L'histoire de l'Eglise de Darras nous rapporte, au tome IX, page157-158, ce passage du pontificat de saint Silvestre, traitant du baptême de Constantin :
…Le pape saint Sylvestre, retiré avec quelques prêtres dans une grotte du mont Soracte, aujourd'hui monte Orestio, avait vu sa retraite environnée par une troupe de soldats qui escaladaient les rochers pour pénétrer jusqu'à lui. Le saint pontife crut que l'heure du martyre avait sonné. Se tournant vers ses clercs : Voici, leur dit-il, le temps de la grâce : voici le jour du salut ! — Il se présenta donc aux soldats qui l'emmenèrent à Rome et le conduisirent, avec ses trois prêtres et ses deux diacres, au palais de l'empereur. Admis en présence de Constantin, le pontife le salua ainsi : Que la paix et la victoire, filles du ciel, accompagnent toujours Votre Majesté! — L'empereur l'accueillit avec un sourire plein d'allégresse et de bienveillance. Il lui raconta la vision qu'il avait eue la nuit précédente ; lui dépeignit les deux célestes personnages qui lui étaient apparus et lui avaient commandé de recevoir le baptême. Connaissez-vous ces dieux ? ajouta-t-il. — Ce ne sont point des dieux, répondit Sylvestre. Ce sont les deux apôtres Pierre et Paul, choisis par le Christ pour fonder son Église. — Avez-vous leur portrait ? demanda l'empereur. Je verrai si l'image que vous m'en montrerez ressemble à celle qui m'est apparue. — Le saint pontife envoya un de ses diacres chercher l'image des saints apôtres. Quand elle fut présentée à Constantin, il s'écria : Voilà bien les deux personnages qui me sont apparus ! Désormais je ne veux plus différer ; qu'on prépare tout pour mon baptême.» Saint Sylvestre lui recommanda de se préparer à la cérémonie sainte par une retraite de sept jours, pendant laquelle il se livrerait au jeûne, à la méditation et à la prière. L'infirmité dont il était atteint ne lui permettant point d'accomplir en public cet acte solennel, l'un des vestibules du palais de Latran, celui-là même qui fut depuis connu sous le nom de Lavacrum Constantinianum, fut disposé à cet effet. Au jour fixé, Constantin, plus grand dans sa pénitence qu'il ne l'avait été dans ses victoires, s'inclina humblement sous la main du pontife, et se plongea dans le bain salutaire. Ses proches et ses familiers les plus intimes étaient seuls présents. Sainte Hélène, la bienheureuse mère, versait des larmes de joie et remerciait Dieu de l'avoir réservée à un tel bonheur. Au moment où le pontife prononça les paroles sacramentelles, l'affreuse lèpre qui couvrait le corps de l'empereur disparut. Comme autrefois Naaman sortant des eaux du Jourdain, Constantin sortit de la piscine sacrée complètement guéri. Dès lors sa reconnaissance pour le Christ Sauveur éclata en manifestations solennelles. C'est à partir de cette époque qu'il fit construire les basiliques du Latran, celles de Saint-Pierre et de Saint-Paul, et les autres …
Voici, tirée du bréviaire romain, la quatrième leçon, en la fête de saint Silvestre :
In II Nocturno
Lectio iv
SILVÉSTER Romanus, patre Rufino, a prima aetate operam dedit Cyrino presbytero ; cujus doctrinam et mores egrégie imitatus est. Hic, saeviénte persecutione, in Soracte monte latitaverat ; et trigésimum annum agens, présbyter sanctae Romanae Ecclésiae a Marcellino Pontifice creàatur. Quo in munere c*m omni laude cléricis aliis antecélleret, in Melchiadis postea loc*m succéssit, imperatore Constantino, qui antea pacem Ecclésiae Christi lege pùblica déderat. Vix Ecclésiae gubernàcula tractànda suscéperat, Constantinum, jam Crucis signo caelitus illustràtum, et de hoste Maxéntio victorem, ad tuéndam propagandàmque christiànam religionem impénsefovit. Quem étiam, uti vetus Ecclésiae Romànae refert traditio, Apostolorum imagines recognoscere fecit, sacro baptismate tinxit, et ab infidelitàtis lepra mundàvit.
Et une traduction :
Au deuxième Nocturne
4e LEÇON. - Silvestre était romain, et son père se nommait Rufin. Dès sa jeunesse il eut pour maître le Prêtre Cyrinus, dont il imita parfaitement la science et les moeurs. Tant que sévit la persécution il demeura caché sur le mont Soracte ; mais à l'âge de trente ans, il fut ordonné Prêtre de la sainte Eglise romaine par le Pontife Marcellin. Comme il s'acquittait de cet office d'une manière digne de toute louange, surpassant tous les autres clercs, il fut dans la suite choisi pour succéder au Pape Melchiade, sous l'empereur Constantin, qui venait d'accorder, par une loi, la paix à l'Eglise du Christ. Dès qu'il eut pris en main le gouvernement de l'Eglise, il encouragea fortement Constantin (illustre déjà par l'apparition d'une croix dans le ciel, et par sa victoire sur le tyran Maxence), à protéger et à propager la religion chrétienne. Comme une vieille tradition de l'Eglise romaine le rapporte, il lui fit reconnaître les portraits des Apôtres, le lava dans les eaux du saint baptême et le purifia de la lèpre de l'infidélité.
Constantin aurait donc été baptisé par saint Silvestre dont le pontificat s'étendit de l'an 314 à l'an 335.