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Sermon du Vénérable Louis de Grenade pour l’Épiphanie

Publié : mar. 07 janv. 2025 22:20
par Laetitia
  Louis de Grenade a écrit :

PREMIER SERMON POUR L'ÉPIPHANIE DE NOTRE-SEIGNEUR.


Vidimus stellam ejus in Oriente, et venimus adorare eum.
Nous avons vu son étoile en Orient, et nous sommes venus l'adorer.
Matth. 11, 2.


MES TRÈS-CHERS FRÈRES,

« Heureux, a dit le Sauveur, celui pour qui je ne serai point un sujet de scandale, » Matth. XI, 6, c'est-à-dire, heureux celui que Dieu favorisera d'une foi si vive, que ni ma faiblesse, ni ma pauvreté extérieure ne l'empêcheront de reconnaître la majesté infinie cachée sous les plus humbles apparences. C'est que le souverain des cieux est descendu, pour effacer nos péchés et confondre notre orgueil, à un tel degré d'abaissement, qu'un grand nombre de ceux dont il venait opérer ainsi le salut, devaient refuser de croire à une semblable humiliation de la Divinité. Afin de prémunir les faibles contre cet écueil, le Fils de Dieu, tout en s'abaissant infiniment pour nous, a néanmoins entouré ses abaissements d'un éclat tout céleste et des prodiges les plus surprenants. Lisez attentivement, pour vous en convaincre, le commencement de l'Evangile de saint Luc. Combien de miracles et de merveilles il nous montre autour du berceau de notre Sauveur !

Je laisse de côté les antiques oracles des prophètes. Le prêtre Zacharie voit l'ange Gabriel lui apparaître auprès de l'autel, perd la parole, et il ne la recouvre qu'au bout de neuf mois pour chanter sous l'inspiration de l'Esprit saint les louanges du Sauveur. Contrairement aux lois de la nature, sa femme Elisabeth, de stérile, devient féconde. L'enfant auquel elle donne le jour reçoit un nom désigné par le Ciel, et qui excite l'admiration de toutes les personnes présentes. Et que dirai-je de la conception de Jésus, et des merveilles qui l'accompagnèrent ? Une jeune fille conçoit par l'opération du Saint-Esprit, et ses entrailles renferment Celui dont l'immensité contient l'univers. Animé de l'Esprit divin, Jean-Baptiste tressaille dans le sein de sa mère à l'approche de son rédempteur, et il lui rend ainsi un muet hommage.

Re: Sermon du Vénérable Louis de Grenade pour l’Épiphanie

Publié : mar. 07 janv. 2025 22:21
par Laetitia
La pieuse mère du Précurseur, remplie à son tour de l'Esprit saint, reconnaît la mère de son Seigneur, et proclame le mystère auguste de la grâce évangélique. Si nous abordons la naissance du divin enfant, nous verrons une vierge enfanter, sans éprouver la moindre douleur et sans rien perdre de son intégrité : nous la verrons nourrir son fils de son lait virginal. Un ange éblouissant de lumière annonce à des bergers cet enfantement extraordinaire, et les chants d'allégresse des esprits bienheureux retentissent à leurs oreilles. Enfin, une étoile inconnue jusque-là, et brillant d'une admirable clarté, appelle les mages du fond de l'Orient aux pieds du roi nouveau-né. Rapporterai-je encore la joie et les accents prophétiques du saint vieillard Siméon, les transports d'âme de la prophétesse, les messages célestes qui ne cessent d'apprendre à saint Joseph les soins qu'il doit prendre des jours du Sauveur enfant ? Si nous estimions à leur véritable valeur ces prodiges si nombreux et si étonnants, nous n'hésiterions pas à reconnaître sous le voile d'une humanité faible et souffrante la Majesté divine elle-même. Ces prodiges que nul des grands de la terre, pas même ceux qui s'offraient aux adorations de leurs semblables, n'ont osé s'attribuer, que l'orgueil humain n'a pu imaginer, jamais les évangélistes, simples et sans éducation comme ils étaient, ne les eussent racontés, s'ils n'avaient pas obéi à la voix de la vérité. C'est par un dessein de la Providence, que l'orgueil et la malice des hommes ont été impuissants à concevoir l'idée des miracles dont l'éclat devait rejaillir sur l'humanité du Fils de Dieu, et raffermir en même temps notre foi chancelante. Il est impossible de contempler les œuvres merveilleuses qui accompagnent les abaissements de Jésus-Christ sans être environné de la plus frappante lumière, qui, tout en raffermissant notre foi, nous embrase aussi d'un ardent amour envers notre adorable Rédempteur.

