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Le Grand Pardon de Notre Dame du Puy

Publié : dim. 13 mars 2016 22:31
par Laetitia
  
                                                                                     Pèlerinage à Notre Dame du Puy,
Inspiré de l'ouvrage : Pèlerinage à Notre Dame du Puy, suivi d'un recueil de prières et autres pratiques de dévotion, édité au Puy en 1842

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                                                                               à la plus douce consolatrice,

                                                                                       à la Vierge immaculée,

                                                                                                             à Marie,

                                                                           patronne protectrice de la France :

                                                                                              Amour et Gloire.


                            Pèlerins sur une terre d'exil, couverte de tombeaux et de cyprès, où notre âme ne rencontre que tristesse, afflictions et misères, nous venons chercher un peu de repos, puiser quelques consolations aux pieds des autels de ce sanctuaire du Puy en Velay que vous vous êtes choisi, et où depuis tant de siècles, vous ne cessez de manifester aux âmes pieuses les merveilleux effets de votre immense charité et de votre puissante protection.

                             Nous vous en prions, ô Mère de compassion, écouter nos prières et exaucer nos vœux ; mais notre pauvreté ne nous permettant pas de laisser dans votre saint temple la moindre trace de notre reconnaissance, nous avons recueilli quelques-unes de ces intéressantes traditions qui sont parvenues jusqu'à nous.

                             Si vous daignez, ô Marie ! Accueillir ce faible fruit de notre travail, s'il peut offrir quelque attrait à la dévotion de vos serviteurs, quelque aliment à leur piété, nous aurons atteint le but que nous nous sommes proposé.

Re: Le Grand Pardon de Notre Dame du Puy

Publié : mar. 15 mars 2016 9:28
par Laetitia
[i]Pèlerinage à Notre Dame du Puy[/i], Le Puy, 1842 a écrit :Considérations générales sur les pèlerinages.

On entend, en général, par pèlerinage, un voyage fait par un motif de piété, vers un objet dont la vue excite la dévotion, vers un lieu où l'on espère obtenir quelque grâce ou quelque bienfait du Ciel.

L'origine des pèlerinages remonte à la plus haute antiquité; les Israélites allaient visiter Jérusalem et les autres lieux de la Judée , auxquels se rattachaient quelques pieux souvenirs. Après eux les premiers chrétiens venaient contempler les lieux illustrés par la présence du Sauveur et de son auguste Mère. Ils allaient prier et pleurer sur les tombeaux des Saints et des Martyrs. Depuis cette époque reculée , jusqu'à nos jours , cette dévotion des pèlerinages ne s'est point ralentie, elle a au contraire pris un grand accroissement ; c'est à elle que l'on doit cette multitude de sanctuaires qui se sont élevés sur tous les points de la France et de l'univers catholique.
[i]Pèlerinage à Notre Dame du Puy[/i], Le Puy, 1842 a écrit :Origine de la dévotion à Notre-Dame du Puy.

Il est peu de sanctuaires de Marie , que le Seigneur ait environnés d'autant de gloire, dit le pieux auteur des pèlerinages aux sanctuaires de la Mère de Dieu, que celui de Notre-Dame du Puy. Son antiquité reculée , l'affluence des pèlerins, la qualité des personnes que la piété y conduit aux pieds de la Vierge , les grâces signalées qu'elle se plaît à y répandre de cette source de salut, en ont fait un des pèlerinages les plus célèbres de la France, et même de l'univers. (*)

En effet, si nous interrogeons les anciennes traditions , si nous consultons les annales de l'histoire de la province du Velay, nous voyons que l'origine de la dévotion à Notre-Dame du Puy remonte aux premiers siècles du Christianisme. Les ténèbres de l'erreur et les Temples de l'idolâtrie couvraient encore une grande partie de la Gaule , lorsque déjà les habitants des montagnes du Velay adoraient le vrai Dieu sur les autels de la nouvelle alliance, et élevaient leurs mains suppliantes vers celle que l’Église appelle avec tant de raison , la consolatrice des affligés et le refuge des pécheurs. (**)

Saint Georges , premier apôtre et premier évêque du Velay, et ses six premiers successeurs, tous fidèles serviteurs de Marie, avaient cherché à allumer dans le cœur des premiers chrétiens le feu de la dévotion à la Mère de Dieu. Ces illustres prélats que Dieu avait honorés du don de miracles , et auxquels l’Église a élevé des autels, avaient eu plusieurs fois révélation d'en haut que Marie voulait être honorée sur le coteau du Mont-Anis, qu'elle s'était elle-même choisi. Plusieurs prodiges opérés en ce lieu par la médiation de l'auguste Mère de Dieu, ne permettaient pas d'en douter; voici de quelle manière les anciens historiens de Notre-Dame du Puy racontent ces miracles.

