des réflexions et des critiques soit sur les textes des pères, soit sur leurs sentiments, et nous ne les prodiguerons pas pour ne point trop détourner nos lecteurs, nous contentant des réflexions et des critiques qui paraîtront les plus nécessaires.
(à suivre…)
Re: DISSERTATION CRITIQUE ET THEOLOGIQUE DU PERE HOUBIGANT DE L'ORATOIRE SUR LA VENUE D'ELIE
Publié : mer. 23 juil. 2025 19:10
par Mercè
§2.
Tradition de l'Eglise sur la venue d'Elie.
SAINT JUSTIN.
Saint Justin, né vers l’an 103 de J.-C., était contemporain des disciples des apôtres. On n’accusera pas ce premier père d’avoir favorisé la tradition des Juifs par de pures préventions pour le Judaïsme. Saint Justin n’était point Juif, comme l’a cru un savant du dernier siècle. Il était né Gentil; il le dit lui-même dans sa seconde apologie et le fait assez connaître dans l’endroit que nous allons citer. Saint Justin, après sa conversion du paganisme à la religion chrétienne, fut destiné à convaincre les Juifs et les Gentils. Il eut de fréquentes disputes avec les Juifs, dont il nous reste le dialogue avec Triphon. C’était dans l’Ecriture et dans la tradition que saint Justin prenait toutes ses preuves. Les anciens pères de l’Eglise trouvaient dans ses ouvrages, qui étaient en grand nombre, une grande connaissance des Ecritures. Ils le regardaient comme la plus grande lumière de son siècle. Effectivement saint Justin avait un esprit naturellement beau et élevé et une façon de raisonner suivie et pressante.
« Pour nous, dit Triphon, nous nous attendons que le Christ sera un homme né des hommes et qu’Elie l'oindra quand il sera venu. Si cet homme paraît (1) dans le monde comme étant le Christ, on doit savoir et il est absolument certain qu’il n’aura point eu une naissance différente de celle des autres hommes. Mais de ce qu’Elie n’est point encore venu, je soutiens toujours que celui-là n’est point le Christ. » Alors je lui fis cette demande : Elie n’est-il point annoncé par Malachie, comme devant venir avant le grand et terrible jour du Seigneur ? Oui, dit-il. Puis donc que vous êtes forcé d’avouer que les prophètes ont annoncé deux avènements du Christ, que dans l’un il doit paraître passible, sans beauté et sans gloire, et que dans l’autre il viendra glorieux et comme juge de tout le monde, comme je vous l’ai déjà plusieurs fois démontré, ne sommes-nous pas obligés de reconnaître sur la parole de Dieu qu’Elie sera précurseur du grand et terrible jour ?
Il n’y a point de doute, me dit-il. Or, c’est cela même, ajoutai-je, que notre Seigneur nous a appris dans ses enseignements, nous disant qu’Elie viendra. Et nous savons que cela arrivera, quand Jésus-Christ notre Seigneur viendra des cieux dans sa gloire. Mais nous savons encore que l’esprit de Dieu qui était dans Elie a précédé son premier avènement dans la personne de Jean-Baptiste qui était un prophète de votre nation, après lequel vous n’avez plus eu de prophètes... C’est pourquoi notre Christ étant sur la terre, et quelques-uns lui ayant dit qu’il fallait qu’Elie vînt avant le Christ, il répondit : Il est vrai qu’Elie viendra et qu’il remettra toutes choses dans leur état, mais je vous dis qu’Elie est déjà venu, et qu’on ne l’a point connu, et qu’on lui a fait tout ce qu’on a voulu. Ensuite il est ajouté qu’enfin les disciples comprirent qu’il leur avait parlé de Jean-Baptiste. Triphon dit : Vous m’avancez un grand paradoxe quand vous me dites que l’esprit prophétique qui était dans Elie, a été aussi dans Jean-Baptiste. Je répondis : Ne croyez-vous pas que la même chose soit arrivée à Josué fils de Nun, qui fut conducteur du peuple après Moïse, lorsque Dieu ordonna à Moïse de lui imposer les mains ? Car Dieu dit alors : Je ferai passer dans lui de l’esprit qui est en vous. Oui, dit-il. Comme donc Dieu a fait passer dans Josué de l’esprit de Moïse, il a pu faire aussi que l’esprit d’Elie passât dans Jean-Baptiste. C’est ce qui nous fait comprendre que, comme le Christ a paru un homme obscur et sans gloire dans son premier avènement, de même le premier avènement de l’esprit, qui précède toujours le Christ dans Elie, devait être un avènement obscur et peu remarqué dans le monde. »
On est assez embarrassé quand on traduit des pères sur des éditions défectueuses. Nous n’en avons point encore de bonne de S. Justin. J’ai traduit cet endroit sur l’édition grecque et latine de l’année 1615. Il y a dans cette édition deux ou trois mots grecs que je n’ai point traduits. Dans le grec S. Justin dit : « Ne sommes-nous pas obligés de reconnaître sur la parole de Dieu qu’Elie sera précurseur du grand et terrible jour, c’est-à-dire de son second avènement ? Il n’y a point de doute, me dit-il. » Je n’ai point traduit les mots grecs qui signifient, c’est-à-dire de son second avènement. Car, 1° J’ai lieu de croire qu’ils ne sont point dans les meilleurs manuscrits, du moins un traducteur latin de 1515 ne les a point traduits. 2° Ce que le grec fait dire ici à S. Justin, il le dit plus bas de manière à nous faire entendre qu’il ne l’a point encore dit ; or, c’est cela même que notre Seigneur nous a appris... et nous savons que cela arrivera, quand le Seigneur viendra des cieux dans sa gloire. 3° Il n’est pas croyable que Triphon accorde que la prophétie de Malachie s’entend d’un second avènement du Christ. Car il vient de supposer le contraire. Ainsi ces mots,
c'est-à-dire de son second avènement, ne peuvent être qu’une note marginale que des éditeurs auront insérée dans le texte.
