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Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre III : La création et l'ordre surnaturel

Publié : sam. 19 mars 2022 10:11
par chartreux
SWS, Livre III, II, C2, §148 traduit par le chartreux a écrit :
De plus, le regret que ce désir ne soit pas satisfait ne peut pas rendre le sujet malheureux, tant que ce regret vient uniquement de ce que Dieu n'a pas voulu en rendre l'accomplissement possible. Mais dès que la connaissance de la possibilité subjective se joint à la possibilité objective d'acquérir la grâce, dès que l'esprit reconnaît qu'il y est appelé de Dieu, le désir involontaire doit, quand il n'est pas rempli, se présenter dans certaines circonstances comme invincible, exciter le trouble et la douleur. Car si ce trouble peut être calmé par une soumission à la volonté divine chez ceux qui sont privés des biens de la grâce sans leur faute personnelle, il ne doit pas moins, dans le cas contraire, être suivi d'un malheur positif, et même du plus grand des malheurs.

Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre III : La création et l'ordre surnaturel

Publié : lun. 21 mars 2022 10:21
par chartreux
SWS, Livre III, II, C2, §148 traduit par le chartreux a écrit :
Nous en avons une preuve frappante dans la doctrine générale des théologiens sur la peine du dam, considérée comme extrêmement sensible, la plus sensible même de toutes les peines des damnés, ce qu'elle ne pourrait pas être s'il n'y avait point dans la nature un désir involontaire et inextinguible, une faim et une soif véritable de la possession surnaturelle de Dieu, dès qu'elle est rendue possible.

On peut dire, il est vrai, avec les scolastiques, que l'aptitude à la grâce est une puissance « indifférente » ou « neutre » qui permet de faire une chose, mais n'y oblige pas. Il n'est pas moins constant, toutefois, que cette aptitude, si l'on considère la souveraine convenance du bien surnaturel avec la nature de l'image de Dieu, ne peut être une froide indifférence ; la grâce a pour correspondant un désir vivant où elle apparaît elle-même comme une aptitude vivante. Lorsque la grâce est offerte et accordée du côté de Dieu, ce désir facilite l'entrée de la grâce et son efficacité, et transforme l'indifférence « volontaire » pour la grâce non seulement en péché contre Dieu, mais en attentat contre la nature, et il a pour effet que cet attentat se venge lui-même de la manière la plus sensible, du moins quand il entraine la perte définitive de la grâce, et il donne la pleine conscience de cette perte.

Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre III : La création et l'ordre surnaturel

Publié : mar. 22 mars 2022 9:29
par chartreux
SWS, Livre III, II, C2, §148 traduit par le chartreux a écrit :
II. 1. De même que la grâce suppose que la nature à qui elle doit se communiquer est une nature spirituelle, elle suppose aussi l'existence de la liberté morale naturelle comme une propriété qu'elle doit particulièrement élever et transfigurer. Bien que nous ne puissions concevoir une action morale de la grâce sur une nature dépourvue de libre arbitre, il est possible que la grâce soit conférée, physiquement ou moralement, sans aucun usage préalable du libre arbitre et même sans sa possibilité immédiate, comme le prouve le baptême des enfants.

Il est vrai que dans les sujets capables de l'usage actuel de la liberté, l'exercice préalable du libre arbitre peut être admissible, convenable ou même nécessaire, afin que le sujet n'ait pas seulement une aptitude quelconque pour la grâce, mais qu'il y soit directement et positivement préparé d'une manière digne d'elle. Mais il n'est pas nécessaire que cet usage de la liberté soit purement naturel, parce que, comme nous le verrons bientôt, il ne peut pas être une préparation positive et directe proportionnée à l'excellence de la grâce, et aussi parce qu'avant la concession de la grâce habituelle, on peut concevoir et qu'il existe en fait une grâce actuelle, excitante et auxiliaire, la « grâce de la vocation interne » que Dieu accorde spécialement comme préparation à la recevoir.

Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre III : La création et l'ordre surnaturel

Publié : mer. 23 mars 2022 9:11
par chartreux
SWS, Livre III, II, C2, §148 traduit par le chartreux a écrit :
La négation de cette susceptibilité immédiate de la nature pour la grâce actuelle était une des principales erreurs ou plutôt l'erreur fondamentale des semi-pélagiens à propos de la grâce. Ils tenaient que l'acceptation convenable de la grâce exigeait une disposition favorable du libre arbitre, ainsi disaient-ils que le mouvement d'un vaisseau poussé par le vent suppose le déploiement des voiles et l'influence de la lumière sur la vue, l'ouverture de l'œil. Cette erreur fondamentale avait sa cause dans une notion défectueuse du libre arbitre qu'ils partageaient avec les pélagiens ; ils croyaient qu'un acte dépendant d'une influence préalable de Dieu ne pouvait plus être véritablement libre.

Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre III : La création et l'ordre surnaturel

Publié : jeu. 24 mars 2022 9:18
par chartreux
SWS, Livre III, II, C2, §148 traduit par le chartreux a écrit :
II. 2. La grâce ne peut être obtenue, ni son obtention facilitée, et la réceptivité de la nature à la grâce ne peut être accrue, par l'usage purement naturel de la liberté morale. La créature ne saurait faire en sorte, par l'usage naturel de sa liberté, que Dieu lui accorde la destination, la vocation à la grâce, qui ne lui est pas due par une nécessité naturelle, à peu près comme un sujet déterminerait le prince par ses services à l'adopter pour son enfant, ou, comme dans l'ordre surnaturel, Jésus-Christ a valu aux hommes par ses mérites la vocation à la grâce. S'il en était ainsi, la liberté naturelle ferait en dehors de la grâce plus que ne fait dans l'état de grâce la liberté surnaturelle, dont l'exercice ne mérite pas la vocation à la vie éternelle, mais la suppose.

Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre III : La création et l'ordre surnaturel

Publié : ven. 25 mars 2022 10:13
par chartreux
SWS, Livre III, II, C2, §148 traduit par le chartreux a écrit :
L'usage purement naturel de la liberté ne peut pas, du moins prochainement, donner un mérite de condigno (ou un droit formel), comme cela est possible dans l'état de grâce par rapport à la vie éternelle. Dans l'état de grâce, en effet, un tel mérite n'est possible que parce que cet état donne à la personne une dignité proportionnée à la vie éternelle et qui manque à la nature. Si donc il devait y avoir, entre la nature et la grâce, le même rapport qu'entre la grâce et la gloire, il y aurait une dignité naturelle capable de procurer une dignité surnaturelle, ce qui est une contradiction dans les termes.

Il faut dire aussi, pour le même motif, que la créature ne peut en aucune façon, par l'usage naturel de sa liberté, se préparer ou se disposer à la réception de la grâce, se rendre apte à la recevoir, en ce sens qu'il y aurait dans le sujet une qualité correspondante à la sublimité de la grâce, un mouvement qui tendrait directement et positivement à la recevoir, fut-il plus ou moins médiat et éloigné. S'il en était ainsi, la préparation, la disposition, l'aptitude impliquerait un commencement de réception ou une part positive dans la réception, soit en déterminant Dieu à accorder la grâce, soit par un effort de la créature proportionné à l'excellence du bien qui doit être accordé. Ce serait donc toujours un commencement du salut, lequel, selon le dogme, ne peut avoir son fondement que dans une action surnaturelle de Dieu.

Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre III : La création et l'ordre surnaturel

Publié : sam. 26 mars 2022 10:02
par chartreux
SWS, Livre III, II, C2, §148 traduit par le chartreux a écrit :
Ainsi, tout ce qui est possible à l'usage naturel du libre arbitre par rapport à la grâce se réduit à ceci : la créature peut, par le bon emploi de son libre arbitre, conserver et développer la capacité naturelle, la simple aptitude à recevoir la grâce et peut écarter les obstacles que le mauvais usage du libre arbitre oppose à la communication de la grâce. On peut aussi sans doute considérer cette conservation, cette culture de la capacité naturelle, comme une disposition ou préparation à la grâce ; elle est même une préparation positive en ce qu'elle facilite son opération.

