Sermon de S. Vincent de Paul sur la dévotion à la Sainte Vierge.
Publié : dim. 17 août 2025 16:04
Extrait de l'ouvrage des SERMONS DE SAINT VINCENT DE PAUL DE SES COOPÉRATEURS ET SUCCESSEURS IMMÉDIATS POUR LES MISSIONS DES CAMPAGNES, publié par l'Abbé JEANMAIRE, Paris, 1859.
DÉVOTION A LA SAINTE VIERGE.
Ego diligentes me diligo ; et qui mane vigilant ad me, invenient me.
J'aime ceux qui m'aiment, et je me rends présente à ceux qui veillent auprès de moi.
(Prov., VIII, 17. )
Voilà, mes Frères, des paroles qui conviennent premièrement à la Sagesse incréée, et qui sont ensuite appliquées par le Saint-Esprit même à Marie, mère de Jésus. C'est aussi par l'instinct de cet Esprit divin que l'Église les fait chanter aux fêtes principales de cette Vierge immaculée, afin de porter les fidèles, ses enfants, à avoir pour elle les sentiments d'une sincère et tendre dévotion, que je regarde, mon cher Auditeur, comme une source de toutes sortes de grâces et de bénédictions.
Les pauvres y trouvent des richesses pour le soulagement de leur pauvreté ; les malades, des remèdes à leurs maux ; les ignorants, de la science ; les faibles, de la force ; les délaissés, des secours ; les abjects, de la gloire ; les affligés, de la consolation ; ceux qui sont dans la peine, du repos ; ceux qui vivent dans l'inquiétude, de la paix. Les pécheurs y rencontrent la grâce ; les justes, leur sanctification ; enfin, il n'est point de condition, point d'état qui n'en ressente les bénédictions ; point de royaume, point de pays qui ne participe à ses grâces ; toute la terre est remplie de ses miséricordes et tous les hommes sont obligés à ses amoureuses bontés. En un mot, quand on trouve Marie, tous les biens sont trouvés, et c'est en elle, assure son dévot serviteur saint Bernard, que Dieu en a mis la plénitude : Totius boni plenitudinem posuit in Maria. Il n'en faudrait pas davantage, mes chers Frères, pour vous engager à vous consacrer totalement au service de cette Reine du ciel, qui chérit tendrement ceux qui l'aiment et se rend présente à ceux qui veillent auprès d'elle, dans les pieux exercices de leur solide dévotion : Ego diligentes me diligo ; et qui mane vigilant ad me, invenient me.
Mais pour augmenter en mes auditeurs l'empressement qu'ils ont à se dévouer au service de Marie et à lui rendre l'honneur qui lui est dû, j'ajoute ici deux motifs très-puissants qui formeront les deux parties de ce discours. Elle est la mère de Dieu, tel est le premier motif; elle est notre mère, tel est le second. Remarquez, s'il vous plaît, mes chers Frères, que Dieu se trouve honoré dans le service que l'on rend à Marie ; en effet, nous ne pouvons lui donner une marque plus sensible de notre amour que d'aimer celle qu'il a tant aimée, et qu'il a rendue si aimable. Considérez ensuite que nous nous trouvons tous intéressés dans le respect que nous lui rendons, à cause des biens incroyables qui nous en reviennent.
Marie est donc la mère du Tout-Puissant : jugez, mes Frères, de sa gloire et de sa puissance. Marie est la mère de tous les bons chrétiens : jugez de sa tendresse et de sa bonne volonté à leur égard. C'est la pensée de saint Bernard : Non deest Mariæ potestas, quia mater est omnipotentiæ ; nec voluntas, quia mater est misericordiæ. J'avoue en ce moment que je sens se former en moi-même une espèce de combat entre l'amour et la crainte. J'appréhende, d'une part, qu'en voulant vous entretenir des grandeurs de Marie, je n'affaiblisse ce discours par la bassesse de mes paroles.
Mais je sens en même temps que l'Esprit divin, voyant que dans ce sermon il s'agit de l'honneur et des intérêts de son épouse, donnera assez de force à mon amour pour triompher de cette crainte, en me faisant prendre la résolution de continuer mon dessein, sous les auspices et la protection de celle dont les secours ne nous manqueront jamais ; pourvu que nous les demandions à Dieu, en adressant à Marie les paroles dont l'Ange la salua autrefois, lorsque, prosterné devant cette Reine du ciel et de la terre, il lui dit avec un très-profond sentiment de vénération et de piété, de la part du Très-Haut : Ave, Maria.