Je trouve encore dans le grec des mots que l’éditeur latin de 1615 a traduits (l’esprit d’Elie)
semper purificantis Christi. Ce latin est encore plus obscur que le grec. Le mot grec d’ailleurs ne signifie point purifier, mais être pur, et je ne sais à quoi vient cette pureté dans le discours de S. Justin. J’ai mieux aimé traduire l’esprit qui précède toujours le Christ dans Elie, parce que le traducteur latin de 1515 a traduit ainsi en latin, et que d’ailleurs j’ai trouvé dans d’autres pères grecs des premiers siècles une expression toute semblable, et qu’elle vient ici à propos.
Le témoignage de S. Justin est d’autant plus respectable qu’il est bien certain qu’il ne nous donne pas ici un sentiment qui lui soit particulier. C’est ce qu’il est aisé de prouver.
Plus bas S. Justin parle ainsi à Triphon suivant l’opinion des Millénaires: « J’ai déjà reconnu que je suis comme bien d’autres dans ce sentiment. Mais je vous déclare en même temps qu’il y a beaucoup de chrétiens qui sont de la doctrine pure et religieuse, et qui ne pensent pas de même. » Et plus
bas encore : « Quant aux mille ans que nous passerons dans Jérusalem...les prophètes Isaïe, Ezéchiel, et d’autres le confessent. »
Dans ces deux derniers endroits de S. Justin on voit deux choses, savoir dans le dernier, que S . Justin prétend que l’opinion des Millénaires est fondée sur la prophétie, et dans le premier, qu’il ne la donne pourtant que comme un sentiment particulier. D’où il me semble qu’on doit conclure que S. Justin avançant à Triphon des points de doctrine, sans user des mêmes précautions, ne croit pas seulement ces points de doctrine fondés sur l’Ecriture; mais les regarde aussi comme des points avérés, et sur lesquels il n’y a aucun partage dans l’Eglise. S. Justin parle à Triphon des deux avènements de l’esprit d’Elie du même ton et de la même assurance qu’il lui parle des deux avènements du Christ. Il doit donc être regardé comme dépositaire d’un sentiment qu’il voit régner dans l’Eglise et comme suivant dans la dispute contre les Juifs les mêmes maximes qu’ont suivies les apôtres.
Je n’ignore pas que nous faisons assez de pitié aux auteurs protestants, lorsque nous voulons bien nous en rapporter à un homme tel qu’était S. Justin. Ce bon père, nous dit-on, prenait tout pour argent comptant, et ces messieurs nous citent pour exemples l’histoire d’Aristée, et une bévue qu’ils prétendent que S. Justin fit à Rome au sujet d’une inscription qui était à la statue d’une divinité. Mais saint Irénée, Tertullien, S. Hilaire, S. Augustin, n’ont pas moins cru au faux Aristée que S. Justin. Dirons-nous pour cela le bon Irénée, le bon Tertullien, le bon Hilaire, le bon Augustin. Ces grands hommes ont manqué des monuments nécessaires à la critique. Mais M. Prideaux ne manquait point de monuments pour l’histoire romaine. Cependant le même M. Prideaux, qui traite si cavalièrement S. Justin, eût-il trouvé bon que, sur ce qu’il avance dans son histoire, que la postérité d’Octavien César ne posséda jamais l’empire, les lecteurs ne l’eussent nommé que le bon Prideaux. On reproche à S. Justin d’avoir mal lu une inscription près de Rome et sur cela d’avoir reproché aux Romains d’adorer Simon le magicien. On peut voir dans M. de Tillemont combien cette critique est peu sensée.
(1) Beaucoup de Juifs de ce temps-là croyaient que le Messie était déjà dans le monde, mais qu’il ne se manifestait pas encore. C'est pour cela que Triphon dit, si cet homme parait.
(à suivre...)
Re: DISSERTATION CRITIQUE ET THEOLOGIQUE DU PERE HOUBIGANT DE L'ORATOIRE SUR LA VENUE D'ELIE
Publié : ven. 25 juil. 2025 12:50
par Mercè
SAINT IRÉNÉE.
Je ne fais point difficulté de mettre ici saint Irénée, quoique Grotius ne trouve rien dans ce père qui puisse autoriser le sentiment de la venue d’Elie. Voici ce que dit Grotius.
Irénée nous apprend que c’est une tradition qui vient des disciples des apôtres, qu’Elie et Enoch ont été transférés dans le paradis, et que là ils demeurent jusqu’à la consommation, goûtant les prémices de l’incorruptibilité. C’est ainsi qu’il dit ailleurs qu’Enoch est réservé pour être témoin du juste jugement de Dieu. Quant au retour d’Elie et d’Enoch, il n’en dit rien, pas même à l’endroit où il traite des signes de la venue de l’Antéchrist. Que si nous consultons les écrivains postérieurs dont l’autorité ne peut être égale en fait de tradition, Procope et Primase sont d’un avis contraire.
Grotius paraît convenir ici d’un grand principe, savoir que plus les auteurs sont anciens, plus le témoignage qu’ils nous rendent de la tradition est respectable. Si Grotius avait fait usage de ce principe, il aurait estimé quelque chose le témoignage de saint Justin, qu’il a jugé à propos d’ignorer.
