Re: Comme au temps de Noé
Publié : sam. 16 déc. 2017 18:44
Revue Sub Tuum Praesidium, n ̊ 39 (Mai 1994)
2. LE GRAND MOYEN DE LA PRIÈRE
LE SACRIFICE D'ACTION DE GRÂCES DE NOÉ
Saint Ambroise a écrit :
159. "Le Seigneur "Dieu dit à Noé : Sors de l'Arche, toi, ton épouse, tes fils et les épouses de tes fils avec toi." (Gen. 8,15s.).
Pourtant, une fois l'eau retirée et la terre asséchée, Noé aurait pu sortir" (de lui-même) "de l'Arche.
Toutefois le juste ne s'arroge rien mais s'en remet entièrement à l'autorité divine (imperio divino).
160. D'autant plus qu'étant entré en raison d'un oracle céleste, il devait pour sortir attendre une décision céleste.
Car la retenue se rattache à la justice, tandis que l'impudence à l'iniquité qui usurpe ce qui est indu et ne révère point l'autorité (ou le Créateur : authorem)."
(Saint Ambroise, Liber de Noé et Arca)
Saint Jean Chrysostome a écrit :
161. "Après que le juste fut sorti de l'arche, selon l'ordre de Dieu, avec ses fils, sa femme et les femmes de ses fils, ainsi que tous les animaux et les volatiles, et qu' il eut reçu de Dieu après sa sortie cette bénédiction qui le consolait si bien : "croissez et multipliez-vous", l'Ecriture, pour montrer sa reconnaissance, nous dit : "Noé dressa un autel au Seigneur et il prit de tous les quadrupèdes purs et de tous les volatiles purs, et il offrit un holocauste sur l'autel".
162. Observez avec soin, d'après les paroles présentes, comment le Créateur de toutes choses a mis dans notre nature une idée précise de la vertu.
D'où serait venue à ce juste, dites-moi, une pareille idée ? Il n'y avait là personne qu'il pût prendre pour exemple.
Mais de même que dans l'origine, Abel, le fils du premier homme, a offert avec dévotion un sacrifice sans être averti par d'autres que par lui-même ; de même aujourd'hui ce juste, par la rectitude de sa volonté et de son jugement, offrit au Seigneur, suivant ses forces et comme il croyait devoir le faire, un sacrifice d'action de grâce."
(Saint Jean Chrysostome, hom. 27 in Gen.)
Saint Ambroise a écrit :
163. " "Noé édifia un autel pour Dieu".
Quelle est la raison du fait que plus haut le Seigneur ait indiqué ce qui devait être opéré, et Noé accomplit tout, tandis que là il réalisa cela sans que ce lui soit indiqué, quoique requis ?
C'est que, assurément, il ne convenait pas que le Seigneur demande un retour pour la grâce accordée comme s'il en avait été avide, et le juste a compris que la véritable action de grâces ne se demandait pas mais s'offrait spontanément : c'est pourquoi il ne souffrit pas d'y apporter le moindre retard.
En effet, la vertu d'une âme reconnaissante exclut" (en la matière) "l'hésitation du doute.
Quant à celui qui attend que l'on exige de lui un retour pour la faveur octroyée, c'est un ingrat.
164. Qu'il soit dit en outre qu'il "édifia pour Dieu", et non pour le Seigneur, insinue, selon l'interprétation de ces noms, que cette action de grâces apparaissait non comme forcée par révérence envers un seigneur mais issue de la vertu complaisante et reconnaissante du juste envers Dieu."
(Saint Ambroise, L. de Noé et Arca)
Saint Jean Chrysostome a écrit :
165. "Voyez avec quelle sagesse il avait tout disposé ! Il n'avait pas d'édifice splendide, de temple, ni même de maison habitable ni rien de semblable : il savait, en effet, il savait que Dieu ne demande que les cœurs.
166. Il éleva un autel à la hâte, prit quelques animaux purs et quelques oiseaux purs et offrit son holocauste, montrant ainsi sa reconnaissance autant qu'il le pouvait: aussi le Dieu de Bonté couronna sa bonne volonté et lui montra de nouveau sa bienveillance ; car l’Écriture dit : "Et le Seigneur en sentit l'odeur agréable".
Voyez comme l'intention du sacrificateur change en parfum la fumée, l'odeur de graisse et toute la puanteur qui s'en exhalait.
167. Aussi Saint Paul disait : "Nous sommes la bonne odeur du Christ pour tous ceux qui sont sauvés et pour ceux qui Périssent : pour les uns c'est une odeur de mort qui fait mourir, pour les autres une odeur de vie qui fait vivre" (II Cor.2,15) ; c'est là cette "odeur agréable".
168. Ne vous choquez pas d'un mot vulgaire : ces expressions, mises à la portée de notre faiblesse, signifient seulement que Dieu accepta l'offrande du juste.
On peut voir par cela même que Dieu n'a besoin de rien et qu'il a permis les sacrifices pour exercer les hommes à la reconnaissance.
Aussi, ce qui Lui était offert était brûlé par le feu, afin que les hommes qui l'offraient comprissent que tout cela n'avait d'usage que pour eux...
169. "Le Seigneur en sentit l'odeur agréable". Il n'en dit pas autant des Juifs ingrats : pourquoi cela ?
Ecoutez le Prophète : "Le parfum M'est en abomination" (Is.1,13), pour montrer que ceux qui l'offrent ont une volonté perverse.
170. De même que la vertu du juste a changé en parfum la fumée et l'odeur de viande rôtie, de même leur méchanceté changeait les parfums en infection.
Aussi, efforçons-nous, je vous en conjure, d'apporter des intentions pures, c’est la source de tous les biens.
171. Le Bon Dieu n'a pas l’habitude de regarder nos actions elles-mêmes, il considère la pensée intérieure qui nous fait agir : d'après cela il blâme ou il approuve nos actions.
Ainsi, soit que nous priions, soit que nous jeûnions, soit que nous fassions l’aumône (car ce sont là nos sacrifices spirituels), soit que nous fassions toute autre oeuvre spirituelle, faisons-la toujours dans une bonne intention en sorte de recevoir une palme digne de nos efforts.
En effet, il est impossible que nos travaux ne soient pas récompensés s’ils sont dirigés suivant les règles de la vertu.
172. Il peut même se faire que, par l'extrême Bonté de Dieu, nous soyons récompensés pour la seule intention, quoique notre œuvre n'ait pas été accomplie ...
173. Puisque nous savons tout cela, affermissons partout et toujours notre intention dans le bien, afin que nos actions soient bien reçues.
Car si une bonne intention change en parfum la fumée et la mauvaise odeur, que ne peut-elle pas faire d'un culte spirituel, et quelles grâces du Ciel ne peut-elle pas attirer sur nous.
Voilà pourquoi le Seigneur dit : "Celui qui aura donné seulement un verre d'eau fraîche à quelqu'un parce qu'il est mon disciple, en vérité je vous le dis, il ne perdra pas sa récompense " (Mt.10,42).
Qu'y a-t-il de moins précieux qu'un verre d’eau fraîche ? Mais l'intention qu'on y joint mérite une récompense ...
174. "Le Seigneur en sentit l'odeur agréable". Vous voyez ce qui est arrivé au juste dont l’action, à en juger par l'apparence, avait peu de valeur, mais qui en avait une très grande par la pureté de son intention."
(Saint Jean Chrysostome, hom. 27 in Gen.)