[i]Les Gloires de ND du Puy[/i], p.196 sq a écrit :Cette doctrine fut confirmée par un bref de Pie VI, adressé à Mgr de Galard de Terraube , alors exilé ; le Souverain-Pontife y déclarait l'annulation de l'indulgence accordée à l'église angélique par ses prédécesseurs, mais en même temps accordait à l'évêque le droit de la faire gagner à tous ses diocésains, dans le temps, dans le lieu, et de la manière qu'il le jugerait convenable, pourvu que ce fût en évitant tout contact avec les schismatiques. Cette pièce est trop importante pour ne pas trouver place dans cette histoire ; nous la rapportons dans son entier :
« Pie pape VI.
« Vénérable frère, salut et bénédiction apostolique. Le zèle ardent qui vous anime, et vos soins assidus pour le saint troupeau qui vous est confié, et qu'obsèdent malheureusement des loups dévorants, respirent de toutes parts dans les lettres que nous avons eu le plaisir de recevoir dernièrement de vous, sous la date du premier jour de cette année. Dans la douleur incroyable que nous ressentons, vous le pensez bien, à la vue de tant de maux qui pèsent sur les églises de France, c'est du moins pour nous une espèce de consolation de voir leurs évêques conserver cette invincible fermeté, et cette constance inébranlable que les fatigues et les chagrins ne peuvent ni briser ni affaiblir ; de les voir demeurer toujours dans une vigilance vraiment sacerdotale. C'est aujourd'hui surtout qu'il faut s'attacher à cette exhortation que, dans un péril presque semblable, adressait aux églises d'Afrique le grand Cyprien, évêque et martyr : « Ne cessons, disait-il, de redoubler, avec tout notre peuple, nos jeûnes, nos oraisons, nos continuels gémissements, car ce sont-là pour nous ces armes célestes qui donnent la force, le courage, la persévérance. »
C'est afin de porter les fidèles à s'acquitter de ce devoir avec plus d'activité et de diligence, que le siège apostolique croit devoir leur ouvrir, en quelque sorte, toutes les sources des dons de cette charité qui lui est propre , comme a la tendre mère de toutes les églises. C'est pourquoi, puisque, selon la teneur de vos lettres, les Pontifes Romains, nos prédécesseurs, même dès les anciens temps, et plus récemment encore, le pape Benoît XIII, ont accordé à votre diocèse du Puy, dont la cathédrale a pour patronne la Vierge Marie saluée par l'ange, la faveur de promulguer, dans son étendue, une indulgence plénière, en forme de Jubilé, chacune des années où la fête de l'Annonciation concourt avec le Vendredi-Saint, et que vous avez déjà, dans l'année 1785, usé de ce privilège, avec grand fruit pour votre troupeau et pour les peuples voisins, nous acquiesçons volontiers à vos demandes, et nous ratifions, pour cette année encore, la concession de cette faveur.
Ainsi, nous confions et mandons à votre fraternité le soin de promulguer dans votre diocèse cette indulgence plénière, en forme de Jubilé, telle qu'elle est accordée dans les lettres apostoliques de notre prédécesseur , Benoît XIII, dont nous voulons que la teneur soit censée exprimée dans les présentes, et de déclarer qu'elle peut être gagnée pendant huit jours par tous les fidèles, même étrangers, pourvu qu'ils soient dans votre communion et dans celle du Saint-Siège, et qu'après s'être confessés, dans les sentiments d'une vraie pénitence, et fortifiés par la réception de l'Eucharistie , ils prient Dieu, avec instance, d'avoir pitié de son peuple (1), de se lever et de juger sa cause (2), de ne pas oublier notre indigence et nos tribulations (3). De plus, comme l'état affreux de perturbation où nous sommes ne saurait permettre d'accomplir les autres œuvres de piété qui sont prescrites par la bulle de Benoît XIII, nous laissons à votre prudence d'y substituer celles que lui paraîtra réclamer la nécessité des temps et des lieux. Ne serait-ce pas également une injustice de priver d'un si grand bienfait ces hommes fidèles de votre diocèse, soit clercs, soit laïques, qui, mis en fuite par les impies, ont été forcés de s'expatrier, livrés, comme ces grands serviteurs de Dieu dont saint Paul fait l'éloge, à la misère, à l'angoisse, à l'affliction (4) , puisque séparés du reste du troupeau par le malheur des temps, ils ne sont absents que de corps et nullement d'esprit ? A ceux-là donc aussi , pourvu qu'ils accomplissent les œuvres de piété qui seront en leur pouvoir, nous prétendons étendre la même indulgence, comme s'ils continuaient de vivre au milieu de leurs concitoyens, nonobstant toutes constitutions et règlements apostoliques de ne pas accorder de semblables faveurs, ainsi que toute autre disposition, qui pourrait être contraire à ce privilège.
