Sermon du Vénérable Louis de Grenade sur la Passion.
Publié : jeu. 30 mars 2023 21:57
(à suivre)
PREMIER SERMON POUR LE VENDREDI-SAINT.
1 ° DU BIENFAIT INEFFABLE DE LA RÉDEMPTION ;
2 ° DES RIGUEURS DE LA PASSION ET DE LA GRANDEUR DES SOUFFRANCES
DE JÉSUS-CHRIST.
Recogitate eum, qui talem sustinuit a peccatoribus adversus semetipsum contradictionem : ut non fatigemini animis vestris deficientes.
Pensez en vous-mêmes à celui qui a souffert une si grande contradiction des pécheurs qui se sont élevés contre lui : afin que vous ne vous découragiez point et que vous ne tombiez point dans l'abattement.
Hebr. XII, 3.
L’Église, mes très-chers frères, nous demande deux choses dans ce saint temps : la première, une vive reconnaissance pour le bienfait unique de notre rédemption ; la seconde, une tendre compassion pour les cruelles douleurs que notre divin Sauveur a endurées. Ici toutefois la reconnaissance et la compassion se confondent, car la grandeur d'un bienfait s'apprécie d'après ce qu'il a coûté. Lors donc que nous nous serons fait une idée exacte des souffrances du Rédempteur, nous comprendrons l'étendue du bienfait dont nous lui sommes redevables. Nous reconnaîtrons que celui qui nous a régénérés par de telles souffrances, délivrés de nos liens par sa captivité, relevés par ses humiliations, guéris par ses blessures, rachetés par son sang, conduits à l'immortelle vie par sa mort, mérite notre gratitude non-seulement pour nous avoir rachetés, mais pour avoir payé si cher notre rachat.
Dans le passage que j'ai pris pour texte, l'Apôtre nous invite à considérer le prix de la rédemption, c'est à-dire la grandeur des souffrances de Jésus-Christ. « Pensez en vous-mêmes, dit-il, à celui qui a souffert une si grande contradiction de la part des pécheurs qui se sont élevés contre lui. » Par ces paroles, il nous encourage à méditer, non pas seulement de temps à autre, mais continuellement les sacrifices et les douleurs de Jésus-Christ ; car c'est là le sens du mot dont il se sert : Recogitate, « repassez en vous-mêmes. » La grâce de la rédemption est, en effet, d'un assez grand prix pour que nous ne la perdions jamais de vue. Et par là nous ne remplirons pas seulement un devoir de justice envers notre Seigneur, nous ferons aussi quelque chose de très-profitable pour nous-mêmes. C'est ce qu'insinue l'Apôtre, lorsqu'après avoir recommandé de méditer la passion, il ajoute : « Afin que vous ne vous découragiez point, et que vous ne tombiez point dans l'abattement : » c'est-à-dire, afin que, munis de ce secours puissant, vous soyez capables d'embrasser les labeurs pénibles de la vertu, et de supporter les misères et les calamités de cette vie. Il n'est rien, en effet, qu'on ne souffre sans se plaindre, dès qu'on se rappelle le souvenir de la passion.