La Toussaint
Publié : mer. 01 nov. 2017 18:54
La Beatitude éternelle
Les Petits Bollandistes a écrit :
[…] de l'excellence de ces bienheureuses créatures, qui composent la Jérusalem céleste, je remarque qu'il y a principalement trois choses qui relèvent une personne et nous la rendent recommandable : sa naissance, ses vertus et ses emplois ; sa naissance, si elle est illustre ; ses vertus, si elles sont éminentes ; ses emplois, s'ils sont éclatants et glorieux. Or, ces trois choses se trouvent avec un merveilleux avantage dans ces habitants du paradis.
Leur naissance est illustre, puisqu'ils sont tous nés de Dieu, qu'ils portent tous l'auguste qualité de ses enfants, et ensuite celle des frères de Jésus-Christ et de temples du Saint-Esprit.
Vous devez observer qu'ils portent cette qualité d'une manière bien plus noble que nous ne faisons sur la terre ; car la grâce qui les fait enfants de Dieu est une grâce dominante, qui remplit toutes leurs facultés, sans y rien laisser des faiblesses de la génération de l'homme ; une grâce invariable qu'ils ne peuvent jamais perdre et qui ne leur sera jamais ôtée ; une grâce consommée, qui les rend actuellement héritiers de leur Père et les met dans la possession de son royaume.
Leurs vertus sont suréminentes, puisque excepté celles qui supposent quelque défaut et sont ensuite incompatibles avec le bonheur et la sainteté de leur état, ils les possèdent toutes dans un degré très héroïque ; je veux dire celles qui les regardent eux-mêmes, et celles qui ont rapport aux autres créatures. Et qui pourrait représenter la plénitude de leur sagesse, l'ardeur de leur amour, l'étendue de leur reconnaissance, la ferveur de leur zèle, la profondeur de leur humilité, l'excellence de leur pureté, le calme et la paix de leur cœur, la perfection de leur justice, la grandeur de leur miséricorde, et l'esprit d'union et de concorde qui règne entre eux ?
Pour leurs emplois, il n'y a rien de si éclatant et de si glorieux.
Saint Augustin les réduit à trois qui sont sans doute les principaux : voir Dieu, aimer Dieu, louer Dieu ; voir Dieu intuitivement, et tel qu'Il est Lui-même ; aimer Dieu pleinement et de toutes les forces et les puissances de l'âme ; louer Dieu infatigablement et de la manière dont Il est digne d'être loué.
C'est ce que font les Saints dans le ciel, et ce qu'ils feront dans l'éternité. Voilà leur emploi et leur fonction, qui est aussi l'occupation de Dieu avant tous les siècles et durant toute la durée de son être.
D'ailleurs, quelle langue pourrait exprimer les charmes et douceurs de leur béatitude : le Roi-Prophète n'en parle que par étonnement.
Quam magna multitudo dulcedinis tuæ, Domine, quam abscondisti timentibus te ! Ô Seigneur, ô mon Dieu, que les délices que vous avez réservées pour ceux qui vous craignent sont abondantes et excessives !
Saint Paul, après le prophète Isaïe, nous assure que ces biens sont si éminents, que l'œil n'a jamais rien vu, que l'oreille n'a jamais rien entendu et que le cœur de l'homme n'a jamais rien conçu qui leur soit comparable.
Et saint Augustin dit dans le même sens que cette splendeur, cette beauté et cet éclat qui nous sont préparés, et dont les Saints jouissent déjà, sont au-dessus de tous les discours et de toutes les pensées des hommes.
D'où il faut inférer qu'elles surpassent toute la gloire de Salomon, toute la magnificence des césars, toutes les richesses des rois, toute la pompe des triomphes, tous les plaisirs des sens et toutes les raretés de cet univers.
Sainte Catherine de Sienne, en ayant vu dans l'un de ses transports une montre et un échantillon, ne pouvait s'empêcher, lorsqu'elle fut revenue à elle-même, de s'écrier : « J'ai vu des merveilles, j'ai vu des merveilles ! »
Et comme son confesseur la pria instamment d'expliquer ce qu'elle avait vu, elle lui répondit à peu près ce que nous lisons dans le même saint Augustin, au traité 34 sur saint Jean : Desiderari potest, concupisci potest, suspirari in illud potest ; digne cogitari et verbis explicari non potest : On peut aimer cette béatitude, on peut la désirer avec ardeur, on peut soupirer après elle, mais il est impossible d'en former des pensées ni d'en faire des discours qui répondent à son excellence.