AVANT-PROPOS
L'insistance de nombreux amis nous décide à confier aux Editions FIDELITER la publication, en volume, de sept articles parus de mai 1978 à mai 1979, dans la revue «FIDELITER».
Nous avons revu et quelque peu complété ces articles, qui constituent les sept principaux chapitres de ce livre. Nous y avons ajouté un épilogue sur l'influence des milieux protestants sur la réforme liturgique, qui contient un document très peu connu et encore jamais exploité : le rite de l'Eucharistie de Taizé en 1959. Les portraits photographiques des principaux personnages mis en scène dans notre étude n'ont pas seulement pour but d'agrémenter cet ouvrage, mais ils veulent aussi aider notre lecteur à mieux comprendre ces personnes, car nous croyons, avec Barbey d'Aurévilly, que «le visage, c'est l'âme retroussée».
Notre étude n'est pas exhaustive, elle n'a d'autre prétention que d'être l'ébauche d'une recherche sur les causes de l'«autodémolition de l'église» que dénonçait Paul VI.
Notre diagnostic pourra peut-être paraître sévère à certains, à ceux surtout qui ont coopéré, dans leur jeunesse sacerdotale, au «Mouvement liturgique». Presque tous, aujourd'hui, se rendent compte que l'on a abusé de leur générosité. Si certains ne sont pas d'accord avec nos conclusions, qu'ils nous le disent, et nous indiquent nos erreurs.
Nous voudrions aussi mettre nos lecteurs en garde contre une certaine mode intellectuelle qui se répand comme une peste dans nos milieux réputés «traditionalistes» : l'esprit de surenchère dans l'opinion la plus extrême qui fait rechercher, à tout prix, la position la plus «dure», comme si la vérité d'une proposition souffrait d'être influencée par un parti pris volontariste d'anti-quoi-que-ce-soit.
Que notre lecteur fuie aussi l'esprit de simplification qui fait bon marché de toutes les distinctions nécessaires à un raisonnement juste.
Pour indiquer enfin l'orientation de nos travaux, nous souscrivons entièrement à l'envoi que l'Abbé Dulac adresse à qui veut l'entendre, en fin de son remarquable ouvrage sur «La collégialité épiscopale au deuxième Concile du Vatican» 1.
«J'adresse les dernières lignes de cet ouvrage, écrit l'Abbé Dulac, à mes condisciples, à nos amis, proches ou lointains. Ils souffrent, nous souffrons des humiliations subies par l'Eglise notre mère, au cours de ce Concile dénaturé, et après. Mais nous souffrons dans l'Eglise ! Ne pensons pas que c'est à nous, et à distance, de la guérir de ses blessures. Souvenons-nous du conseil vraiment catholique donné par Denys d'Alexandrie au schismatique Novatien : «Si, comme tu le prétends, c'est contre ton gré (que tu es séparé de l'Eglise) prouve-le nous en revenant, de ton gré»
«Et cet autre conseil, de notre Yves de Chartres, dont nous osons adapter le sens à notre objet : «S'il arrive que certains se plaignent d'avoir été accablés, à l'excès, par l'autorité de l'Eglise elle-même, alors que ce soit d'Elle à Elle qu'ils aillent chercher refuge ; qu'ils demandent le soulagement là même où ils ont éprouvé l'accablement : inde levamen... unde gravamen».
«Nous voulons, amis, violemment, garder la foi «de toujours» ? Que ce soit aussi la foi SALUTAIRE. Croyons, mais «comme il faut»: sicut oportet 2. Cette foi n'est pas une simple exactitude. Elle n'est certes rien, si elle n'est pas conforme, dans son objet et dans ses motifs, à la Révélation du Verbe de Dieu fait homme. Mais elle n'est rien, non plus, si elle n'est pas professée dans l'Eglise, in medio Ecclesiae : dans ce milieu biologique où nous avons été plongés au jour de notre baptême, la foi vitalisant l'eau et l'eau sanctifiant la foi, devenue la pure lumière qui joint l'âme du
fidèle à la Lumière de gloire du Seigneur, vivant dans Son Eglise.
«L'Eglise d'Afrique connut, au temps de Saint Augustin, une «crise» qui ressemble à la nôtre. Souvenons-nous des paroles que l'évêque d'Hippone adressa, un jour, à l'un des chefs de la secte donatiste, Emeritus, présent dans l'assistance . «En dehors de l'Eglise, il peut tout posséder, Emeritus, hormis le salut. Il peut avoir la dignité (de l'épiscopat), il peut avoir le Sacrement, il peut chanter l'Alléluia, il peut répondre Amen, posséder l'Evangile, avoir et prêcher la foi ; mais nulle part, sinon dans l'Eglise, il pourra trouver le salut».
«EGLISE D'ABORD I
«C'est Elle, Elle seule, la Catholica, visible dans son chef visible, l'Evêque de Rome, même un jour défaillant, elle seule qui saura séparer le pur froment et la paille de tous les aggiornamenti».
C'est pour aider à ce discernement du froment et de la paille que nous avons écrit ce livre, IN CARITATE NON FICTA.
1 «La collégialité épiscopale au deuxième Concile du Vatican», par l'Abbé Raymond Dulac. Ed. du Cèdre, Paris, 1979, pp. 159-160.
2 Expression consacrée, qu'on trouve, comme une formule définie, au Concile d'Orange (an. 529) : c. 6. Vd Dz. Sch.: 376. Son usage
est fréquent dans la théologie du Moyen Age.
À SUIVRE...