Saint Jérôme a écrit :
« S. Eusebii Hieronymi, Stridonensis Presbyteri, Commentiorum in Sophoniam Prophetam, Liber unus. Prologus. Antequam Sophoniam aggrediar, qui nonus est in ordine duodecim prophetarum, respondens videtur his qui me irridendum aestimant, quod omissis viris, ad vos scibam potissimum, o Paula et Eustochium. Qui si scirent Oldam, viris tacentibus, prophetasse, et Debboram judicem pariter propheten, hostes Israël, Barac timente, superasse (judic. 4) ; et Judith et Esther, in typo Ecclesiae, et occidisse adversarios, et periturum Israël de periculo liberasse : nunquam post tergum meum manum curvarent in ciconiam. Taceo de Anna et Elisabeth, et ceteris sanctis mulieribus, quarum velut siderum igniculos, clarum Mariae lumen abscondit.» (Saint Jérôme, Prologue in Sophoniam)
« Prologue. Avant de commencer à traiter de Sophonie, qui est le neuvième parmi les douze (petits) prophètes, il convient de répondre à ceux qui m’estiment digne de dérision, parce que, omettant de m’adresser à des hommes, c’est plutôt à vous, o Paula et Eustochie, que j’écris.
Qu’ils sachent donc qu’Olda, tandis que les hommes se taisaient, a prophétisé, et Debbora, que j’estime aussi à l’égal d’un prophète, a surmonté les ennemis d’Israël, alors que tous craignaient Barac (Juges, ch. 4) ; et Judith et Esther, en figures de l’Eglise, ont à la fois terrassé les adversaires et délivré du péril Israël sur le point de périr : jamais derrière mon dos ils courbent la main en imitant par moquerie le cou de la cigogne.
Je passe sur Anne et Elisabeth, et les autres saintes femmes, dont les traînées lumineuses dans le ciel pâlissent devant la brillante lumière de Marie.» (Saint Jérôme, Prologue in Sophonie)
Saint Jérôme a écrit :
« Ad gentiles feminas veniam, ut et apud saeculi philosophos videant animorum differentias quaeri solere, non corporum. Plato inducit Aspasiam disputantem ; Sappho cum Pindaro scribitur, et Alcaeo ; Themista inter sapientissimos Graeciae philophatur ; Corneliam Gracchorum, id est, vestram, tota Romae urbis turba miratur ; Carneades eloquentissimus philosophorum, accutissimus rhetorum, qui apud consulares viros et in Academia plausus excitare consueverat, non erubuit in privata domo, audiente matrona, de philosophia disputare. Quid referam Catonis filiam, Bruti conjugem, cujus virtus facit ne patris matrisque constantiam tantopere miremur ? Plena est historia tam Graeca quam Latina virtutibus feminarum, et quae integros libros flagitant. Mihi tantum, quia alius operis incumbit, in fine prologi dixisse sufficiat, Dominum resurgentem primum apparuisse mulieribus (Mt. 28 , et Lc), et apostolorum illas fuisse apostolas, ut erubescerent viri non quarere, quem jam fragilior sexus invenerat.» (Saint Jérôme, Prologus in Sophoniam)
« J’en viendrai aux femmes païennes, afin qu’ils voient que même parmi les philosophes du monde on a coutume de rechercher les différences dans les âmes et non dans les corps. Platon montre Aspasia dissertant ; Sappho échangeait des courriers avec Pindare et Alça ; Themista philosophait parmi les plus savants de la Grèce ; Cornelia, de la famille des Graccques, à savoir, la vôtre, étonnait toute la population de Rome ; Carneade, un des plus eloquents parmi les philosophes, rhéteur très pénétrant, qui avait coutume de soulever l’enthousiasme d’hommes ayant la dignité de consuls et les applaudissements dans l’Académie, n’a nullement rougi de traiter de philosophie dans l’intimité d’une maison, en étant écouté par la matrone. Que dirais-je de la fille de Caton, l’épouse de Brutus, dont la vertu a fait que l’on n’ait point admiré une telle constance en son père et sa mère ? L’histoire tant Grecque que Latine est pleine des vertus de femmes, qui remplissent des livres entiers.
Qu’il me suffise de m’en tenir, car une autre tâche va m’incomber, à signaler en la fin de ce prologue, que le Seigneur ressuscité est apparu en premier à des femmes (Mt. 28,9s, Jn. 20,11s et Mc. 16,9s), et que celles-ci ont été les apôtres des apôtres, afin que les hommes rougissent de ne pas avoir recherché Celui que le sexe le plus fragile avait déjà trouvé.» (Saint Jérôme, Prologue sur Sophonie)
Saint Jérôme avait donc principalement fait ce labeur sur les instantes demandes répétées de Paula et Eustochie, sans lesquelles il ne l’aurait sans doute pas entrepris ou mené à terme.
Il répond aux moqueries que suscitait le fait qu’il leur dédicace en juste retour ces labeurs en leur prologue. Merci à elles de nous avoir valu de si précieux commentaires !
En outre, en pensant plus spécialement à elles en les composant, cela l’inclinait à le faire moins généralement et abstraitement, et à s’appliquer à le mettre plus clairement à leur portée, facilitant ainsi la compréhension commune de ses futurs lecteurs durant des siècles.
Toutefois, il a commencé ses dédicaces par Pammachius, son ancien condisciple et ami, et par sa soeur ou plutôt sa tante ? ou cousine Marcella ?, avec ses commentaires sur Daniel, expressément dédiés
Ad Pammachium et Marcellam, auxquels le Saint Docteur s’adressent en son Prologue en écrivant :
juntos fide et sanguine, unis par la foi et le sang.
Puis, plus tard, à nouveau Osée, Joël, expressément dédiés
Ad Pammachium.
Saint Pammachius étant l’époux de Pauline la 2e fille de Sainte Paula, sa belle-mère, dont Sainte Blésille était la fille aînée, Eustochie étant la 3e, une 4e se nommant Rufine, et un 5e enfant, unique garçon : Toxoce, du prénom de l’époux de Paule.
Ce sont néanmoins cette dernière et principalement la jeune Eustochie, qui ont le plus fortement contribué à pousser et même forcer le Saint Docteur à leur éclaircir et exposer le sens obscur de tous ces textes prophétiques, et qui l’ont soutenu de leurs prières pour que l’Esprit-Saint l’inspire.
Dieu soit loué et béni de les avoir susciter pour le faire !