Homélie de S. Léon Le Grand sur la Transfiguration
Publié : dim. 25 févr. 2018 21:38

(à suivre)Saint Léon Le Grand a écrit :
En ce temps-là, Jésus ayant pris avec lui Pierre, Jacques et Jean, son frère, les conduisit sur une haute montagne, et il fut transfiguré devant eux: Matth. XVII., 1, 2.
L'Évangile dont vous venez d'entendre la lecture, mes chers frères, en éclairant notre esprit, nous invite à méditer avec intelligence le mystère qui y est renfermé. Pour y parvenir plus facilement avec la grâce de Dieu, considérons attentivement ce qui nous a été dit dans les instructions précédentes.
Notre-Seigneur Jésus-Christ, Sauveur de tous les hommes, en établissant cette foi qui rappelle les impies à la justice et les morts à la vie, voulait persuader à ses Disciples, par les miracles qu'il opérait et les maximes contenues dans sa doctrine, qu'il était en même temps Fils de Dieu et Fils de l'homme (1).
La croyance d'un de ces articles sans l'autre, devient inutile pour le salut, et on se perd également en croyant que Notre-Seigneur est Dieu sans être homme, ou qu'il est homme sans être Dieu, Il faut, pour être sauvé, reconnaître en lui l'union des deux natures, parce que de même qu'en sa personne, l'humanité est unie à la divinité, la divinité l'est réellement à l'humanité.
Le Sauveur, pour confirmer ses Disciples dans cette confession de foi si salutaire, les avait interrogés pour savoir ce qu'ils pensaient de sa personne, malgré l'incertitude des jugements que les hommes portaient de lui. Ce fut alors que l'Apôtre saint Pierre, éclairé par la révélation du Père céleste, s'élevant au-dessus des choses sensibles et de la raison humaine, le reconnut pour le Fils du Dieu vivant. La lumière intérieure qui l'éclairait, lui fit rendre cet hommage à la divinité de son maître, parce que, sans s'arrêter à la chair et au sang, il éleva ses vues au-dessus de l'humanité du Seigneur Jésus. La sublimité de sa foi fut si agréable au Sauveur, que, déclaré bienheureux par Jésus-Christ lui-même, il reçut l'assurance qu'il serait une pierre inébranlable sur laquelle son Église serait bâtie, et que tous les efforts de l'enfer et de la mort ne pourraient jamais la renverser. Il lui fut aussi promis que tout ce qu'il lierait ou délierait sur la terre, serait lié ou délié dans le Ciel.
Mais, après avoir donné à l'intelligence que saint Pierre avait de sa divinité les louanges qu'elle méritait, il fallait aussi l'éclairer sur le mystère renfermé dans l'union de notre humanité avec sa substance divine, afin que la foi de cet Apôtre, qui l'avait élevé jusqu'à la connaissance de sa personne divine, ne regardât point comme indigne de Dieu ou peu convenable à sa majesté de faire l'épreuve de nos infirmités, et ne jugeât point que le corps de l'homme en lui, était tellement revêtu des qualités propres aux corps glorieux, qu'il fût incapable de souffrir et de mourir.
Car lorsque le Seigneur dit qu'il fallait qu'il allât à Jérusalem et qu'il y souffrît beaucoup de la part des Princes des Prêtres, des Scribes et des Docteurs de la loi, qu'il y fût mis à mort et qu'il ressuscitât le troisième jour, le bienheureux Pierre qui, éclairé de la lumière d'En-Haut, venait de confesser avec tant d'ardeur la divinité de Jésus-Christ, croyant avoir des pensées dignes de la grandeur de son maître, voulut le détourner du dessein où il était de s'exposer aux outrages et à la mort. Mais Jésus lui adressa une douce réprimande, qui excita même en lui le désir de participer aux ignominies de sa Passion.
L'exhortation que le Sauveur fit en cette occasion à ses Disciples leur inspira le détachement du monde, et leur apprit que tous ceux qui voudraient le suivre devraient faire abnégation d'eux-mêmes et mépriser la perte de toutes les choses passagères, appelés qu'ils étaient à la jouissance des biens éternels, parce que, pour sauver son âme, il ne fallait pas craindre de sacrifier sa vie
à Jésus-Christ (1).
(1) Matth., XVI, 25.