Cependant une déplorable nouvelle est venue à notre connaissance ; celui qui, pour me servir des paroles de saint Optat de Milève, prétend, dans votre diocèse, usurper à son compte les clés du royaume des cieux, qui, dans sa présomption et dans son audace, ose combattre sacrilègement contre la chaire de Pierre, le faux évêque intrus n'a pas craint, dit-on , de proposer publiquement l'indulgence susdite, dont la concession est un droit de notre siège. Vous donc, vénérable frère, par la vertu de notre même autorité apostolique, déclarez ouvertement la vérité, et défendez rigoureusement à tous de tenir aucun compte de ses édits, de ses lettres et de ses discours; ordonnez-leur de se séparer entièrement de lui, et de n'entrer pour prier, ni dans votre cathédrale, tant qu'il y siégera, ni dans aucune des autres églises occupées ou fréquentées par les ministres coupables, qui partagent sa criminelle révolte, à moins qu'ils ne veuillent tomber dans les liens d'un crime énorme et d'un horrible sacrilège.
Donné a saint Pierre, sous l'anneau du pêcheur, le 29 janvier 1796, la vingt et unième année de notre pontificat. A notre vénérable frère, Marie-Joseph, évêque du Puy.
P. Cardin. Braschi-de-Honestis. »
(1) Eccli. XXXVI, 14.
(2) Psal. LXXIII, 22.
(3) Id., XLIII, 24.
(4) Hebr. XI, 37
[i]Les Gloires de ND du Puy[/i], p. 366 sq a écrit :Pius PP. VI.
Venerabilis frater, salutem et apostolicam benedictionem. Studium tuum ardens curaque tua assidua quâ in salutem gregis divini , qui tibi fuit commissus , quique à rapacibus lupis miserè obsidetur, incumbis, omnibus ex partibus se quidem ostendit iis in litteris quas à te nuper libentissime accepimus die primo labentis anni datas. Levatur aliquantô noster mœror quem incredibilem profectô ex tantis malis suscipimus, quibus Galliarum ecclesiae obruuntur, cùm illarum episcopos retinere adhùc cernimus invictum animi robur et constantiam , nec ullis laboribus et aerumnis frangi unquàm aut debilitari, eosdemque in vigiliâ quâdam sacerdotali peipetuô manere. Est autem illud tenendum , ad quod sanctissimus ille antistes et martyr Cyprianus adhortabatur suos, cùm eodem ferè in discrimine Africanae essent ecclesiae, « ut jejuniis et orationibus insistere cum omni plebe ne desistamus et gemitibus continuis : » Haec sunt enim « nobis arma caelestia quae stare et perseverare fortiter faciunt. » Quod quidem ut fideles homines alacriùs et diligentiùs peragant, ea benignitas quae apostolicae Sedis
hujus, utpotè parentis omnium amantissimae , est maximè propria, expromenda penè tota impertiendaque illis est. Itaquè quod scribis, ab Romanis Pontificibus praedecessoribus nostris, vel priscâ aetate, ac postremô à Benedicto papâ XIII concessum fuisse diœcesi Podiensi tuae, cujus ecdesia cathedralis patronam habet beatam Mariam Virginem ab Angelo nuntiatam, ut quo anno hujus dies festus feriae sextae in Parasceve occurrat, indulgentia tunc plenaria in forma jubilaei in ipsâ diœcesi promulgetur, eoque privilegio te jàm anno M. DCC. LXXXV ingenti cum tui populi ac finitimorum quoque fructu usum fuisse, id nos tuis ut postulatis obsequamur, hoc etiam anno ratum habemus. Itaquè fraternitati tuae per has litteras committimus et mandamus ut eam indulgentiam plenariam in formâ jubilaei, qualis in apostolicis litteris commemorati praedecessoris nostri Benedicti XIII, quarum tenorem hic pro e.xpresso haberi volumus, concessa est, promulgari in praedictâ tuâ diœcesi auctoritate apostolicâ cures, eamque intrà octo dies lucrandam declares à Christi fidelibus quibuscumque, etiam advenis, tuam tamen et nostram et sanctae Sedis hujus communionem habentibus , iisdem verè pœnitentibus et ritè confessis ac sacra communione refectis, Deumquc enixè rogantibus ut misereatur