SWS, Livre V, II, C3, A, §196, traduit par le chartreux a écrit :
II. La valeur intrinsèque des actes moraux est déterminée par leur relation à l'objet final de toute moralité : l'honneur et la gloire de Dieu. Le caractère et la mesure d'honneur et de gloire de Dieu qui ressortent d'une action (obsequium Deo praestitum) en déterminent la valeur intrinsèque. Les œuvres morales du Christ, du fait de son excellence personnelle, rendent à Dieu un honneur unique en son genre et en sa perfection. Le principe actif (principium quod) des œuvres, l'homme Jésus-Christ, est une personne divine subsistant dans une nature humaine. Le principe passif (principium quo) par lequel les œuvres sont faites est une nature humaine unie et en quelque sorte animée par une personne divine, dont elle est l'organe. Mais la grandeur de l'honneur rendu est proportionnelle à la dignité de la personne qui le rend.
Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption
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SWS, Livre V, II, C3, A, §196, traduit par le chartreux a écrit :
Rendre honneur, c'est essentiellement se soumettre à la personne honorée. Donc si nous considérons l'honneur rendu par le Christ, nous voyons que cet honneur a une excellence particulière, de par la dignité de la Personne divine, qui, en sa nature humaine, se soumet à Dieu. Enfin, le Christ n'est pas seulement le principe de l'adoration et l'adorateur, il est aussi l'adoré puisqu'il est Dieu. L'adoration de Dieu est toujours une forme de "retour" à Dieu, un acte réflexe. Dans le cas du Christ, ce retour est le plus achevé possible. L'adoration du Christ qui s'offre et se soumet au Père a une valeur unique et divine.
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SWS, Livre V, II, C3, A, §196, traduit par le chartreux a écrit :
La valeur spécifique de l'adoration du Christ est particulièrement manifeste à ce dernier point de vue dans son abaissement et sa mort. Par son abaissement volontaire, il a renoncé à ses droits de Seigneur de toutes choses, et a donc offert à Dieu un sacrifice immensément supérieur à tous les sacrifices de créatures qui offrent à Dieu ce qu'Il possède déjà. Par la mort, il a renoncé à lui-même et s'est sacrifié lui-même. En bref, la raison formelle de la valeur spécifique de l'œuvre de l'homme Jésus-Christ par opposition aux autres hommes s'exprime ainsi : l'auteur des actes du Christ est un homme, mais un homme qui, de par son onction, est revêtu de la gloire et de la sainteté divines, et possède la dignité et le rang de Seigneur et de Fils naturel de Dieu.
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption
SWS, Livre V, II, C3, A, §196, traduit par le chartreux a écrit :
III. L'union hypostatique confère une valeur infinie aux actes du Christ, de la même manière qu'elle donne une dignité infinie à son corps. Cette infinité n'est pas seulement relative et comparative, mais absolue : elle ne fait pas que surpasser toutes les autres valeurs, et même la somme de toutes les autres valeurs ; mais elle est égale à celle de la Gloire et la Sainteté suprêmes, ce qui rend l'homme Jésus-Christ digne d'un culte de latrie. La valeur infinie des actes du Christ consiste donc en ce qu'ils contiennent tout l'honneur que mérite la majesté divine. Cette valeur dépasse donc celle de tous les actes actuels ou possibles des simples créatures. Ainsi, l'honneur que le Christ rend à Dieu en s'abaissant est déjà au moins équivalent à tout l'outrage à Dieu causé par tous les péchés réels ou possibles des créatures.
Les subtilités et difficultés avancées par les scotistes et nominalistes contre la valeur infinie des actes du Christ s'effondrent dès lors que l'on retient bien la nature de cette infinité. C'est une participation à la "valeur découlant de l'honneur" qui est inhérente à tous les actes divins, de même que l'adorabilité du Christ est une participation à la dignité divine. Cf. S. Thomas, IIIa, q. 1, art. 2 ; Franzelin, thès. xlvii.
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption
SWS, Livre V, II, C3, A, §197, traduit par le chartreux a écrit :
Section 197. Caractère méritoire des actes humains du Christ.