Parmi ces prodiges, mes frères, il en est un dont nous célébrons aujourd'hui le souvenir ; je veux parler de cet astre qui conduisit les mages à Bethléem, et qui, dans leur personne, appela toutes les nations à la lumière de l'Evangile. « C'est une chose merveilleuse, dit à ce sujet un saint docteur, que le Christ soit né d'une vierge; c'est une chose non moins merveilleuse que les astres aient annoncé sa naissance. Chose étonnante ! la terre reçoit le nouvel homme : chose plus étonnante encore, une étoile nouvelle paraît au ciel pour publier ce prodige. En Judée, le Christ étendu sur une crèche fait entendre aux bergers ses vagissements. En Chaldée, il apparaît étincelant aux yeux des mages. Tandis que sa mère l'allaite à Bethléem, les mages l'adorent en Orient. Tandis qu'il apparaît aux bergers couvert de misérables langes, il se révèle aux gentils resplendissant de gloire. Et ne convenait-il pas que les cieux annonçassent la naissance de leur maître, que la lumière annonçât la naissance de son auteur ? C'est pourquoi, en se revêtant de notre chair, le Sauveur a tout ordonné de telle sorte, que l'humilité de son extérieur n'a pas entièrement voilé les rayons de sa divinité, et qu'un prodige céleste vint apprendre aux hommes sa naissance terrestre. »

Tel est, mes très-chers frères, le mystère dont nous désirons aujourd'hui vous entretenir, après avoir imploré l'intercession de la Vierge immaculée. Ave Maria.
(à suivre)

Re: Sermon du Vénérable Louis de Grenade pour l’Épiphanie

Publié : mer. 08 janv. 2025 11:57
par Laetitia
REMIER POINT.

C'est une pensée de saint Augustin, que Dieu, pour attirer les hommes à lui, emploie les moyens les plus variés et les plus admirables. Il emploie tour à tour les bienfaits et les châtiments, l'amour et la crainte, l'appareil de ses récompenses et celui de ses supplices, les inspirations secrètes et la voix de l'Eglise, la vertu des sacrements et l'attrait des pieuses lectures. J'ai connu moi-même des personnes dont ce dernier moyen a procuré la conversion. J'en ai vu d'autres déterminées à embrasser la pénitence par la seule considération de la multitude et de la grandeur de leurs crimes ; de telle façon que, par l'opération de la grâce divine, ce qui est pour la plupart une cause d'aveuglement, est devenu pour ces chrétiens une cause de salut. S'il m'est permis d'employer une comparaison vulgaire, de même que l'on a recours à divers artifices pour rendre la chasse et la pêche fructueuses et abondantes ; de même le Père céleste use d'une foule de pièges pour arracher les âmes aux dangers de la vie mondaine et les envelopper dans le filet de son Evangile. Rien n'échappe en effet à ses regards, et il n'est rien où ne pénètre la lumière de sa miséricordieuse providence. De là ce mot du Prophète : « C'est moi qui fais venir l'oiseau de l'Orient, et qui appelle des régions lointaines l'homme de ma volonté. Isai. XLVI, 11. Comme s'il disait : Ma sagesse embrasse tout de son regard, ma puissance atteint partout. La distance des lieux, aucunes ténèbres, aucun obstacle ne m'empêcheront d'appeler les nations les plus éloignées à la connaissance de mon nom et à la pratique de mon culte. Mon dessein est inébranlable, et ma volonté s'exécutera toute entière. Consilium meum stabit, et omnis voluntas mea fiet. Isai. XLVI, 10.

