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Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre III : La création et l'ordre surnaturel
Publié : mar. 11 janv. 2022 8:29
par chartreux
SWS, Livre III, II, C2, §144 traduit par le chartreux a écrit :
Mais de même qu'elles se distinguent, par leur origine (comme vertus simplement reçues d'en haut) des vertus librement acquises ou produites, elles s'en distinguent aussi par leur nature et leur importance ; de sorte que le nom de vertu leur revient dans un sens tout différent et beaucoup plus élevé. Elles ne stimulent pas seulement une force existante, elles la transforment en une force d'un ordre supérieur.
Cependant l'aptitude aux actes naturels peut aussi être accordée par un don de la grâce sans le concours de l'homme, et que la vertu acquise peut se présenter « accidentellement » en tant que vertu infuse. Pierre Le Lombard résume l'enseignement de S. Augustin quand il définit la vertu surnaturelle comme "une qualité de l'esprit, par laquelle nous vivons justement, et dont personne n'use à mauvais escient" (II, dist. 27).
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre III : La création et l'ordre surnaturel
Publié : mer. 12 janv. 2022 10:46
par chartreux
SWS, Livre III, II, C2, §144 traduit par le chartreux a écrit :
II. Quoique la vertu infuse, inhérente à l'esprit créé, soit distincte de sa cause, le Saint-Esprit, cependant, en ce qui concerne sa durée et son exercice, elle demeure évidemment sous la dépendance de l'action divine qui la conserve et la met en activité. Et il n'en est pas ainsi seulement pour les raisons générales et de la manière générale dont cela a lieu pour toutes les forces créées, celles même qui ont leur racine dans la substance de la créature. Qu'il s'agisse de sa conservation ou de son exercice, elle est dans un rapport, dans une liaison spéciale avec le Saint-Esprit, d'une part, parce que si la créature est son sujet, elle n'est nullement son principe, et qu'elle dépend directement, entièrement, exclusivement du Saint-Esprit ; d'autre part, puisqu'elle est une participation à la force vitale de Dieu même, et qu'elle a pour objet de pénétrer la créature de sa propre vie.
Ainsi, la vertu infuse n'empêche pas, elle implique plutôt que ses produits, c'est-à-dire les actes qu'elle aide à opérer, soient d'une façon toute spéciale des produits de l'Esprit-Saint agissant dans l'esprit créé, comme les reflets d'un corps éclairé par le soleil sont des effets du soleil, comme les fruits d'une branche sont le produit de la racine. On peut donc, et on doit dire aussi que le Saint-Esprit habite et opère par cette vertu dans l'esprit créé, d'une manière aussi intime que l'âme opère dans le corps.
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre III : La création et l'ordre surnaturel
Publié : jeu. 13 janv. 2022 10:06
par chartreux
SWS, Livre III, II, C2, §144 traduit par le chartreux a écrit :
Le sujet des vertus infuses, ce sont les facultés naturelles et vivantes de l'esprit créé, dont elles font des facultés d'un ordre supérieur. Les relations des facultés avec cet ordre doivent être assez intimes pour que les actes surnaturels des uns et des autres soient une opération indivisible, qu'elles se fondent en un seul principe. Sur ce point, les théologiens sont unanimes ; mais ils diffèrent, ici encore, par la manière dont ils entendent le concours divin. Les molinistes (en Ripalda, De ente sup. disp. CXVIII, sect. V) se représentent ainsi l'union des deux principes : les forces naturelles fondent la vitalité ou la liberté de l'opération unique, tandis que la vertu infuse se borne à communiquer sa perfection surnaturelle à l'acte qui découle de ces facultés.
Il y aurait donc ici le même rapport qu'entre l'œil et la lumière extérieure qui concourt avec lui dans l'acte de la vision, ou entre un arbuste et une greffe qui ennoblit le produit de l'arbuste. Selon les thomistes, au contraire, l'acte surnaturel dépend de la vertu infuse comme acte vital et libre ; c'est donc elle aussi qui fonde la vitalité active et la liberté des facultés de l'âme ; c'est elle qui les soulève par leur fond le plus intime. Ainsi, d'après les thomistes, la vertu infuse est aux puissances naturelles ce que la lumière interne de la vue ou la force visuelle est à l'œil, ou ce que la force de la racine est aux branches, ou plus spécialement, d'après saint Paul, ce qu'est l'olivier franc enté sur l'olivier sauvage. On comprend mieux, de cette façon, comment la grâce vivifie réellement les facultés de l'âme, comment elle est pour ces facultés le stimulant interne d'une vie supérieure.
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre III : La création et l'ordre surnaturel
Publié : ven. 14 janv. 2022 9:01
par chartreux
SWS, Livre III, II, C2, §144 traduit par le chartreux a écrit :
III. Une vérité absolument certaine selon la doctrine de l'Église (cf. Concile de Trente, sess. 6, c.7), c'est qu'il existe surtout des vertus infuses qu'on appelle communément vertus théologales : ce sont la foi, l'espérance et la charité. Leur existence est également certaine en ce sens que chacune de ces vertus peut subsister sans les autres, qu'elle est une vertu spéciale et distincte des autres non-seulement par ses manifestations, mais encore par sa nature et ses qualités intérieures. Mais il n'est pas aussi certain qu'en dehors des vertus théologales, il y ait encore d'autres vertus morales infuses. Plusieurs théologiens croient ou que les actes des vertus morales n'ont pas un caractère intrinsèquement surnaturel, même dans les enfants de Dieu, ou du moins que la faculté de les acquérir est suffisamment comprise dans les dons nécessaires pour exercer les vertus théologales.