I. Les actes humains du Christ, en plus de leur capacité éminente à honorer et glorifier Dieu, possèdent cette vertu particulière qui assure aux voyageurs (in statu viae) qui font le bien un droit à des bénéfices surnaturels. Cette vertu est "impétratoire", dans le sens où l'impétration (patrando obtinere) connote un effort couronné de succès et aussi le fruit de l'action réussie. Mais le terme d'"impétratoire" n'exprime pas assez que la réussite de l'action est une conséquence et un fruit de l'action elle-même.
Pour signifier qu'il est juste et nécessaire qu'un agent tendant vers un fin bonne reçoive le bien qu'il cherche, et le reçoive en raison de la valeur dont il fait preuve en tendant vers ce bien, il faut dire que la vertu en question est impétratoire et méritoire. Chacun de ces deux adjectifs décrit un caractère particulier de la vertu ; l'impétration indique le désir et la prière ; le mérite renvoie à une œuvre effective au service de Dieu. Les divers mélanges entre ces deux traits décrivent toutes les formes intermédiaires d'effort récompensé vers des biens surnaturels.
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption
SWS, Livre V, II, C3, A, §197, traduit par le chartreux a écrit :
Les scolastiques tardifs parlent de l'efficacité "morale" des actes du Christ, puisqu'ils font appel à la volonté d'autrui et montrent une certaine "valeur morale" chez leur auteur. Mais la valeur d'un agent bienveillant ne suffit par elle-même à assurer le succès de ses entreprises ; il faut qu'il y ait également un droit ou titre au succès. L'expression adéquate est "Efficacité morale et juridique", ou encore "éthico-juridique". Dans les prières de saints, le droit au succès vient de l'acceptation ou la ratification par Dieu ; tandis que dans les actes du Christ, il vient de l'acte lui-même, qui possède une efficacité infaillible : c'est que, dans ces actes, la volonté humaine agit avec un pouvoir divin.
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption
SWS, Livre V, II, C3, A, §197, traduit par le chartreux a écrit :
II. 1. Comme le Christ est Dieu, et est un seul Dieu avec le Père, il est donc à la fois celui qui mérite et celui qui récompense, celui qui prie et celui qui répond à la prière. Ce double rôle est rendu possible par la coexistence des deux volontés dans le Christ : il agit comme homme et comme Dieu, comme une personne double en quelque sorte.
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption
SWS, Livre V, II, C3, A, §197, traduit par le chartreux a écrit :
II. 2. Même l'homme Jésus-Christ a le pouvoir de donner tout ce qui peut être demandé par la prière ou acquis par l'effort. Mais ce pouvoir n'est pas inhérent à son humanité ; il ne lui appartient qu'en tant qu'organe de sa divinité (ministerialiter ou instrumentaliter). Par une ordonnance de Dieu ou du Christ lui-même, l'exercice de ce pouvoir instrumental peut être rendu dépendant de la prière et des œuvres méritoires de l'humanité du Christ. Ainsi est préservée intacte la possibilité de prier et de mériter pour le Christ.
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption
SWS, Livre V, II, C3, A, §197, traduit par le chartreux a écrit :
II. 3. L'humanité du Christ ne peut acquérir de gloire ou d'honneur plus grands que ce qu'elle possède déjà en droit ou en fait par son union hypostatique au Verbe. Ses actes méritoires ne peuvent donc rien ajouter à sa perfection en droit ou en fait ; leur effet est simplement de le faire mériter des biens surnaturels d' "une nouvelle manière". Et pour obtenir ce résultat, il était nécessaire que le Christ agisse sous la forme d'un serviteur, priant et servant Dieu comme une simple créature.
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption
SWS, Livre V, II, C3, A, §197, traduit par le chartreux a écrit :
II. 4. Le choix qu'a fait le Christ de prier et de faire des œuvres méritoires n'était aucunement nécessaire dans l'absolu. Tout ce que la prière et l'effort peuvent obtenir appartient déjà au Christ par droit de naissance (cf. Ps. 2:7 et suiv.). Mieux, son droit de naissance suffisait pour lui permettre de distribuer à d'autres des dons divins pour sa gloire externe. Comme chef et membre de notre espèce, il avait le droit, au nom de la seule dignité de sa personne, et sans aucun besoin d'effort méritoire supplémentaire, de nous faire profiter d'une participation à ses privilèges divins.
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