Vous pourrez remarquer la vérité de cette parole, mes frères, dans la vocation des mages, et dans la manière miraculeuse dont le Seigneur, sans prédication aucune, les amena à la connaissance et à l'amour du Rédempteur. Mais, puisqu'ils sont les prémices de la gentilité, nos guides et nos pères dans la foi, examinons attentivement quelle fut leur conduite, afin de former la nôtre sur ce modèle et d'imiter leurs exemples.

Ils partent donc des extrémités de l'Orient et se dirigent sur Jérusalem. Arrivés en cette ville, ils s'informent de la naissance du nouveau roi : « Où se trouve, demandent-ils, le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son étoile en Orient, et nous sommes venus l'adorer. A ces paroles, le roi Hérode fut plongé dans le trouble, et la ville entière avec lui, » Vraisemblablement ce trouble général n'eut pas chez tous la même cause. Autre fut l'effroi des bons, autre celui des méchants ; autre fut l'effroi des favoris d'Hérode, autre celui des personnes qui étaient disgraciées. Parmi les sujets de ce prince, il y en avait qui, en proie à la misère et à la détresse, haïssaient son gouvernement, et ne désiraient rien tant que son renversement, dans l'espérance qu'un nouvel état de choses améliorerait leur situation. Pour les courtisans du monarque, ils ne souhaitaient aucun malheur à leur maître :attachés à sa fortune, ils ne redoutaient pas moins que lui, et par les mêmes motifs, la venue d'un nouveau roi. Ne songer qu'à soi, ne s'occuper que de soi, tel a toujours été le caractère et le souci des méchants. On dirait qu'ils ne sont nés que pour eux. Que leurs intérêts n'en souffrent pas, et ils assisteront insensibles à la chute du ciel et à l'embrasement de la terre.

(à suivre)

Re: Sermon du Vénérable Louis de Grenade pour l’Épiphanie

Publié : jeu. 09 janv. 2025 17:49
par Laetitia
Cependant Hérode convoque les princes des prêtres, les scribes du peuple, et leur demande où le Christ devait naître. « Ils lui répondirent: A Bethléem, ville de Juda, selon la parole du Prophète. » Le dessein de ce monarque impie, en faisant cette question, n'était pas d'apprendre où il pourrait aller adorer le nouveau roi, mais de le mettre à mort, afin de régner sans compétiteur et sans partage. Voyez, mes frères, à quel excès de démence descend ce roi fourbe et ambitieux : il s'estime capable d'arrêter, par ses insidieuses menées, l'exécution des éternels décrets de Dieu.