Saint Irénée prouvant contre des hérétiques que Dieu est le maître de conserver la vie des corps autant qu’il lui plaît : Pourquoi, dit-il, parlons-nous de ces premiers (qui ont vécu 7 à 8 cents ans) tandis qu’Enoch ayant été agréable à Dieu a été transféré dans ce même corps dans lequel il avait plu à Dieu... qu’Elie a été enlevé dans ce corps même qu’il avait depuis qu’il était au monde ?» Et un peu plus bas: « Les disciples des apôtres tiennent que ceux qui ont été transférés, l’ont été (dans le paradis) où a été porté l’apôtre Paul, et là ils attendent jusqu’à la fin des siècles, préludant à l’incorruptibilité. »
Saint Irénée dit 1° qu’Elie et Enoch ont été transférés dans le même corps qu’ils avaient sur la terre; 2° que dans ce corps ils attendent la fin des siècles. Si Enoch et Elie ont à présent le même corps qu’ils avaient, saint Irénée ne les croit donc pas encore revêtus de l’immortalité. Cela paraît même dans toute la suite du discours. Car un peu plus bas saint Irénée parlant à ceux qui s’imaginent que la chair d’Elie a été consumée dans le char de feu où il fut enlevé, compare Enoch et Elie à Jonas et aux jeunes hommes de la fournaise qui sortirent, le premier du sein de la mer, les deux autres du milieu des flammes dans le même état où ils étaient auparavant. Saint Irénée ajoute que ceux qui ont été transférés ne font que préluder à l'incorruptibilité. Il ne les croit donc pas encore incorruptibles. Or saint Irénée n’a jamais exempté de la mort ni Enoch, ni Elie, et ces deux saints hommes ne mourront point sans revenir sur la terre. Il est donc tout naturel de penser que saint Irénée ne retient si longtemps Enoch et Elie dans un état ou ils ne sont pas incorruptibles, que parce qu’il a suppose qu'ils reviendront un jour dans le monde. Supposé même que saint Irénée ait cru qu’Elie est déjà revêtu de l immortalité, tout ce que Grotius en pouvait conclure, c’est qu’Elie ne mourra pas selon saint Irénée, s’il revient sur la terre. Quelques Juifs du temps de saint Jérôme croyaient qu’Elie était déjà immortel et ne laissaient pas d'attendre Elie.
Dans le second endroit cité par Grotius, S.Irénée dit qu’Enoch est réservé pour être témoin du juste jugement de Dieu.
Les anges et tous les hommes seront témoins des jugements de Dieu après la résurrection générale. Est ce ainsi qu’Enoch en sera témoin, selon saint Irénée? C’est ce que Grotius a cru voir dans ce père. Mais premièrement saint Irénée regarde la destinée d’Enoch d’être témoin, etc., comme une destinée qui lui est singulière. Il ne sera donc pas témoin, etc. de la manière que le seront les anges et tous les hommes. Secondement, saint Irénée dit que cette destinée d’Enoch est une destinée pour laquelle il est réservé. Or Enoch est réservé dans le même corps dans lequel il a plu à Dieu étant sur la terre, in quo placuit corpore. Ce sera donc dans ce même corps qu’il sera témoin du juste jugement de Dieu, et non pas dans un corps immortel et glorieux. Il y a toute apparence que saint Irénée a pris la qualité de témoin au sens des témoins de l’Apocalypse, et qu’il entend qu’Enoch viendra attester aux hommes que les jugements de Dieu sont prêts à éclater sur tout le monde ; si ce n’est qu'il ait voulu dire qu’Enoch revenu dans le monde sera témoin de la dernière catastrophe du monde, de celle qui donnera le dénouement général des destinées de tout l’univers. De quelque manière qu’on l’entende, saint Irénée a supposé qu’Enoch reviendrait dans le monde pour être témoin, etc. Or, ce père unit toujours la destiné d’Elie avec celle d’Enoch. Ainsi on a droit de conclure que saint Irénée a supposé que tous les deux reparaîtront un jour dans le monde. Quand le texte d’un père est capable, si l’on veut, de deux interprétations différentes, laquelle préférons-nous, de celle qui le met d’accord avec ses maîtres et avec ses disciples, ou d’une autre qui le met dans la négative de ce qu’ils ont dit ? Saint Justin maître de saint Irénée, a cru qu’Elie reviendra dans le monde; les disciples de saint Irénée l’ont cru de même. La conséquence est aisée à tirer, et le texte même de saint Irénée ne nous permet pas d’en tirer d’autres. Saint Irénée, dit Feu-Ardent son commentateur, enseignant ici que, selon les disciples des apôtres (Enoch et Elie) ont été transférés dans un paradis terrestre, quelque part que ce paradis puisse être, et que de là ils viendront pour combattre contre l’Antéchrist, sentiment qu’ont adopté presque tous les pères grecs et latins, il me paraît qu’il n’y a point de sécurité à se mettre d un avis contraire. Il est vrai que Feu-Ardent n’a point pris garde que saint Irénée ne dit pas en termes formels qu’Enoch et Elie viendront pour combattre contre l’Antéchrist. Mais il suffit qu’en lisant attentivement ce père, on y trouve qu’Elie et Enoch reviendront dans le monde.
Saint Irénée n’a point parlé d’un paradis terrestre, comme Feu-Ardent le suppose encore. Il dit que c’est un paradis d’où a été chassé Adam, pour être relégué dans ce monde. Nous ne savons point trop ce que saint Irénée a voulu dire. Il y a lieu de penser qu’il mêle ici l’allégorie avec la lettre même de l’Ecriture. Car il ajoute que c’est le paradis où a été porté l’apôtre Paul. Saint Irénée savait bien que saint Paul place ce paradis dans une région des cieux, et l’enlèvement d’Elie fait assez connaître qu’il n’est pas sur la terre habitable. Nous n’avons point de tradition certaine sur ce paradis des anciens pères. Saint Chrysostôme et Théodoret qui n’en savaient pas plus que nous ont jugé qu’il était inutile de s’en informer.
(à suivre...)
Re: DISSERTATION CRITIQUE ET THEOLOGIQUE DU PERE HOUBIGANT DE L'ORATOIRE SUR LA VENUE D'ELIE
Publié : ven. 25 juil. 2025 12:58
par Mercè
TERTULLIEN (3e siècle).
