Re: Saint Louis-Marie Grignion de Montfort - Tricentenaire
Publié : mar. 28 févr. 2017 16:12
Montfort y fut accueilli comme un envoyé de Dieu. Il commence par donner l'exemple de l'obéissance et de la pauvreté, refusant tout honoraire et choisissant pour lui-même la chambre la plus misérable (*).
Il mange au réfectoire avec les pauvres, et souvent fait sa nourriture de leurs restes. Il quête en ville, en compagnie de quelques hospitalisés, qui conduisent « un âne chargé de paniers pour recevoir les aumônes » ; et celles-ci se font abondantes. Mais il s'agit de ne plus gaspiller les ressources pour le service des tables … L'aumônier obtient une distribution plus rationnelle, au déjeuner, au dîner et au souper ; il exige que chacun se mette à table pour les repas qu'on serve du potage. Tous furent enchantés : il avait réussi à gagner le cœur des pauvres et à les mettre en règle. Surtout ils se sentaient aimés. Le serviteur de Dieu avait pour ces membres souffrants de Jésus-Christ, des tendresses de mère : il buvait dans leurs verres, il se dépouillait de ses couvertures pour les réchauffer.
Un tel homme force l'admiration ou soulève l'hostilité. Au début ce ne fut que joie et ravissement ; mais peu à peu les petites passions humaines se réveillèrent.... et l'aumônier fut écarté des services de table.
« Pendant cette bourrasque, raconte celui-ci à M. Leschassier, je gardais le silence et la retraite, remettant entièrement ma cause entre les mains de Dieu et n'espérant qu'en son secours, malgré les avis contraires qu'on me donnait. J'allai pour cet effet faire une retraite de huit jours aux Jésuites ».
« Les Jésuites », c'était le collège de Sainte-Marthe, où Montfort trouva un excellent religieux, le Père de la Tour, qui fut son confesseur et son ami dévoué. Pendant cette retraire, dit le saint, « je fus rempli d'une grande confiance en Dieu et en sa Sainte Mère, qui prendrait évidemment ma cause entre ses mains ». De fait sa confiance ne fut pas vaine : le ciel vint à son aide, mais en employant, semble-t-il, la méthode forte. A peine en effet était-il de retour que l'économe, gravement atteint, mourait en peu de temps. « La supérieure, jeune et vigoureuse, le suivit en six jours. Plus de quatre-vingts pauvres tombèrent malades et moururent. Toute la ville croyait que la peste était dans l'hôpital » : on parlait de châtiment.
M. de Montfort cependant se multipliait avec un dévouement admirable, conservant sa pleine santé malgré des fatigues épuisantes. Devant un tel héroïsme, les esprits enfin s'apaisèrent.
L'accalmie, hélas ! fut de courte durée. On a beau posséder « un don tout particulier pour adoucir les pauvres », il est impossible de reprocher à une foule, « même doucement », ses ivrogneries, ses scandales, sans soulever des colères... la guerre allait continuer autour du saint.
(*) L'escalier fort raide qui y conduisait, se trouve à Saint-Laurent-sur-Sèvre, dans l'oratoire du Saint.