Saint Louis-Marie Grignion de Montfort - Tricentenaire

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Laetitia
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Re: Saint Louis-Marie Grignion de Montfort - Tricentenaire

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Louis Le Crom, Un apôtre marial, Saint Louis-Marie Grignion de Montfort a écrit :Il y avait à peine un an que le jeune séminariste était à Paris, quand il reçut les ordres mineurs, aux Quatre-Temps de septembre 1694. Dans son humilité, il tremblait de répondre à l'appel de l'Eglise ; et il avait fallu l'ordre de son directeur, M. de la Barmondière, pour que, muni d'« un dimissoire... de Mgr de Saint-Malo, son évêque » , il avançât par obéissance sur la route du sacerdoce.

Ce devait être le dernier bienfait reçu de son digne supérieur. Pendant que le jeune clerc suivait à Saint-Lazare, selon la coutume du temps, les exercices spirituels préparatoires à l'ordination, M. de la Barmondière « tomba malade de cette maladie dont il mourut en peu de jours », le 18 septembre 1694.

Ce fut au sortir de la retraite que le jeune homme apprit cette mort, qui pouvait avoir pour lui les plus terribles conséquences. Le défunt était son grand bienfaiteur : il l'avait accueilli paternellement dans sa maison, l'avait soutenu dans les heures difficiles, l'avait gardé malgré la cherté de la vie, l'avait dirigé avec tant de sagesse dans le chemin de la perfection. Le supérieur disparu, sa communauté d'étudiants devait se disperser. Quel allait être l'avenir de Louis-Marie ?

Pour un autre, la question se fut posée angoissante … pour lui … il en parut étonné, mais il n'en fut pas troublé ; il ne perdit rien de sa paix ni de sa tranquillité... il parut comme insensible. Devant une telle sérénité, un de ses condisciples extrêmement surpris osa lui dire en public : « M. Grignion, ou vous êtes un grand saint, ou un grand ingrat. Un grand ingrat , si vous n'êtes point touché de la mort de votre bienfaiteur ; un grand saint, si, en étant touché, vous en supprimez le sentiment par vertu. »

Le confrère avait raison : Louis-Marie était un grand saint.
Voici ce qu'il écrit dans une lettre à son oncle l'abbé Alain … « Je ne sais pas encore comment tout ira... Quoiqu'il m'en arrive, je ne m'en embarrasse pas : j'ai un Père dans les cieux qui est immanquable ; il m'a conduit ici, il m'y a conservé jusqu'ici, il le fera encore avec ses miséricordes ordinaires, quoique je ne mérite que des châtiments pour mes péchés. »
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Laetitia
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Re: Saint Louis-Marie Grignion de Montfort - Tricentenaire

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La communauté de M. de la Barmondière ayant disparu, Louis-Marie fut accueilli avec les plus pauvres dans une communauté semblable, appelée collège de Montaigu, établie par M. Boucher sur la paroisse Saint-Etienne-du-Mont.

Pour la direction de sa conscience, il s'adressa à M. Prévost, que Blain appelle un « bon prêtre » et qui ne craignait pas d'employer parfois la manière forte.

Craignant un attachement exagéré à une statuette de Notre Dame que Louis-Marie se plaisait à garder souvent dans sa main et à vénérer en lui baisant les pieds, il l'a lui retira un jour.
Louis Le Crom, [i]Un apôtre marial, Saint Louis-Marie Grignion de Montfort[/i] a écrit :Celui-ci en fut, certes, bien mortifié, mais se ressaisissant il déclara avec flamme : - On peut m'arracher des mains l'image de ma bonne Mère, mais on ne pourra jamais me l'arracher du cœur !
La Providence permit d'ailleurs qu'une autre statue lui fût offerte et laissée à sa dévotion.

Au collège Montaigu, l'abbé Grignion pouvait contenter son grand attrait pour la mortification. Pauvreté extrême, nourriture détestable, toutes conditions voulues pour réaliser à merveille le conseil des saints : aller à table comme à un supplice, ad mensam tanquam ad patibulum.

Malgré un tel régime d'austérité, le saint jeune homme ne retranchait rien de … son programme de vie...

Fatigues et privations finirent un jour par ébranler sa robuste santé … gravement atteint, le séminariste dû être transporté à l'Hôtel-Dieu.

- L'hôpital, disait-il, c'est la maison de la pauvreté. Cet hôpital porte le nom d'Hôtel-Dieu ; je suis donc « dans la maison de Dieu. Quel bonheur ! … Mes parents n'en seront peut-être pas trop aises, mais la nature est-elle jamais d'accord avec la grâce ? »

Jamais de plainte, aucune trace de souffrance sur son visage, mais une paix, une douceur inaltérable dans toute son attitude, et un aimable sourire pour tous ceux qui l'approchaient. … il paraissait « si voisin de l'éternité » !

Malgré les soins les plus assidus des bonnes religieuses, la maladie suivait son cours … « on ne le comptait plus au nombre des vivants ».

Cependant, l'heure du grand repos n'était pas encore venue pour l'âme ardente du futur missionnaire. Au milieu de la persuasion générale d'un dénouement prochain, lui ne doutait point de sa guérison. Un jour, à son ami intime, il confia « positivement … qu'il ne mourrai pas » ; … révélation ou inspiration divine. Bientôt, en effet, le moribond parut comme ressuscité.

Après une telle guérison miraculeuse … il n'aspirait qu'à reprendre ses forces que pour gravir avec plus de vaillance les cimes de la sainteté....

