A la suite de Jean, cet ange évangéliste,
J'escalade les cieux et rien ne nous résiste.
C'est dans un char de feu, s'élevant à l'envi,
Qu'on arriva jusqu'au trône d'Adonaï.
Volant comme l'éclair, à travers l'atmosphère,
Bientôt on ne vit plus le globe de la terre.
Balancé mollement sur les ondes d'éther,
Notre char s'avançait comme un vaisseau sur mer
S'avance au gré des vents.
Passant près de la lune,
On atteignit Vénus, Mars, Saturne et Neptune,
Puis ensuite on entra dans un champ du soleil :
Une immense prairie et dont l'éclat vermeil
De rubis, de saphir, d’émeraude et d'agate,
Se mariant avec le beau rouge écarlate
D'un pourpre étincelant et le riant azur,
Se reflétait sous un dôme de cristal pur.
Quittant le roi du jour, qui n'est pas descriptible,
Et qui parut bientôt à peine perceptible,
On toucha les confins de l'espace éthéré,
Où les globes de feu font leur trajet pourpré.
Ici c'est l'infini, le regard est sans voiles,
Ce sont les régions des soleils, des étoiles,
Qui se meuvent sans cesse autour d'un axe d'or.
De la cime des cieux on est bien loin encor ;
Nous voici dans la plaine où l'on fixe les âges,
Où l'on règle le temps, vastes champs sans rivages,
Où les anges de Dieu décrètent toutes lois,
Où les orbes tracés par leurs magiques doigts,
Sont les chemins suivis par milliers de planètes
Et des corps vagabonds qu'on appelle comètes :
Ces astres flamboyants sont la base des cieux.
Les concerts entendus sont aussi merveilleux :
Les célestes esprits mêlent les symphonies
De leurs lyres de nacre aux douces harmonies
Des bruits mélodieux, que les mondes tournant
Autour de l'axe d'or, de flamme rutilant,
Font entendre en ces lieux.
O voix mystérieuses
De ces sphynx d'océan, sirènes fabuleuses,
Dont la douceur des sons calme la voix des flots,
Vous n'êtes de ces chants que de faibles échos !
Ces ravissants concerts ont aussi leur langage ;
En tous temps, en tous lieux, ils rendent témoignage,
Racontent le passé, le présent, l'avenir,
Et bien souvent, la nuit, en entendant gémir
Sous une froide tombe, une oreille indiscrète
Se penchant pour saisir, demeura stupéfaite,
De surprendre une voix qui lui remémorait,
Au doux bruit de la brise, un énorme forfait.
Par delà cet espace est une autre vallée
D'une immense étendue et d'un linceul voilée :
C'est le champ de la gloire ou des pleurs : Josaphat !
On voit l'empreinte encor du pied de Jéhovah
Sur le haut pic d'un mont d'onyx. Le cheval pâle,
Portant la sombre mort qui de sa main étale
La faux tranchante, hélas ! Faisant moisson partout,
Et qui ne laissera pas un vivant debout,
Nous remplit de terreur. Là sont les sauterelles
A face d'homme, aux dents de lion, puis aux ailes
Bruyantes comme un lourd chariot de combat,
Qui roule sur le roc, se fracasse et s'abat.
Les sept anges y sont, versant la coupe pleine
De colère de Dieu. J'aperçus, dans la plaine,
La bête de couleur écarlate ; elle avait
Sur son dos une femme et sur son front partait
Le mot : Mystère ! Aussi se trouve là l'abîme
Du gouffre qui vomit le blasphème et le crime,
Et qui fume sans cesse. On aperçoit, debout,
L'ange du dernier jour, embouchant tout à coup
Sa trompette, et qui semble entonner l'effroyable
Cri : « Levez-vous, » ce cri terrible et redoutable,
Qui fera s'élancer tous les morts du tombeau.
(à suivre)