Homélie adressée au peuple dans la Basilique des Saints Jean et Paul, le 3ème dimanche après la Pentecôte

Mercè
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Homélie adressée au peuple dans la Basilique des Saints Jean et Paul, le 3ème dimanche après la Pentecôte

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HOMELIE ADRESSÉE AU PEUPLE DANS LA BASILIQUE DES SAINTS JEAN ET PAUL, LE TROISIÈME DIMANCHE APRÈS LA PENTECÔTE.

S. LUC, XV, 1-10.

En ce temps-là, les Publicains et les pécheur s'approchaient de Jésus pour l'écouter ; et les Scribes et les Pharisiens en murmuraient, disant : il accueille les pécheurs et mange avec eux. Et il leur proposa celle parabole en ces termes : Quel est celui d’entre vous qui, ayant cent brebis et en ayant perdu une, ne laisse pas les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert pour s’en aller après celle qui s'est perdue, jusqu’à ce qu’il la retrouve? Et lorsqu’il l'a retrouvée, il la met sur ses épaules avec joie. Et venant dans sa maison, il appelle ses amis et ses voisins, et leur dit : Réjouissez-vous avec moi, parce que j’ai retrouvé ma brebis qui était perdue. Je vous dis de même qu’il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui fait pénitence, que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de pénitence. Ou quelle est la femme qui, ayant dix drachmes et en ayant perdu une, n’allume la lampe, et balayant sa maison, ne la cherche avec grand soin jusqu’à ce qu’elle la trouve ? Et après l’avoir trouvée, elle appelle ses amis et ses voisines, disant : Réjouissez-vous avec moi, parce que j’ai retrouvé la drachme que j’avais perdue. Je vous le dis de même : I1 y aura une grande joie parmi les anges de Dieu, lorsqu’un seul pécheur fera pénitence.

I. Les Publicains et les pécheurs s’approchaient de Jésus ; et les Scribes et les Pharisiens en murmuraient.

La chaleur, qui m’est extrêmement contraire, ne m’a pas permis de parler longuement du récit de l’Évangile. Mais, est-ce à dire, parce que la langue s’est tue, que la charité a perdu son ardeur?

Entouré d’un nuage, le soleil devient invisible à la terre, bien qu’il resplendisse au firmament ; c’est ainsi que la charité se voile, et, déployant au dedans l’énergie de son ardeur, elle ne laisse pas transpirer au dehors les flammes de son activité. Mais voici de nouveau l'occasion de parler ; vos désirs m’enflamment, et mon ardeur à prêcher égalera l’empressement de vos cœurs à m’entendre.
Le récit évangélique, mes frères, vient de vous apprendre que les pécheurs et les publicains s’approchèrent de notre Rédempteur, non seulement pour parler, mais aussi pour manger avec lui. Témoins de ces relations, les Pharisiens le méprisèrent.
Inférez de ce fait que la justice véritable est miséricordieuse, et que la fausse est méprisante, bien qu’une sainte indignation contre le pécheur soit, aussi le propre de la vertu. Mais quelle différence! là c’est le fait de l’enflure de l’orgueil, ici c’est le fruit de l’amour de l'ordre. Le juste, en effet, dédaigne sans dédaigner, il méprise sans mépriser; tout en le poursuivant, il aime le pécheur; pour amender ce dernier, il peut bien multiplier extérieurement les reproches, mais au fond du cœur il conserve la douceur sous la garde de la charité. Il s’abaisse en lui-même au-dessous de celui qu’il reprend, estimant meilleur que soi, même celui qu’il censure ; conduite qui tout à la fois est un remède pour les inférieurs et un préservatif pour lui-même.
Au contraire, ceux qui s'enorgueillissent de leur fausse justice, méprisent tous les autres, sont sans pitié pour les faibles; pécheurs de la pire espèce, et d’autant plus qu'ils se croient moins pécheurs. A cette classe appartiennent sans contredit les Pharisiens, qui font à Jésus le procès, parce qu’il accueille les pécheurs; cœurs secs qui osent blâmer la source même de la miséricorde.

II. Quel est celui d’entre vous qui, ayant cent brebis, etc.

Mais à ces malades au point de n’avoir pas conscience de leur mal, le céleste médecin applique avec douceur le remède; il pressure dans leur cœur malade cette enflure d’orgueil. Qui est celui d'entre vous, dit-il, qui, possédant cent brebis et en ayant perdu une, ne laisse pas les quatre vingt dix-neuf autres dans le désert, pour s'en aller après celle qui s'est perdue?