« Je m’attends bien que des hérétiques de cette trempe vont saisir l’exemple d’Elie qui nous est représenté dans Jean-Baptiste. Car à les entendre, c’est une métempsychose que le Seigneur vient nous apprendre quand il nous dit : Elie est déjà venu, et ils ne l'ont point connu... Mais quoi? Les Juifs consultaient Jean sur une opinion pythagoricienne, quand ils lui demandaient : Etes-vous Elie ? Et n’était-ce pas sur cet oracle de Dieu : Je vous enverrai Elie de Thesbé? Ces hommes ne songent pas que leur métempsychose est le passage d’une âme, d’un corps qui a subi la mort dans un autre corps où elle se renouvelle. Mais Elie n’a point subi la mort; il a été seulement transféré. Ce n’est donc pas pour être rendu à un corps qu’Elie n’a point quitté, qu’Elie doit venir. Elie sera rendu au monde où il a été transféré, non pour retourner à la vie, mais pour achever d’accomplir sa course suivant la prophétie (non ex postliminio vitæ sed ex supplemento prophétiæ). Ce sera le même Elie. Il aura le même nom, il sera la même personne qu’il était. Et comment donc Jean est-il Elie? L’Ange vous l’apprend. Ecoutez-le. Il précédera devant le peuple dans l’esprit et la venue d’Elie. Il ne dit pas dans l’âme, ni dans la chair d’Elie. Ces deux substances appartiennent à chacun des deux, à qui elles sont propres, mais l’esprit et la vertu leur vient de dehors par la grâce de Dieu; et c’est de la sorte que l’un peut passer dans l’autre, Dieu le voulant ainsi, comme il est arrivé de l’esprit de Moïse. » (Lib. de Anima, c. 35).
Telle doit être la venue d’Elie, selon Tertullien, mais dans quel temps viendra Elie et que viendra-t-il faire dans le monde? C’est ce que Tertullien va nous dire en deux mots :
« Enoch et Elie ont été transférés et leur mort n’a point paru. C’est parce qu’elle est différée. Mais tous les deux sont réservés pour mourir, et c’est dans leur sang qu’ils doivent étouffer l’Antéchrist (Ibid. c. 50). » Grotius ne peut pas disconvenir que Tertulien ne soit contre lui. Mais voici le cas qu’il fait de son témoignage :
« Je sais qu’on nous oppose une vieille tradition sur le retour d’Elie avant la fin du monde. Mais il ne faut pas croire que tout ce que Tertullien a cru et voulu persuader aux autres, soit une tradition apostolique. » (Grotius, in Math. 17. 11 )
Un savant tel que Grotius pouvait-il ignorer que Tertullien n’est pas le premier père qui ait donné cours à cette vieille tradition? Quoi qu’il en soit, Grotius aimait à prendre son parti de lui-même; et la déférence que tous ces messieurs veulent bien avoir pour l’antiquité sacrée, n’est qu’un compliment sur lequel on a tort de les prendre au mot.
Il n’y a point lieu de récuser le témoignage de Tertullien. Cet auteur était déjà engagé dans l’hérésie lorqu’il composa le livre de l' Ame, dont nous venons d’emprunter les témoignages. Grotius n’a pas insisté sur la date de ce livre. Son bon sens ne le lui permettait pas. L’hérésie des Montanistes n’ayant ici aucun intérêt à démêler doit être regardée comme non avenue. Une tradition qui était avant Tertullien, ne se corrompt pas en passant sous sa plume. Et voici un grand homme contemporain de Tertullien qui nous va tenir le même langage.
(à suivre…)
Re: DISSERTATION CRITIQUE ET THEOLOGIQUE DU PERE HOUBIGANT DE L'ORATOIRE SUR LA VENUE D'ELIE
Publié : ven. 25 juil. 2025 23:13
par Mercè
SAINT HIPPOLYTE.
Il y a plusieurs saint Hippolyte. Celui-ci est le grand Hippolyte martyr, disciple de saint Irénée et le grand modèle d’Origène dans ses travaux sur l’Ecriture; celui dont, l’an 1551, la statue de marbre assise dans une chaire fut trouvée dans les masures d’une église de Saint-Hippolyte auprès de Rome, et qui est encore apparemment dans la bibliothèque du Vatican. Saint Hippolyte était grec de naissance. Il fut évêque en Orient. Saint Jérôme ne savait pas de quel endroit ; on ne l’a point su depuis ; mais on sait qu’il avait composé un grand nombre d’ouvrages sur l'Ecriture, et qu’il était regardé, dès l’an 228, comme la plus grande lumière de son siècle.
« Daniel nous a donc marqué une dernière semaine d’années qui arrivera à la fin du monde et dont les deux prophètes Elie et Enoch prendront la moitié. Car ils prêcheront 1260 jours couverts de sacs, et ce sont eux qui avertiront le peuple et toutes les nations de faire pénitence. Car, comme les Ecritures nous apprennent qu’il y a deux avènements... elles nous font connaître aussi deux précurseurs. Le premier a été Jean fils de Zacharie qui... a annoncé au monde l’heureuse nouvelle de la lumière céleste qui venait de paraître. » Et plus bas : « Le Seigneur devant se manifester comme juge à la fin du monde, il était nécessaire que ses précurseurs se manifestassent devant lui, comme il est écrit par Malachie (qui est aussi nommé Ange): Je vous enverrai Elie de Thesbé, lequel fera revenir le cœur des pères aux enfants, et les incrédules à la prudence des justes. Ceux-ci venant donc apprendront au monde que le Christ paraîtra bientôt du haut des cieux. Ils feront des signes et des prodiges afin de fléchir les cœurs et de les porter à la pénitence, et après qu’ils auront fini leur course et rendu leur témoignage, que dit d’eux le prophète ? La Bête qui monte de l'abîme leur fera la guerre, les vaincra et les tuera, parce qu’ils n'ont pas voulu rendre gloire à l’Antechrist. (De Antichristo, num. 43, 4,5,6, 7.)
Saint Hippolyte vient de répondre aux difficultés de Grotius. Car 1° il explique assez, comme disciple de saint Irénée, la pensée de son maître ; 2° il nous apprend dans l’Orient que ce n’est pas Tertullien qui lui enseigne ce que celui-ci disait à peine encore dans l’Occident. Et, pour montrer que saint Hippolyte parle comme dépositaire de la tradition, voici ce qu’il dit dans le même ouvrage :
« Je n’ai pas suivi mes propres pensées ; » et plus bas : « Nous étant bien instruits des prophéties, nous ne cherchons point à innover entre nous, changeant les paroles qui ont été dites avant nous. Mais nous exposons à la lumière ce qui est écrit, et nous le lisons à ceux que nous croyons avoir une foi droite et pure.»
