Re: Désaccord de l'abbé Jacqmin sur l'absence de prêtre et d'évêque licites, et de l'usurpation de Jean XXIII et Paul VI
Publié : ven. 30 mai 2025 0:16
Abbé Jacqmin a écrit :Cher Vincent,
J’ai regardé le 4e lien. Voici ce que j’en pense :
Chers Abbé Zins, Si vis pacem, et Fortes in Fide,
Vous affirmez que nous sommes entrés dans la « fin des temps des nations » depuis 1948, marquée par le retour des Juifs en Israël et l’apostasie généralisée des nations catholiques, que vous attribuez
à Vatican II et à des clercs apostats. Vous soutenez que l’Église, bien que non anéantie, sera réduite à une présence clandestine, et que l’absence de successeurs légitimes permettra le déchaînement de Satan et l’avènement de l’Antéchrist, suivi de la conversion
des Juifs. En tant que sédévacantiste attaché à la doctrine catholique antérieure à 1962, je vais démontrer que l’Église, avec ses sacrements, persistera jusqu’à l’instant précis de la Parousie (le « point T »), malgré les persécutions, et que vos arguments,
bien que partiellement fondés, reposent sur des interprétations erronées ou incomplètes.
1. Réfutation des erreurs eschatologiques et ecclésiales
1.1. Les signes eschatologiques ne sont pas pleinement accomplis
Vous identifiez trois signes eschatologiques : la prédication universelle, l’apostasie générale, et l’Antéchrist. Vous affirmez que la prédication est avancée et que l’apostasie est réalisée, préparant
l’Antéchrist. Cependant, ces signes ne sont pas pleinement accomplis, et leur interprétation ne soutient pas une disparition fonctionnelle de l’Église.
- Prédication universelle : Vous citez saint Thomas d’Aquin (In Romanos, 10, 18, éd. Parma, vol. 13, p. 92) et Cornelius a Lapide (In Matthaeum, 24, 14, 1631, p. 456) pour soutenir que la prédication
est quasi achevée. Mais saint Thomas précise : « Il n’a pas été accompli… que l’Église ait été établie dans toutes les Nations… » (In Romanos, 10, 18). L’implantation stable de l’Église dans toutes les nations reste future, comme l’indique saint Augustin :
« Adhuc sunt gentes in quibus nondum fundata est Ecclesia » (« Il y a encore des nations où l’Église n’a pas été fondée », Epistula 199, Patrologia Latina 33, col. 922). Aujourd’hui (2025), des régions (ex. certaines parties de l’Asie centrale) restent peu
évangélisées, confirmant que ce signe n’est pas pleinement réalisé.
- Apostasie générale : Vous affirmez que l’apostasie est réalisée, citant saint Paul (2 Thess 2, 3-7) et saint Jean Chrysostome (Homélies sur 2 Thessaloniciens, Patrologia Graeca 62, col. 409). Cependant,
l’apostasie doit être universelle (generalis), comme le note Cornelius a Lapide : « Generalis apostasia… » (In 2 Thessalonicenses, 1631, p. 633). Bien que de nombreuses nations aient apostasié (ex. Espagne, 1967), des communautés catholiques traditionalistes
(ex. Fraternité Saint-Pie X, Église souterraine chinoise) persistent, et des fidèles restent attachés à la foi pré-1962, comme le reconnaît Fortes in Fide : « Les quelques fidèles seront… des ‘anciens catholiques’ n’ayant pas apostasié » (20/12/2006). Cette
apostasie n’est donc pas universelle.
- Antéchrist : Vous liez l’Antéchrist au déchaînement de Satan (Ap 20, 1-7), mais saint Thomas d’Aquin précise : « Homo peccati est Antichristus… qui se manifestabit ante diem Domini » (In 2 Thessalonicenses,
ch. 2, lect. 1, éd. Parma, vol. 13, p. 486). Aucun Antéchrist personnel n’a émergé en 2025, et saint Grégoire le Grand insiste sur la brièveté de cette période : « Modico tempore… » (Moralia in Job, Livre 32, ch. 15, Patrologia Latina 76, col. 659). Ce signe
reste futur.