(*) Ouvrage publié sous les auspices de Mgr. de Bonald, Archevêque de Lyon et ancien Évêque du Puy.
(**) Le Velay est sans contredit le pays de France où le culte de Notre-Dame est le plus anciennement en honneur. S'il faut en croire les vieux chroniqueurs et historiens, ce fut saint Georges, un des 72 disciples de Jésus-Christ, qui porta le premier la Foi dans nos montagnes, et qui, sur une vision miraculeuse de la Vierge, détermina le lieu où serait bâti son Temple.(Francisque Mandet, histoire poétique et littéraire de l'ancien Velay.)
Cependant l'opinion la plus commune, le sentiment le plus accrédité est que le Velay a été évangélisé vers le milieu du troisième siècle, et que saint Georges reçut sa mission sous le règne de Dèce, le pontificat de saint Fabien , c'est-à-dire vers l'an 258.

Re: Le Grand Pardon de Notre Dame du Puy

Publié : mer. 16 mars 2016 10:27
par Laetitia
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                                                                              Le Puy en Velay au début du XIXe siècle (vous pouvez cliquer sur l'image pour l'agrandir).
[i]Pèlerinage à Notre Dame du Puy[/i], Le Puy, 1842 a écrit :Premier miracle opéré sur le Mont-Anis.

Une noble Dame de la Gaule, l'une de ces premières disciples du Christianisme dans le Velay, qui venait d'être régénérée dans les eaux du Baptême, est atteinte d'une maladie cruelle contre laquelle avaient échoué tous les efforts de la médecine. Cette pieuse servante de Dieu , qui connaissait la compassion de Marie pour les âmes malheureuses, lève ses mains suppliantes vers cette mère de douleur. Une voix mystérieuse lui conseille d'aller chercher du soulagement au sommet d'un coteau désert, le Mont-Anis, qui s'élève à quelque distance de sa demeure.

La malade se fait transporter sur le lieu indiqué : elle se fait déposer sur le premier fragment du rocher qui se présente , et là elle invoque de nouveau la protection de Marie. Bientôt elle aperçoit au milieu des airs un nuage resplendissant de lumière , au milieu duquel elle distingue la Vierge sans tache environnée d'une foule d'esprits célestes.Une voix échappée de la nue fait entendre ce mots : J'ai exaucé vos prières , j'ai mis fin à vos souffrances ; allez dire à Georges, votre pontife que j'ai choisi ce lieu pour y recevoir l'hommage de mes serviteurs.

A la nouvelle de cet événement , saint Georges vient visiter le théâtre de ce prodige; c'était en été, au temps des plus fortes chaleurs ; il trouva le coteau couvert de neige ; en considérant cette neige extraordinaire , il aperçoit les traces qu'y a laissées un cerf sauvage et qui semblent décrire l'enceinte d'un temple. Ne doutant pas que la Mère de Dieu pour laquelle il a tant de vénération, veut être honorée sur ce coteau , mais ne pouvant pas dans sa pauvreté y élever les murs d'un sanctuaire, il se contente de faire planter une haie vive autour de cette neige miraculeuse, et il attend l'époque où il pourra réaliser son projet. C'est sans doute pour conserver la mémoire de cet événement , que l’Église de Notre-Dame du Puy célèbre la fête de la Dédicace le onze juillet. (*)

(*) Un cerf au pas léger, fendant de sa poitrine,
L'amas bouche-chemin de la neige ivoirine,
Cet expert architecte , enfin par sa vigueur,
De ce Temple futur arpente la grandeur.
De l'Eglise les murs sont bornés par sa trace ,
Le cerf bientôt après disparut de la place.
(Hugues d'Avignon. La Velleyade , ou délicieuses merveilles de l'Eglise de Notre-Dame du Puy.)



Second miracle opéré sur le Mont-Anis.

L'un des anciens historiens de Notre-Dame rapporte encore que sous saint Vozy , septième évêque du Velay , une veuve du village de Ceyssac, devenant paralytique par suite d'une dangereuse maladie, Marie, à qui elle avait souvent adressé d'humbles prières , l'avertit une nuit qu'elle obtiendrait sa guérison à l'endroit du Mont-Anis, où elle remarquerait une vieille haie d'épines. Cette promesse la fit hâter de s'y rendre sur un brancard : elle se fit placer au pied d'une roche faite en forme d'autel. S'y étant endormie, elle vit la Reine des cieux, qui lui parla en ces termes : Vos dévotions me sont agréables , et j'ai intercédé pour vous auprès de mon Fils , qui vous délivre de vos souffrances. Annoncez de ma part à mon serviteur Vozy, qu'il exécute le dessein du bienheureux saint Georges, et qu'il me construise ici l'église qu'il avait projetée.