Dans l’endroit où saint Hippolyte cite la prophétie de Malachie, il y avait autrefois dans le texte grec, par Malachie et par Aggée. Le père Combefis, dernier éditeur de cet ouvrage de saint Hippolyte, a mis (i]Ange[/i], au lieu d'Aggée. Cette critique est sensée. Mais il s’agit de savoir quel est cet Ange. Saint Hippolyte, en citant le prophète Malachie, mêle dans la citation les paroles de l’ange Gabriel que nous lisons dans saint Luc. Le P. Combefis qui ne voit rien à critiquer dans ce mélange, ne croit pourtant pas que saint Hippolyte ait voulu parler de l’ange Gabriel, car, dit-il, il aurait mis l’article avant le mot ange. Mais il croit que par cet ange saint Hippolyte entend Malachie lui-même. Et il le prouve parce que Malachie en hébreu signifie ange, et que les Septante ont traduit ange le nom de Malachie. Il n’y a rien en cela que de très-judicieux. Mais dans la supposition véritable que l'ange est Malachie, l’article grec n’est point de trop. Il me semble donc premièrement qu’on doit rétablir l’article dans le texte grec et le placer en sorte qu’il signifie en latin hunc et Angelum, c’est-à-dire le même qui est aussi nommé ange. Mais en second lieu comment pouvons-nous croire qu’un homme judicieux tel qu’était saint Hippolyte, ait mêlé dans la prophétie de Malachie ces paroles de l’ange Gabriel dans saint Luc, et les incrédules à la prudence des justes, tandis surtout que saint Hippolyte nous avertit qu’il ne cite que Malachie et qu’il ne parle que de la fin du monde ? Il n’est point rare de voir les pères citer l’Ecriture un peu autrement qu’elle n’est dans nos exemplaires. Mais il est sans exemple de leur voir coudre ensemble des morceaux de l’Ancien et Nouveau Testament, lorsqu’ils nous avertissent qu’ils ne citent que l’un des deux. Tout me persuade que le manuscrit de saint Hippolyte a souffert sous la main des copistes. Ceux-ci ne comprenant pas comment saint Hippolyte avait pu nommer ange le prophète Malachie, se sont imaginés que l’ange est ici l’ange Gabriel ; d’autant plus que saint Hippolyte parle ici de deux précurseurs, et qu’ils n’auront point pris garde que l’un des deux n’est point Jean-Baptiste annoncé par l’ange Gabriel, mais que ce sont les deux précurseurs de la fin du monde, Elie et Enoch.
Ainsi ils auront inséré dans le texte les paroles de l’ange Gabriel qu’ils trouvaient dans saint Luc. Nous avons dans l’antiquité sacrée beaucoup d’exemples de pareilles interpolations. Je ne doute donc point que saint Hippolyte n’ait cité Malachie, comme il le trouvait dans les Septante (la citation y est conforme dans tout le reste). C’est même parce que saint Hippolyte n’a cité que les Septante, qu’il a dit, par Malachie qui est aussi l’ange, c’est-à-dire qui est nommé ange dans les Septante, afin d’apprendre à ses lecteurs que c’était le prophète Malachie, et non pas un ange descendu du ciel, comme quelques-uns l’avaient cru avant lui (Voyez saint Jérôme dans sa préface sur Malachie).
On a pu remarquer que, selon saint Hippolyte, les deux précurseurs de la fin du monde prêcheront la pénitence au peuple et à toutes les nations (Populo, cunctisque gentibus). Notre saint martyr ne fait pas ici comme deux départements; un d’Elie pour convertir les Juifs, et un autre d’Enoch pour travailler sur les Gentils. Il ne fait de tous les deux qu’un même ministère pour toutes les nations. C’est nous dire bien clairement qu’il n’a pas cru qu’Elie ne dût convertir que des Juifs. C’est la première justification de la pensée que j’ai eue du ministère d’Elie. Il y en aura d’autres dans la suite qui ne seront pas moins formelles.
(à suivre…)
Re: DISSERTATION CRITIQUE ET THEOLOGIQUE DU PERE HOUBIGANT DE L'ORATOIRE SUR LA VENUE D'ELIE
Publié : sam. 26 juil. 2025 9:39
par Mercè
ORIGÈNE.
« Les disciples qui étaient montés sur la montagne avec le Seigneur, se souvinrent que, suivant les traditions des Scribes, Elie devait venir avant que le Christ arrivât, pour préparer les âmes à le recevoir ; mais la vision qu’ils avaient eue sur la montagne, ne leur paraissait pas conforme à cette tradition des Scribes touchant Elie, parce qu’Elie n’était point venu avant le Christ, mais seulement avec le Christ. Jugeant donc, sur cette vision, que cette tradition était fausse, ils disent : Pourquoi les Scribes disent-ils qu’Elie doit venir auparavant ? Car vous nous avez été manifesté avant Elie, et vous êtes venu dans le monde avant lui. A cela Jésus répondit, non pas en rejetant ce que les Scribes leur avaient appris d’Elie, mais en leur indiquant un autre avènement d’Elie qui s’était fait avant lui, et que les Scribes avaient ignoré... Et quant à ce qu’il dit à cause de Jean-Baptiste, Elie est venu, n’entendez pas que c’est l’âme d’Elie, si vous ne voulez point tomber dans le faux dogme d’une métempsychose... Jean est appelé Elie, non pas parce qu’il a l’âme d’Elie, mais parce qu’il est revêtu de l’esprit et de la vertu d’Elie. » (Tract. 3, in Math. c. 17).