Mais, en ce qui concerne la réception de la grâce, cette conservation est purement négative et indirecte, comme la préparation d'un champ pour recevoir une semence ou la taille d'un arbre pour recevoir une greffe. La liberté naturelle n'a pas de rapport interne à la réception de la grâce. Dieu peut donner ou ne pas donner la grâce à une créature bien disposée, comme Il lui plaît. Qu'Il le fasse habituellement n'est pas une conséquence d'une loi quelconque, mais de son bon plaisir. Les théologiens font valoir, comme règle ordinaire de la distribution de la grâce, les axiomes "Dieu ne refuse point Sa grâce à qui réalise sa vocation" et "Dieu n'oublie que ceux qui l'oublient". Cette doctrine est explicitée dans le second concile d'Orange (canons 6 et 7), qui s'appuie sur les passages "Qu'as-tu que tu n'aies reçu ?" (1 Cor. 4:7) et "Par la grâce de Dieu je suis ce que je suis"(1 Cor. 15:10).

Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre III : La création et l'ordre surnaturel

Publié : lun. 28 mars 2022 10:04
par chartreux
SWS, Livre III, II, C2, §149 traduit par le chartreux a écrit :
Section 149. Rapport de la nature à la grâce (suite). Vocation miséricordieuse de la nature à la grâce.

I. Comme la créature n'est ordonnée à sa fin surnaturelle que par la grâce, et que la nature ne peut lui offrir qu'une simple disposition, la destination à la grâce n'est pas donnée avec la nature. Il s'ensuit qu'il n'est pas nécessaire que la concession de la grâce concorde avec la création de la nature. La vocation peut avoir lieu sous la forme d'une offrande de la grâce ou d'une invitation à la recevoir, en sorte que sa réception effective dépende d'une libre action exercée par celui qui est appelé.

À ce point de vue, la vocation à la grâce offre de l'analogie avec l'état d'une personne qui est appelée d'un rang inférieur à la dignité d'enfant adoptif ou d'épouse d'un prince. Cependant, comme la concession de la grâce implique une véritable renaissance, une création nouvelle, il faut que la prévenance de la personne appelée non seulement soit excitée par une offre extérieure, mais éveillée et produite par une influence interne, afin qu'il puisse être répondu à l'appel d'une manière proportionnée à la sublimité du but.

Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre III : La création et l'ordre surnaturel

Publié : mar. 29 mars 2022 8:49
par chartreux
SWS, Livre III, II, C2, §149 traduit par le chartreux a écrit :
Cette grâce surnaturelle reçoit divers qualificatifs suivant le point de vue depuis lequel on l'envisage : la grâce qu'elle fonde et précède la grâce gratum faciens est nommée grâce prévenante, et en tant qu'elle est l'organe de la vocation divine, grâce de vocation, ou mieux : « grâce d'inspiration », afin d'exprimer son efficacité interne. Et cette grâce, pour que la créature continue de se mouvoir dans la direction de la grâce gratum faciens, ne doit pas être purement excitante, mais aussi auxiliaire, fécondante. On peut considérer l'exercice actif et le concours de la liberté dans cet exercice comme une fonction surnaturelle de la liberté naturelle.

Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre III : La création et l'ordre surnaturel

Publié : mer. 30 mars 2022 9:38
par chartreux
SWS, Livre III, II, C2, §149 traduit par le chartreux a écrit :
La doctrine de l'Église ne suppose la possibilité et la nécessité de ce mouvement de soi-même vers la grâce qu'au concret, par rapport à la grâce de justification, telle qu'elle est donnée au pécheur, où la « conversion à Dieu » est en même temps « l'aversion du péché », la conversion proprement dite. Mais cette doctrine implique en même temps la possibilité d'une conversion dans le sens de se tourner vers Dieu comme auteur de la grâce en général, conversion qui peut aussi avoir lieu dans la créature exempte de faute. Il s'agit donc de savoir quelle importance, quelle nécessité s'attache à cette conversion à Dieu, envisagée dans son essence, en ce qui concerne l'entrée dans l'état de grâce, ou au point de vue de la disposition ou préparation à la grâce, soit dans la justification, soit hors de la justification du pécheur.