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Re: De Gethsémani au Golgotha

Publié : lun. 11 avr. 2016 15:43
par gabrielle
A cette idée il est saisi d'une grande surprise et comme d'une religieuse épouvante... Oui! se dit-il, ce ne peut être qu'un Dieu!... Et quel homme pourrait atteindre à la hauteur de cette résignation inaltérable, de cette douceur toute céleste, de cette majesté surhumaine, de cette éminente sagesse, de toutes ces sublimes vertus qui rayonnent d'un éclat si vif et si douloureux dans la personne de Jésus de Nazareth!...

Mais, s'il est vrai que Jésus soit Dieu, quelle responsabilité pour Pilate ! Lui qui craignait de se compromettre dans la condamnation d'un innocent, quel effroi ne doit-il pas éprouver, à la pensée que peut-être il va décider de la vie d'un Dieu!...

0 gloire du Sauveur, s'écrie saint Athanase, dans l'attitude même du criminel, il fait trembler son juge! Pendant que les Juifs aveugles réclament sa mort, Pilate redoute qu'en cédant à leur fureur, il ne prononce sa propre sentence et cette seule idée le glace d'horreur.


à suivre

Re: De Gethsémani au Golgotha

Publié : mar. 12 avr. 2016 15:23
par gabrielle
Tourmenté d'une inquiétude extrême, il rentre dans le prétoire et se fait amener Jésus :

— « De grâce! réponds-moi bien » clairement, lui dit-il; d'où es-tu? »

II ne l'interroge point sur le lieu de son origine terrestre : il le connaît. Il ne le questionne point sur les crimes dont on l'accuse ; il le sait innocent. Mais il lui demande s'il est du ciel, ou de la terre, s'il est homme où s'il est Dieu. Jésus garde le silence... Pilate en savait assez pour le prononcé de son jugement. A quoi d'ailleurs pourraient servir de plus amples explications ? Peut-être, à faire descendre le Fils du Dieu trois fois Saint au rang de ces abominables divinités du paganisme, dont il venait renverser le culte; peut-être, à retarder l'heure de la Rédemption du monde, qui était arrêtée dans les décrets éternels ; sûrement, à charger la conscience de Pilate d'une aggravation de culpabilité; car il céderait quand même, tôt ou tard, aux exigences des Pharisiens. Pour tous ces motifs, Jésus ne fait point de réponse à la question de son juge.

Re: De Gethsémani au Golgotha

Publié : mer. 13 avr. 2016 15:29
par gabrielle
Pilate en est offensé :

« — Tu ne me parles pas? — lui » dit-il avec humeur. —Ignores-tu que » ta vie est entre mes mains, et que » je puis, à mon gré, te faire mettre » en croix ou en liberté ? »

Ton pouvoir, ô Pilate. nul ne le conteste. Mais le pouvoir n'est pas toujours le droit. Oui! tu as pu abreuver des outrageantes douleurs de la flagellation et du couronnement d'épines, Celui dont tu proclamais l'innocence : tu n'en avais pas le droit!... Tu peux maintenant lui parler avec mépris et dureté et chercher à l'effrayer de menaces : tu n'en as pas le droit !... Tu pourras tout à l'heure l'abandonner lâchement à la cruauté de ses ennemis: tu n'en auras pas le droit!... Ton pouvoir n'est qu'injustice, arbitraire et tyrannie, dès là que tu le fais servir à ton caprice, à ta faiblesse et à ta politique. Sache bien pourtant qu'il ne t'est permis d'en user que selon les règles immuables et infrangibles, marquées par le Dieu de vérité dont tu l'as reçu!... C'est la haute leçon que l'Accusé céleste adresse à Pilate, en relevant avec une modération divine, la sortie insensée de ce juge indigne :

« — Tu n'aurais aucun pouvoir » sur moi, s'il ne t'avait été donné " d'en Haut... Tu vas commettre un grand crime. "Toutefois, ceux qui m'ont livré entre tes mains sont » encore plus coupables que toi. "

A partir de ce moment, soit terreur superstitieuse, soit plus ferme certitude de son innocence, le gouverneur redoubla d'efforts pour le délivrer.