On demandait un jour à un philosophe si les mauvaises actions échappaient au regard de la Divinité : « Pas plus que les mauvaises pensées, répondit-il. » Ce qu'un païen n'ignorait pas, tu l'ignores donc, toi qui vis sous la loi de Dieu ? N'avais-tu pas rencontré ces paroles dans Isaïe : « Éloignez de mes yeux le mal de vos pensées. » Isai. 1, 16. N'avais-tu pas lu dans le Psalmiste : « Le Seigneur connaît les pensées des hommes, et il sait qu'elles sont vaines. » Psalm. XCIII, 11. « Il pénètre les profondeurs du cœur humain. » Psalm. XLIII, 22. Et tu t'imaginais, malheureux, que tes pensées demeureraient inconnues au Seigneur ! Et puis, crois-tu, ou ne crois-tu pas aux oracles des prophètes, à la signification de ce nouvel astre ? Si tu n'y crois pas, moque-toi à ton aise de ces superstitions et de ces puérilités : car pourquoi les craindrais-tu, puisque tu n'y ajoutes aucune foi ? Mais si tu y crois, comme il le paraît à te voir consulter les écrits prophétiques, t'informer avec soin de l'époque à laquelle l'étoile s'est montrée, et surtout à te voir donner l'ordre de massacrer tant de petits innocents ; si tu y crois, dis-je, quelle est ta folie de vouloir t'attaquer à Dieu même, toi vile poussière, chétif vermisseau, et pour espérer renverser par tes ruses et ta puissance la puissance et la sagesse infinies du Très-Haut ! A Dieu appartiennent la souveraine sagesse et la souveraine puissance : à l'homme la souveraine folie et la souveraine faiblesse. Et tu penserais que la puissance céderait à la faiblesse, la sagesse à la folie ! Certes, il n'est pas difficile de trouver des monarques insensés. On en a vu qui poussaient leurs aberrations jusqu'à prendre le titre et les attributs de la Divinité. Alexandre voulut qu'on l'appelât fils de Jupiter. Nabuchodonosor ordonna à son général Holopherne de substituer sa propre statue à la statue des dieux qu'on adorerait dans tous les pays qui tomberaient sous sa domination. Emporté par un incroyable orgueil, le chef des anges rebelles osa s'égaler à son Créateur. Tel était le point d'audace où était arrivée l'arrogance, soit des hommes, soit des démons ; mais nul n'avait essayé, comme ce misérable Hérode, de s'élever au-dessus même de Dieu, et nul ne s'était flatté comme lui de l'emporter sur la Majesté suprême en sagesse et en puissance. S'il fut venu à bout de son entreprise, il aurait eu sujet, non-seulement de se glorifier de son triomphe, mais encore de tourner en dérision la puissance de son Dieu.

Vous voyez, mes frères, par cet excès de témérité et de folie exécrables, dans quel abîme se précipite la nature humaine lorsqu'elle est abandonnée du ciel. Vous voyez où conduit une ambition immodérée. Que cet exemple vous enseigne combien est redoutable le venin de cette passion. Et pourtant elle est le partage d'un grand nombre de chrétiens ; et pourtant il y en a qui en font un éloge pompeux, et qui la représentent comme nécessaire à l'accomplissement des grandes choses, à l'imitation de Cicéron qui recommandait le culte de l'éloquence par cette raison que ce culte, allumait dans le cœur des hommes le désir et l'amour de la gloire.

(à suivre)

Re: Sermon du Vénérable Louis de Grenade pour l’Épiphanie

Publié : ven. 10 janv. 2025 11:59
par Laetitia
Je reconnais volontiers que le désir modéré de la gloire a son utilité, aussi bien que l'amour de l'honneur. Celui-ci, en nous inspirant la crainte de la honte, nous éloigne du mal ; celui-là nous enflamme pour les entreprises glorieuses. Bien des personnes se préservent du vice moins par amour de la vertu, que par horreur de l'ignominie réservée généralement aux gens vicieux. Jusque là, aucun blâme ne saurait atteindre l'amour de la gloire et de l'honneur. Mais dès que ce sentiment franchit les bornes de la raison, il acquiert et exerce bientôt la plus pernicieuse influence.
Tant que les eaux d'un fleuve coulent paisiblement dans leur lit, elles ne causent aucun dommage aux moissons voisines. Au contraire, si elles débordent et inondent les champs d'alentour, elles y portent la dévastation et la ruine. Il en est de même de l'ambition ; quand elle brise le frein de la raison, on ne saurait énumérer tous les maux dont elle devient la source. Quelle a été la cause de la plupart des malheurs du genre humain, sinon l'ambition de quelques hommes ? Pour obtenir l'empire du monde, Alexandre le bouleversa presque tout entier. Pour régner en maître sur le peuple romain et satisfaire le rêve de sa jeunesse, Jules-César couvrit la terre de carnage et de sang. Pour conserver un sceptre fragile, l'impie Hérode fait égorger à Bethléem et aux alentours tous les enfants âgés de deux ans et au-dessous. Jugez maintenant de l'arbre par ses fruits. Quel arbre que celui qui en porte de pareils !

