Sermon : Le zèle pour l'honneur de notre religion
Publié : dim. 22 oct. 2017 17:02
Bourdaloue a écrit : SERMON POUR LE VINGTIÈME DIMANCHE APRÈS LA PENTECÔTE.
SUR LE ZÈLE POUR L'HONNEUR DE LA RELIGION.
ANALYSE.
Sujet. Il crut en Jésus-Christ, et toute sa maison crut comme lui.
Parce que ce maître ne se contenta pas de croire, mais qu'il parla selon sa créance, qu'il confessa Jésus-Christ de bouche et par œuvres, il engagea toute sa maison à croire comme lui. Tel est le zèle que nous devons avoir pour l'honneur de la religion.
Division. Comme chrétiens, nous reconnaissons dans notre religion deux qualités essentielles, la vérité et la sainteté : la vérité de sa doctrine, et la sainteté de sa morale. De là suivent deux conséquences qui doivent faire tout le fond de ce discours. Notre religion est vraie ; donc nous devons tous l'honorer par la profession de notre foi : première partie. Notre religion est sainte; donc nous devons tous l'honorer par la pureté de nos mœurs : deuxième partie.
Première partie. Notre religion est vraie; donc nous devons tous l'honorer par la profession de notre foi. C'est une décision de l’Apôtre, que pour acquérir la justice chrétienne et pour parvenir au salut, il faut deux choses : croire dans le cœur, et au dehors profession de sa créance. Voilà l'hommage qu'ont rendu à la religion les premiers fidèles ; et, selon le témoignage de Tertullien, rien n'a plus contribué à l'établir et à la répandre dans le monde, que la constance des martyrs à la professer hautement et aux dépens de leur vie.
Cette profession de notre foi et l'honneur qu'en retire la religion, est pour nous d'un devoir si rigoureux, que nous n'y pouvons manquer sans en devenir responsables à Dieu, à l’Église et à toute la société des fidèles. 1° Responsables à Dieu, qui ne doit pas seulement être honoré par un culte intérieur, mais par un culte visible et extérieur. 2° Responsables à l’Église, qui demande de nous et a droit de demander une confession publique, comme une ratification authentique et solennelle de la promesse faite pour nous dans notre baptême, et de l'engagement contracté en notre nom. 3° Responsables à toute la société des fidèles, à qui nous refusons l'exemple, et, dans cet exemple, le soutien que nous nous devons les uns aux autres contre le libertinage.
Voilà de puissantes raisons ; mais, par la plus criminelle prévarication, au lieu d'honorer notre foi en la professant, nous la déshonorons par nos scandales. Scandales directs, et ce sont des scandales de libertinage et d'irréligion. Scandales indirects et ce sont des scandales d'indifférence, de négligence, de respect humain en matière de religion. 1° Scandales directs, scandales de libertinage et d'irréligion : railleries des choses saintes, préoccupation contre l’Église, discours et raisonnements sur les articles de la foi, livres contagieux où la foi est artificieusement corrompue, liaisons avec des gens connus pour être des incrédules et des athées, entretiens où se débitent des maximes formellement opposées à la morale de l’Évangile. 2° Scandales indirects. Scandale d'indifférence : qu'il s'élève sur des points importants quelques contestations, on dit qu'on ne prend point de parti. Scandale de ce qu'on ne pratique nul exercice de religion. Scandale de complaisance : on prête l'oreille aux paroles licencieuses de quelques amis dont la foi est très-suspecte. Scandale de respect humain : on n'ose parler pour la religion en présence d'un maître, d'un grand. Soyons avec Dieu de bonne foi : et si nous sommes à lui, faisons-le connaître.