Origène aime assez à parler contre les erreurs qu’il rencontre sur son passage. En cet endroit il réfute au long l’opinion folle de la métempsychose, que quelques hérétiques avaient adoptée. Mais l’opinion du retour d’Elie était régnante du temps d’Origène chez les chrétiens, comme chez les Juifs. Elle l’était du moins chez les Juifs; on ne peut pas le contester. Il était important de réfuter cette opinion, si Origène la croyait fausse. Car c’était saper par les fondements cet argument célèbre des Juifs, que Jésus n’était pas le Christ, puisqu’Elie n’était point venu avant lui. C’est néanmoins à quoi Origène n’a point pensé dans ses discours sur saint Mathieu, ni sur saint Jean, quoique cela vînt tout naturellement à son sujet. Cette preuve négative se tire non-seulement d’Origène, mais de presque tous les pères de ces premiers temps, et elle montre assez aux protestants que ce n’est point ici une erreur populaire.
Mais dans cet endroit, Origène est positif. Il y a, selon lui, un autre avènement non-seulement du Christ, mais aussi d’Elie ; ce qui ne veut point dire que Jean est un Elie d’une autre espèce que celui qu’on attend mal à propos. Quand Origène remarque que les apôtres commençaient à croire que la tradition des Scribes était fausse, c’est comme s’il nous disait que les apôtres commençaient à croire que le véritable Elie ne viendrait point. C’était celui-là seul auquel pensaient les apôtres. Ainsi, Origène ajoutant que le Seigneur n’improuve pas la tradition des Scribes, et entendant la même tradition qui était dans l’esprit des apôtres, entend certainement que J.-C. n’improuve pas la tradition qui concerne le véritable Elie. D’où l’on voit que, selon Origène, J.-C. n’improuve que cette erreur dont la tradition était altérée, savoir qu’Elie devait venir avant le premier et unique avènement du Christ.
Ils se souvinrent, dit Origène, qu’Elie devait préparer les âmes à le recevoir. C’est aux Scribes qu’Origène attribue cette créance, qu’Elie devait préparer les âmes à recevoir le Messie. Le mot âme dont se sert Origène, ne signifie point les esprits, mais le fond des cœurs. C’est un mot consacré à la religion. Ainsi il y a dans ces paroles d'Origène une justification de ce que j’ai dit dans la première partie, savoir que le corps de la synagogue n’attendait pas seulement un Messie conquérant, comme les Juifs charnels, mais encore un Messie qui viendrait rétablir l’état des âmes. La synagogue selon J.-C. même en S. Jean ch. 5, v. 39, attendait une vie éternelle que le Messie devait procurer.
(à suivre…)
Re: DISSERTATION CRITIQUE ET THEOLOGIQUE DU PERE HOUBIGANT DE L'ORATOIRE SUR LA VENUE D'ELIE
Publié : dim. 27 juil. 2025 13:12
par Mercè
SAINT VICTORIN.
S.Victorin martyr est celui que saint Jérôme met au nombre des pères latins et qu’il appelle notre Victorin; on croit que c’est parce que S. Victorin avait été évêque en Pannonie, patrie de S. Jérôme. C’est le même que S. Optat met au nombre des défenseurs de la vérité catholique. Ce saint martyr avait composé en latin beaucoup d’ouvrages, quoique le grec fût sa langue maternelle.
« L’ange qui monte seul de l’Orient, c’est le prophète Elie qui doit précéder le temps de l’Antéchrist pour rétablir les églises et les confirmer dans la foi contre cette grande et intolérable persécution. C’est ce que nous voyons prédit en ouvrant les livres de l’Ancien et Nouveau Testament. Car le Seigneur dit: J’enverrai Elie de Thesbé... convertir les cœurs des pères aux enfants ; c’est rappeler les Juifs à la foi des peuples qui les ont suivis, quand le temps de leur vocation sera venu. C’est pour cela que l’auteur sacré nous présente une multitude de Juifs qui croiront, et encore une très-grande multitude de Gentils. » (Victorin. in Apocal. Biblioth. PP. tom. 3. p, 49.)
S. Victorin nous parle du ministère d’Elie comme faisait tout à l’heure S. Hippolyte. Elie, selon lui, doit convertir une multitude de Juifs, et encore une grande multitude de Gentils. Et il doit opérer cette grande œuvre en rétablissant et en confirmant les Eglises dans la foi. Ce ne seront pas les Eglises des Juifs qui seront rétablies ; ce seront donc celles des Gentils.
Quelques critiques ont douté si l’ouvrage que nous venons de citer est véritablement de S. Victorin, et leur grande difficulté est que S. Jérôme avait trouvé l’opinion des Millénaires dans cet ouvrage, au lieu que cette opinion est combattue dans celui que nous avons.
M. de Tillemont a déjà répondu qu’elle y est combattue et laissée ; que S. Victorin y dit encore que tous les saints s’assembleront dans la Judée et y adoreront le Seigneur ; que ce qui est à la fin contre les Millénaires est d’un style différent et plus élégant que le reste de l’ouvrage ; que c’est donc une correction qu’on a faite dans l’ouvrage de S. Victorin ; qu'on a des exemples de corrections semblables dans S. Irénée et dans Sulpice-Sévère, d’où l’on a ôté ce qui regardait la même erreur.
Une preuve de l’antiquité de cet ouvrage, c’est que l’auteur y représente le Sénat de Rome comme employant son nom et son autorité pour persécuter l’Eglise, et qu’il ne met point l’Epître aux Hébreux au nombre des Epitres de S. Paul.
Or, que cet ancien auteur soit S. Victorin, c’est ce qu’on trouve dans le style même de l’ouvrage. S. Jérôme nous apprend que S. Victorin a fait un commentaire sur l’Apocalypse, et il ajoute que ce saint martyr savait peu la langue latine et qu’étant éminent en science il n’avait pas le talent d’exprimer les choses comme il les pensait. C’est ce caractère singulier que nous trouvons dans l’ouvrage de S. Victorin. Il a dans son latin une construction grecque et peu régulière, et, pour le traduire, j’ai été obligé d’aider à la lettre.