Re: Le Grand Pardon de Notre Dame du Puy

Publié : jeu. 17 mars 2016 10:31
par Laetitia
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                                                                                                                              Le Puy en Velay vers 1840, vu du rocher d'Espaly.
[i]Pèlerinage à Notre Dame du Puy[/i], Le Puy, 1842 a écrit :Troisième miracle. Consécration du sanctuaire de Marie.

Saint Vozy sachant, à n'en pouvoir douter, que Marie voulait être honorée sur le coteau du Mont-Anis, qu'elle avait elle-même choisi pour y faire sa demeure, et voulant commencer la construction de cette église, avait fait un voyage à Rome pour solliciter dans cette entreprise l'assistance du souverain Pontife. Le saint Père lui avait envoyé saint Scrutaire, homme aussi éminent par sa naissance et ses talents que par sa vertu. Ce saint Prêtre qui était très-versé dans l'art de l'architecture, avait, de concert avec saint Vozy et les plus riches habitants du pays, élevé les murs de la maison de la Vierge. Le temple sortait à peine de terre, qu'il avait tous les ornements et toute la perfection qu'avaient pu lui donner ces deux grands serviteurs de Dieu et de Marie. Il fallait procéder à la consécration de ce nouveau tabernacle.

Mais dans ces temps primitifs , cette grande cérémonie religieuse était réservée an Prince des pasteurs, et à leurs délégués. Saint Vozy se crut obligé de faire un second voyage à Rome , soit pour rendre compte de son œuvre au saint Père , soit pour lui demander les pouvoirs qui lui étaient nécessaires et pour consacrer le nouveau Temple, et pour y transférer le siège épiscopal de la province. Dans ce but, notre Saint s'achemine vers la capitale du Monde chrétien. Mais lorsqu'il a fait quelques pas, lorsqu'il a parcouru la moitié de cette distance qui sépare maintenant le Puy du village de Brives sur le bord de la Loire, il rencontre trois vénérables vieillards dont la physionomie, les traits et le costume respirent la noblesse et la candeur , commandent le respect et inspirent la confiance. Notre Saint entre en conversation avec ces nobles voyageurs, il leur fait naïvement part des motifs et du but de son voyage. Pendant qu'il parle encore , l'un de ces vieillards lui dit : N'allez pas plus loin, nous vous apportons tout ce que vous allez chercher. Voilà une cassette , elle contient les reliques et les permissions que vous désirez. Quant à la consécration du temple de Marie, ne vous en inquiétez point, Dieu a confié cette mission aux esprits célestes qui environnent le trône du Tout-Puissant.
Après ces mots , les trois vieillards disparaissent, laissant notre saint dans le plus indicible étonnement. Cependant revenu à lui-même, il prend le précieux trésor que lui ont laissé ces nobles étrangers, puis il appelle ses prêtres; il réunit les fidèles d'alentour, et après leur avoir fait part de ce qui vient de lui arriver , il les invite à le suivre processionnellement au saint Temple.
Lorsque ce pieux cortège est arrivé au seuil du nouveau sanctuaire, les portes s'ouvrent d'elles-mêmes pour lui livrer passage; lorsqu'on a pénétré dans son enceinte, on y respire un parfum dont personne ne peut expliquer la nature. On voit ses autels illuminés comme aux jours des plus grandes solennités ; on voit couler sur leurs flancs un baume et une huile dont on ne peut pas comprendre l'origine; enfin tout annonce que la prophétie du saint vieillard vient de s'accomplir, et que les esprits célestes ont eux-mêmes sanctifié et consacré cette nouvelle demeure de Marie. (*)

Telle est , selon les vieilles traditions, l'origine du mot angélique qu'on donne depuis un temps immémorial à l'église de Notre-Dame du Puy. Tous les habitants du pays montrent encore aujourd'hui le lieu où saint Vozy a rencontré les trois vieillards ; on y fait apercevoir trois pierres que l'on appelle vulgairement les pierres plantées ou les trois pierres, et en mémoire du fait que nous venons de raconter, tous les religieux habitants de la Province ne passent jamais près de ces trois pierres sans se découvrir et sans réciter quelques prières.

Attirés par la piété et le bruit des miracles qui s'opéraient chaque jour dans ce nouveau sanctuaire, une foule de pèlerins ne tardèrent pas à venir le visiter. Un grand nombre de personnes ne tardèrent pas à venir fixer leur demeure autour du temple vénéré. Bientôt comme à Notre-Dame de Lorette et à Montserrat, on vit s'élever autour de ce coteau naguère désert une bourgade, une cité, une ville qui ne tarda pas à jouir des privilèges réservés aux grandes capitales.

