Sermon pour la fête de Saint Jean l’Évangéliste.
Publié : dim. 27 déc. 2020 16:07
Bourdaloue a écrit :
SERMON POUR LA FÊTE DE SAINT JEAN L'ÉVANGÉLISTE. (27 décembre)
ANALYSE.
Sujet. Pierre, se retournant, vit venir après lui le disciple que Jésus aimait, et qui pendant la cène s'était reposé sur son sein.
La plus glorieuse qualité de saint Jean a été d'être le disciple bien-aimé de Jésus-Christ; et par son exemple il nous apprend comment nous devons participer nous-mêmes à un avantage si précieux.
Division. La faveur des grands a communément trois défauts essentiels. Elle est injuste de la part du maître qui la donne, orgueilleuse et fière dans la conduite de celui qui la possède, et odieuse à ceux qui n'y parviennent pas. Mais la faveur spéciale dont Jésus-Christ a gratifié saint Jean eut trois caractères tout opposés. Elle a été parfaitement juste dans le choix que Jésus-Christ a fait de cet apôtre : première partie. Elle a été solidement humble et bienfaisante dans la manière dont cet apôtre en a usé : deuxième partie. Elle n'a rien eu d'odieux à l'égard des autres disciples, auxquels cet apôtre semble avoir été préféré : troisième partie.
Première partie. Faveur parfaitement juste dans le choix que Jésus-Christ a fait de saint Jean, 1° parce que cet apôtre a été vierge; 2° parce qu'il a été fidèle à Jésus-Christ dans la tentation.
1° Il a été vierge; et qui ne sait pas combien la virginité plaît à Jésus-Christ, qui est la pureté même ? Comme donc le Sauveur des hommes voulut avoir sur la terre une mère vierge, ne nous étonnons pas qu'il ait voulu pareillement avoir sur la terre un favori vierge, et que ce soit lui qu'il ait fait reposer sur son sein.
2° Il a été fidèle à Jésus-Christ dans la tentation. Les autres apôtres abandonnèrent cet Homme-Dieu, mais saint Jean le suivit jusques au Calvaire; et voilà pourquoi ce Dieu Sauveur lui confia sa mère. C'est ainsi que nous mériterons la faveur de Jésus-Christ, soit par la pureté de l'âme et du corps, soit par la constance dans les dégoûts et les désolations.
Deuxième partie. Faveur solidement humble et bienfaisante dans la manière dont saint Jean en a usé : 1° humble par rapport à lui ; 2° bienfaisante par rapport à nous.
1° Humble et modeste par rapport à lui. Comment parle-t-il de lui-même dans tout son Évangile? sans se nommer jamais. C'est ce disciple, dit-il toujours, comme s'il parlait d'un autre. S'il eût dit : C'est ce disciple qui aimait Jésus, il eût fait connaître en cela son propre mérite; mais il dit : C'est ce disciple qui était aimé de Jésus. Or, à être aimé, il n'y a ni louange ni mérite. Quand il s'est nommé ailleurs, c'est pour s'appeler seulement notre frère : Jean, votre frère.
2° Bienfaisante et utile pour nous. Si saint Jean est entré dans tous les secrets de Jésus-Christ, c'a été pour nous les communiquer. C'est à lui que nous devons la connaissance des personnes divines, et des plus profonds mystères de la religion. Telle est la manière dont nous devons user nous-mêmes des faveurs et des grâces du ciel. Soyons humbles en les recevant, et ne cherchons point à nous en glorifier. Faisons-en part au prochain, et employons-les à son utilité. Par exemple, sommes-nous riches, soulageons les pauvres.
Troisième partie. Faveur qui n'a rien eu d'odieux par rapport aux autres disciples, auxquels saint Jean semble avoir été préféré; car elle ne l'a pas exempté plus que les autres de boire le calice de Jésus-Christ et de souffrir. Au lieu d'un martyre que les autres ont souffert, il en a enduré trois : l'un au Calvaire, le second dans Rome, et le troisième dans son exil.
1° Au Calvaire, et ce fut le martyre de son cœur. Que ne souffrit-il pas en voyant expirer son Maître?
2° Dans Rome, et ce fut un martyre de sang. Quel supplice d'être plongé peu à peu dans l'huile bouillante!
3° Dans son exil, où il mourut. C'est ainsi que Dieu aime ses élus, et n'espérons pas qu'il nous aime autrement. Nous buvons tous le calice des souffrances : mais combien le boivent en réprouvés, au lieu de le boire comme les amis et les élus de Dieu ?