HOMÉLIE SUR L'ÉVANGILE DU DIMANCHE APRÈS NOEL - Lacordaire, O.P.
Publié : mer. 25 déc. 2019 11:33
HOMÉLIE SUR L'ÉVANGILE DU DIMANCHE APRÈS NOEL
JÉSUS -CHRIST SIGNE DE CONTRADICTION
Préchée le 30 décembre 1849.
Mes Frères ,
Lorsqu'un enfant nous est né, l'un de nos premiers
désirs, désir presque invincible, c'est de tirer
de ses premiers moments un augure de sa destinée.
Il n'est aucun de vous, pères et mères de famille,
qui, après avoir reçu de Dieu ce don excellent
d'un fils, n'ait pesé, pour ainsi dire, dès son berceau
tout l'intervalle de ses années; qui, calculant
sa fortune, sa naissance, le génie de ses parents,
n'ait cherché à prévoir ce qu'il pourra devenir un
jour.
C'est ce qui est arrivé aussi, immédiatement
après la naissance de Notre-Seigneur, et c'est cette
révélation, ce pressentiment de l'avenir, qui nous
est aujourd'hui présenté dans l'Évangile. Il y est
dit que les parents de Notre -Seigneur l'ayant conduit
au Temple, il s'y rencontra un vieillard appelé
Siméon. Après qu'il eut rendu grâce à Dieu de ce
qu'il lui avait été permis avant de mourir de contempler
celui qui devait être la gloire d'Israël et le
salut du monde, se tournant vers sa mère, ce vieillard
lui dit : Celui-ci est posé pour la ruine et la
résurrection d'un grand nombre en Israël, et comme
un signe auquel il sera contredit. — Ecce positus
est hic in ruinam et in resurrectionem multorum,
et in signum cui contradicetur.
Tel est le présage qui fut déposé sur le berceau
du Sauveur Jésus, et celui-là les renfermait tous.
Il se résume en ceci : c'est que cet enfant serait un
signe de contradiction. Le vieillard de l'Évangile
ne pouvait pas dire une chose à la fois plus douloureuse
et plus sublime. Car si la contradiction est
la plus grande douleur de la vie, c'en est aussi le
grand ressort; en sorte que toute souffrance a sa
racine dans la contradiction, et que toute grandeur
y trouve son principe et son commencement.
La contradiction, c'est l'opposition des pensées à
notre pensée, l'opposition des sentiments à notre sentiment,
l'opposition des volontés à notre volonté. Et
comme notre pensée, notre sentiment, notre volonté,
c'est nous-mêmes, c'est notre être, aussi près qu'on
puisse le rencontrer et le toucher, il s'ensuit que
s'opposer à notre pensée, à notre sentiment, à notre
volonté, c'est s'opposer à nous-mêmes autant qu'il
est possible de s'y opposer; et, par conséquent, c'est
nous inspirer de la répulsion, de l'inimitié, car nous
avons horreur de ce qui nous nuit, de ce qui nous
trouble , de ce qui s'oppose au passage de nos sentiments,
de nos pensées et de nos volontés.
À SUIVRE...

