Sermon du Vénérable Louis de Grenade pour le dimanche de la Passion
Publié : dim. 26 mars 2023 16:23
(à suivre)
DEUXIÈME SERMON POUR LE DIMANCHE DE LA PASSION.
Explication de l'Évangile.
Qui ex Deo est, verba Dei audit : propterea vos non auditis, quia ex Deo non estis.
Celui qui est de Dieu écoute les paroles de Dieu ; ce qui fait que vous ne les écoutez pas, c'est que vous n'êtes pas de Dieu.
Joann. VIII, 47.
Le Seigneur a coutume d'en agir à l'égard des pécheurs et des maladies de l'âme, comme les médecins à l'égard des maladies corporelles. Ces derniers emploient d'abord toutes les ressources de l'art de guérir ; mais s'ils n'obtiennent aucun résultat, soit parce que la violence de la maladie rend les remèdes inutiles, soit parce que le malade refuse de les prendre, alors ils abandonnent le traitement. C'est précisément ce que fait à l'égard des pécheurs le Médecin céleste. Il essaie d'abord de les guérir, tantôt par des avertissements publics, tantôt par des inspirations secrètes, tantôt par des châtiments ou des menaces terribles, tantôt par des bienfaits ou d'engageantes promesses, n'épargnant aucun moyen pour les rappeler à de meilleurs sentiments. Mais si tout cela est resté inutile, il les abandonne à leur obstination, sans leur ôter cependant les secours nécessaires au salut. C'est ce que nous voyons dans Jérémie, lorsqu'il nous représente les anges parlant de Babylone en ces termes : « Nous avons traité Babylone, et elle n'a pas été guérie ; abandonnons-la, et que chacun retourne en son pays, parce que la condamnation qu'elle mérite est montée jusqu'au ciel. » Jerem. LI, 9.
Le Sauveur en a agi ainsi avec les Juifs. Après leur avoir envoyé en vain des prophètes pour les guérir et les faire renoncer à leurs crimes, il a daigné venir lui-même à eux, afin qu'ayant méprisé les serviteurs, ils écoutassent du moins le Maître. Par mille moyens, il a essayé de les attirer à lui, et de guérir leur incrédulité et la dureté de leurs cœurs. Il a employé successivement les prodiges, les bienfaits, les exemples d'une sainteté admirable, et enfin la prédication assidue de la céleste doctrine, prédication par laquelle il produisait tant d'impression sur ses auditeurs, qu'on les entendait s'écrier : « Jamais homme n'a parlé ainsi. » Tous ces moyens ayant échoué, au point que, par un blasphème horrible, on osait attribuer ses bienfaisants miracles au prince des démons, il s'y prend différemment dans l'évangile de ce jour, et ne voulant négliger aucun remède, il a recours à des raisonnements du plus grand poids. Car l'homme, étant une créature raisonnable, ne peut dégénérer de sa nature au point de s'oublier lui-même, et de ne plus sentir la force d’un raisonnement. Comme donc, après avoir frappé Pharaon de plusieurs plaies, le Seigneur ajouta : « Je ne frapperai plus Pharaon que d'une seule plaie, et après cela il vous laissera aller, » Exod. 1, 1 ; de même notre Seigneur, après avoir inutilement employé tant de moyens, essaie, presque à la veille de sa mort, celui que nous lisons dans l'évangile de ce jour, décidé, s'il n'en peut tirer de résultat, à abandonner ces endurcis comme des malades incurables.
« Qui de vous, leur dit-il d'abord, me convaincra de péché ? » C'est comme s'il leur disait : « Pour obtenir créance, le meilleur titre, c'est la probité, c'est une vie sans tache. Qui donc d'entre vous pourra signaler une tache dans ma vie ? Quoique vous soyez mes ennemis, et que je pusse à bon droit vous récuser, cependant je vous fais juges de ma conduite. Qui de vous me convaincra de péché ? » Par où nous voyons, mes frères, que la vie du Sauveur fut tellement pure de toute faute et même de toute apparence de mal, que l'œil même d'un ennemi, malgré sa perspicacité proverbiale, n'y pouvait rien trouver à reprendre. Après avoir ainsi prouvé son innocence, il leur oppose en ces termes la vérité de sa doctrine : « Si je vous dis la vérité, pourquoi ne me croyez-vous pas ? » En effet, ce qui est appuyé sur le témoignage de Dieu, ne peut pas ne pas être vrai. Or, les œuvres que je fais en confirmation de ma parole n'appartiennent qu'à Dieu, et donnent à ma parole l'appui du témoignage de Dieu. Si donc ce que je prêche est aussi vrai qu'il l'est que Dieu ne peut mentir, pourquoi ne croyez-vous pas à ce témoin irrécusable ? Évidemment il faut attribuer votre manque de foi, non à un défaut de ma personne ou de ma doctrine, mais à vos mauvaises dispositions.