Le nombre de cent est le chiffre total. Dieu s’acquit cent brebis par la création des anges et des hommes. Mais une brebis fut perdue lorsque l’homme, en péchant, abandonna les pâturages de la vie. Le pasteur laisse dans le désert les quatre-vingt-dix-neuf brebis, lorsque Dieu laisse au ciel les chœurs sublimes des anges.

Mais pourquoi le ciel est-il appelé désert, si ce n’est parce que désert signifie abandonné? Or, l’homme, au moment de son péché, abandonna le ciel. Les quatre-vingt-dix-neuf brebis étaient demeurées au ciel, lorsque le Seigneur sur la terre cherchait la centième ; le nombre des créatures raisonnables, c’est-à-dire l’ensemble des anges et des hommes destinés à la vision béatifique, (ce nombre) fut entamé par la perte de l’homme, et pour compléter intégralement la somme des brebis dans le ciel, il fallait retrouver sur la terre l’homme qui s’était perdu.

III. Lorsqu’il l’a trouvée, il la met sur ses épaules.

Il a mis la brebis, (perdue) sur ses épaules, lorsque, revêtu de la nature humaine, il a pris sur lui nos iniquités. Et, retournant en sa maison, il appelle ses amis et ses voisins ; a Réjouissez-vous avec moi, leur dit-il, parce que fai retrouvé ma brebis perdue. »

La brebis une fois trouvée, il retourne en sa maison, parce que le Pasteur suprême est remonté au ciel après la réparation de l'homme. Il y trouva ses amis et ses voisins, c’est-à-dire les choeurs angéliques qui sont ses amis, parce que, fixés dans la justice, ils obéissent inviolablement à sa volonté. ils sont aussi ses voisins, parce que toujours en sa présence ils jouissent des clartés de sa face.

Et remarquez qu'il dit : félicitez-moi, et non pas : félicitez ma brebis retrouvée ; car sa joie c'est notre vie, et notre retour au ciel met le comble à son bonheur.

IV. Il y aura autant de joie dans le ciel à la conversion d’un seul pécheur, qu’à la persévérance de quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de pénitence.

Recherchons, mes frères, pourquoi le Seigneur déclare que la conversion des pécheurs cause plus de joie dans le ciel que la persévérance des justes. Tous les jours l’expérience en met la raison sous nos yeux.

Souvent ceux qui ne sentent pas sur leur conscience un poids énorme d’iniquités, en évitant les chutes graves, se maintiennent, dans les voies de la justice ; mais ils ne savent pas aspirer avec ardeur vers la céleste patrie; ils se passent l’usage de tout ce qui est licite, avec d’autant plus de facilité qu'ils n'ont pas de fautes graves à se reprocher; et d’ordinaire rien ne secoue leur indolence pour la pratique des grandes œuvres; ils sont pleinement rassurés, parce qu’ils n'ont commis d’énormités. Quelquefois, au contraire, des âmes coupables de quelques crimes, dans la douleur qui les pénètre, s’embrasent de l’amour de Dieu, s’exercent aux grandes vertus, affrontent toutes les difficultés du saint combat, et disant adieu à tout ce qui est du monde, elles fuient les honneurs, recherchent les affronts, et, consumées de (saints) désirs, elles aspirent à la céleste patrie : à la vue de leur indigence passée, elles compensent les pertes précédentes par les gains ultérieurs.
La conversion du pécheur cause donc dans le ciel plus de joie que la persévérance du juste. C’est ainsi qu’un général d’armée préfère le soldat qui, honteux de sa fuite, revient charger vigoureusement l’ennemi, à celui qui jamais n’a tourné le dos, mais qui jamais non plus n’a vaillamment combattu. Ainsi le champ d’abord couvert de ronces et qui produit ensuite des fruits abondants, a plus de prix aux yeux du laboureur qu’une terre sans épines mais aussi sans fécondité.
Mais cependant, sachez-le, il est des justes en grand nombre dont la vie cause (au ciel) une joie supérieure à celle que peuvent lui donner toutes les pénitences des pécheurs. Ces justes n’ont conscience d’aucun crime, et pourtant ils se livrent à la mortification avec autant d’ardeur que s’ils étaient chargés de toutes les iniquités. Ils se refusent tonte satisfaction même permise; par un élan sublime, ils s’élèvent jusqu’au mépris du monde; rien à leurs yeux qui pour eux ne soit défendu; les adoucissements qu’on leur permet, ils se les retranchent; pleins de mépris pour les choses visibles, ils ne brûlent que pour les invisibles ; les gémissements sont leurs joies, et tout est pour eux une occasion de s’humilier. Ces âmes, je vous prie, ne joignent-elles pas la pénitence à la justice ?
De là une conclusion : c’est que la joie que cause à Dieu la pénitence du juste doit être bien grande, puisque le ciel se réjouit de la pénitence du pécheur.

