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Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption
Publié : lun. 09 oct. 2023 8:01
par chartreux
SWS, Livre V, II, C3, A, §186, traduit par le chartreux a écrit :
Il est donc au moins possible qu'"agneau de Dieu" est synonyme d'"enfant" ou "garçon" de Dieu. Cela est même probable, en raison des considérations suivantes. Quand le Baptiste a appelé le Christ "agneau de Dieu", il a utilisé le mot araméen Thaljoh ("jeune"), qui s'utilise à la fois pour les agneaux et les enfants, et ce mot a été conservé dans la version syriaque de l'Évangile. Les mots du Baptiste sonnent alors comme un écho de ceux de Dieu le Père : "Ceci est mon Fils bien-aimé", et ils ont en tout cas la même signification. Même quand S. Jean explique que le Christ est la victime parfaite du grand sacrifice rédempteur, il garde à l'esprit la relation particulière entre le Christ et Dieu, relation qui rend ce sacrifice acceptable pour Dieu. Le Christ est l'agneau de Dieu comme nous sommes les agneaux du Christ (Jean 10:14-15). En Isaïe 16:1, l'Agneau est appelé "dominateur de la terre", et le Gloria comporte le passage suivant : "Agneau de Dieu, qui ôtez les péchés du monde " ; il apparaît donc clairement que le terme d'agneau n'exprime pas seulement le sens de victime, mais aussi les sens de Seigneur et Dieu.
S. Clément d'Alexandrie est le seul parmi les Pères qui fait remarquer ce lien entre les noms παῖς et ἀμνός du Christ (Paedagog., lib. i, c. 5). Toletus (in Joan. I) est le premier à avoir repris l'idée de S. Clément, et il y a aussi quelques autres après lui. Cf. Cornelius a Lapide, in Apoc. 5:7.
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption
Publié : mar. 10 oct. 2023 8:00
par chartreux
SWS, Livre V, II, C3, A, §187, traduit par le chartreux a écrit :
Section 187. Le Christ en tant que créature ; sa subordination à Dieu.
I. Les paroles du Christ, "Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu" (Jean 20:17), indiquent une relation entre lui et Dieu qui est analogue à la subordination des créatures à leur Créateur. L'homme Jésus-Christ est une œuvre extérieure de Dieu, qui l'a "créé" (Is. 45:8), et "établi(ποιήσαντι)" (Héb. 3:2). Mais il n'est créature que du côté de sa nature humaine. Et même sous cet aspect, il est au-dessus de tous les autres êtres créés, par ce qu'il subsiste dans sa nature créée une personne incréée, éternellement engendrée par le Père et égale à lui.
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption
Publié : mer. 11 oct. 2023 8:00
par chartreux
SWS, Livre V, II, C3, A, §187, traduit par le chartreux a écrit :
II. Comme la nature humaine du Christ est créée, l'homme Jésus-Christ est inférieur et sujet de Dieu comme les autres créatures. S. Thomas (en IIIa, q. 20, art. 1) distingue dans sa nature humaine trois formes d'infériorité à Dieu, qui sont la contrepartie de la triple égalité concernant sa nature divine : (1) L'homme Jésus-Christ est inférieur à Dieu en perfection substantielle et accidentelle ; (2) Il est sous la loi de Dieu ; et (3) tenu d'adorer et de servir Dieu. Même quand elle coopère avec la puissance divine, sa nature humaine n'est qu'un instrument.
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption
Publié : jeu. 12 oct. 2023 8:03
par chartreux
SWS, Livre V, II, C3, A, §187, traduit par le chartreux a écrit :
Cette triple infériorité diffère cependant de l'infériorité des simples créatures. La perfection infinie, qui n'est pas accordée à l'humanité du Christ, est possédée par sa personnalité divine ; sa soumission n'est pas une soumission à un pouvoir étranger, mais un pouvoir qui est sien en tant que Dieu ; son service et son ministère sont faits au nom non pas d'un étranger, mais d'une divinité dont il est une personne et dont la dignité suréminente est sienne. S. Paul décrit cette relation par une analogie magnifique avec la subordination des membres d'une famille à leur chef (en 1 Cor. 11:3) : "le Christ est le chef de tout homme, (...) Dieu est le chef du Christ".
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption
Publié : ven. 13 oct. 2023 8:10
par chartreux
SWS, Livre V, II, C3, A, §187, traduit par le chartreux a écrit :
III. Quand on possède les notions correctes sur la nature et l'origine du Christ, se demander dans quelle mesure les expressions "serviteur" et "esclave" sont applicables n'est plus qu'une question de mots. Le terme d'"esclave" (servus, δοῦλος), appliqué sans réserve, impliquerait une exclusion de la position, de la dignité et des possessions du Maître, et serait donc hérétique si appliquée ainsi au Christ, qui est à la fois "esclave" du Seigneur et Seigneur lui-même. Certes, l'Ancien Testament dans la version de la Vulgate appelle souvent le Messie servus Dei. Mais le terme hébreu ne contient pas l'idée de servitude attachée au latin servus ; il désigne simplement un ministre, un membre de la maisonnée de Dieu (οἰκέτης) : un adorateur en vérité de Dieu et un exécutant de la volonté divine. Ce qui s'appliquerait donc aussi aux saints.
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption
Publié : sam. 14 oct. 2023 8:51
par chartreux
SWS, Livre V, II, C3, A, §188, traduit par le chartreux a écrit :
Section 188. Le Christ comme Seigneur de tout l'univers créé.