Cela étant, mes frères, auront-ils lieu de compter sur leur salut, ceux d'entre vous qui mettent l'honneur au-dessus de Dieu, et qui le préfèrent à Dieu et à toutes choses ? Un saint personnage disait à ce propos, que les démons se tiennent tranquilles et en sécurité, lorsqu'ils voient cette passion régner sur les âmes ; ils savent qu'elle est assez puissante et assez féconde en bouleversements de tout genre, pour regarder la perte du cœur où elle domine comme assurée. Mais revenons, après un instant de repos, au récit évangélique.

Re: Sermon du Vénérable Louis de Grenade pour l’Épiphanie

Publié : ven. 10 janv. 2025 12:00
par Laetitia
SECOND POINT.

Dès que les mages ont appris le lieu où le Sauveur devait naître, ils se dirigent aussitôt sur Bethléem. Ce qui me confond ici, mes frères, c'est de ne voir ni prêtre, ni pharisien, ni personne de cette multitude tout à l'heure en émoi, imiter les mages et suivre leurs pas. Cependant c'est à ce peuple que le roi nouveau-né a été promis. C'est ce même peuple qui seul a la science de la loi et des prophètes. Il pouvait donc facilement observer que l'époque de la venue du Messie était arrivée ; l'occupation du trône par l'étranger Hérode en était seule une preuve manifeste. D'ailleurs, les Juifs n'auraient-ils pas dû être frappés de l'exemple de ces voyageurs, qui accouraient des extrémités de l'Orient, conduits par une étoile miraculeuse ? Quoi ! des étrangers entreprennent un long voyage ; et vous, le peuple de Dieu, vous, la maison choisie du Seigneur, vous, le dépositaire de ses promesses, le possesseur des oracles et des prophéties qui annoncent le lieu de la naissance du Messie, vous ne prenez même pas la peine de bouger de Jérusalem pour aller contempler votre roi nouveau-né ! Vous discernez parfaitement dans l’Écriture ce qui le regarde; et quand il est devant vos yeux, vous ne le connaissez plus ! Saint Grégoire avait bien raison de dire que la cécité d'Isaac bénissant son fils Jacob était l'image de votre cécité spirituelle. Bien que doué de l'esprit de prophétie, le saint patriarche ne reconnut pas celui dont il devait pourtant prédire les magnifiques destinées. C'est ainsi que le peuple juif, en qui avait résidé si longtemps l'esprit prophétique, ne reconnut pas dans son aveuglement celui dont ses prophéties avaient annoncé tant de merveilles.

Que ce spectacle, mes frères, vous apprenne le rôle essentiel de la grâce dans l'affaire de notre salut, et la vanité de tous nos efforts, si nous sommes privés du secours divin. Sans la grâce, n’attachez aucun prix, ni à la science des Écritures, ni à la profession religieuse, ni à telle condition plus parfaite, ni à la noblesse de votre race, ni aux avantages de la nature, ni aux fruits d'une éducation distinguée, ni à toutes les choses que le monde estime et recommande. Quel que soit leur prix, lorsqu'elles sont ennoblies par la présence du divin Esprit; elles ne servent de rien, en son absence, pour l'acquisition de la véritable justice. Ne vous trompez pas sur l'importance de cette vérité. Le Seigneur veut qu'elle soit profondément gravée dans nos cœurs, et le premier hommage qu'il réclame de nous, c'est la connaissance et l'humble aveu de notre néant. Cette conduite de Dieu envers nous me rappelle la conduite de Thalès de Milet, l'un de ces fameux sages de la Grèce, envers un philosophe de Cyrène. Ayant communiqué à ce philosophe une découverte astronomique qu'il venait de faire quoique avancé en âge, son disciple, ravi de cette communication, après s'être confondu en remerciements, lui demanda comment il pourrait lui en témoigner sa reconnaissance. « Vous me la témoignerez suffisamment, lui répondit Thalès, si vous dites aux personnes à qui vous ferez part de cette découverte, quel en est le véritable auteur. »

