SWS, Livre V, II, C3, A, §195, traduit par le chartreux a écrit :
III. 1. Tous les théologiens tiennent que l'amour du Christ pour Dieu n'est pas libre. Comment alors des actions inspirées par cet amour peuvent-elles être libres et méritoires ? Bien des auteurs de renom suggèrent qu'à côté de l'acte d'amour compris dans la vision béatifique, il y a d'autres actes d'amour chez le Christ, actes qui sont régulés par une science infuse, et donc libres, comme les actes des créatures ici sur terre. S. Thomas (De Verit., q. 29, art. 6, ad. 6) n'hésite pas à faire de l'acte par lequel le Christ aime Dieu nécessairement, l'origine du mérite. D'après le docteur angélique, l'acte de vision béatifique chez le Christ était aussi et en même temps un acte de voyageur (viatoris), dans la mesure où son amour béatifique le poussait à vouloir et accomplir librement et volontairement, pendant son passage sur la terre, les choses ordonnées par Dieu, et d'accumuler ainsi du mérite pour lui-même et les autres. Il est d'ailleurs tout à fait possible que l'amour du Christ pour Dieu, malgré son caractère nécessaire et non libre, confère aux actes libres de son humanité la perfection morale la plus haute, en les investissant de son excellence morale qui est indépendante de la volonté.
Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption
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Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption
SWS, Livre V, II, C3, A, §195, traduit par le chartreux a écrit :
III. 2. Le Christ ne peut pas pécher : il ne peut pas violer les commandements divins. Comment alors peut-il les garder librement, et mériter en les gardant ?
Les préceptes de la loi naturelle, et particulièrement les préceptes affirmatifs, sont vagues et indéterminés en ce qui concerne le temps et les circonstances, et laissent donc une large place à l'exercice du libre arbitre, même si ce libre arbitre incline irrésistiblement à conserver toute la loi. Les commandements positifs — si l'on admet qu'ils obligeaient le Christ — sont plus précis que les lois naturelles, mais laissent encore de la place au libre arbitre. Par exemple, le Christ a pu accomplir librement l'ordre de nous racheter par sa mort sur la croix, en considérant cette mort non comme quelque chose de commandé et d'inévitable, mais en se tenant prêt à mourir uniquement par ce que tel était le bon plaisir divin, ou pour quelque autre motif pieux.
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption
SWS, Livre V, II, C3, A, §195, traduit par le chartreux a écrit :
Concernant le commandement de rédemption par la mort, la majorité des théologiens modernes nient son caractère strictement obligatoire. La dignité et sainteté parfaites du Christ excluent l'idée d'un commandement absolu si humiliant et si dur. Les pères entendent donc ce commandement (ἐντολή) en un sens très large, si large que selon eux, il concerne jusqu'à la divinité du Christ. Dans l'Écriture, ce terme ne veut pas toujours dire "commandement", il exprime parfois une simple permission de faire quelque chose. S. Anselme (en Med. xi. c. 5) résume la question ainsi : "La nature humaine en cet Homme n'a jamais rien souffert par nécessité, mais uniquement par un choix libre… Il n'était tenu par aucune obéissance particulière ; sa sagesse et puissance seuls le guidaient. Dieu ne l'a pas obligé à mourir, mais il a accompli librement et spontanément (sponte) ce qu'il savait être agréable au Père et profitable à l'homme. Et comme le Père lui a donné cette bonne volonté qu'il avait en lui, on peut dire avec raison qu'il a reçu cela comme un précepte du Père." (Cf. S. Anselme, Cur Deus Homo, 1. i. cc. 9, 10).
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption
SWS, Livre V, II, C3, A, §195, traduit par le chartreux a écrit :
III. 3. Les considérations ci-dessus ne résolvent pas la difficulté que, du fait de sa sainteté, le Christ a infailliblement accompli tous les souhaits et commandements de Dieu, et que ces souhaits et ordonnances, qui couvraient jusqu'aux plus petits détails de sa vie, lui étaient déjà connus. Cf. Matt. 26:54.
De toutes les solutions proposées à cette difficulté très sérieuse, celle de l'école thomiste est la moins imparfaite. Si, indépendamment des souhaits, des commandements et de la prescience de Dieu, la volonté du Christ a le pouvoir physique d'omettre une action, alors elle conserve ce pouvoir même quand il est sous l'influence de ces souhaits et ordonnances ; par ce que ceux-ci ne l'affectent pas intrinsèquement. Une ordonnance divine adressée à une volonté libre comprend nécessairement un appel à cette liberté, de même que la prescience divine des actions libres présuppose leur caractère libre. Les circonstances extérieures font que la décision libre arrive sans faillir. Mais ce résultat final ne provient pas d'une rétrécissement du pouvoir naturel de la volonté. Il est dû à la plénitude de sa perfection qui le rend capable de tendre vers tout ce qui est bon sans jamais se tromper de cible.