Telle est à peu près l'origine pieuse de l'Église angélique de Notre-Dame et en même temps de la ville du Puy. Mais avant d'aller plus loin et pour procéder avec ordre, suivons les progrès de cette dévotion à travers les siècles, et passons une revue des principaux pèlerins qui sont venus visiter le sanctuaire de
Marie.

(*) On conserve dans le musée religieux, fondé par Mgr. de Bonald à la Cathédrale du Puy, deux cierges fort curieux, que l'on prétend avoir servi à la consécration de cette église par la main des anges.
Des cierges qu'on trouva dans l'Eglise allumée
Lors du Sacre laissés par les Anges emplumés.

(Velleyade).

Re: Le Grand Pardon de Notre Dame du Puy

Publié : ven. 18 mars 2016 17:13
par Laetitia
[i]Pèlerinage à Notre Dame du Puy[/i], Le Puy, 1842 a écrit :Progrès de la dévotion à Notre-Dame.
Pèlerins qui sont venus visiter ce saint lieu.


Quelle consolation pour des cœurs dévoués à Marie, de penser aux honneurs que, depuis près de quinze siècles, elle a reçus dans le sanctuaire de Notre-Dame du Puy. Nous sommes venus en pèlerinage à Notre-Dame du Puy, disait, il n'y a plus de mille ans, le grand empereur Charlemagne, pour implorer la bonté divine et prier l'Eternel de nous conserver notre empire et le royaume de France par l'intercession de la miséricordieuse Mère de Dieu, pour augmenter le culte qu'on rend au Tout-Puissant dans cette basilique, où les fidèles viennent de toutes les parties du monde implorer la miséricorde de Dieu par l'intercession de la sainte Vierge, Mère de notre Seigneur. (*)

(*) Charlemagne est venu au Puy, vers l'an 793.

Après cet illustre et religieux Empereur, la Vierge du Puy vit encore s'incliner devant elle bien des têtes couronnées ; les rois de France , Louis-le-débonnaire, Charles-le-chauve , Louis VII, Philippe-Auguste , saint Louis, Philippe-le-hardi , Philippe-le-bel , Charles VI , Charles VII , (*) Louis XI , Charles VIII, François I, etc, (**) vinrent aussi au Puy en pèlerinage, pour donner des preuves authentiques de leur piété et de leur tendre amour pour l'auguste Reine des cieux.

(*) Plusieurs de ces rois, entr'autres, Louis XI, Charles VII et François Ier, vinrent plusieurs fois en pèlerinage à Notre-Dame. François Ier, accompagné de son épouse, de ses fils et des grands du royaume, arriva au Puy le 18 juillet 1533. Parvenu à la porte Panessac, il y trouva deux belles demoiselles richement parées , qui lui remirent les clefs de la ville; puis couvert d'un dais et accompagné des six consuls, et de 1500 jeunes-gens, vêtus de ses couleurs et livrées, il se rendit à la Cathédrale.

(**) Charles VII , jeune encore, était au château d'Espaly , lorsqu'il apprit la mort de son père ; c'est là qu'il fut proclamé roi. Bientôt la piété le conduisit vers le sanctuaire de Notre-Dame du Puy , et ce ne fut pas en vain qu'il eut recours à la Vierge puissante, comme l'attestent les merveilles de son règne et les exploits de Jeanne d'Arc.


La piété conduisit encore aux pieds de Marie bien des têtes couronnées, un grand nombre de personnes d'un rang élevé, les rois d'Aquitaine, d'Aragon et de Sicile; les ducs de Bourgogne, d'Aquitaine et de Toulouse ; les comtes de Bigorre , de Pailha en Espagne , etc. (*)

(*) Le bruit des bienfaits accordés par la Vierge du Mont-Anis, avait déjà tant de retentissement dans toute l'Europe, que les habitants de plusieurs provinces de l'Espagne envoyèrent aussi des présents à la Vierge du Velay, qu'ils appelaient Nuestra senora de Francia, Notre-Dame de France ; et si l'on en croit l'auteur du poème de la Velleyade, la dévotion à Notre-Dame du Puy n'a pas seulement fixé l'attention de l'Europe , mais elle aurait franchi les mers, elle se serait étendue jusque dans les contrées les plus lointaines du Globe. Cet auteur prétend qu'on a vu des Princes chinois venir rendre hommage à la Vierge du Puy.
Montre-leur que du temps des plus grands Jubilés
L'on y a vu des vœux de tous les signalés ,
De l'Ecosse , de Suisse et de la Tartarie
Visiter dans le Puy le Temple de Marie.
De la Chine jadis l'on a vu quelques rois.


