Revue Sub Tuum Praesidium, n ̊ 39 (Mai 1994)
1. L ’ ECH0 DE LA TRADITI0N
AU TEMPS DE NOÉ
Miséricordieuse intervention et patience de Dieu :
Saint Jean Chrysostome a écrit :
32. "Cependant, même après leurs actions coupables et leurs pensées impures, admirez encore la Bonté de Dieu :
"Le Seigneur Dieu dit : Mon Esprit ne restera pas perpétuellement dans ces hommes, car ils sont charnels. Leurs jours seront cent-vingt ans."
On peut voir dans ce peu de paroles l'abîme de la Miséricorde ...
Par "esprit", il entend ici sa Puissance qui nous protège, et il prédit ainsi leur perte.
Et pour faire voir que c 'est bien de cela qu'il s'agit, il ajoute : "car ils sont charnels", c.a.d. s'abandonnent tout entiers aux oeuvres de la chair en négligeant les biens de l'âme, et passent leur vie comme s'ils n'étaient formés que de chair et si l'âme leur manquait.
C'est en effet un usage constant de l'Ecriture d'appeler "chair" les hommes charnels ; pour les hommes vertueux, au contraire, Elle dit qu’ils n’ont pas de chair (cf. Rom.8,9) ...
Comme "ils sont chair", je ne tolérerai pas plus, longtemps la souillure de leurs péchés.
33. Vous avez vu combien son indignation était grande, ses menaces terribles; voyez comme la miséricorde se mêle à cette indignation et à ces menaces.
Tel est Notre Seigneur souvent il nous fait des menaces, non pour les accomplir, mais pour nous corriger et ne pas les réaliser.
Car s'il voulait punir, pourquoi prévenir ? Mais comme il ne le voudrait pas, il hésite et diffère toujours, il attend, il prévient, offrant aux coupables une occasion d'éviter le châtiment en fuyant le vice et pratiquant la vertu.
34. Ainsi il a commencé par menacer d'une destruction générale.
Car ces paroles : "Mon Esprit ne restera pas perpétuellement dans ces hommes parce qu'ils sont chair", reviennent à dire : je ne les laisserai pas vivre longtemps.
Pourtant, non content des cinq cents ans de patience qu'il avait montrée pendant toute la vie de Noé .... il recule et diffère encore l'effet de son indignation, il le reporte à une époque plus éloignée et il leur dit : je vous ai menacés, j'ai annoncé publiquement la colère que la multitude de vos péchés a justement excitée en Moi ; cependant, comme je désire le salut, même des pécheurs incurables, et que je ne voudrais faire périr personne, je vous accorde encore un sursis de cent-vingt ans.
Si vous voulez vous purifier de vos péchés, revenir à de meilleurs sentiments et pratiquer la vertu, vous éviterez le châtiment qui vous attend...
35. Quelques personnes pensent que ce nombre de 120 ans est le terme de la vie. Ce n’est pas là ce que Dieu veut dire, mais il veut montrer jusqu'où va la patience qu'il conserve encore après tant de péchés."
(Saint Jean Chrysostome, hom. 22 in Gen.)
36. "Dieu leur annonce ainsi d'avance que son indignation déborde ; ensuite, voulant leur donner un temps suffisant pour se repentir, pour échapper aux effets de son indignation, il dit : "Le temps de l'homme ne sera plus que de 120 ans" (Gen. 6,3).
Autrement dit, j'attendrai encore, j'ajouterai à ces cinq cents ans pendant lesquels cet homme juste ... les a suffisamment avertis ... de renoncer à l'iniquité, de se convertir à la vertu.
Maintenant encore, malgré tant de patience dans le passé, je leur fais la promesse de les supporter 120 années de plus, afin qu'ils emploient comme il convient le temps qui s'écoulera encore ; afin qu'ils s'écartent de l'iniquité et se convertissent à la vertu."
(Saint Jean Chrysostome, hom. 25 in Gen.)
37. On peut néanmoins souligner parallèlement un autre motif à cette prolongation.
La vie des hommes avant le déluge durait en moyenne dix fois plus longtemps que celle d'après le déluge.
Or, dans la tranche de ce siècle ajouté comme délai, vivaient encore deux des huit Patriarches de la bonne descendance ayant connu le Protoplaste ou premier homme formé de la main même de Dieu.
38. Voici en effet quels sont ces huit Patriarches ou fils aînés de la bonne descendance issue d'Adam (0-930) par Seth (130-1042) compris parmi eux : Enos (235-1140), Cainan (325-1235), Malaleel (395-1290), Jared (460-1422).. Hénoch (né en 622 et emporté par Dieu en 987), Mathusalem (687-1656), et Lamech (874-1651).
39. Le déluge ayant eu lieu en 1656 après la création du Protoplaste, Lamech, père de Noé (1056-2006), trépassa donc quatre ans avant le déluge, tandis que Mathusalem, grand-père de Noé, trépassa l'année même du déluge, Dieu ayant attendu la mort de ce dernier Patriarche ayant connu le Protoplaste pour déclencher ce cataclysme universel.
Saint Jean Chrysostome a écrit :
40. "Il ne suffit point à Dieu de promettre 120 ans, il commanda au juste de construire une arche dont le seul aspect suffisait pour raviver leur mémoire, et ne permettait à personne d'ignorer la grandeur du châtiment à venir.
Car, ce seul fait, que ce juste, qui était parvenu à la vertu la plus haute, construisait l'arche avec tant d'ardeur, devait suffire pour inspirer à tous ceux qui n'étaient pas dépourvus de sens l'angoisse et l'épouvante ; pour leur persuader d'apaiser enfin le Dieu qui leur montrait ainsi sa Clémence et sa Bonté."
(Saint Jean Chrysostome, hom. 25 in Gen.)
41. "Il avertit, par la fabrication de cette arche, ceux qui s'étaient rendus coupables de péchés si graves de réfléchir sur leurs actions, de venir à résipiscence, pour échapper à la colère.
En effet, ce n'était pas un délai de courte durée qu' offrait au repentir la construction de l’arche ; le temps, certes, était considérable, suffisant, s'ils n'avaient été plongés dans l'ingratitude, dans l'engourdissement stupide qui les empêcha de corriger leurs erreurs.
42. Il était naturel que chacun d'eux, voyant l'homme juste qui construisait l'arche, que chacun d'eux, averti d'ailleurs de la colère divine, se repentit de ses fautes ; il suffisait de vouloir.
Mais ce délai ne leur fut d'aucune utilité. Ils ne se sont pas repentis.
Ce n'est pas parce qu'ils ne pouvaient pas se repentir, mais parce qu'ils ne le voulaient pas "
(Saint Jean Chrysostome, hom. 24 in Gen.)