V. Quelle est la femme qui, ayant dix drachmes, etc.

Figuré par le pasteur, Dieu l’est aussi par la femme. Et comme sur la drachme une image est empreinte, la femme a perdu la drachme lorsque l’homme, fait à l’image de Dieu, a effacé par le péché sa ressemblance avec son Auteur.

Mais la femme allume la lampe ; c’est la sagesse de Dieu se couvrant de l'humanité. La lampe, en effet, est une lumière dans un vase; or la lumière dans le vase, c’est la divinité dans la chair. La lampe allumée, la femme balaie la maison, parce que, sitôt que la divinité a brillé dans la chair, toute notre conscience s’est ébranlée. Oui la maison est (comme) balayée lorsque la vue de ses fautes bouleverse la conscience humaine. Et la maison balayée, la drachme se retrouve, parce que ce bouleversement de la conscience répare dans l’homme sa ressemblance avec Dieu.

VI. Et lorsqu’elle l’a retrouvée, elle appelle ses amis.

Quelles sont ces amis, ces voisines, sinon ces puissances célestes, déjà plus haut mentionnées? Mais pourquoi cette femme, qui figure la sagesse de Dieu, nous est-elle présentée comme possédant dix drachmes dont une a été perdue?

Il est certain que Dieu a créé les anges et les hommes pour la vision bienheureuse; or les dix drachmes que la femme possède, figurent les neuf chœurs d’anges, et l’homme, créé pour compléter la société des élus, forme le nombre dix, l’homme que son auteur n’a pas laissé périr même après la chute, puisque la sagesse éternelle a réparé ses ruines.

VII. Quels sont les neuf chœurs des Anges.

Nous avons dit qu’il y a neuf chœurs d’Anges, en nous fondant sur le texte sacré, qui distingue les Anges, les Archanges, les Vertus, les Puissances, les Principautés, les Dominations, les Trônes, les Chérubins et les Séraphins. Qu'il y ait des Anges et des Archanges, presque toutes les pages des saintes Lettres en font foi. Quant aux Chérubins et aux Séraphins, les livres des prophètes en font souvent mention. Ecrivant aux Ephésiens, l'apôtre saint Paul à son tour distingue quatre ordres (d'intelligences célestes) : « au-dessus{/i], dit-il, de toute Principauté, de toute Puissance, de toute Vertu, de toute Domination. Il dit encore, dans sa lettre aux Colossiens ; soit tes Trônes, soit les Puissances, soit les Principautés, soit les Dominations. Il avait déjà parlé des Dominations, des Principautés et des Puissances dans son épitre aux Ephésiens.

Si donc aux quatre ordres énoncés dans la lettre aux Ephésiens, savoir : les Principautés, les Puissances, les Vertus, les Dominations, on ajoute les Thrônes, voilà cinq chœurs spécialement distingués. Joignez-y les Anges et les Archanges, les Chérubins et les Séraphins, et vous avez nécessairement neuf chœurs d'Anges.


VIII. Pourquoi sont-ils appelés Anges?


Mais pourquoi énoncer seulement ces chœurs d’Anges demeurés fidèles, et ne pas dire un mot aussi de leur ministère? En grec, le mot ange veut dire messager; et archange, messager suprême. Ce nom exprime donc l’office des anges et non pas leur nature. Ces pures et célestes intelligences, en effet, sont bien toujours des esprits, mais le nom d’anges ne peut pas toujours leur être appliqué.