Re: De Gethsémani au Golgotha

Publié : jeu. 14 avr. 2016 13:25
par gabrielle
Cependant, les prêtres et les anciens avaient dû recommencer leur propagande d'impiété et de mensonge au milieu du peuple. Ils mirent à l'endoctriner et à l'exalter, tout le temps que Pilate demeura seul avec Jésus dans le prétoire. L'effroyable tumulte qui se produisit bientôt sur la place du palais et les cris impatients de la foule ne témoignèrent que trop du succès de leurs efforts.

Sans se laisser intimider par les vociférations des Juifs, Pilate revient à son tribunal, bien décidé à leur arracher leur proie. Il veut parler. Mais les Pharisiens, pressentant ses dispositions, le préviennent aussitôt :

« — Si vous le délivrez, vous n'êtes » pas l'ami de César. Vous savez bien » que quiconque se fait roi, s'élève » contre César. "

Un moment, Pilate semble braver généreusement toutes les menaces. Il se fait amener Jésus, et,...


à suivre

Re: De Gethsémani au Golgotha

Publié : ven. 15 avr. 2016 15:04
par gabrielle
à la multitude en délire, il dit d'une voix forte qui dominait toutes les clameurs :

— « Le voici votre Roi!... »

Les Pharisiens bondissent à cette proclamation, qu'ils prennent pour le comble de l'insulte. Ce ne sont plus des cris qu'ils l'ont entendre, ce sont des hurlements furieux :

—" A bas!... Enlevez-le!... Crucifiez-le!... »

Pilate tient bon, et, les lèvres frémissantes de colère et d'ironie :

— " Quoi donc? je crucifierais votre Roi ! »

— « Notre Roi, répliquent-ils, c'est César! nous n'en connaissons pas d'autre. »

Alors Pilate fut pris de peur!... Voyant qu'il se compromettait sans espoir de succès et que le tumulte allait croissant, son courage l'abandonna. Il ne se sentit pas homme à braver un soulèvement national, à courir le péril d'une dénonciation auprès de Tibère, à risquer sa tête pour faire son devoir. Il se fit donc apporter de l'eau et. se lavant les mains devant le peuple, il dit :

— « Je suis innocent du sang de ce Juste. Vous en répondrez! »

Tout le peuple rugit ce mot épouvantable :

— « Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants ! »

Et le gouverneur, donnant satisfaction à la multitude, fit délivrer Barabbas et leur abandonna Jésus pour être crucifié.

« Lave tes mains, Pilate, elles sont teintes du sang innocent! Tu l'as octroyé par faiblesse, tu n'es pas moins coupable que si tu l'avais sacrifié par méchanceté. Les générations ont redit jusqu'à nous : « Le Juste a souffert sous Ponce-Pilate, passus sub Pontio Pilato. » Ton nom est resté dans l'histoire pour servir d'instruction à tous les hommes publics, à tous les juges pusillanimes, pour leur révéler la honte qu'il y a de céder contre sa propre conviction. La populace en fureur criait au pied de ton tribunal; peut-être toi-même n'étais-tu pas en sûreté sur ton siège, qu'importe? ton devoir parlait. En pareil cas, mieux vaut recevoir la mort que de la donner (1)."


(1) Dupin.

Re: De Gethsémani au Golgotha

Publié : sam. 16 avr. 2016 15:43
par gabrielle
Pour toi, peuple Juif, ton horrible imprécation n'a été que trop exaucée. Elle est retombée foudroyante sur toi et sur tes enfants. On t'a vu écrasé sous les ruines fumantes de Jérusalem et du Temple. Plus de treize cent mille victimes, sans y comprendre les femmes, les vieillards et les enfants, emportées par la faim, les séditions et les flammes, ne purent fléchir la colère de Dieu. Tu avais vendu le Fils de l'Homme, trente deniers, alors on donna trente Juifs pour un denier. Dispersé et fugitif par toute la terre, abhorré de Dieu et des hommes, sans autels, sans patrie, sans sacrifice, ton seul nom rappelle chez tous les peuples du monde le plus abominable des forfaits, la plus monstrueuse des ingratitudes et, jusqu'à la fin des temps, on lira sur ton front, en lettres sanglantes, ce mot vengeur : Déicide.

