Sermon du Vénérable Louis de Grenade pour le XIIe dimanche après la Pentecôte
Publié : dim. 20 août 2023 15:28
(à suivre)PREMIER SERMON POUR LE XIIe DIMANCHE APRÈS LA PENTECÔTE.
Explication de l’Évangile, où l'on montre le triple état de l'homme avant le péché, après le péché, et depuis la rédemption de Notre Seigneur Jésus-Christ.
Homo quidam descendebat ab Jerusalem in Jericho, et incidit in latrones, qui etiam spoliaverunt eum, et plagis impositis abierunt semivivo relicto.
Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho ; il tomba entre les mains des voleurs qui le dépouillèrent, et, l'ayant chargé de coups, le laissèrent à demi mort. Luc. X, 30.
Pour bien comprendre le commencement de cet évangile, il est nécessaire de rappeler ce qui le précède immédiatement. Saint Luc raconte que notre Seigneur avait envoyé ses disciples annoncer l’Évangile, et leur avait donné le pouvoir de guérir les maladies et de chasser les démons. Leur mission remplie avec un rare succès, les disciples revinrent joyeux vers leur Maître, en disant : « Seigneur, les démons mêmes nous sont soumis en votre nom. » Domine, etiam dæmonia subjiciuntur nobis in nomine tuo. Luc. x, 17. Alors Jésus, rendant grâces à son Père pour cette heureuse mission, qui figurait la prédication future de l’Évangile et la conversion des Gentils, dit ces paroles : « Je vous bénis, mon Père,de ce que vous avez caché ces choses aux sages et aux prudents, et les avez révélées aux petits ; » et s'étant tourné vers ses disciples, il ajouta : « Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez ! »
C'est avec raison que notre Seigneur appelle heureux ses disciples, qui avaient reçu de la seule miséricorde de Dieu les prémices de la grâce de l’Évangile. Si la reine de Saba, en voyant le palais royal de Salomon, en entendant les paroles de sagesse qui découlaient de sa bouche, a pu dire : Beati viri tui, et beati servi tui, qui adstant coram te semper, et audiunt sapientiam tuam ! « Heureux ceux qui sont à vous, heureux vos serviteurs qui sont sans cesse devant vous, et qui écoutent votre sagesse ! » III Reg. x, 8 : à combien plus forte raison la Sagesse éternelle du Père a-t-elle pu parler ainsi de ses disciples ! car « il y avait là plus que Salomon. » Ensuite le Sauveur montre la grandeur de cette prérogative par les désirs des saints patriarches : « Car, je vous le dis, beaucoup de prophètes et de rois ont désiré voir ce que vous voyez, et ne l'ont point vu, entendu ce que vous entendez, et ne l'ont point entendu ! » Les saints des anciens jours, en effet, souhaitaient avec tant d'ardeur de voir « le salut de Dieu, » que notre Seigneur, qui était ce salut, est appelé par eux « le Désiré des collines éternelles, » c'est-à-dire de tous les saints, qui, semblables à des collines élevées, se distinguent parmi les autres hommes par la hauteur de leur vertu. Tel était le désir d’Isaïe, lorsqu'il s'écriait : « Oh ! puissiez-vous ouvrir les cieux et en descendre ! » Utinam dirumperes cælos et descenderes ! Isa. LXIV, 1.
Tel était celui du devin Balaam lorsque, après avoir annoncé le lever de l'étoile de Jacob, il ajoutait : « Hélas ! qui se trouvera en vie quand Dieu fera toutes ces choses ? » Heu ! quis victurus est, quando ista faciet Deus. Num. XXIV, 23. Animé du même sentiment et sous la même inspiration, Malachie s'exprime ainsi : « Le voici qui vient, dit le Seigneur le Dieu des armées. Et qui pourra penser seulement au jour de son avènement ? et qui sera debout pour le voir ? » Ecce venit, dicit Dominus exercituum : et quis poterit cogitare diem ejus ? et quis stabit ad videndum eum ? Malach. III, 1, 2. Que ces paroles expriment le désir de voir le jour du Seigneur, c'est ce qu'indique ce qui suit : « Car il sera comme le feu qui fond les métaux, et comme l'herbe dont se servent les foulons, » ipse enim quasi ignis conflans, et quasi herba fullonum, Malach. III, 2 : vives images de l'efficacité de la grâce évangélique qui devait purifier et sanctifier les âmes. C'est donc avec raison que notre Seigneur appelle heureux ses disciples, qui ont vu le Désiré des nations, et ont reçu si abondamment les prémices de la grâce de l’Évangile.