Ils ne sont anges que lorsqu'ils portent quelque message; de là cette parole du Psalmiste : Qui fait de ses esprits des messagers; comme s’il disait clairement : ces intelligences, qui toujours sont esprits, il en fait à son gré des messagers.

Anges, quand ils remplissent des missions moins élevées, ils prennent le nom d'archanges si leur mission est plus haute. C’est pourquoi ce n'est pas un ange quelconque, mais l’archange Gabriel qui est député vers la vierge Marie ; certes un ange sublime pour le plus sublime de tous les ministères était de toute convenance.


IX. Que signifient leurs noms propres ?


Les anges portent des noms particuliers, afin que leur dénomination indique la nature de leurs opérations : Michaël (veut dire) qui est comme Dieu ; Gabriel, force de Dieu ; Raphaël, remède de Dieu. Et toutes les fois qu’il s’agit d’un prodige extraordinaire, c’est Michael que l'on voit figurer, pour que la mission et le nom de l’ambassadeur nous fassent comprendre que nulle puissance ne peut se comparer à la puissance de l)ieu.

C’est ainsi encore que Gabriel, ou force de Dieu, est envoyé à Marie; car il était chargé d’annoncer Celui qui pour terrasser des puissances répandues dans l’air a daigné se faire petit.

De même Raphaël signifie, nous l’avons dit, remède de Dieu, parce qu’il toucha les yeux de Tobie et les délivra des ténèbres de la cécité. Envoyé pour guérir, il devait de toute convenance porter le nom de remède de Dieu.


X. Que signifient leurs noms communs ?


Nous avons rapidement interprété les noms (propres) des anges, il nous reste à traiter en peu de mots de leurs noms (collectifs, révélateurs) de leurs offices. Car on donne le nom de Vertus aux esprits qui opèrent ordinairement les prodiges et les miracles.

Les Puissances forment ce chœur auquel, plus largement qu’aux autres, il a été donné de tenir sous le joug les puissances ennemies ; son pouvoir répressif les empêche de tenter, à leur gré, le cœur des hommes.

On appelle Principautés, (les esprits célestes) préposés à de bons anges qui, dans l'accomplissement de leurs divins ministères, leur sont subordonnés.

Les Dominations surpassent en pouvoir les Principautés mêmes; et ces phalanges angéliques, investies du droit de commander aux autres, sont pour ce motif appelées Dominations. Les Trônes forment comme un sénat qui rend la justice sous la perpétuelle présidence du Dieu tout-puissant. En latin trône veut, dire siège : on les a donc nommés trônes parce que la grâce de Dieu surabondant en eux, ils sont comme le siège du Seigneur, qui par eux décerne ses sentences.

Chérubins veut dire plénitude de la science. Ces sublimes cohortes doivent leur nom à la science qui les remplit dans une mesure d’autant plus abondante qu'ils contemplent de plus près les splendeurs de Dieu.

Les séraphins composent ces bataillons sacrés qui, grâce à leur extrême proximité de Dieu, brûlent d’un amour incomparable. Séraphins, en effet, veut dire (en hébreu) ardents, enflammés.


XI. Quels rapporte avons-nous avec les anges?


Mais à quoi bon ces rapides considérations sur les esprits angéliques, si nous ne cherchons à les faire tourner à notre utilité? Cette cité supérieure se compose d’anges et d’hommes, et dans notre foi, le nombre des élus humains doit égaler le nombre des anges demeurés fidèles, suivant cette parole : (Le Créateur) a déterminé les limites des nations sur le nombre des anges de Dieu.

Des distinctions établies parmi les citoyens célestes, il y a donc une induction (pratique) à tirer pour la direction de notre vie. Le genre humain doit fournir un contingent d’élus égal à celui des anges demeurés fidèles; il faut donc que les hommes, en marche vers la patrie céleste, réfléchissent en eux quelques traits des phalanges angéliques.

Car la vie des hommes (élus) répond parfaitement aux fonctions diverses des chœurs célestes, et les élus de la terre, à raison de la similitude des vertus, doivent être mis au rang des Anges. La plupart n'atteignent que les plus humbles vérités, mais les annoncent, à leurs frères pieusement et sans relâche; ceux-là se rangent dans le chœur des Anges.

Quelques-uns, comblés des dons de la munificence divine, sont capables de pénétrer et d’annoncer les plus hauts mystères des cieux; où les classer si ce n’est parmi les archanges?