0 mon Dieu condamné, me permettrez-vous de redire le vœu sacrilège des Juifs, sous la forme d'une humble et ardente prière? Oh oui! que votre sang retombe sur nous!... qu'il se répande sur nos esprits pour les éclairer, sur nos cœurs pour les purifier, sur nos âmes pour les fortifier; qu'il se répande sur les justes pour les sanctifier, qu'il se répande sur les pécheurs pour les convertir! Qu'il se répande sur toute l'Eglise pour la soutenir dans ses luttes, l'encourager dans ses espérances et la conduire à votre suite, par le chemin du Calvaire, à la gloire des éternels triomphes! Ainsi soit-il !


suivre : le Convoi du Condamné

Re: De Gethsémani au Golgotha

Publié : lun. 18 avr. 2016 15:13
par gabrielle
LE CONVOI DU CONDAMNÉ

VOIX DES PROPHÈTES

- Quel est celui qui s'avance avec sa robe teinte de rouge ?

— C'est moi, moi dont la parole est la parole de justice. Je viens vous sauver.

— Pourquoi donc votre robe est-elle ronge? et pourquoi vos vêtements ressemblent-ils aux habits de ceux qui foulent le vin dans les pressoirs ?

— J'ai été seul à fouler le vin, sans qu' aucun homme d'entre tous les peu-pies fût avec moi. Le sang a rejailli sur ma robe, et mes vêtements en sont tachés, parce que j'ai dit : le temps de racheter est venu. (Is., LXIII, 1-5.)

Le Fils nous a été donné: Il portera sur l'épaule la marque de sa royauté, et on rappellera l'Admirable, le Conseiller, le Dieu, le Fort, le Père du siècle futur, le Prince de la paix. (Is., IX, 6.)

Re: De Gethsémani au Golgotha

Publié : mar. 19 avr. 2016 14:30
par gabrielle
Aigri et courroucé de la lutte ingrate qu'il venait de soutenir, honteux surtout de la sentence révoltante qu'il venait de prononcer, le juge prévaricateur baissait la tête et gardait un morne silence. Près de lui, son greffier traçait à la hâte le motif de la condamnation de Jésus, sur une tablette de bois blanc, qui devait être clouée au sommet de la croix. Par ordre de Pilate qui tenait à se venger de la violence à laquelle il avait lâchement cédé, l'écriteau ne portait que ces mots, écrits en hébreu, en grec et en latin :

Jésus de Nazareth, Roi des Juifs.

Ce titre atteignit le but que se proposait le gouverneur. Il révolta l'orgueil des prêtres et des Pharisiens et les mit hors d'eux-mêmes :

— « Ne dites pas qu'il est notre Roi, — crièrent-ils, — mais qu'il a voulu se faire passer pour tel. »

— « Laissez-moi! — répondit Pilate » impatienté, — ce qui est écrit est écrit. »

Que les Juifs le veuillent, ou non, dit saint Augustin, toutes les langues du monde proclameront la vraie Royauté du Sauveur. Venez donc lire! ô Juifs, héritiers des promesses, et, avant de le crucifier, saluez le Roi de la Jérusalem éternelle. Venez lire, philosophes, rhéteurs et poètes de la Grèce, et, rejetant vos fictions puériles et vos décevants systèmes, saluez le Roi de la lumière et de la vérité, le Roi des intelligences et des cœurs. Venez lire, conquérants du monde, proconsuls et soldats de Rome et adorez dans ses chaînes et sous ses haillons, le Roi puissant dont le sceptre va bientôt courber le front de vos Césars.

Mais ce n'était pas encore l'heure du triomphe, c'était l'heure des ténèbres, l'heure des abaissements et des expiations douloureuses.

Les gardes s:étant emparés du Sauveur, lui arrachèrent, parmi les railleries et les huées de la populace, la vieille chlamyde dont ils l'avaient revêtu par dérision. Ils lui remirent ensuite sa longue robe, tissée des mains de sa très sainte Mère, et lui passèrent des cordes à la ceinture et au cou, afin de le traîner à la mort comme une bête de somme. Quand ils eurent fini ces premiers apprêts, ils le poussèrent au bas de l'escalier du tribunal. Justement, les bourreaux arrivaient, portant le lourd instrument de son supplice et suivis de deux criminels, destinés à être crucifiés avec Jésus, pour achever de le déshonorer. Le Condamné céleste s'avance lui-même à la rencontre de cette croix tant désirée ; il étend les bras pour la recevoir et la presse sur sa poitrine dans une amoureuse étreinte :la croix! n'était-le point la vie, le salut de ses enfants, dans les sanglantes tortures qu'elle allait lui faire subir?