Le connétable Duguesclin, ce guerrier aussi religieux que brave et loyal, était aussi venu au Puy pour recommander à la Vierge puissante le succès de ses armes, avant d'aller défendre contre les Anglais Château-Neuf-Randon , théâtre de sa mort glorieuse. (*)

(*) On voit le tombeau de Duguesclin , dans l'Eglise de Saint-Laurent, au Puy.

Re: Le Grand Pardon de Notre Dame du Puy

Publié : ven. 18 mars 2016 17:14
par Laetitia
[i]Pèlerinage à Notre Dame du Puy[/i], Le Puy, 1842 a écrit :Plusieurs Saints vinrent aussi en pèlerinage à Notre-Dame , pour puiser de précieuses grâces à cette source d'où elles jaillissent sans cesse; de ce nombre furent saint Dominique et saint Antoine de Padoue, saint Robert de la Chaise-Dieu, saint Mayeul et saint Odilon de Cluny, saint Vincent-Ferrier, sainte Colette, et le bienheureux saint François-Régis qui avait fait du Puy le centre de ses missions.

Enfin les souverains Pontifes eux-mêmes, en diverses circonstances enseignèrent aux peuples par leur exemple à honorer Marie dans ce lieu si cher à son cœur. Urbain II, Gellase II , Callixte II, Innocent II, Alexandre III, etc., vinrent aussi en pèlerinage à Notre-Dame du Puy. Le premier de ces pontifes, Urbain II, était venu au Puy à l'occasion de la guerre sainte qui fut résolue en 1095 au concile de Clermont ; il voulut en recommander le succès à la vierge du Puy, il mit à la tête des Croisés, en qualité de légat du Saint Siège, Adhémar de Monteil, évéque du Puy. Celui-ci sut justifier un choix aussi honorable, par la prise de Jérusalem et l'affranchissement des lieux saints.

Pendant les siècles suivants , la dévotion, à Notre-Dame du Puy ne se ralentit pas , elle fixe l'attention des souverains pontifes de Rome; ils accordent à l’Église angélique du Puy des privilèges qu'elle n'a partagés avec aucune autre. Ouvrant dans ce saint lieu le précieux trésor des indulgences dont ils sont les dispensateurs ils permettent à l'église du Velay de célébrer un jubilé, chaque fois que la fête de l'Annonciation de Marie concourt avec le Vendredi-Saint. (*)

(*) Le mot Jubilé , formé de l'hébreux Jobel , corne ou instrument à vent , employé pour annoncer les grandes solennités chez les Israélites , d'où est peut-être dérivé le mot jubilare , se réjouir.

Il nous serait impossible de donner une idée de l'immense affluence de pèlerins, qui se rendaient au pied des autels de Marie , à l'époque de ces grandes solennités jubilaires. Le concours des étrangers était si grand, disent les anciens historiens de Notre-Dame , que les chemins qui conduisaient à l'église angélique, n'étant pas assez larges pour leur livrer passage , ils foulaient les récoltes en passant à travers les terres ; et le pays n'ayant pas assez de pain pour les nourrir, on était obligé de faire des approvisionnements dans les villes voisines ; enfin la ville n'étant pas assez grande pour les loger, on était obligé d'improviser des tentes au milieu des champs et des places publiques pour les abriter.

A la fin du 18e siècle, a cette époque de calamité, de désolation et de terreur, où toute manifestation de piété était un crime digne de mort, la dévotion à Notre-Dame du Puy ne s'éteignit pas. Les fidèles n'osant plus pénétrer dans l'église angélique, sur les autels de laquelle on avait placé l'infâme idole de la raison, venaient s'agenouiller, prier, et pleurer devant les murs de ce sanctuaire dépouillé. Mais lorsque l'orage de la révolution se fut apaisé, lorsque le grand Napoléon eut permis à notre France catholique de rouvrir ses temples dévastés , dès que le Diocèse de Marie eut recouvré son premier pasteur, la dévotion à Notre-Dame du Puy reparut avec un nouvel éclat; espérons qu'encore aujourd'hui , comme autrefois dans les grandes solennités jubilaires, on verra la foule innombrable des pèlerins gravir la montagne escarpée où se trouve la demeure de la Patronne du Velay , venir implorer la miséricorde de la Mère de Dieu , et lui demander de nouvelles grâces et de nouvelles bénédictions.

Re: Le Grand Pardon de Notre Dame du Puy

Publié : sam. 19 mars 2016 9:44
par Laetitia
[i]Pèlerinage à ND du Puy[/i] a écrit :Aspect que présente Notre-Dame. Description de cette basilique.