populi sui, ut exurgat et judicet causam nostram, ut obliviscatur inopiae nostrae et tribulalionis nostrae; et quoniam tanta isthaec perturbatio rerum haud sinit ea ut pietatis praestentur, quae in illis praetereà Benedicti XIII litteris praecipiuntur, id permittimus prudentiae tuae ut quae tempus, quae locus postulare intelliget, alia prae illis pietatis opera facienda decernat ; neque hoc tanto beneficio carere aequum est fideles viros illos sive clericos, sive laïcos diœcesis tuae, qui in fugam ab impiis acti solum vertere compulsi sunt, egentes , angustiati, afflicti, illorum instar quos laudat Paulus, qui à reliquo grege interim necessitate temporis, corpore, non spiritu, sunt separati. Itaquè ad hos etiam, si injuncta pietatis opera, quarum habebunt facultatem, perfecerint, indulgentiam eamdem ac unà cum suis versari pergerent, pertinere volumus, non obstantibus constitutionibus et ordinationibus apostolicis de non consequendis indulgentiis ad instar caeterisque contrariis quibuscumque.
Perlatum verô et illud ad nos est, eum qui in tuâ diœcesi « claves regni caelorum, ut Optati Milevitani verbis utamur, sibi usurpare contendit; » qui contra cathedram Petri suis praesumptionibus et audaciis sacrilegio militat, pseudo-episcopum nempè intrusum, haud veritum hujus ipsiûs cathedra privilegium, indulgentiam scilicet de quâ hactenùs, publicè proponere ; tu itaquè venerabilis Frater, eâdem auctoritate nostrâ apostolicâ denuntiato apertè, ac districtè jubeto omnibus, ut ne ejus edictorum aut litterarum, aut sermonum ullam rationem habeant ; ut ab eo se omninô segregent ; ut ne ecclesiam cathedralem tuam, quandiù ab eo tenebitur, neque alias ab hominibus cum eo nefariè conjunctis occupatas celebratasque ecclesias supplicatum adeant, nisi summo scelere et sacrilegio alligari malint.
Datum Romae apud Sanctum-Petrum, sub annulo Piscatoris, die XXIX januarii M. DCC. XCVI., Pontificatûs nostri anno vigesimo primo.
Venerabili fratri Mariae Josepho episcopo Podiensi.
Cardinalis BRASCHI DE HONESTIS.
[i]Les Gloires de ND du Puy[/i], p.199-200 a écrit :Mgr de Galard était alors retiré en Suisse; mais il avait laissé un digne remplaçant, dans la personne de M. de Rachat, curé de Tence, dont la foi vive ne faillit jamais, et qui a laissé après lui une mémoire vénérée. Celui-ci déploya le zèle le plus actif, pour répandre, parmi les fidèles et les prêtres échappés au glaive de la révolution, la connaissance du bref de Pie VI et des œuvres de piété, dont le Saint-Père avait laissé la détermination au jugement de l'évêque légitime. Le Jubilé fut renvoyé à l'Octave de la Fête-Dieu, et à celle de saint Pierre et de saint Paul, pour les fidèles qui, pendant la première époque, n'auraient pu trouver l'occasion de se confesser et de communier. A la visite de la cathédrale, on avait substitué celle de toute église catholique. Mais les églises catholiques, où étaient-elles alors ? Elles étaient, comme aux jours de la primitive Église, dans des maisons retirées, dans des asiles solitaires, autour desquels souvent rôdaient encore la proscription et la mort. Mais la grâce inestimable du Jubilé ne semblait-elle pas devenir plus précieuse par les circonstances terribles qui l'accompagnaient ? Mais n'était-ce pas un sublime spectacle de contempler ces prêtres, éclaircis par l'exil et le fer des bourreaux, se consacrant, jour et nuit, à préparer les âmes à cette précieuse faveur ? Mais pouvait-on, sans verser des larmes d'attendrissement et de piété, voir ces vénérables ministres, doublement confesseurs, multiplier leur zèle, sans pouvoir presque suffire au concours des pénitents, qui se pressaient dans les appartements, changés en tribunaux pour la réconciliation, et en oratoires pour le sacrifice ?