Sermon du Vénérable Louis de Grenade pour le IVème dimanche après Pâques
Publié : dim. 07 mai 2023 15:43
(à suivre)PREMIER SERMON POUR LE IVe DIMANCHE APRÈS PÂQUES.
Explication de l'Évangile, et principalement des paroles du texte.
Cum autem venerit ille, arguetmundum de peccato, de justitia, et de judicio.
Lorsqu'il sera venu, il convaincra le monde touchant le péché, touchant la justice, et touchant le jugement. Joan. XVI,8.
Très-chers frères, il est deux objets que dans toutes ses œuvres le Seigneur a surtout en vue : c'est, d'une part, la gloire de son nom, et, de l'autre, notre avantage et notre salut ; car il ne souffre jamais qu'un de ces objets soit séparé de l'autre. Que si les hommes se conduisent de manière à repousser le salut qui leur est offert; cependant la gloire de son nom reste toujours entière et inviolable, puisque ce n'est pas sa faute si les hommes, pouvant se sauver, ne l'ont pas voulu. Des exemples rendront cette vérité plus sensible.
Au temps du déluge, le monde avait mérite d'être anéanti dans ce cataclysme; mais avant d'envoyer ce châtiment appelé par les crimes du monde, le Seigneur réserva huit personnes, y compris Noé, « prédicateur de la justice, » II Petr. II, 5, qui devait, par la construction de l'arche, annoncer au genre humain la colère de Dieu près d'éclater ; un espace de cent vingt ans fut accordé aux hommes pour faire pénitence et pour s'efforcer de revenir à de meilleurs sentiments. Ce délai ayant été infructueux, tous subirent la peine due à leurs forfaits. Toutefois la gloire de Dieu, c'est-à-dire, sa justice et sa miséricorde éclatèrent dans cette œuvre : sa justice, en ce qu'il punit les coupables ; et sa miséricorde, en ce qu'il les avertit du péril en temps opportun.
Pareillement, lorsque Jérusalem était sur le point d'être dévastée par le fer et par le feu, il choisit pour organe le prophète Jérémie, sanctifié dès le sein de sa mère. Celui-ci, par ses prédictions, par divers symboles, annonça les maux qui allaient fondre, et la colère divine, car le Seigneur voulait épargner la ville et le temple. Avertissement et menaces stériles : les Juifs fermèrent les yeux, sans s'inquiéter de leur salut. Enfin les Chaldéens vinrent semer la désolation, et la cité adultère expia la peine méritée par sa rébellion et son infidélité. Elle périt donc par sa faute, mais la gloire du Seigneur resta pure et sans atteinte ; il avait supporté ses crimes assez longtemps, il avait appelé au salut de toutes manières avec une tendresse paternelle ce peuple coupable.
C'est ainsi que, prenant en pitié l'aveuglement et la dépravation du monde, il envoya ses disciples prêcher en tous lieux la pénitence et le royaume des cieux ; il les envoya comme des brebis au milieu des loups. Cependant, il leur ordonna, quand on refuserait de les écouter ou de les recevoir, de secouer contre les rebelles la poussière de leurs pieds en signe de l'offre et du rejet du salut. Une telle pratique, en effet, attestait d'une manière sensible que les envoyés de Dieu leur avaient donné en temps opportun des avertissements sur leur salut et sur leur conduite, et les avaient menacés de la sévérité divine et du jugement à venir ; et par conséquent s'ils rejetaient le salut qui leur était offert, ils devaient imputer non à Dieu, mais à eux-mêmes, la punition de leur forfait.
Voilà donc le but que le Seigneur, dans toutes ses œuvres, poursuit principalement, voilà ce qu'il fait dans le présent évangile, et surtout dans les paroles de notre texte, quand il dit : « Le Saint-Esprit convaincra le monde de péché, de justice et de jugement, » en d'autres termes, du péché commis, de la justice méprisée et du jugement déjà prononcé, c'est-à -dire du jugement par lequel l'empire du prince de ce monde a été détruit. Le Saint-Esprit, par la bouche de tous les saints, convaincra donc de ces faits le monde, et montrera facilement que la divine providence n'a rien négligé de ce qui pouvait assurer le salut des hommes, et que, par conséquent, la cause de la perdition des impies, ce sont eux mêmes et non Dieu.
Mais comme il est très-difficile d'expliquer ces trois points, comme il est cependant très-nécessaire de les comprendre, implorons, suivant notre usage, l'assistance de la bienheureuse Vierge. Ave, Maria.