Les pèlerins qui venaient autrefois à l'Eglise angélique de Notre-Dame du Puy, donnaient des marques d'une piété, dont malheureusement les exemples sont fort rares aujourd'hui. A peine étaient-ils arrivés au sommet des hautes montagnes qui environnent le vallon, qu'ils saluaient ' l'ancienne basilique de Marie ; mais dès qu'ils étaient entrés dans la ville, et qu'ils se trouvaient à l'entrée de la rue des Tables , qui sert d'avenue à la sainte Cathédrale, ils s'arrêtaient pour contempler sa riche et magnifique façade, ils faisaient le signe de la croix, puis ils s'avançaient respectueusement vers ce saint lieu. Parvenus au pied de cet immense perron , qui paraît placé à l'entrée de ce sanctuaire pour inviter à la méditation , ils déroulaient leurs rosaires ; puis, ils continuaient leur ascension au saint Temple en répétant la belle salutation de l'Ange, autant de fois, pour ainsi dire , qu'ils gravissaient de marches.
En entrant sous le grand portique , qui supporte la façade de l’Église , ils faisaient une pause pour considérer les ornements et les peintures, dont l'art chrétien s'était plu à décorer les parois de cet immense péristyle. Bientôt leurs regards et leur attention se portaient sur cette inscription que la piété antique a profondément gravée sur les dernières marches de cet escalier , pour rappeler aux chrétiens la pureté avec laquelle ils doivent se présenter devant les autels de la Vierge immaculée :

                                  Ni caveas crimen , caveas contingere limen ,
                                  Nam Regina poli vult sine sorde coli.

                                  Si tu ne fuis l'iniquité ,
                                  N'entre point dans ce sanctuaire ;
                                  Car ton offrande ne peut plaire
                                  A la Vierge de pureté.


Arrivés enfin à l'entrée du temple angélique, à cette porte unique dans son genre, qui s'ouvrait au milieu de la grande nef, et par laquelle ils surgissaient pour ainsi dire de terre devant l'autel de la Vierge, (*) les pèlerins se prosternaient et priaient. Après avoir adoré le Très-Haut dont la majesté remplit ce sanctuaire de bénédiction, ils promenaient leurs regards autour d'eux, ils contemplaient la splendeur et la magnificence dont Notre-Dame était alors environnée; ils ne pouvaient se lasser d'admirer cette immense galerie de peintures, de tableaux , d'ex-voto, de présents , d'inscriptions , dont la reconnaissance des pèlerins avait couvert les murs de cette église , pour transmettre à la postérité le souvenir des bienfaits dont Marie les avait comblés. (**)

Mais hélas ! les richesses du temple angélique ont disparu , toutes ces belles décorations, précieux gages de la piété de nos aïeux, se sont évanouies , tout a changé de ,face dans l'église angélique de Notre-Dame , elle n'est plus que l'ombre de ce qu'elle fut autrefois. Consolons- nous cependant, car comme nous allons le montrer, elle est toujours le sanctuaire des miracles , et le théâtre de la protection de Marie , un lieu enfin où Dieu se plaît encore aujourd'hui , comme autrefois , à faire éclater sa puissance et son amour envers la Mère de son divin Fils.


(*) De là le dicton populaire que l'on entrait à Notre-Dame par le nombril , c'est-à-dire parle milieu de l'Eglise, et qu'on en sortait par les oreilles, c'est-à-dire par les deux portes latérales en retour sur le chœur. Cette disposition originale a disparu en partie. Mgr. de Gallard , l'un des derniers évêques du Puy , fit fermer l'entrée souterraine et détourner l'escalier , comme on le voit aujourd'hui.

(**) Les amis des arts et de la religion apprendront avec plaisir que l'on s'occupe à recueillir les débris de l'ancien et précieux trésor de Notre-Dame. Ou doit l'idée de cette réparation à Mgr. de Bonald , qui a laissé dans le diocèse du Puy tant de souvenirs et de monuments de sa piété. Mgr. Darcimoles et les chanoines de Notre-Dame ont continué la formation de ce musée religieux. Parmi les objets réintégrés on voit surtout :
1° Deux cierges qui servirent à la consécration de l'église de Notre-Dame par les anges;
2° La belle bible manuscrite en caractères d'or et d'argent, que Théodulfe, évêque d'Orléans , avait donnée à Notre-Dame pour accomplir le vœu qu'il avait fait pendant qu'il était dans les prisons d'Angers pour avoir trempé dans une conspiration contre l'empereur Louis-le-Débonnaire;
3° Plusieurs précieux reliquaires et un grand nombre d'autres objets qu'il serait trop long d'énumérer ici.