D'autres font des miracles, opèrent des merveilles avec une grande puissance. Ne viennent-ils pas naturellement se ranger parmi les Vertus célestes?

Il en est aussi qui chassent les esprits malins du corps des possédés. Où ces derniers trouvent-ils leur place légitime si ce n'est parmi les Puissances ?

Certains, par l'éclat de leurs vertus, font pâlir les vertus des autres; meilleurs que les bons, ils priment en mérite les élus leurs frères. N’ont-ils pas droit de figurer parmi les Principautés?

D'autres ont dompte tous leurs vices, tous leurs désirs, au point que leur pureté en fait des dieux parmi les hommes. Leur place convenable n'est-elle pas parmi les Dominations?

Quelques-uns, vigilants, attentifs, maîtres d’eux-mêmes, sont toujours enracinés dans la crainte de Dieu ; en récompense de leur vertu, il leur est donné de juger les autres comme la justice même. Ne sont-ce pas là les Trônes de Dieu?

D’autres sont si remplis de l’amour de Dieu et du prochain, qu'à bon droit ils méritent le nom de Chérubins.

D’autres enfin, tout embrasés des feux de la divine contemplation, ne soupirent que pour le seul désir de leur Créateur ; pour eux le monde n'a plus d’attrait, l’amour de l’éternité est leur unique vie; plein de mépris pour tout bien terrestre, leur coeur s’élève au-dessus de tout ce qui passe ; ils aiment, ils brûlent d’une ardeur qui ne se ralentit jamais, et le contact de leur parole allume soudain au cœur qui les entend le feu de l’amour divin. Quel nom leur donner, si ce n’est celui de Séraphins ?


XII. Que devons-nous conclure ?


Mais vous, très-chers frères à ce discours rentrez en vous-mêmes. Voyez si dans le nombre des chœurs, qu'en quelques mots nous avons légèrement éffleurés, vous trouvez la place de votre vocation. Ah! malheur à l’âme qui ne découvre pas vestige en soi des vertus que nous avons énumérées; mais trois fois malheur si la conscience de cette pauvreté ne lui arrache pas des gémissements!!!

I1 est déplorable cet état dans une âme, surtout parce qu’elle ne le déplore pas. Qu’il gémisse donc celui qui reconnaît en soi ce dénument absolu des dons célestes ; mais que la vue d’un plus riche que soi n’éveille pas sa jalousie ; car les esprits célestes, distribués eu chœurs, sont également classés entre eux dans un ordre hiérarchique.


XIII. Il y aura grande joie parmi les anges, à la conversion d’un pécheur.


Mais voilà qu’en sondant les secrets des citoyens célestes, nous nous sommes écartés de l’ordre de notre discours. Aspirons sans doute à la gloire de ceux qui nous ont occupés, mais revenons à nous. Nous ne devons pas oublier notre mortalité. Silence donc sur les secrets du Ciel, et sous les yeux de notre Créateur secouons par le travail de la pénitence la poussière qui nous souille.

Ecoutez les promesses de la miséricorde divine : Il y aura, dit-elle ,
de ta joie dans le ciel, à la conversion d'un seul pécheur, et cependant le Seigneur déclare par le prophète : Au jour que le juste aura péché, je mettrai en oubli toutes ses justices (passées).

Apprécions, si nous le pouvons, cette économie de la charité suprême. Sur qui se tient debout, s'il vient à tomber, il suspend le châtiment; devant qui est tombé, pour l'exciter à se relever il place la miséricorde. Il effraie le premier, pour qu’il ne s’enfle pas de présomption dans le bien ; il relève le courage du second, pour prévenir son désespoir. Vous êtes juste, craignez sa colère pour ne pas tomber; vous êtes pécheur, pour vous relever, ayez confiance eu sa miséricorde.

Mais nous sommes tombés, nous n’avons pas su nous tenir debout, nous voilà comme ensevelis dans nos convoitises. Eh bien, celui qui rabat la présomption du juste nous attend encore, il nous provoque à nous relever. I1 nous ouvre le sein de sa clémence; il désire notre retour à lui par la voie de la pénitence.