(à suivre)

Re: Sermon du Vénérable Louis de Grenade pour l’Épiphanie

Publié : dim. 12 janv. 2025 18:19
par Laetitia
Voilà aussi, mes frères, ce que la source infinie de toute bonté désire de nous en retour de ses innombrables bienfaits, à savoir, qu'au lieu de nous rapporter à nous-mêmes ce qu'il peut y avoir en nous de louable, nous le rapportions à Celui qui en est véritablement la source, et nous ne perdrons rien à agir de la sorte :car, l'honneur et la gloire que nous procurons au Seigneur, nous procurent à nous-mêmes de nouveaux biens et de nouvelles faveurs. La sagesse divine attache un si haut prix à la connaissance et à la diffusion de cette vérité, qu'elle refuse quelquefois ses grâces aux personnes que le jugement des hommes en réputerait dignes, et qu'elle les accorde avec abondance aux personnes que l'on en croirait indignes. C'est aux Pharisiens, si rigides et si zélés pour la pratique des observances légales, c'est aux prêtres et aux docteurs de la loi que Jésus-Christ disait : « Les publicains et les courtisanes entreront avant vous dans le royaume de Dieu. » Matth. XXI, 31. C'est au peuple élu qu'il disait encore : « Beaucoup viendront de l'Orient et de l'Occident, et se reposeront avec Abraham, Isaac et Jacob dans le royaume des cieux ; tandis que les enfants de ce royaume seront jetés dans les ténèbres extérieures. » Matth. VIII, 12. On voit tous les jours de pauvres gens, obligés de gagner leur pain à la sueur de leurs fronts, s'approcher dignement du sacrement de l'autel, que profaneront des ministres du Seigneur. On voit chaque jour de pauvres femmes, au milieu des soins qu'exigent un ménage, un époux, des enfants, trouver le moyen de consacrer régulièrement quelques heures à l'oraison et de s'occuper avec amour de la considération des choses divines ; tandis que des religieuses, que nulle occupation extérieure ne détourne de ce qu'elles doivent à l'Epoux céleste, accompliront leurs pieux exercices avec répugnance et lâcheté. Il vous arrivera aussi quelque fois de rencontrer dans des chaumières, où la parole de Dieu ne pénètre jamais, des chrétiens d'une foi et d'une vertu remarquables. Et si vous demandez à ces hommes ou à ces femmes, qui n'ont peut-être entendu aucun prédicateur, qui les a instruits, qui les a dirigés, ils ne pourront vous nommer d'autre maître que Dieu.

Au contraire, examinez ceux qui, depuis plus de vingt ans, entendent dans cet édifice la parole divine, vous en trouverez un grand nombre dont les progrès dans la vertu sont nuls ou à peu près ; saules ingrats, bruyères stériles, que les eaux de la grâce, dont leurs racines sont baignées,n'ont pu encore féconder, et rendre capables de porter des fruits de vie. Que ferons-nous donc, mes frères, pour n'être pas nous-mêmes de ce nombre ? Nous nous prosternerons aux pieds du Seigneur, nous confesserons humblement que de sa grâce seule dépend notre salut, et nous lui dirons avec le Prophète : « Entre vos mains, Seigneur, est mon sort. » Ps. XXX, 16. « Telle est l'argile entre les mains du potier, tels nous sommes entre vos mains. » Jer. XVIII,6. Car vous seul êtes puissant, vous seul êtes bon, vous seul êtes la source de la vie et de la lumière, le soleil de justice, l'auteur de toute sainteté. Votre présence porte partout la joie et le bonheur ; en votre absence, il n'y a au contraire que les ténèbres et la mort.