[…]

Re: Le Grand Pardon de Notre Dame du Puy

Publié : sam. 19 mars 2016 21:34
par Laetitia
Pèlerinage à Notre Dame du Puy a écrit :Grâces accordées aux fidèles par l'invocation de Notre-Dame du Puy.
Miracles opérés par son intercession.


On ne saurait exprimer par combien d'éclatants témoignages Marie a montré que le sanctuaire de Notre-Dame du Puy était cher à son cœur. Dans tous les temps, elle a versé sur les fidèles qui venaient
invoquer en ce lieu des grâces et des faveurs particulières, on compterait peut-être aussi facilement les fleurs des prairies et les étoiles du ciel. En effet , par l'invocation de la Mère de Dieu , vénérée dans ce saint tabernacle , les flots de la mer se sont abaissés, les fleuves et les torrents débordés sont rentrés dans leur lit, la terre a cessé de trembler , les tempêtes et les orages se sont apaisés, d'abondantes pluies ont fertilisé les campagnes , les ont couvertes de riantes moissons , et l'abondance a succédé à la disette.
C'est encore par la médiation de l'auguste reine des cieux , que la peste a cessé d'exercer ses ravages, que le glaive de la mort est resté suspendu sur la tête de ses victimes, que les mortalités qui décimaient les troupeaux du pauvre laboureur , ont perdu leur venin ; que la flamme incendiaire a été arrêtée dans sa course , et que la guerre a mis fin à ses dévastations.

Que dirons-nous enfin ? N'est-ce pas encore par l'intercession de la consolatrice des affligés , que le malade a recouvré la santé et le paralytique s.'est mis à marcher ; que l'aveugle a recouvré la vue et le sourd a entendu; que l'épouse frappée de stérilité est devenue mère , et que les fers des barbares sont tombés des mains innocentes des des captifs , que le poignard du brigand s'est émoussé contre la poitrine du voyageur chrétien, et que l'enfant prodigue longtemps égare dans les sentiers tortueux du vice, a reconnu la faute; qu'enfin l'espérance a souri à l'homme qui avait tout perdu, et le glaive mortel est tombé des mains de l'infortuné qui ne voulait plus de la vie.

… cette ville fut délivrée plusieurs fois de la peste par son intercession …

Le Puy a reçu de Marie une faveur bien plus précieuse encore ; cette ville a toujours été préservée de la contagion de l'hérésie qui s'est répandue dans les montagnes qui l'avoisinent, et y a fait d'affreux ravages. Les protestants , après avoir exercé leur fureur sur les villes voisines , ont tourné plus d'une fois leurs efforts contre le Puy, Marie n'a jamais souffert que cette ville qui lui est si dévouée, tombât en leur pouvoir....

Re: Le Grand Pardon de Notre Dame du Puy

Publié : dim. 20 mars 2016 22:38
par Laetitia
[i]Pèlerinage à Notre Dame du Puy[/i] a écrit :Preuves de la protection de Marie.

En 1562 , les protestants , au nombre d'environ 8000 , commandés par le duc de Blacons , s'emparèrent du château d'Espaly, pillèrent et saccagèrent les faubourgs de la ville du Puy , dont ils poussèrent le siège avec vigueur. Mais au bout de cinq jours , une terreur panique s'étant emparé d'eux, ils prirent subitement la fuite. Pour célébrer cette heureuse délivrance que l'on attribua à la protection de la Vierge, on établit une fête annuelle pour lui en témoigner une juste reconnaissance.

En 1585 , il arriva quelque chose d'à-peu-près semblable; les calvinistes , au nombre d'environ 3000 hommes, commandés par le due de Châtillon , essayèrent de surprendre cette ville pendant la nuit. Dans ce dessein ils firent avancer leur artillerie vers la porte des Farges , mais tout-à-coup saisis de frayeur , ils prirent la fuite sans même qu'on eût songé à les inquiéter. En considération de cet événement , que l'on regarda comme un miracle dû à la médiation de Marie , on fit une une procession pendant quarante jours.

Parmi les tableaux ex-voto de Notre-Dame du Puy, qui ont échappé aux désastres de la révolution , on remarque le grand tableau représentant la procession , qui se fit au Puy à l'occasion de la délivrance de la peste par l'intercession de Marie on y voit tous les ordres civils et religieux de la ville, et les six Consuls en grand costume rouge portant le dais sous lequel est placé la statue miraculeuse de la Vierge. Ce tableau qui est un des témoignages les plus authentiques de la protection de Marie, pour la ville dont elle est la patronne porte cette inscription : vœu fait et rendu par tous les habitants de la ville du Puy, le 2(?) avril 1630, rendant grâces à Dieu de les avoir délivrés du mal de la peste duquel moururent dix mille et plus desdits habitants l'année précédente. Cette faveur leur étant arrivée par les prières puissantes de la glorieuse Vierge , leur bonne dame et patronne, en laquelle a été portée en procession solennelle la sainte image....

