Sermon du Vénérable Louis de Grenade pour le dimanche dans l'octave de l'Epiphanie
Publié : dim. 07 janv. 2024 22:21
SECOND SERMON POUR LE DIMANCHE DANS L'OCTAVE DE L'ÉPIPHANIE.
Ecce pater tuus et ego dolentes quærebamus te.
Voilà que votre père et moi vous cherchions, remplis de douleur. Luc, II, 48.
MES TRÈS-CHERS FRÈRES,
Une distance infinie sépare, vous le savez, le Créateur de ses créatures. Mais ce qui me frappe aujourd'hui, c'est, d'une part, l'immutabilité de Dieu au sein de l'éternité ; de l'autre, les changements sans nombre que subissent tous les êtres créés ; changements d'autant plus fréquents, que leur nature les éloigne davantage de l'image de leur auteur. Les lois qui régissent les corps célestes ont quelque analogie avec cette loi de la création. Les révolutions de ces corps sont de deux sortes : l'une consiste dans le mouvement qu'ils exécutent sur eux-mêmes ; l'autre dans celui qu'ils exécutent autour du soleil. Plus ils sont éloignés du soleil, et plus la première de ces révolutions est lente, plus l'espace parcouru est considérable. Le soleil au contraire n'a pas de révolution sensible : il est le centre immobile autour duquel les astres gravitent. Il en est de même du Créateur considéré dans ses rapports avec les créatures. Autour de son éternelle immutabilité, comme autour d'un centre, ces dernières accomplissent leurs révolutions, leurs changements, qui sont d'autant plus restreints, qu’ils s'accomplissent plus près de leur centre divin. Aussi, considérez cette misérable terre ; elle est le théâtre de changements, de variations continuelles. Il serait impossible d'énumérer les variations des saisons et de l'atmosphère dont nous sommes les témoins.
L'homme lui-même, que de changements ne subit-il pas dans son âme et dans son corps ! Et Job avait raison de conclure le dénombrement de ses misères par celle-ci : « Qu'il ne demeurait jamais dans le même état. » Job, XIV, 2. Pour ne parler que des changements dont l'âge est le principe, considérez aujourd'hui les traits d'un homme; dans quinze ans d'ici, vous aurez de la peine à le reconnaître. Il serait inutile de rappeler les maladies, les chagrins, les afflictions, les soucis, les sentiments de toute espèce par lesquels nous passons. Dans la vie, la tristesse se trouve toujours mêlée à la joie, le deuil succède ordinairement au bonheur, et la fin d'une épreuve est le commencement d'une autre.