« Viens donc, ô Croix! lui dit-il du fond du cœur, viens que je t'embrasse!... Il est juste que je te porte, puisque je t'ai si bien méritée!... »

Il la charge sur ses épaules et il recueille toutes ses forces pour la traîner jusqu'au Calvaire. Du même coup, il se charge et se revêt de nouveau de tous les crimes des hommes pour les aller expier sur ce bois infâme... « Y a-t-il encore quelque iniquité oubliée ? Qu'on l'apporte et qu'on la jette sur Jésus-Christ... Ah! tout y est, la charge est complète" (1).

(1) Bossuet.

Re: De Gethsémani au Golgotha

Publié : mer. 20 avr. 2016 13:35
par gabrielle
Approche-toi, mon âme, et viens reconnaître la part que tu as dans ce fardeau. Compte et pèse toutes les ingratitudes, tous les crimes que tu as en-tassés sur les épaules de ton Sauveur! et, puisqu'il ne t'est plus possible de l'en décharger, pleure, du moins, repens-toi et suis-le jusqu'au Calvaire!...

Maintenant, la Victime est prête! Après tant de scènes lugubres, la sanglante tragédie touche à sa fin. Le sinistre cortège s'ébranle et se dirige vers le lieu de l'exécution.

Un crieur public ouvre la marche, sonnant de la trompette de distance en distance, et proclamant à haute voix le nom et les crimes des condamnés. Les deux larrons viennent ensuite, portant leur croix. Puis le Fils de Dieu s'avance, traîné inhumainement par quatre bourreaux et courbé sous le poids qui l'écrase. A droite et à gauche, des soldats commandés par un centurion à cheval, forment la haie et contiennent la foule, parmi laquelle se trouvent confondus les Princes des prêtres et les Anciens du peuple.

Du prétoire au Calvaire, on compte environ treize cent vingt pas. On suit une première rue, longue de deux cents pas, qui descend jusqu'à la route de Damas. Jésus était arrivé au bas de cette rue, lorsque fléchissant sous son cruel fardeau, il tomba pour la première fois. En se relevant, il aperçut sa Mère qui lui tendait les bras. Un double cri se fît entendre : « Ma Mère! " — « Mon Fils! " Et, l'âme brisée de douleur, Marie s'évanouit (?) entre les bras de saint Jean.

Elle s'était tenue toute la matinée aux abords du prétoire, entourée des saintes femmes qui pleuraient avec elle et n'essayaient même pas de la consoler. Dès qu'elle eut appris la condamnation de son Fils, elle voulut le voir une dernière fois, et se fit conduire sur le passage du cortège. Ce trait de la douleur maternelle n'a point été con signé dans les évangiles; mais dix-huit siècles de persécutions et de bouleversements n'ont pu effacer la trace d'une telle Mère, venant pleurer toutes les larmes de son cœur sur un tel Fils!...

Re: De Gethsémani au Golgotha

Publié : sam. 23 avr. 2016 15:27
par gabrielle
Jésus était parvenu au pied de la colline du Golgotha. Mais il était à bout de forces, et les Juifs craignirent un moment de le voir succomber avant qu'il pût subir son affreux supplice. Ils étaient à se demander ce qu'il convenait de faire, lorsque vint à passer un homme appelé Simon, natif de Cyrène, père d'Alexandre et de Rufus, qui sortait de sa maison des champs. Les soldats le requirent au nom de la loi romaine et le sommèrent de porter la croix derrière Jésus.
D'abord cet homme subit à contre cœur une si répugnante corvée, murmurant contre le Condamné et maudissant sa funeste rencontre. —

Il n'y a que vous, ô fidèle Ami de nos âmes qui portiez de bon cœur la croix pour les autres! — Toutefois, l'étranger récalcitrant se laissa peu à peu attendrir par l'extrême infortune et l'infinie patience du divin Maître. Puis, la grâce céleste éclairant son âme, il reconnut son Dieu, dans cet homme rebuté et voué au supplice. Il s'applaudit alors de pouvoir l'approcher de si près et d'avoir été choisi pour soulager ses souffrances et partager son opprobre. — Après la résurrection, lui et ses deux fils devinrent de fervents auxiliaires des apôtres, dans la prédication de Jésus crucifié.