II.§648 a écrit :
Lucifer fut fort troublé, devoir précipiter tant de démons dans l'enfer par une nouvelle vertu à leur égard ; et, enflammé de fureur, il vint sur la terre pour y découvrir la cause de cette nouveauté. Il passa par tous les endroits, de l'Égypte ou les temples, les autels et les idoles avaient été renversés ; et étant arrivé à Héliopolis, qui était une plus grande ville, et où par conséquent la ruine de son empire avait été plus notable, il tâcha d'examiner avec beaucoup d'attention toutes les personnes qui l'habitaient. Et il n'y remarqua rien dont il put se préoccuper, sinon que la très-pure Marie y était arrivée : car il ne fit aucun cas de l'Enfant Jésus, le regardant comme les autres enfants sans nulle différence, parce qu'il ne le connaissait point. Mais comme il avait été si souvent vaincu par les vertus et par la sainteté de la prudente mère et Vierge, il conçut de nouvelles craintes ; quoiqu'il ne la crut pas assez puissante pour lui avoir causé un si grand dommage, il résolut cependant de la persécuter de nouveau ; et de se servir pour ce dessein de ses ministres d'iniquité.
II.§649 a écrit :
Il retourna aussitôt dans l'enfer, et y ayant convoqué un conciliabule de princes des ténébres, il leur apprit la ruine des idoles et des temples d'Égypte ; car quand les démons en sortirent, ils furent précipités par le pouvoir divin d'une manière si subite, si ignominieuse et si pénible, qu'ils ne s'aperçurent pas de ce qui arrivait aux idoles et aux autres lieux qu'ils abandonnaient. Mais Lucifer les ayant informés de tout ce qui se passait, et que son empire allait être détruit dans toute l'Égypte, il leur dit qu'il ne comprenait point la cause de sa ruine, parce qu'il n'avait trouvé dans tout ce pays que la femme son ennemie (c'est ainsi que le dragon appelait l'auguste Marie), et qu'il ne croyait point que sa vertu, quoiqu'il la connut extraordinaire fut assez forte pour produire des effets tels qu'ils venaient d'éprouver dans cette occasion ; qu'il déterminait néanmoins de lui faire une nouvelle guerre, et qu'ils devaient tous s'y préparer. Les ministres de Lucifer répondirent qu'ils étaient prêts à lui obéir ; et voulant le consoler dans son furieux désespoir, ils lui promirent la victoire, comme si leurs forces eussent pu s'égaler à leur présomption.
II.§650 a écrit :
Plusieurs légions sortirent ensemble de l'enfer, et allèrent en Égypte, où la Reine du ciel se trouvait, se persuadant que s'ils la vainquaient ils répareraient leurs pertes par ce seul triomphe, et recouvreraient tout ce que le pouvoir de Dieu leur avait ôté dans ce misérable royaume, parce qu'ils soupçonnaient qu'elle était l'instrument dont Dieu se servait pour opérer ces merveilles. Or, comme ils voulurent s'en approcher pour la tenter selon leurs intentions diaboliques, ils furent bien surpris de se voir dans l'impossibilité de le faire, et forcés de s'arrêter à une distance de plus de deux mille pas, parce qu'une vertu divine les empêchait secrétement de s'avancer, et leur faisait en même temps sentir qu'elle venait de l'endroit où notre auguste Princesse se trouvait. Et quoique Lucifer et les autres ennemis s'obstinassent à poursuivre leur dessein, ils étaient toujours plus affaiblis et comme arrêtés par de très-fortes chaînes, dans lesquelles ils se démenaient sans pouvoir aller où était cette invincible Dame, qui voyait tout cela par la puissance du même Dieu qu'elle portait dans ses bras. Mais Lucifer, s'obstinant dans cette lutte inégale, fut soudainement précipité cette fois encore, avec tous ses ministres d'iniquité, dans les profondeurs de l'abîme. Cette nouvelle défaite, si humiliante, tourmenta et inquiéta vivement le dragon. Et comme cela lui était arrivé plusieurs fois depuis l'incarnation, ainsi que nous l'avons dit, il se demanda si le Messie n'était pas venu au monde. Mais comme le mystère lui était caché, et qu'il supposait que le Messie apparaîtrait avec éclat, il restait dans sa perplexité ; et cette incertitude le remplissait de fureur : de sorte que plus il s'acharnait à découvrir la cause de sa douleur, plus elle lui échappait, et moins il la trouvait.