Re: Sermon du Vénérable Louis de Grenade pour l’Épiphanie

Publié : dim. 12 janv. 2025 18:20
par Laetitia
N'allez pas cependant, mes frères, conclure de ce principe que Dieu est l'auteur de notre damnation. La même bonté infinie qui appelle tous les hommes au salut et à la connaissance de la vérité, I Tim. II, 4, fournit abondamment à tous les hommes les grâces et les secours qui leur sont nécessaires. C'est ce que nous enseigne ouvertement le mystère dont nous célébrons aujourd'hui la mémoire. Comme l'observe le pape saint Léon, Dieu permit que les ordres du cruel Hérode fussent exécutés, afin que les gentils,les Romains eux-mêmes, étonnés de tant de barbarie, en recherchassent le motif, et connussent ainsi la naissance merveilleuse du nouveau roi. Pour les plus instruits d'entre eux, c'est-à-dire pour ceux dont la foule devait suivre l'exemple, c'était une occasion naturelle de se souvenir des oracles sibyllins qui prédisaient clairement l'enfantement d'une vierge, l'apparition d'un enfant descendu du ciel, et le retour de l'âge d'or et du règne de la vertu sur la terre. Si Dieu permit encore que l'étoile dont les mages suivirent la lumière se cachât quelque temps, ce fut pour que ces illustres voyageurs, entrés à Jérusalem et initiés à la connaissance des prophéties, fissent remarquer aux Juifs la concordance frappante de ces prophéties avec le prodige dont ils avaient été les témoins, et les déterminassent à venir adorer le Sauveur, attendu depuis si longtemps.

N'était-ce pas là une assez forte secousse pour tirer ce peuple de sa profonde léthargie ? Pour les mages, ils furent l'objet de plus grandes faveurs, en ce que la clarté du nouvel astre et la voix intérieure de l'Esprit saint les poussèrent simultanément à chercher le monarque qui venait de naître. Ce n'est pas une étoile qui apparaît aux bergers de Bethléem : les anges eux-mêmes leur annoncent la naissance d'un Sauveur, et leur indiquent le signe auquel ils le reconnaîtront. Voilà, mes frères, un exemple de la variété admirable des moyens par lesquels le Seigneur ouvre à ses créatures le chemin du salut. Comme l'astre du jour qui, tout en répandant sur l'univers la lumière et la chaleur, les répand avec une abondance proportionnée aux climats et aux saisons ; de même le soleil de justice, tout en ne refusant sa grâce à personne, la distribue avec une mesure dont lui seul est le juge et l'appréciateur.

Que personne donc n'accuse la divine Providence : que personne ne prétende être dépourvu de moyens suffisants de salut. Si nous avons le malheur de nous perdre, nous seuls en sommes la cause. Suivant une parole de saint Bernard, admirable de vérité, la grâce de Dieu a bien plus sujet de se plaindre de nous, que nous de la grâce de Dieu.

Re: Sermon du Vénérable Louis de Grenade pour l’Épiphanie

Publié : dim. 12 janv. 2025 18:20
par Laetitia
Donc, mes frères, le dessein de la Providence divine dans l'entrée des mages à Jérusalem, était de tirer les Juifs de leur engourdissement. Ainsi s'accomplissait la parole du Prophète : « J'exciterai votre zèle par l'exemple d'hommes qui n'en méritent pas le nom. » Deuter. XXXII, 21. Par ces expressions, qui n'en méritent pas le nom, l'Esprit saint fait allusion à l'idolâtrie de la nation à laquelle les mages appartenaient. Ils se ravalaient, en effet, au-dessous de la condition humaine, les peuples qui adoraient du bois et des pierres, c'est-à-dire des objets infiniment au-dessous d'eux.
Tel fut cependant le peuple destiné à réveiller le zèle du peuple choisi de Dieu ; tel fut le peuple dont la foi condamna l'infidélité des Juifs. C'est ainsi, comme l'observe saint Ambroise, que l'ânesse de Balaam fit sentir à son maître la folie de sa conduite, Num. XXII, 28. Peu de miracles vous surprendront autant que le miracle de la parole accordée en cette occasion au plus stupide des animaux. Votre étonnement cessera en partie, mes frères, dès que vous y verrez l'image de ce qui devait arriver plus tard, je veux dire, l'image de la leçon donnée par les gentils aux enfants d'Abraham.