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre III : La création et l'ordre surnaturel
Publié : sam. 15 janv. 2022 10:13
par chartreux
SWS, Livre III, II, C2, §144 traduit par le chartreux a écrit :
Quoi qu'il en soit, les vertus morales surnaturelles ne sont pour ainsi dire que des branches ayant leurs racines dans les vertus théologales ; et comme leurs actes consistent plutôt dans une direction de la volonté, dans des sentiments, que dans une union surnaturelle avec Dieu, ils n'exigent pas aussi expressément et aussi directement une élévation physique. D'après cela, les vertus théologales demeurent des vertus infuses ou surnaturelles par excellence, parce qu'elles contiennent l'esprit, l'âme de la vie surnaturelle, et qu'elles se distinguent de toutes les autres par la valeur de leurs produits. Elles le sont d'autant plus que c'est d'elles que tous les actes des vertus morales empruntent directement leur mérite pour la vie éternelle, et qu'elles sont elles-mêmes une anticipation de cette vie. Elles sont aussi, comme les appelle communément le Moyen Âge, des vertus absolument gratuites, dans le sens de gratis datae, parce que leurs actes ont, d'une façon éminente, Dieu pour motif, pour but et pour terme de repos, Dieu tel qu'il est en lui-même, Dieu seul, et non pas la créature ou la « raison créée. »
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre III : La création et l'ordre surnaturel
Publié : lun. 17 janv. 2022 9:06
par chartreux
SWS, Livre III, II, C2, §144 traduit par le chartreux a écrit :
Leur excellence spécifique est surtout exprimée par le terme de « vertu théologale » ou « divine », par ce qu'elles rendent la vie de l'esprit créé semblable à la vie de Dieu dans sa direction vers Dieu même, parce qu'elles nous unissent à Dieu, tel qu'il est en soi, comme à leur objet prochain, matériel et formel. Ainsi, de même qu'elles sont éminemment « déiformes, » elles produisent une habitation durable de Dieu dans l'âme, non-seulement comme agent, mais comme objet de possession et de jouissance.
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre III : La création et l'ordre surnaturel
Publié : mar. 18 janv. 2022 8:22
par chartreux
SWS, Livre III, II, C2, §144 traduit par le chartreux a écrit :
IV. Les vertus théologales sont tellement agencées entre elles qu'elles composent un tout organique dans lequel l'une dépend de l'autre, soit pour exister, soit pour développer pleinement toute son énergie. Cela est vrai surtout de la première, la foi, qui est la vertu fondamentale, et de la dernière, la charité, qui est la plus haute vertu. Comme l'espérance, qui tient le milieu, existe toujours quand les deux autres sont présentes, c'est la foi et la charité qu'on fait généralement ressortir quand on parle de la totalité et de l'unité organique de la vie surnaturelle, comme dans cette parole de l'Apôtre : "la foi qui agit par la charité" (Gal. 5:6).
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre III : La création et l'ordre surnaturel
Publié : mar. 18 janv. 2022 8:23
par chartreux
SWS, Livre III, II, C2, §144 traduit par le chartreux a écrit :
IV. Les vertus théologales sont tellement agencées entre elles qu'elles composent un tout organique dans lequel l'une dépend de l'autre, soit pour exister, soit pour développer pleinement toute son énergie. Cela est vrai surtout de la première, la foi, qui est la vertu fondamentale, et de la dernière, la charité, qui est la plus haute vertu. Comme l'espérance, qui tient le milieu, existe toujours quand les deux autres sont présentes, c'est la foi et la charité qu'on fait généralement ressortir quand on parle de la totalité et de l'unité organique de la vie surnaturelle, comme dans cette parole de l'Apôtre : "la foi qui agit par la charité" (Gal. 5:6).
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre III : La création et l'ordre surnaturel
Publié : mer. 19 janv. 2022 10:15
par chartreux
SWS, Livre III, II, C2, §144 traduit par le chartreux a écrit :
Les théologiens expriment l'union organique de la foi et de la charité en disant que la foi est « consommée » ou « formée », par conséquent vivifiée (ἐνεργονμένη) et rendue efficace par la charité. Le sujet vit donc alors d'une vie surnaturelle. Cela signifie d'abord que la charité est un élément supérieur qui consomme ici-bas l'union parfaite avec Dieu ; la vie surnaturelle consiste surtout dans la charité qui est la racine de tout le reste.
À un autre point de vue, la charité suppose la foi comme son fondement et sa racine. La foi est donc la condition de la charité de la même manière que l'organisme du corps animal est animé par l'âme et qu'une plante tire toute sa force et sa vertu de la racine. L'enfant de Dieu vit de la foi dans la charité ou par la charité. Le mot « par » est entendu soit dans le sens formel, parce que la charité est la plénitude, la perfection substantielle de la vie ; soit dans le sens effectif, parce qu'elle est le stimulant, le support de tous les actes parfaits.
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre III : La création et l'ordre surnaturel
Publié : jeu. 20 janv. 2022 10:31
par chartreux
SWS, Livre III, II, C2, §145 traduit par le chartreux a écrit :
Section 145. L'état de grâce, ennoblissement des enfants de Dieu.
I. Les vertus infuses confèrent à l'esprit créé l'inclination nécessaire pour poser des actes qui, par leur excellence interne, sont proportionnés à la vie éternelle. Cependant, d'après l'esprit du dogme ecclésiastique, il est encore indispensable, pour que ces actes soient « effectivement méritoires », que Dieu leur promette réellement une récompense. Il faut donc que la créature soit placée par Dieu dans un état, dans une condition supérieure, qu'elle reçoive une dignité surnaturelle, une noblesse divine, en vertu de laquelle la vie éternelle lui revienne comme une destination conforme à son état, comme un héritage.