Aux deux marques d’antiquité que j’ai rapportées, M. de Tillemont en ajoute une troisième tirée de ce que S. Victorin vous va dire :
« Plusieurs pensent que (les deux témoins) seront Elie avec Elisée ou avec Moïse. Mais tous les deux sont morts, au lieu que la mort de Jérémie ne se trouve point (dans les Ecritures). C’est pourquoi tous nos anciens nous ont appris que c’est Jérémie. »
Nous verrons bientôt dans S. Hilaire que quelques-uns ont pensé que Jérémie viendrait à la fin du monde. Ainsi nous ne pouvons que donner les mains à ce que dit M. de Tillemont, que ce sentiment du retour de Jérémie est une marque d’antiquité. Mais croyons-nous que S. Victorin ait effectivement donné ce sentiment comme celui de tous les anciens? Il y a là un défaut de jugement et d’exactitude qui ne répond guère à la grande idée que toute l’antiquité a eue de S. Victorin. Je croirai plutôt que le texte de S. Victorin a été interpolé ici comme il est constant, selon M. de Tillemont lui-même, qu’il l’a été par rapport à l’opinion des Millénaires. Tout le monde convient que la licence des interpolateurs a été grande sur les ouvrages de ces anciens pères. Nous aurons lieu de revenir encore à S. Victorin. Mais en laissant même le texte de cet ancien père tel que nous l’avons, il n’y a rien qui doive infirmer son témoignage. Ce n’est point parce qu’un père nous dit qu’une chose est de tradition, qu’elle l’est en effet; c’est parce qu’elle est telle dans l’antiquité sacrée. Les pères qui ont précédés S.Victorin et ceux qui le vont suivre ont déposé qu’Elie viendra. S. Victorin le dit avec eux. Son témoignage subsiste donc ; et ce qu’il peut avancer sur Jérémie ne sert qu’à fortifier davantage la tradition de la venue d’Elie. Car cela nous montre qu’une chose qui sera avancée comme de tradition par les plus grands hommes, n’est point capable de passer pour telle sur leur simple témoignage. Cette prétendue tradition touchant le retour de Jérémie ne s’est pas confirmée depuis S. Victorin.
(à suivre…)
Re: DISSERTATION CRITIQUE ET THEOLOGIQUE DU PERE HOUBIGANT DE L'ORATOIRE SUR LA VENUE D'ELIE
Publié : mar. 29 juil. 2025 10:54
par Mercè
LACTANCE (4e siècle).
« La fin des temps étant prochaine, un grand prophète sera envoyé de Dieu. Il recevra le pouvoir d’opérer de grandes merveilles, afin de porter les hommes à la connaissance de Dieu. Partout où les hommes ne voudront pas l’écouter, il fermera le ciel et arrêtera les pluies. Il changera les eaux en sang, et tourmentera les incrédules par la faim et par la soif. Quiconque lui voudra nuire, le feu sortira de sa bouche pour le consumer. Par ces prodiges merveilleux il en conduira un grand nombre au culte de Dieu. Et toutes ces œuvres étant accomplies, un autre roi, rejeton de l’esprit malin, sortira de Syrie pour détruire et pervertir le genre humain, et il exterminera ceux qui auront échappé aux premières calamités, il combattra contre le prophète de Dieu, le vaincra, le fera mourir et le laissera sur la terre sans sépulture. Mais après le
troisième jour il revivra et au grand étonnement de tous les hommes il sera enlevé dans le ciel. » (Div. Inst. 1. 7, c, 17).
Pererius (Lib. 15 in Daniel.) et Malvenda (de Antichr. lib. 9.) n’ont pas su bon gré à Lactance de ce qu’il applique à un seul prophète ce qui est dit dans l’Apocalypse des deux témoins, et Malvenda se plaint en particulier de ce que Lactance n’a point pris la peine de nommer Elie.
Lactance écrivait principalement pour la cour de l’empereur et pour le sénat de Rome qui était alors presque tout païen. C’eût été sortir du goût qui règne dans son ouvrage que de nommer des personnages dont la plupart de ses lecteurs n’avaient jamais entendu parler. Mais Lactance fait assez connaître le prophète Elie pour des chrétiens qui lisaient l’Ecriture. Il l'appelle le prophète de Dieu, comme il est nommé prophète et homme de Dieu dans les livres saints, et il ajoute qu’il sera envoyé comme Dieu avait dit dans Malachie : J'enverrai etc. Si Lactance ne parle que d’un seul témoin, c’est parce que l’Ecriture ne nomme qu’un seul prophète qui doive être envoyé vers la fin des temps. Peut-être aussi Lactance ne jugeait-il pas que la tradition fût bien décidée sur le second témoin. Lactance ne traite dans son ouvrage que des Institutions divines. Il n’entre pas dans des sentiments qu’il croit indécis ou particuliers. Le silence de Lactance sur le second témoin peut donc bien n’être qu’un silence de sagesse.
« Afin de porter les hommes à la connaissance de Dieu..., il en conduira un grand nombre au culte de Dieu. » Lactance parle ainsi, parce qu’il n’affecte pas la mission d’Elie à la conversion des Juifs seuls, puisque les Juifs n’ont jamais manqué de la connaissance, ni du culte de Dieu. Lactance regarde Elie comme le missionnaire de tout l’univers.
(à suivre…)
Re: DISSERTATION CRITIQUE ET THEOLOGIQUE DU PERE HOUBIGANT DE L'ORATOIRE SUR LA VENUE D'ELIE
Publié : mer. 30 juil. 2025 12:25
par Mercè
SAINT HILAIRE.
« (Jésus) parut revêtu de gloire en la compagnie de Moïse et d’Elie. Nous comprenons ici que ce sont les deux mêmes prophètes qui doivent prévenir son avènement, et que l’Apocalypse de Jean nous dit devoir être mis à mort par l’Antéchrist. Beaucoup d’autres ont pensé, les uns que c'est Enoch qui doit mourir comme Elie, les autres que c’est Jérémie, mais il ne nous est pas permis d’altérer sur une opinion qui nous est particulière, une vérité certaine que Dieu a révélée aux trois témoins ci-dessus, ni d’en attendre d’autres que ceux qui ont paru pour confirmer notre foi. Or, quoique rien ne nous oblige d’étendre nos conjectures au delà des bornes de l’Evangile, toutefois, si l’on considère attentivement comment Moïse est mort, et quelle sépulture il a eue, et qu’on soit capable de pénétrer dans le secret des Ecritures, comme l’apôtre nous y autorise, on comprendra que toutes choses y ont été traitées de telle sorte qu’il n’est pas étonnant que Moïse ait déjà pu paraître. »
Il y a plus d’une chose à considérer dans ce passage de saint Hilaire.