Par leur foi, par leur obéissance, les gentils; que les Juifs comparaient à des animaux, reprennent aujourd'hui la nation des prophètes de son infidélité et lui montrent la route du salut. Que ces enseignements affermissent en nous cette conviction que la grâce seule est le principal auteur de notre salut, et notre perversité le principal auteur de notre perte. Ajoutons à cette conviction la résolution de prêter à la grâce le concours d'une bonne volonté sans laquelle les faveurs divines, au lieu de tourner à notre salut, ne tourneraient qu'à notre condamnation.

Re: Sermon du Vénérable Louis de Grenade pour l’Épiphanie

Publié : dim. 12 janv. 2025 18:21
par Laetitia
TROISIÈME POINT.

A peine les mages étaient-ils sortis de Jérusalem, que « l'étoile qu'ils avaient vue en Orient, se mit à les précéder jusqu'à l'endroit où était l'enfant; » au-dessus duquel endroit elle s'arrêta.

Ainsi,mes frères, le guide céleste des mages s'arrêtait lorsqu'ils s'arrêtaient, marchait lorsqu'ils marchaient, demeurait immobile lorsqu'ils prenaient leur repos, les accompagnait, les dirigeait, les éclairait et le jour et la nuit, et les conduisait sûrement au terme de leur voyage. Quel témoignage admirable de la bonté de Dieu ! quelle attention, quel bienfait adorable de sa providence ! C'est avec le même soin, la même tendresse qu'il veille sur les âmes qui le cherchent véritablement, et qui peuvent dire avec le Prophète : « J'ai cherché votre visage, Seigneur ; contempler votre face, Seigneur, tel sera toujours l'objet de mes désirs. » Quæsivi vultum tuum, Domine; faciem tuam, Domine, requiram. Ps. XXVI, 8. De même que son étoile mena les mages au berceau de ce roi après lequel ils soupiraient si ardemment ; de même sa lumière et son secours ne font jamais défaut à ses fidèles serviteurs.

La nuée qui pendant le jour abritait les Hébreux à leur sortie d’Égypte contre les ardeurs du soleil, et qui pendant la nuit se transformait en une colonne de feu pour guider leurs pas, est une figure de la Providence qui nous protège, à notre délivrance de la captivité spirituelle de l’Égypte. Écoutez ce qu'assure le prophète Isaïe : « Le Seigneur couvrira toute la montagne de Sion et le lieu où il aura été invoqué d'une nuée durant le jour, et d'une flamme ardente durant la nuit; et il protégera de toutes parts le lieu où habite sa gloire. » Isa. IV, 5. Par ces paroles du Prophète, nous apprenons que les bienfaits dont les enfants d'Israël furent comblés visiblement dans leur voyage vers la terre promise, sont accordés spirituellement aux âmes que le Seigneur conduit, à travers les voies difficiles de la vie, vers la céleste patrie. La flamme ardente dont parle Isaïe désigne le feu que le Sauveur Jésus est venu apporter sur la terre, et qui répandra dans les cœurs les plus glacés l'amour le plus ardent. La forme de colonne sous laquelle cette flamme apparut aux Israélites, est le symbole de la force divine qui doit servir d'appui à notre faiblesse. La nuée qui les défendait contre les rayons brûlants du soleil, nous figure la vertu rafraîchissante de la grâce qui, pareille à une céleste rosée, tempère et éteint l'ardeur de nos convoitises. Dans cette même colonne, en tant qu'elle montrait au peuple de Dieu le chemin à suivre, nous découvrons l'image de l'Esprit saint qui nous éclaire, nous dirige au milieu des ténèbres dont nous sommes environnés, et nous préserve de tout écart funeste.