Accusations d'inaction contre Urbain II et la papauté durant les croisades
Publié : dim. 19 mai 2019 10:57
Que penser de ces accusations ?Missions des Souverains, par le marquis d'Alveydre, pp. 111 - 114 a écrit : la possession de Jérusalem avait une exceptionnelle importance, dont un Souverain Pontife réel n'eut pas manqué de connaître toute la religieuse et sociale signification.
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La papauté eût fait ces choses, si elle eût pu les concevoir et les vouloir, et elle les eût conçues et voulues, si elle eût été en fonction théocratique et religieuse. Ainsi, pendant le temps qu'elle mit, de la fin du onzième siècle au commencement du treizième, à faire tuer inutilement des hommes et à ne créer que des ruines, elle eût organisé l'Europe, l'Asie et l'Afrique socialement, dans une civilisation telle que celle de nos jours n'en peut même pas donner l'idée.
Jérusalem venait de tomber des mains civilisées et tolérantes des khalifes de Bagdad et du Caire dans les poings barbares, fermés sur le sabre, des Turcs du Kharisme. Les pèlerins qui revenaient chaque année de Palestine agitaient les peuples par leurs récits. L'histoire prouve qu'Urbain II ne vit dans ces signes du temps qu'une occasion de faire plus sûrement en Occident sa petite guerre à l'empereur d'Allemagne.
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Le ressort vivant de la foi souleva la Chrétienté. Tout l'Occident en masse se leva, depuis les qu'aux serfs, depuis les vieillards et les femmes jusqu'aux petits enfants, depuis les saints jusqu'aux bandits. Jérusalem ! Jérusalem ! tel était le cri qui sortit, après le concile de Clermont, de plusieurs millions de poitrines humaines, où palpitaient autant d'âmes chrétiennes, comme soulevées de terre par l'âme de Jésus-Christ.
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Si un pape romain avait, en effet, pu ressentir au coeur et à la tête la flamme sacrée, (...) il eût pris le commandement de l'expédition. Urbain II resta tranquillement à Rome, à continuer le jeu du saint Siège sur l'enjeu des intérêts occidentaux, sa petite politique (...) et laissa se ruer dans la mort ces millions d'êtres vivants qui, eux aussi, auraient pu lui dire en passant : Ave, Caesar ! Morituri te salutant !
L'avalanche humaine qui partit ne fut qu'une cohue inorganique, sans tête, sans corps social, sans plan, allant à l'aventure, véritable chaos voué d'avance à semer sa marche d'ossements humains, et auquel un légat donna Constantinople pour rendez-vous.
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En Allemagne, le premier acte des Croisés fut naturellement d'égorger les Juifs et de les voler, puis d'exciter à ce point l'indignation des Hongrois qu'ils s'en firent repousser par les armes.
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Les papes, qui seuls étaient en situation de dicter ce que l'on devait faire, étaient occupés tout entiers par les misérables agiotages de leur rivalité avec l'empereur de Germanie. Livré à ses seules ressources, comme à ses seules connaissances, Godefroy de Bouillon fonda un royaume des plus précaires. (...) Ce royaume ne vécut pas cent ans. Pendant que la Chrétienté occidentale venait d'accomplir ces gigantesques et stériles efforts, Urbain II poussait le parricide Henri V à arracher la couronne impériale à son père.