Réfutation : Les signes eschatologiques ne sont pas pleinement accomplis, et leur progression n’implique pas une disparition fonctionnelle de l’Église ou de ses sacrements avant l’instant T.
1.2. L’obstacle au « mystère d’iniquité » n’est pas uniquement la Papauté
Vous identifiez l’obstacle de 2 Thess 2, 6-7 (o katéchon, « celui qui retient ») comme la Papauté, citant l’abbé Thomas : « La papauté… rempart qui protège l’Église… » (1892, pp. 262-263). Si vis pacem
conclut : « L’Église n’aura plus la force… parce qu’il n’y aura plus de légitimes Successeurs » (7/1/2007). Cette interprétation, bien que plausible, est partielle et ne contredit pas la pérennité de l’Église.
- Interprétation élargie : Saint Augustin propose une vision plus large : « De medio fiat… donec de medio Ecclesiae fiat mysterium iniquitatis… » (« Jusqu’à ce que sorte du milieu de l’Église le mystère
d’iniquité… », De Civitate Dei, 20, 19, Patrologia Latina 41, col. 684). L’obstacle (o katéchon) est l’Église elle-même, dont la Papauté est une composante, mais non la seule. L’Église, par sa hiérarchie et sa mission, retient le mal, comme le note saint Thomas
: « Ecclesia… est columna et firmamentum veritatis » (Summa Theologiae, I, q. 1, a. 8, éd. léonine, vol. 4, p. 23). Même sans successeur légitime visible (hypothèse sédévacantiste), l’Église persiste par ses prêtres et fidèles, comme le reconnaît Fortes in
Fide (20/12/2006).
- Juridiction de suppléance : Cardinal Billot explique : « Ecclesia supplet iurisdictionem in defectu ordinariae potestatis, praesertim pro bono animarum » (« L’Église supplée la juridiction en l’absence
de pouvoir ordinaire, surtout pour le bien des âmes », De Ecclesia Christi, 1927, vol. 1, p. 623, pré-1962). En contexte sédévacantiste, les prêtres traditionalistes reçoivent cette juridiction pour administrer les sacrements, assurant leur continuité.
Réfutation : L’obstacle (o katéchon) est l’Église dans son ensemble, et non uniquement la Papauté. Même en l’absence de successeur légitime, l’Église persiste avec ses sacrements jusqu’à l’instant T.
1.3. L’apostasie moderne n’annihile pas l’Église
Vous attribuez l’apostasie à Vatican II (Dignitatis Humanae), accusant des clercs apostats (Paul VI, cardinal Bea) d’avoir promu la liberté religieuse, entraînant la « chute » des nations catholiques.
Vous citez Léon XIII : « Sous le nom séducteur de liberté du culte, proclament l’apostasie légale… » (È Giunto, 1889). Cependant, cette crise, bien que grave, n’annihile pas l’Église.
- Indéfectibilité : Le Christ promet : « Ego dico tibi, quia tu es Petrus… et portae inferi non praevalebunt adversus eam » (« Je te dis que tu es Pierre… et les portes de l’enfer ne prévaudront pas
contre elle », Mt 16, 18, Vulgate, 1592, p. 971). Saint Augustin commente : « Ecclesia non deficit, quia Christus est cum ea usque ad finem » (« L’Église ne défaille pas, car le Christ est avec elle jusqu’à la fin », Sermon 295, Patrologia Latina 38, col.
1349). Le Catéchisme de Trente confirme : « Ecclesia… nunquam deficiet, sed usque ad finem mundi permanebit » (« L’Église… ne défaillira jamais, mais demeurera jusqu’à la fin du monde », Partie I, art. 9, éd. 1566, p. 72).
- Présence des fidèles : Votre propre adepte, Fortes in Fide, reconnaît : « Les quelques fidèles seront… des ‘anciens catholiques’ n’ayant pas apostasié… » (20/12/2006). Ces fidèles, avec des prêtres
traditionalistes, maintiennent les sacrements, comme le permet la juridiction de suppléance (Billot).
Réfutation : L’apostasie moderne, bien que réelle, n’annihile pas l’Église, qui persiste par ses fidèles et ses sacrements jusqu’à l’instant T.
