Sermon du Vénérable Louis de Grenade sur l'endurcissement du cœur - XIe dimanche après la Pentecôte
Publié : dim. 21 août 2022 15:28
(à suivre)DEUXIEME SERMON POUR LE XIe DIMANCHE APRES LA PENTECÔTE.
Explication de l’Évangile où l'on traite 1° de l'endurcissement du cœur ; 2° de ses causes et de ses remèdes.
Adducunt ei surdum et mutum, et deprecabantur eum, ut imponat illi manum.
Ils amenèrent à Jésus un sourd-muet, et le priaient de lui imposer les mains. Marc. VII, 32.
Nous devons aujourd'hui, mes frères, à l'exemple de ces hommes qui amenèrent à Jésus un sourd-muet, prier le même Sauveur de déployer en notre faveur la même puissance et de nous guérir. Ayant mis les doigts dans les oreilles de ce malade, il dit : « Ephpheta, c'est-à-dire ouvrez-vous; et aussitôt ses oreilles s'ouvrirent. » Quiconque veut entendre avec fruit la parole de Dieu, a besoin d'un attouchement semblable : sans quoi nous ne ferions que vous adresser de vaines paroles, que frapper l'air de nos cris. De même que le laboureur jette inutilement la semence dans le sein de la terre, si l'influence du ciel ne la nourrit et ne la fait mûrir, ainsi nous jetons en vain dans nos cœurs la semence de la parole de Dieu, si une vertu céleste ne lui donne la fécondité et la croissance. C'est ce que l'Apôtre nous fait entendre quand il dit : « J'ai planté, Apollon a arrosé,mais c'est Dieu qui a donné l'accroissement. Ainsi celui qui plante n'est rien, ni celui qui arrose ; mais tout vient de Dieu, qui donne l'accroissement. » Ego plantavi, Apollo rigavit ; sed Deus incrementum dedit. Itaque neque qui plantat est aliquid, neque qui rigat; sed qui incrementum dat Deus. I Cor. 111, 6, 7. Il faut donc le prier de nous assister favorablement tandis que nous semons sa parole dans vos cœurs, afin que par sa grâce notre travail produise des fruits mûrs et abondants. Voilà pourquoi il est d'usage, au commencement des sermons, d'adresser une invocation à la bienheureuse Vierge, afin qu'elle nous obtienne du Père des miséricordes ce secours salutaire. Malheureusement c'est l'habitude, plutôt qu'un pieux sentiment du cœur, qui inspire cette prière, comme tant d'autres. Ainsi s'explique que nous retirions si peu de fruit d'un si grand nombre d'instructions. Et plaise à Dieu que cette négligence pour la parole sainte n'augmente pas un jour la matière de notre condamnation. Aujourd'hui du moins, afin que ce discours ne tourne pas à notre dommage, implorons humblement le secours du ciel par l'intercession de la très-sainte Vierge. Ave, Maria.
Nous trouvons dans le saint évangile de ce jour le récit d'une guérison opérée par le Sauveur avec des circonstances tout-à-fait extraordinaires, où se cachent de grands mystères et un salutaire enseignement. Jésus, dit l’Évangéliste, étant sorti des confins de Tyr et de Sidon ( villes païennes où il avait délivré du démon la fille de la Chananéenne ), on lui présenta un homme sourd et muet pour qu'il daignât, avec sa bonté accoutumée, le guérir. Pour cela, le Sauveur eut recours à des moyens étranges. « Tirant à part le malade hors de la foule, il lui mit les doigts dans les oreilles, et de sa salive sur la langue, et levant les yeux au ciel, il poussa un soupir et dit : Ephpheta, c'est-à-dire, ouvrez-vous. Et aussitôt ses oreilles s'ouvrirent, sa langue se délia, et il parlait distinctement. » Qui n'admirerait cette manière de guérir ? et qui pourrait croire que ces diverses circonstances ne cachent pas des mystères. C'est un axiome des philosophes que Dieu et la nature ne font rien en vain. Si donc le Créateur de l'univers n'a rien fait en vain, est-il permis de croire qu'il en aurait agi autrement dans la guérison des maladies et dans les œuvres de la grâce, surtout lorsque nous le voyons d'ordinaire rendre la santé aux malades et même la vie aux morts par un seul mot de sa toute puissance ?
Avant de commencer à expliquer ces mystères, il faut savoir que le sourd-muet de notre évangile, d'après la doctrine des saints Pères, figure une maladie spirituelle très-funeste, maladie qui rend la voie du salut comme inaccessible à ses victimes, le fort armé, qui garde sa maison (Luc. XI), fermant toutes les entrées par où la lumière pourrait briller à leur âme. Il ferme leur bouche pour les empêcher d'implorer le secours du Seigneur, sans lequel nul ne saurait être délivré de ses liens. Il ferme aussi les oreilles de leur cœur, afin qu'aucun mouvement intérieur de la grâce, qu'aucune voix extérieure des prédicateurs ne puisse leur profiter. Combien d'hommes ne voit-on pas qui assistent souvent à des sermons, et dont l'oreille du cœur ne reçoit pas une parole, puisqu'ils restent les mêmes qu'auparavant ? Le prophète Zacharie décrit ainsi leur endurcissement avec autant d'énergie que de justesse : « Ils n'ont point voulu prêter attention à ma voix ; ils se sont retirés en me tournant le dos, et ils ont appesanti leurs oreilles pour ne point m'entendre. Ils ont rendu leur cœur dur comme le diamant, pour ne point écouter la loi, ni les paroles que le Seigneur des armées leur avait adressées par son esprit répandu dans les anciens prophètes. » Et noluerunt attendere, et averterunt scapulam recedentem, et aures suas aggravaverunt ne audirent. Et cor suum posuerunt ut adamantem,ne audirent legem, et verba quæ misit Dominus exercituum in spiritu suo per manum prophetarum priorum. Zach. Vii, 11, 12.
Il existe pour les âmes deux grands dangers : l'endurcissement du cœur, et l'habitude invétérée du péché. Le second de ces dangers nous est représenté par Lazare, enseveli depuis quatre jours ; le premier, par le sourd-muet de notre évangile. De même que le Maître céleste, voulant nous montrer dans la résurrection de Lazare le danger d'une longue habitude du péché, déploie un grand appareil de signes extérieurs : il pleure, il frémit, il prie son Père, il rend grâces, il crie d'une voix forte : « Lazare, sors ; » ainsi, voulant nous montrer dans le sourd-muet le danger de l'endurcissement de l'âme, il emploie pour le guérir tous les rites décrits plus haut, attestant par la multiplicité des remèdes combien la guérison était difficile. Plaise à Dieu, mes frères, qu'il n'y en ait pas un grand nombre parmi nous atteints de cette maladie !