Sermon du Vénérable Louis de Grenade pour le dimanche de Pâques.
Publié : sam. 08 avr. 2023 21:53
(à suivre)SERMON POUR LE SAINT JOUR DE PÂQUES.
Jesum quæritis Nazarenum crucifixum ; surrexit, non est hic..., sed ite, et dicite discipulis ejus et Petro, quia præcedet (sic) vos in Galilæam.
Explication de l'Évangile.
Vous cherchez Jésus de Nazareth, qui a été crucifié ; il est ressuscité, il n'est point ici..., mais allez dire à ses disciples et à Pierre, qu'il s'en va devant vous en Galilée. Marc. XVI, 6.
Dans ces saints jours, mes frères, où l'Eglise joyeuse célèbre par ses chants la résurrection du Seigneur, la parole qu'elle répète le plus fréquemment a pour objet de nous inviter à participer à sa joie. « Voici le jour, nous dit-elle, que le Seigneur a fait, passons-le dans les transports de la plus vive allégresse. » Hæc dies quam fecit Dominus, exultemus et lætemur in ea. Hélas, mes frères, il y en aura peut-être beaucoup qui se réjouiront aujourd'hui, mais pas de cette joie que nous recommande l'Apôtre quand il dit : « Réjouissez-vous sans cesse en notre Seigneur; je le dis encore une fois, réjouissez-vous. » Phil. iv, 4. Beaucoup de chrétiens, totalement étrangers à cette sainte allégresse, se réjouissent uniquement de ce que ce jour met fin aux fatigues du jeûne et de la pénitence ; de ce qu'ils pourront maintenant se rassasier de viandes; de ce qu'ils pourront manger à toute heure, se livrer au jeu et vivre avec plus de liberté ; enfin, de ce qu'ils n'ont plus à subir les humiliations de la confession. Ces chrétiens ne se réjouissent ni dans le Seigneur, ni à cause de la résurrection de Jésus-Christ. Car cette sainte joie, à laquelle l'Eglise nous invite, n'a rien de commun avec celle qui naît de ces biens périssables, dont le Sauveur a voulu nous détacher au prix de tant d'outrages, d'affronts, de travaux et de souffrances. Là où règnent les joies terrestres, il n'y a pas de place pour cette joie sainte, qui est l'ennemie des voluptés de la chair.
Qui donc participera à cette immense allégresse de l'Eglise ? D'abord ceux qui ont mis en Jésus-Christ leur espérance, car leur espérance est ressuscitée avec lui. Ainsi se réjouissait le Prophète quand il disait : « Mon cœur et ma chair tressaillent devant le Dieu vivant. » Ps. LXXXIII, 2. Pourquoi, ô Prophète, vous réjouissez-vous ainsi dans le Dieu vivant? — Parce que mon salut, mon bonheur, mon espérance, étant appuyés sur lui, participent à sa résurrection et à sa vie impérissable. — Les justes ont donc aujourd'hui grand sujet de se réjouir. Il en est de même des pécheurs, si toutefois ils ont lavé leurs anciennes souillures par la pénitence quadragésimale, et si, ayant dépouillé le vieil homme pour commencer une vie nouvelle, ils sont ressuscités avec Jésus-Christ. Un si grand bienfait doit les remplir de joie, eux dont on peut dire, comme de l'enfant prodigue : « Il était mort, et il est ressuscité ; il était perdu, et il est retrouvé. » Luc. XV, 32. N'a-t-il pas sujet de se réjouir, celui qui s'est retrouvé après s'être perdu, celui qui, délivré de la mort spirituelle, est ressuscité à la céleste vie par le mystère ineffable de la rédemption ? Ainsi, ceux qui s'inquiètent du salut de leur âme, qui n'ont rien de plus à cœur ici-bas; ceux qui, délivrés de la mort du péché par la grâce de Jésus-Christ, ont commencé une vie nouvelle et ont le sentiment des choses divines, ceux-là ont raison de se réjouir du mystère de ce jour. Pour avoir part à leur bonheur, implorons humblement le secours du ciel par l'intercession de la très-sainte Vierge. Ave, Maria.