Mais pas de pénitence efficace, si nous ne savons la manière de la pratiquer. Faire pénitence, c’est tout à la fois pleurer les péchés commis, et ne plus se créer de ces sujets de larmes. Celui qui, déplorant certaines fautes en commet de nouvelles, celui-là, soit mauvais vouloir, soit ignorance, ne fait pas encore pénitence. Que sert en effet de pleurer les péchés de luxure, si les ardeurs de l’ambition nous tourmentent encore? que sert de pleurer les péchés de colère, si les feux de l’envie nous consument encore?


XIV. Trait historique.

Je vais rapporter en peu de mots un trait que m’a raconté un homme vénérable, Maximien, prieur de mon monastère, prêtre alors et maintenant évêque de Syracuse; si vous l’écoutez avec attention, il sera pour longtemps profitable à Votre Charité (Nom de tendresse et d'honneur que saint. Grégoire applique à son auditoire) .

Il a vécu dans ces derniers temps un certain Victorinus, également appelé Emilianus, qui possédait de grands trésors, et comme le péché de la chair règne ordinairement, an sein de l’opulence, il tomba dans une faute grave. Pénétré de componction à la vue de son crime, il s’indigna contre lui-même, laissa tous les biens de ce monde et entra dans un monastère. Il s'y montra d’une humilité profonde, d’une extrême sévérité pour lui-même : et tous ses frères, qui, dans cet asile, avaient grandi dans l’amour de Dieu, étaient contraints, à la vue de sa pénitence, de mépriser leur vie. I1 s’appliqua, de toutes les puissances de son âme, à crucifier sa chair, à briser sa volonté propre, à rechercher, pour prier, les lieux retirés, à se purifier chaque jour dans les larmes, à aimer le mépris et à craindre le respect dont ses frères l’entouraient.

Il se levait donc ordinairement avant les Nocturnes : or la montagne où le monastère était situé, formait dans un endroit fort retiré une espèce de couvert; c’est là qu’avant, les Vigiles il se retirait régulièrement pour se macérer tous les jours dans les larmes de la pénitence avec toute la liberté que lui donnait le secret de sa retraite. Pénétré de la sévérité de son juge, il en épousait à l’avance les intérêts, et il punissait, dans les larmes l’énormité de son crime.
Or, une nuit, le vigilant abbé du monastère l’ayant vu sortir mystérieusement, se mit à pas lents à le suivre; le voyant prosterné en prière dans l’endroit solitaire de la montagne, il voulut attendre qu'il se relevât pour constater la longueur de sa prière. Mais voilà, tout-à-coup une lumière venue du ciel se répandit sur le religieux humblement prosterné en prière; une clarté si grande resplendit en ce lieu que tout ce côté de la montagne en fut illuminé; à cette vue l’abbé tout tremblant prit la fuite. Le long intervalle d’une heure écoulé, le même frère revint au monastère; l’abbé, pour savoir s'il avait eu conscience de cette abondante effusion de lumière qui l’avait enveloppé, se mit à l'interroger : Frère, lui dit-il, d'où venez-vous? Croyant pouvoir garder son secret; J’étais au monastère, répondit-il. Cette réponse évasive obligea l’abbé à dire ce qu’il avait vu. Mais lui, se voyant découvert, révéla au prieur ce qu’il ignorait encore : au moment que sous vos yeux cette lumière céleste descendait sur moi, ajouta-t-il, une voix a retenti qui disait : «Ton péché est pardonné. »
Sans doute le Dieu tout-puissant eût pu lui remettre son péché sans rien dire; mais cette voix qui résonne, cette lumière qui resplendit, voilà deux traits de miséricorde qui provoquent nos cœurs à la pénitence.
Ayez donc confiance, mes frères, en la miséricorde de notre Créateur, approfondissez votre vie présente, revenez sur votre vie passée. Considérez la munificence de la charité divine, et fondant en larmes recourez au juge miséricordieux qui patiente encore. A la pensée de sa justice, ne mettez pas en oubli vos iniquités, mais à la pensée de sa clémence gardez-vous de désespérer. Un Dieu-Homme inspire à l'homme confiance en Dieu. Et un gage solide pour notre repentir, c’est que notre avocat est notre juge, lui qui étant Dieu vit et règne avec le Père et le Saint-Esprit dans les siècles des siècles.
Ainsi soit-il.



Tiré de " choix d'homélies de S. Grégoire le Grand à l'usage de la jeunesse - Bibliothèque des classiques chrétiens " de l'Abbé Gaume ancien vicaire général de Nevers.
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