1°. Saint Hilaire prend à la lettre les deux témoins de l’Apocalypse. Il voit dans ces deux témoins, non pas deux sortes de témoignages, mais deux hommes singuliers, deux prophètes.
2°. Saint Hilaire ne traite que d’opinions particulières les deux sentiments du retour d’Enoch et de Jérémie.
3°. Il envisage le retour et la mort d’Elie, comme un sentiment sur lequel il n’y a aucun partage dans l’Eglise. Tous, selon lui, sont d’accord qu’Elie reviendra et mourra.
4°. Saint Hilaire adopte ce sentiment et l'établit même par le texte de l’Evangile. C’est une vérité certaine que Dieu a révélée aux trois témoins de la Transfiguration.
5°. Saint Hilaire comprend dans cette vérité certaine le retour de Moïse, aussi bien que celui d’Elie. Et ici paraît non plus la tradition de l’Eglise, mais le sentiment particulier de saint Hilaire.
Mais saint Hilaire, direz-vous, n'a-t-il pu se tromper au sujet d’Elie, comme de Moïse ?
Saint Hilaire ne s’est point trompé dans le témoignage qu’il rend de la tradition. Il ne nous dit pas que la tradition dépose en faveur du retour de Moïse. Bien loin de nous le dire, il paraît mécontent de ce qu’on n’aperçoit pas ce retour dans l’Evangile. Nous reviendrons dans la suite à ce passage de Saint Hilaire.
Ce qu’il y a de singulier dans le sentiment de ce père, c’est qu’il paraît avoir cru que Moïse est destiné à mourir deux fois. Car il est certain que S. Hilaire n’a point douté que Moïse ne fût déjà mort une fois. Cet endroit même le prouve, et on peut voir la note judicieuse qu’y attache le dernier éditeur de S. Hilaire. Mais ce père a cru apparemment qu’il en serait de Moïse comme de tous ceux qui ont été ressuscités par miracle, pour payer encore une fois le tribut de la mort.
Nous venons d’entendre parler S. Hilaire sur le retour d’Elie. Voici maintenant l’idée qu'il a eue de la mission d’Elie.
« La colère de Dieu s’appesantissant, les saints, comme dit ce prophète (Jean-Baptiste) seront mis à couvert dans les lieux de réserve. Mais les hommes sans foi seront laissés pour être la pâture d’un feu céleste. Ainsi le jour du Seigneur en trouvera deux dans le champ, c’est-à-dire dans le monde, deux peuples différents, un peuple de fidèles et un peuple d’infidèles. Et ces deux peuples seront séparés l’un d’avec l’autre, l’un étant pris, l’autre laissé. Il en est de même de ceux qui seront occupés aux meules. La meule est l’œuvre de la loi. Comme donc une partie des Juifs a déjà cru à la prédication des apôtres, et croira encore à la prédication d’Elie pour être justifiée par la foi, aussi une partie sera mise en réserve par la foi et par les bonnes œuvres, tandis que l’autre sera laissée au travail infructueux de la loi, s’occupant inutilement à moudre, et ne parvenant jamais à faire le pain de la nourriture céleste. »
S. Hilaire parle ici du discernement qui sera fait des hommes à la fin du monde. Il distingue deux peuples, non pas de Juifs et de Gentils, mais de fidèles et d’infidèles. Les Juifs qui viennent après ne sont que la moindre partie de ces deux peuples. Car ils ne représentent que ceux qui seront occupés aux meules. S. Hilaire n’affecte donc pas le ministère d’Elie au seul peuple Juif. D’ailleurs ce père ne doutant pas que Moïse ne revienne avec Elie, quelle apparence qu’il ait ôté à Moïse une mission qui lui est comme dévolue sur les Juifs, pour ne l’envoyer qu’aux Gentils, tandis qu’Elie convertira les Juifs ? S. Hilaire a certainement regardé la mission d’Elie comme devant être par indivis avec celle de Moïse, et il l’a étendue sur tous les peuples infidèles.
(à suivre…)
Re: DISSERTATION CRITIQUE ET THEOLOGIQUE DU PERE HOUBIGANT DE L'ORATOIRE SUR LA VENUE D'ELIE
Publié : mer. 30 juil. 2025 12:31
par Mercè
VICTOR D’ANTIOCHE.
Victor d’Antioche a écrit un commentaire sur S. Marc avant la mort de Julien l’Apostat, ce qu’on connaît par un endroit remarquable de son commentaire que je vais rapporter.
« Vous voyez ce bel édifice, il n’en sera pas laissé pierre sur pierre. Si quelques-uns prétendent que cette prédiction n’est pas encore accomplie, parce qu’il reste encore des ruines du temple, je leur réponds que l’assertion de J.-C. n’en est pas moins véritable. Car quant au culte de la loi, il n’en reste aucune trace dans l’endroit où il était établi autrefois, et ce n’est depuis longtemps qu’une solitude affreuse. J’avoue qu’il y a encore une partie du temple qui subsiste, puisqu’il n’est ruiné que jusqu’aux fondements, mais de ce qui est déjà démoli, on peut assurer que le reste le sera dans son temps. »
Ce temps était proche, car Julien ayant entrepris de faire rétablir le temple, il survint un tremblement de terre qui fit sauter les fondements et dispersa les pierres de tous côtés.
Le témoignage de Victor sur la venue d’Elie est à peu près semblable à celui d’Origène.
« Les disciples le consultent sur ce que les Pharisiens avaient continuellement dans la bouche au sujet de la venue d’Elie. Le Seigneur consulté n’infirme point l’oracle du prophète, mais le confirme; car il dit : Elie viendra et rétablira toutes choses. » (Victor. Antioch. In Marc. c. 9. Bibl. Patrum, tom. 4, pag. 391,403 )
(à suivre…)