1.4. La conversion des Juifs suit l’Antéchrist
Vous citez saint Jérôme : « De l’incrédulité des Nations viendra pour Israël la connaissance de la Vérité… quand la plénitude des Nations est entrée, alors tout Israël sera sauvé » (Homilia 1 in Cantica
Canticorum, Patrologia Latina 23, col. 1123), mais notez que les Juifs actuels s’opposent au Christ, recevant l’Antéchrist (saint Robert Bellarmin, In Psalmum 108, 7). Si vis pacem conclut que leur châtiment ouvrira leur cœur à la conversion (22/1/2007). Cette
interprétation est correcte, mais précise la chronologie.
- Chronologie eschatologique : Saint Thomas d’Aquin explique : « Omnis Israel salvabitur post plenitudinem gentium… » (« Tout Israël sera sauvé après la plénitude des nations », Super Epistolas S. Pauli
Lectura, In Romanos, ch. 11, lect. 4, éd. Parma, vol. 13, p. 110). La « plénitude des nations » (Rm 11, 25) précède la venue de l’Antéchrist (2 Thess 2, 3), et la conversion des Juifs suit son règne, comme le note saint Grégoire le Grand : « Enoch et Elias
venient ad confirmandum fidem… » (« Énoch et Élie viendront pour confirmer la foi… », Moralia in Job, Livre 9, Patrologia Latina 75, col. 876). Ces deux témoins (Ap 11, 3-7) combattront l’Antéchrist et prépareront la conversion des Juifs avant la Parousie.
- Présence de l’Église : L’Église, bien que persécutée, sera présente pour accueillir cette conversion, comme le garantit Mt 16, 18.
Réfutation : La conversion des Juifs se produira après l’Antéchrist, et l’Église sera là pour les accueillir, confirmant sa pérennité jusqu’à l’instant T.
2. Défense de la pérennité de l’Église et de ses sacrements
2.1. L’indéfectibilité de l’Église jusqu’à l’instant T
L’Église est indéfectible, garantissant sa présence et sa mission sacramentelle jusqu’à la Parousie.
- Matthieu 28, 20 : « Ego vobiscum sum omnibus diebus, usque ad consummationem saeculi » (« Je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la consommation du siècle », Vulgate, 1592, p. 1002). Saint Thomas
commente : « Consummatio saeculi est finis mundi, quando Christus veniet » (Super Evangelium S. Matthaei Lectura, ch. 28, lect. 2, éd. Parma, vol. 10, p. 264).
- 1 Corinthiens 11, 26 : « Quotiescumque enim manducabitis panem hunc… mortem Domini annuntiabitis, donec veniat » (« Toutes les fois que vous mangerez ce pain… vous annoncerez la mort du Seigneur, jusqu’à
ce qu’il vienne », Vulgate, 1592, p. 1086). Saint Jean Chrysostome précise : « Quotiescumque offerimus… donec veniat » (Homélies sur les Corinthiens, Hom. 28, Patrologia Graeca 61, col. 237). La Messe persistera jusqu’à l’instant T.
2.2. Continuité des sacrements en période de crise
Même en crise sédévacantiste, les sacrements restent disponibles.
- Validité des sacrements : Le Concile de Trente enseigne : « Si quis dixerit, sacramenta novae legis non esse valida nisi per ministrum in statu gratiae, anathema sit » (« Si quelqu’un dit que les sacrements…
ne sont pas valides à moins que le ministre ne soit en état de grâce, qu’il soit anathème », Session VII, Canon 7, éd. 1564, p. 54). Saint Thomas ajoute : « Sacerdos, etiam si sit peccator, potest conficere Eucharistiam, dummodo intendat facere quod facit
Ecclesia » (« Un prêtre, même pécheur, peut consacrer l’Eucharistie, pourvu qu’il ait l’intention de faire ce que fait l’Église », Summa Theologiae, III, q. 82, a. 7, éd. léonine, vol. 12, p. 242).
- Juridiction de suppléance : Cardinal Billot (De Ecclesia Christi, 1927, p. 623) garantit la licéité des sacrements en l’absence de juridiction ordinaire, permettant aux prêtres traditionalistes de
continuer leur ministère.
Conclusion : L’Église, indéfectible, maintiendra ses sacrements jusqu’à l’instant T, même en période de crise.
Udp
Abbé EJ+