Re: Un livre pour ceux qui souffrent.. (vie de Sainte Lidwine de Schiedam)
Publié : jeu. 06 févr. 2020 21:44
VIE DE LA BIENHEUREUSE LIDWINE.
CHAPITRE XII.
Charité ou zèle pour la conversion des pécheurs.
Sévérité de Lidwine envers certains coupables. - Elle confond un visiteur mal intentionné. - Fausse dévote qu'elle dévoile. - Oui, Prince, pleurez ! - Les dangers d'une mauvaise liaison. - Une facile pénitence qui devient dure et salutaire.
Du reste, ce zèle de Lidwine s'animait toujours d'une sainte liberté. Elle reprenait les pécheurs avec l'indépendance d'un apôtre ; elle allait même parfois jusqu'à châtier sévèrement ceux qui venaient à elle dans quelque coupable pensée. Un jour, il lui arriva un receveur des deniers publics, un homme orgueilleux, cupide surtout et fort avare, mais qu'elle n'avait jamais vu et ne connaissait d'aucune façon. Il venait dans l'unique but de l'embarrasser par d'insidieuses questions ; il amenait même plusieurs personnes auxquelles il avait dit : « Vous verrez ! C'est moi qui me charge de vous montrer ce que c'est que cette fille dont on s'émerveille tant. En deux ou trois questions, je veux la confondre !» « Lidwine, lui dit-il, répondez-moi. Si Jésus-Christ se montrait à vos yeux caché dans l'hostie que l'on expose sur l'autel, et qu'en même temps il vous apparût, d'un autre côté, venant à vous sous sa forme naturelle, dites-moi, auquel des deux présenteriez-vous vos adorations ? »
La vierge se tut ; on vit même des larmes couler de ses yeux. Puis enfin, avec une imposante dignité : « Bien des fois, dit-elle, on m'a fait pour me tenter toute espèce de questions ; mais je ne me souviens pas d'en avoir jamais entendu d'aussi pénible que celle qui vient de sortir de la bouche de cet homme de cuivre et d'argent ! » Ce fut comme un coup de foudre. Tous ces visiteurs, épouvantés devant cette fille dont ils savaient ne pouvoir être connus et qui cependant dévoilait si bien et la profession et le hideux vice et la coupable intention de celui d'entre eux qui avait parlé, tous, honteux et confus, sans rien dire, s'en allèrent précipitamment ; le malheureux receveur s'était hâté de donner l'exemple.
Cette sévérité de notre sainte atteignit une autre fois certaine fille qui depuis quelque temps paraissait fréquemment chez elle. Avec une habileté qui en eût imposé aux plus clairvoyants, elle se donnait de grands airs de dévotion, ne parlait que piété, affichait la vertu la plus austère. Bref, elle visait à gagner l'affection soit de la pieuse malade, soit des personnes qui l'entouraient. Mais Lidwine avait lu dans son âme ; elle y avait découvert avec épouvante une affreuse dépravation. D'abord elle prit patience, se borna à des prières, à des conseils. Puis, n'avançant rien, entrevoyant des pièges et redoutant une funeste contagion pour les jeunes personnes dont elle était comme la mère, elle se décida à en finir. Un jour donc que cette fille se vantait plus audacieusement que jamais et de piété et de vertu : « Ainsi, lui dit Lidwine,vous êtes dévote, du moins vous le dites ? - Mais oui, je dois en convenir ; vous, Lidwine, ne le pensez-vous pas aussi ? - Moi ? reprit la sainte. Eh bien ! Si vous tenez à le savoir, moi je pense que vingt-cinq dévotes comme vous pourraient danser à leur aise sur la pointe d'une aiguille !» Le coup avait porté. La coupable fille se leva et disparut. « Ah ! mon Dieu ! qu'avez-vous fait ? s'écria tout émue une des jeunes personnes présentes ; qu'avez vous dit ? Pourquoi diffamez-vous ainsi cette pieuse fille ? Mais c'est un scandale que vous nous donnez ! - Laissez, laissez-la s'en aller, répondit la vierge ; Dieu sait ce qu'elle est ! Quant à sa piété, si vous en voulez un échantillon, allez la trouver, cette dévote prétendue. Entre elle et vous, reprochez-lui seulement un léger défaut que vous aurez surpris ; j'accepte l'épreuve. Oui, j'y consens, dites qu'elle est vraiment dévote, si elle vous écoute, humble et patiente. Mais si au premier mot elle prend feu ; si vous la voyez se dresser devant vous, comme une lionne que le chasseur a blessée, encore une fois, non, ne me parlez plus de ce vase de dévotion ; ce n'est qu'un vase vide et fêlé !» Ce qui fut dit fut fait. On tenait à justifier la pauvre innocente ; dès le lendemain, on courut chez elle. Mais on revint bientôt. « Eh bien ? demanda la vierge. - Vous aviez raison, Lidwine ; un mot, un seul et le plus petit mot a suffi. Ah ! si vous l'aviez vue ! Ce n'était pas une femme, mais une panthère. Du premier coup la pierre de touche avait changé l'ange de vertu en un démon déchaîné.» A quelque temps de là, on vint dire à Lidwine que cette fille était misérablement morte. Aussitôt elle se mit en devoir de prier pour elle. Mais son bon ange lui apparut. « Cessez, lui dit-il, d'inutiles prières. Cette âme est tombée pour jamais dans l'abîme creusé pour le vice et l'hypocrisie ! »