Achab, fils d'Amri, étant monté sur le trône, et ayant épousé Jézabel, fille du roi des Sidoniens, renchérit encore sur la superstition de ses prédécesseurs, et, pour contenter cette méchante femme, qui joignait la fureur à l'idolâtrie et la cruauté à l'impiété, il fit bâtir un temple et planter un bois en l'honneur de Baal, et désigna huit cent cinquante prêtres pour chanter ses louanges et lui offrir des sacrifices. Élie, ne pouvant souffrir cette abomination, le vint trouver dans l'esprit de Dieu, et, jugeant tout préambule inutile en présence de ce sœur endurci, il lui dit : « Vive le Seigneur, Dieu d'Israël, qui me voit ! Il n'y aura, ces années-ci, ni rosée, ni pluie, que par un ordre de ma bouche ». Puis, afin d'échapper à la colère et aux recherches de ce prince, il se retira dans le désert, sur la foi de la même voix qui lui dit : « Va du côté de l'Orient, cache-toi près du torrent de Carith, vis-à-vis du Jourdain, tu boira de l'eau du torrent; j'ai commandé aux corbeaux de te nourrir».
Là, soir et matin, des corbeaux apportaient au Prophète les viandes et le pain nécessaires, et l'eau courante lui fournissait son breuvage. Quelque temps après, le torrent se trouva desséché ; car le ciel était d'airain, et il n'en tombait aucune pluie. Alors la voie amie du Prophète lui dit « Quitte ces lieux, va-t'en à Sarepta, chez les Sidoniens, et demeures-y ; j'ai prescrit à une femme veuve de t'y nourrir ». Celui qui donne la vie et les aliments à un faible insecte, et qui a revêtu le soleil d'une si éclatante splendeur, ne délaisse jamais l'homme, la plus noble de ses créatures visibles, et quand les lois ordinaires de la nature semblent trahir les vues de sa providence toujours pleine de tendresse, il y supplée quelquefois par des prodiges qui ne sont qu'un jeu de son bras puissant, mais qui deviennent pour nous la preuve irréfragable de son intervention dans la marche et le développement de nos destinées car, s'il opère un miracle pour envoyer à l'homme le pain matériel qui soutient la vie du corps, que n'aurait-il pas fait pour lui envoyer la vérité, ce pain spirituel qui, sous la forme de la parole, communique la vie aux âmes ?
Élie partit pour Sarepta. C'était une bourgade de la Phénicie, placée entre Tyr et Sidon, mais plus proche de cette dernière ville, sur les bords de la Méditerranée, au pied des collines gracieuses et couvertes de verdure, en face des cimes découpées du Liban. A son arrivée, avant d'entrer à Sarepta, le Prophète aperçut une femme qui recueillait du bois. Il l'appela : « Donne-moi à boire un peu d'eau ». Et, comme elle allait lui en chercher, il ajouta : « Je t'en prie, apporte-moi aussi un peu de pain ». Il comprit sans doute, à l'empressement de cette femme, que c'était la veuve dont Dieu lui avait fait espérer la bienfaisance hospitalière. Mais elle répondit : « Le Seigneur ton Dieu est vivant ! Je n'ai pas de pain il me reste seulement de l'huile dans un petit vase, et autant de farine qu'il en peut tenir dans le creux de la main. Je viens ramasser quelques morceaux de bois pour préparer à mon enfant et à moi un dernier pain à manger, et nous attendrons la mort ». La sécheresse avait amené la disette, et le royaume de Sidon, patrie de Jézabel, participait aux châtiments comme aux crimes du royaume d'Achab. « Ne crains rien », dit le Prophète à la veuve indigente « va faire ce que tu dis ; du reste de la farine prépare pour moi d'abord un léger pain cuit sous la cendre, et apporte-le-moi ensuite, tu en prépareras pour toi et ton fils. Car voici ce que dit Jéhovah, roi d'Israël : « Le vase de farine ne manquera pas, et le petit vaisseau d'huile ne diminuera point, jusqu'au jour où le Seigneur fera tomber la pluie sur la terre ».
La femme crut à cette promesse de l'étranger, et suivit ses ordres. Depuis ce jour, en récompense de sa foi et pour vérifier la parole du Prophète, la farine ne manqua point, l'huile ne fut pas diminuée dans la maison de la veuve, et ce qui suffisait à peine pour un repas soutint, durant trois ans, l'existence d’Élie et de ses hôtes.