I. Par son humanité, le Christ est subordonné au Créateur ; mais d'un autre côté, en vertu de sa personnalité divine, il a en commun avec le Créateur sa Seigneurie sur toutes choses. Il est, avec et comme Dieu, notre Seigneur et "Seigneur de tous" (Actes 10:36 ; Héb. 1 et 2 ; Ps. 8 et 109). S. Paul pose et développe ce dogme de foi en Héb. 1 et 2. L'Apôtre explique que le Christ a été "établi héritier de toutes choses" par ce que c'est par lui que Dieu a "fait les mondes" ; qu'il est "la splendeur de sa gloire, et l'empreinte de sa substance, et soutenant toutes choses par la parole de sa puissance" (Héb 1:2-3 ; cf. Héb 3:1-6. Voir aussi nos
§183 sur le rejaillissement de la gloire divine sur le Christ, et
§176 sur la
Gratia unionis.
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption
Publié : lun. 16 oct. 2023 7:58
par chartreux
SWS, Livre V, II, C3, A, §188, traduit par le chartreux a écrit :
II. Le dominium (Seigneurie, règne, propriété) du Christ sur tous découle de son identité de personne avec le créateur, et est donc infiniment au-dessus de toute autre dominium que Dieu puisse donner à une simple créature. Ce règne embrasse toutes choses sans exception, et s'étend à leur être le plus intime. Contrairement aux autres souverainetés, il inclut le droit de mettre toutes les personnes et choses qui lui sont soumis au service de la gloire du Christ, si bien que le but final des choses créées est d'être des ministres de la gloire du Christ aussi bien que de celle de Dieu.
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption
Publié : mar. 17 oct. 2023 8:04
par chartreux
SWS, Livre V, II, C3, A, §188, traduit par le chartreux a écrit :
III. Le titre "Roi des rois et le Seigneur des seigneurs" (1 Tim. 6:15 ; Apoc. 17:14 ; 19:16) est également attribué et au Christ et à Dieu. Ce qui implique que la souveraineté sur ce monde appartient au Christ purement et simplement, et que Son règne est à la plus parfaite image et ressemblance de celui de Dieu. La seule différence est que la souveraineté de Dieu est essentiellement la source de toutes les autres souverainetés, tandis que celle du Christ n'est ni en droit ni en fait la source des autres souverainetés : en d'autres mots, un règne exercé au nom de Dieu n'est pas nécessairement, par essence, ou nature, un règne exercé au nom du Christ.
La ressemblance est absolument parfaite sous tous les autres rapports : la souveraineté du Christ contient éminemment et virtuellement toutes les autres souverainetés ; elle n'est limitée par aucun autre pouvoir, et au contraire tout pouvoir doit pourvoir à ses fins, se soumettre à sa volonté, et traiter les personnes et choses qui sont du Christ comme étant sa propriété tout autant que la propriété de Dieu. "Tout pouvoir m'a été donné dans le Ciel et sur la terre" (Matth. 28:18 ; cf. Phil. 2:9-10).
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption
Publié : mer. 18 oct. 2023 8:00
par chartreux
SWS, Livre V, II, C3, A, §188, traduit par le chartreux a écrit :
IV. Les scolastiques ont beaucoup débattu sur la question de savoir si le Christ possède formellement tout le pouvoir politique possédé par les dirigeants temporels, et s'il est formellement le propriétaire de toute propriété privée. En ce qui concerne le pouvoir politique, "Mon royaume n'est pas de ce monde" (Jean 18:38) montre clairement qu'il n'est pas le détenteur exclusif de ce pouvoir. Le Christ n'a d'ailleurs jamais revendiqué le moindre exercice de souveraineté politique à l'encontre de ses détenteurs apparents.
La souveraineté universelle du Christ étant fondée sur sa relation substantielle et personnelle avec le Créateur, elle inclut le droit de disposer de tous les pouvoirs et choses créées suivant sa volonté : le "Seigneur de tous" peut légitimement non seulement soumettre les choses temporelles aux fins de son royaume spirituel, mais aussi disposer de tout pour toute fin qu'il lui plaira.
Et pourtant cette souveraineté n'est pas formellement "politique", par ce qu'elle ne contient pas de mandat pour accomplir des actes purement politiques. Mais elle contient de manière "suréminente" tout le dominium politique humain ; le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs peut disposer directement et à sa guise de toute souveraineté humaine. Cf. S. Thomas, IIIa, q.59, art. 4, rép. 1.
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption
Publié : jeu. 19 oct. 2023 8:00
par chartreux
SWS, Livre V, II, C3, A, §188, traduit par le chartreux a écrit :
V. Ces principes concernant le pouvoir politique du Christ s'appliquent aussi à sa souveraineté sur la propriété privée et les actions humaines. La propriété naturelle n'est nullement empêchée par la supervision du Christ : celui qui a créé la propriété a aussi créé le titre à cette propriété. Mais cette supervision n'est pas seulement un droit de disposer les choses temporelles vers des fins spirituelles, comme le droit de la société de disposer de la propriété individuelle pour le bien commun ; c'est une possession bien plus réelle et directe, qui lui permet de disposer de toute propriété comme il l'entend.
Cette propriété est cependant tellement éloignée de ce que nous appelons aujourd'hui propriété privée que ce dernier vocable ne s'applique pas à la propriété du Christ. Le Christ a d'ailleurs renoncé à exercer son dominium sur la propriété privée et choisi d'être pauvre. Il ne pouvait pas renoncer au droit lui-même, puisque ce dernier est connaturel à sa personnalité divine. Cf. les commentaires de Suarez, Lugo, et de l'école de Salamanque sur S. Thomas, IIIa, q. 22.