Délivrance extraordinaire d'un enfant de chœur de Notre-Dame.

Au commencement du XIVe siècle , un enfant de chœur avait été placé en apprentissage chez un Juif de la rue des Farges. Pendant son noviciat cet enfant se plaisait à chanter des cantiques en l'honneur de Marie, ce qui fatiguait singulièrement, comme on le pense bien, les oreilles de ce mécréant ennemi du culte de la Vierge. Un jour et c'était la veille du dimanche des rameaux , que , malgré les défenses de son maître , celui-ci épanchait sa joie en chantant plus fort qu'à l'ordinaire le beau cantique que l'Église a consacré à la solennité de l'entrée du Sauveur dans Jérusalem, le Juif poussé à bout et ne se possédant plus de colère , prit cet enfant et le précipita dans une citerne abandonnée , pensant ensevelir dans cet abîme et l'enfant et ses chants.
Personne n'avait été témoin de la disparition de ce jeune serviteur de Marie, et on aurait probablement ignoré sa mort, si la Providence ne fût venue à son secours, en permettant que ses vêtements le soutinssent sur la surface de l'eau. Le lendemain, au moment où la procession de Notre-Dame passait près de cet endroit, on crut entendre une voix plaintive sortir du fond de cette citerne abandonnée, on accourut à son orifice et on reconnut que cette voix était celle de l'enfant de chœur qui appelait du secours. On s'empressa de le retirer de ce précipice, au grand étonnement de tous les spectateurs qui ne purent s'empêcher de reconnaître là une marque de l'insigne protection de Marie. L'enfant ayant raconté tout ce qui s'était passé , on s'empara du juif auquel on fit subir la peine que méritait un si barbare et si sacrilège attentat.
Les habitants de la cité, qui avaient été témoin de ce prodige, voulurent en perpétuer la mémoire. C'est pour cela qu'ils firent construire cette belle et élégante fontaine des Farges, appelée la fontaine de l'enfant de chœur , que l'on voyait encore, il y très-peu de temps , sur le lieu même de cet événement, et que l'on a transporté au bas de la rue des Tables....

Re: Le Grand Pardon de Notre Dame du Puy

Publié : lun. 21 mars 2016 14:21
par Laetitia
[i]Pèlerinage à ND du Puy[/i] a écrit :Conclusion. Impressions qu'on éprouve en priant dans l'Eglise de Notre-Dame du Puy.

Nous avons montré la dévotion à Notre-Dame commençant dans le Velay avec le christianisme , s'augmentant d'âge en âge et appelant à l'église angélique du Puy, une multitude innombrable d'âmes pieuses ; nous avons jeté en passant un coup d'œil observateur sur le sanctuaire de Marie; nous avons enfin montré le ciel s'entrouvrant pour ainsi dire sur la sainte basilique, et inondant ses autels de grâces et de bénédictions , et y opérait par la médiation de la Vierge sans tâche des prodiges pour récompenser la ferveur des pèlerins.
D'après ce que nous venons de dire, on a pu remarquer que l'église de Notre-Dame du Puy peut être mise au nombre des plus antiques et des plus célèbres basiliques non seulement de la France, même de l'univers catholique....

Âmes pieuses, qui aimez les parfums du sanctuaire, tournez vos regards vers cette sainte cité de Dieu , vers ce tabernacle de Marie , qui a entendu les vœux de tant de pèlerins, qui a exaucé les prières de tant d'âmes saintes, qui a été comblé de tant de faveurs et de bénédictions , et qui , comme le Sinaï et le Thabor , paraît encore tout fumant de la puissance du Très-Haut, et réjouissez-vous. Cette basilique pour laquelle vous avez tant de vénération , cette sainte Sion du Velay où vous aimez tant à aller prier, va être comblée de nouvelles bénédictions. Le souverain Juge va s'y asseoir encore sur un trône de grâces et de miséricordes.
L'auguste Mère de Dieu va y montrer aussi qu'elle est toujours le refuge des pécheurs, la consolation des affligés et la mère de tous les chrétiens.
Déjà il nous semble, comme le savant et religieux prélat de l'église du Velay, entendre la voix touchante de la Vierge, qui du haut de sa colline appelle au grand pardon les enfants du Velay , de l'Auvergne, du Forez , du Gévaudan , des Cévennes et de tous les lieux où se trouvent des cœurs qui l'aiment.