En parcourant la quatrième époque, on sera forcé de convenir qu'à aucune autre époque cette action de la femme
catholique, reine ou simple particulière, vierge ou mariée, au cloître ou au milieu du monde, ne s'est exercée sur une
plus large échelle et n'a opéré tant de prodiges, qu'au moyen âge ; car on l'y verra convertir les rois et les peuples
barbares ; faire passer le christianisme dans toutes les institutions sociales et créer littéralement les monarchies et
les nationalités des peuples chrétiens. On verra aussi, avec un étonnement tout particulier, que les règnes qui ont eu
tout l'éclat des grands règnes de princes éminents, sans leurs inconvénients et sans leurs abus ; que les règnes sous
lesquels l'ordre n'a rien coûté à la liberté et la guerre légitime, la splendeur de la couronne et la force de l'éclat n'ont rien
coûté à la fortune publique ; que les règnes dont les peuples n'ont jamais eu à se plaindre, mais que, dans les transports
de leur reconnaissance, ils ont bénis et appelés l'âge d'or de leur pays, ont été les règnes de la femme catholique ou
de saintes femmes inspirées par des évêques et gouvernant de droit ou de fait de grands États 1.
Mais, écrivant en France, et particulièrement pour la France, nous lui avons fait une plus large part dans cette revue
de l'histoire de la femme catholique au moyen âge.
On a dit que la nationalité française, en particulier, est l'oeuvre des évêques catholiques. C'est bien vrai. Mais on n'a
pas assez remarqué que les évêques n'ont accompli une oeuvre si grande et si merveilleuse que par le concours de la
femme catholique, par le concours de ces grandes reines, de ces étonnantes princesses, prodiges de sainteté et
de sagesse, qui se sont, sans interruption, succédé sur le trône et dans les maisons royales de France, où, en dépit de
la sauvagerie et du libertinage des hommes, elles ont maintenu les traditions pratiques de l'esprit de chasteté, de justice,
de bienfaisance et de dévouement propre à la royauté chrétienne. On n'a pas assez remarqué non plus que c'est des
maisons royales françaises que sont sorties ces saintes matrones qui ont sanctifié presque tous les trônes de l'Europe, et
qui y ont répandu et perpétué l'action convertitrice et civilisatrice de la France. Nous avons voulu constater ce fait,
dont la femme française a lieu d'être saintement fière, et la France aussi.
On verra, dans la même période historique, la femme catholique inspirer tous les fondateurs d'ordres religieux et
contribuer, par tous les moyens, à ces précieuses fondations, aussi bien qu'à la construction des temples, des couvents
des deux sexes, des écoles, des hôpitaux, qui pendant cette longue époque ont surgi comme par enchantement et couvert
le sol de l'Europe, pour la splendeur du culte et pour le soulagement de toutes les misères et de toutes les douleurs.
On la verra aussi rappeler à leurs devoirs les princes, améliorer la condition des peuples, aider les missions, s'intéresser
au maintien de la discipline et de la science dans le clergé, défendre les évêques, soutenir le Pape, enrichir les
pauvres en enrichissant l'Église. On verra, en un mot, que tout ce qu'à cette époque le christianisme et l'Église ont fait de
grand, de merveilleux, d'utile dans l'ordre civil et politique, aussi bien que dans l'ordre moral et religieux, ils ne l'ont fait
qu'avec l'assistance et le concours de saintes femmes. En sorte que la femme catholique de cette époque de foi a
peut-être mieux que l'homme mérité de l'Église, des peuples et des États.
1. L'explication de ce grand phénomène : «Que les règnes des saintes reines ont été les plus grands, les plus brillants et les plus heureux
parmi les règnes les plus célébrés par l'histoire», se trouve dans ce remarquable passage du plus grand des publicistes chrétiens
de nos jours, Donoso Cortès, marquis de Valdegamas. «La science de Dieu, dit-il, donne à qui la possède sagacité et force, parce que tout à la fois elle aiguise et dilate l'esprit... L'homme habitué à converser avec Dieu et à s'exercer dans les contemplations divines,
toute circonstance égale d'ailleurs, surpasse les autres ou par l'intelligence et la force de sa raison, ou par la sûreté de son jugement,
ou par la pénétration et la finesse de son esprit, mais surtout je n'en sais aucun qui, en circonstances égales, ne l'emporte
sur les autres par ce sens pratique et sage qu'on appelle le bon sens ...Parmi les personnes que je connais, et j'en connais beaucoup,
les seules en qui j'ai reconnu un bon sens imperturbable, une véritable sagacité, une merveilleuse aptitude pour donner des solutions
pratiques et sages aux problèmes les plus difficiles, sont celles qui ont mené une vie contemplative et retirée. Au contraire, je n'ai
pas encore rencontré un de ces hommes qu'on appelle d'affaire méprisant les contemplations spirituelles, qui soit capable de rien entendre
à aucune affaire... Dieu a condamné ceux qui Le méprisent ou L'ignorent, ces trompeurs de professions, à être perpétuellement
stupides (Essai sur le catholicisme, etc., lib. II, ch. VIII)». Voilà ce qu'a écrit ce grand homme; et là-dessus de se plaire à prouver,
l'histoire à la main, qu'on n'a jamais fondé de dynasties et de royaumes durables, qu'on n'a jamais rien fait de sérieusement
grand et utile qu'en s'appuyant sur le principe religieux !
A SUIVRE...