Re: Poésie
Il faiblit en voyant tant d'horreurs. Sur ses cils
Perlent des pleurs de sang qui comme des rubis
Brillent aux doux reflets de la lune. Sa gorge
Est en proie aux sanglots, comme un soufflet de forge
Sa poitrine s'agite ; on ne voit plus ses traits
S'animer de divins et radieux reflets.
La face prosternée, il s'adresse à son Père
Et de nouveau lui fait une ardente prière ;
« Père saint, éloignez ce calice de moi ! »
Jésus est subjugué par la crainte et l'effroi ;
Ce breuvage de fiel décolore sa lèvre
Et fait trembler son corps comme on tremble de fièvre.
Le poison de l'aspic et le pus ulcéreux,
L'acre goût du vinaigre et les sucs vénéneux
Des narcotiques fruits, n'en ont pas l'amertume.
Au fond de ce calice est le vice qui fume,
Apportant une odeur de putréfaction
A travers les tourments de l'âpre passion
Qui remplissent la coupe : la luxure est la lie
Qu'il lui faut boire aussi.
Votre bouche est pâlie,
Doux Sauveur !
Le péché ce fantôme odieux.
Se dresse tout à coup comme un spectre hideux
Sous ses yeux effrayé. Tous les crimes du monde
Forment en ce moment une montagne immonde,
Plus haute mille fois que la tour de Babel,
Que gravit Lucifer pour y braver le ciel,
En vomissant, hélas ! de sa gueule infernale.
Le blasphème et le feu. Dans sa haine fatale
Il dit à l'Homme-Dieu :
« Comment, tu trembles, Toi,
En face de la mort ! Toi, Christ, Prophète et Roi ?
Es-tu le fils de Dieu ? Si tu l'es, pourquoi craindre ?
Quelle main pourrait donc te saisir et t'étreindre ?
Mais, si tu ne l'es pas, mon astre va grandir
En te voyant bientôt sur un gibet mourir. »
Satan, lançant dans l'air une lueur bleuâtre.
Comme celle du bois mouillé brûlant dans l'âtre,
Disparut triomphant.
(à suivre)