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption
SWS, Livre V, II, C3, A, §195, traduit par le chartreux a écrit :
La certitude qu'un choix sera fait dans un certain sens ne suffit pas par elle-même à détruire la liberté intrinsèque à ce choix ; il faudrait encore que cette certitude provienne par une impossibilité intrinsèque d'agir autrement. Mais la science et préscience qu'a le Christ de la volonté de Dieu ne lui imposent-ils pas une nécessité morale antécédente de se conformer à cette volonté ? Cette nécessité morale existe, mais ne nuit pas à la liberté requise pour les actions méritoires : ce n'est pas une nécessité morale interne, telle que produite par exemple par une influence irrésisible d'un bien quelconque, influence qui pousse à agir sans choix. L'impossiblité pour le Christ de violer les décrets divins qu'il connaît doit être mise sur le même plan que notre impossibilité de violer les décrets divins que nous ignorons : aucun des deux n'affecte le choix librement fait.
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption
SWS, Livre V, II, C3, A, §195, traduit par le chartreux a écrit :
IV. La volonté humaine du Christ appartient à un Dieu fait homme, et en conséquence ses opérations sont différentes de celles des volontés purement humaines ; elles sont "théandriques", divino-humaines, liées aux particularités de la liberté divine. La sainte Écriture parle tantôt du Fils comme envoyé par le Père dans le monde, comme exécutant le commandement du Père, et comme faisant en tout ce qui plaît au Père ; tantôt comme égal au Père, s'abaissant librement au rang de serviteur et à une mort ignominieuse ; tantôt encore comme un bon Pasteur qui, maître de la vie et de la mort, choisit librement de mourir pour son troupeau. Dans tout cela, nous voyons la volonté humaine du Christ agir en harmonie avec la volonté divine du Verbe.
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption
SWS, Livre V, II, C3, A, §195, traduit par le chartreux a écrit :
Les deux volontés humaine et divine visent les mêmes objets ; l'humaine est dite agir en union avec le Père, et à puissance et dignité égale avec la volonté de Dieu le Fils. Un exemple de cette coopération harmonieuse et naturelle est donné en Phil. 2:6-7 : "Lui qui, existant en forme de Dieu, n’a pas cru que ce fût pour lui une usurpation d’être égal à Dieu ; 7 mais il s’est anéanti lui-même, en prenant la forme d’un esclave,", etc. Ici, l'acte de prendre la forme d'un homme est nécessairement accompli par la volonté divine, tandis que la mort et l'humiliation subséquentes est surtout le fait de la volonté humaine. La volonté humaine du Christ se conforme tout aussi infailliblement à la volonté de Dieu que la volonté divine du Fils se conforme à celle du Père. Dans les deux cas, la conformité est produite par de l'inspiration et de l'amour, et non pas par un commandement ; dans le cas de la volonté humaine, il s'agit d'une sorte de soumission filiale.
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption
SWS, Livre V, II, C3, A, §195, traduit par le chartreux a écrit :
Cette obéissance du Christ sur laquelle l'Apôtre insiste, par exemple, quand il parle de ses œuvres sous la forme d'une esclave, n'est pas, comme chez les autres créatures, un devoir naturel envers Dieu, mais seulement un service gratuit et amoureux, librement choisi ; de tels sacrifices et de telles souffrances ne pourraient ni être mérités par le Christ à cause de son innocence, ni lui être imposés à cause de sa dignité de Seigneur de toutes choses. Nous autres, nous méritons en acceptant ce que Dieu nous impose, ou pourrait nous imposer à bon droit ; le Christ mérite en renonçant librement à ses droits pour l'amour de Dieu. Nous payons le juste tribut de notre servitude ici-bas ; le Christ se soumet librement à une servitude qui ne lui est pas naturelle (cf. Héb. 10:1 et suiv., verset 7 et suiv.). C'est pour cette raison que le Christ a cessé de mériter après sa vie terrestre : dans sa gloire, il ne peut plus remplir le rôle d'un serviteur. Cf. S. Thomas, IIIa, q. 18 ; Franzelin, thès. xliv.
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption
SWS, Livre V, II, C3, A, §196, traduit par le chartreux a écrit :
Section 196. Les actes du Christ vus comme actes d'adoration de Dieu.
I. Les théologiens distinguent trois catégories de valeur dans une œuvre bonne : (a) la valeur "substantielle" ou essentielle venant de la bonté intrinsèque de l'acte ; (b) la valeur "accidentelle" qui vient de la sainteté accidentelle de l'agent ; (c) la valeur "personnelle" qui vient de la dignité personnelle du même agent. Toutes les œuvres du Christ, sans exception, ont été faites au service de Dieu et tendaient directement à son honneur et sa gloire ; elles ont procédé de la source première de toute sainteté et ont été exécutées par une personne divine. Elles sont donc les meilleures œuvres à tout point de vue, ayant été faites avec le plus grand amour divin, par l'être le plus excellent. La dignité infinie de leur auteur se communique à elles ; ainsi les œuvres du Christ ont une valeur infinie (cf. §145, II plus haut).
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption
SWS, Livre V, II, C3, A, §196, traduit par le chartreux a écrit :
L'efficacité des actes du Christ pour le mérite et la rédemption sont étroitement liées à la valeur de ces actes, mais en sont cependant distinctes. La valeur est à l'efficacité ce que la cause est à l'effet. On peut comparer la valeur intrinsèque d'un acte à la valeur intrinsèque d'une pièce d'argent ; l'efficacité correspond alors à la valeur de la pièce en tant que monnaie. Dans la langue de l'Église, le terme de valor exprime à la fois la valeur intrinsèque et la valeur effective des actes du Rédempteur.
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