Louis-Marie avait vingt-deux ans …. la convalescence terminée, le séminariste quitta l'Hôtel-Dieu, en y laissant le souvenir de ses vertus et une vraie réputation de sainteté.
Il retourna vraisemblablement dans l'humble communauté de M. Boucher... mais la Providence avait sur lui d'autres desseins.
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Re: Saint Louis-Marie Grignion de Montfort - Tricentenaire

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La réputation de sainteté de Louis-Marie, à la sortie de l'Hôtel-Dieu, se répandit jusqu'au Séminaire de Saint-Sulpice. Des généreuses dames dont celle qui versait la pension de Louis-Marie, consentirent à transférer leurs dons au Séminaire de Saint-Sulpice, fondé par M. Olier, et dont M. Brenier était le supérieur.
« Les choses temporelles ainsi réglées, le jeune homme pouvait entrer à Saint-Sulpice. Il y fut reçu « comme un ange du ciel ». Écoutons le récit pittoresque de M. Blain : « M. Brenier... regarda comme une grande grâce de Dieu l'entrée de ce jeune ecclésiastique dans sa maison. Pour en rendre à Dieu ses actions de grâces, il fit dire le Te Deum. C'est dont je suis témoin. Il est vrai que ce prudent supérieur ne s'en expliqua pas ouvertement, mais soit qu'il s'en fût ouvert à quelqu'un, soit qu'il l'eût donné à entendre par quelque autre signe, nous étions persuadés, et on le disait ouvertement parmi nous, que le Te Deum était dit pour remercier Dieu de l'entrée de M. Grignion. »

Le fervent séminariste allait trouver à Saint-Sulpice des maîtres remarquables : MM. Brenier et Baüyn.

M. Brenier... était d'une profonde humilité...
« Sa mortification, son obéissance, aussi sa grande humilité, en faisaient un homme si mort à lui-même qu'on l'eût pris pour un des anciens habitants de la Thébaïde. »

C'est lui qui reçut M. Grignion, mais … il ne resta alors que très peu de temps à Paris...

Après le départ de M. Brenier, M. Baüyn devint supérieur du Petit Séminaire, et en même temps confesseur de Louis-Marie.... Converti du calvinisme, M. Baüyn, devenu prêtre, avait toujours conservé, dit Mgr Crosnier, une ferveur de néophyte. M. Blain l'appelle un saint Philippe de Néri par son recueillement, un saint François de Sales par sa charité, un martyr pas ses pénitences, un ange par sa pureté, un séraphin par son amour de Dieu. Sous sa direction, Louis-Marie devait prendre « son vol vers le ciel ».
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Au milieu de la jeunesse fervente de Saint-Sulpice, le nouveau séminariste apparaît « comme un aigle qui s'élève et va se perdre dans les nuées ». Ce serait nous répéter que d'insister sur le recueillement dont il s'enveloppe jusque dans les récréations. Tout entretien d'où les noms de Jésus et Marie sont bannis lui est insipide et à dégoût. On l'accuse même de trop glorifier la Sainte Vierge , d'en faire une divinité, de l'aimer plus que son Fils ; et l'on va jusqu'à porter plainte auprès de son saint directeur, M. Baüyn.
Mais ce juge était le premier coupable : lui-même en effet ne savait parler que de Dieu. Toutefois, par condescendance pour les faibles, il recommande à M. de Montfort de ne plus faire de la récréation un temps d'oraison.

En parfait obéissant, le saint s'efforce donc d'être enjoué, ce qui ne lui ai pas difficile. Il va plus loin : il compose un recueil de bons mots et d'histoires amusantes, et se met à les débiter à ses condisciples, hélas ! Sans grand succès. Le plus piquant, note son ami , c'était de le voir « dire, d'un air dévot, les choses les plus comiques ». Malgré sa bonne volonté, il ne se retrouve dans son élément que dans une conversation surnaturelle. Aussi ce trait de sublime obéissance a-t-il été retenu et souligné dans le procès canonique de l'héroïcité de ses vertus.

Si l'on défend à ses lèvres de trop parler de la Sainte Vierge, on ne peut défendre à son cœur de l'aimer. La dévotion mariale était, depuis toujours, la notre dominante de son âme ; mais, à Saint-Sulpice, elle se précise dans une formule compréhensive : se donner, se livrer totalement à Jésus par Marie. C'est alors qu'il savoure le livre de M. Boudon : Le Saint Esclavage de l'admirable Mère de Dieu. Montfort s'en pénètre tellement qu'il en fera passer la substance dans son Traité de la Vraie Dévotion à la Sainte Vierge. N'est-ce pas là, en effet, la suprême expression de l'amour envers Marie ?

« Tous les biens que possède celui qui est véritablement esclave de la glorieuse Vierge ne sont plus à lui, tous ses biens de fortune, de corps et d'esprit, mais à sa bonne Maîtresse, en sorte qu'il n'en peut disposer contre sa sainte volonté. » (1)

(1) Le Sainte Esclavage de l'admirable Mère de Dieu (cité par P. Pourrat, La spiritualité chrétienne, t.IV, p.153).
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Re: Saint Louis-Marie Grignion de Montfort - Tricentenaire

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Louis Le Crom, [i]Un apôtre marial, Saint Louis-Marie Grignion de Montfort[/i] a écrit : A son amour filial, Marie répondait par des interventions maternelles, en montrant même que, pour un cœur de mère, rien n'est simple détail.

Un jour, Louis-Marie appelle M. Le Vallier, le pieux laïc qui avait passé lui aussi de la communauté de M. de la Barmondière à Saint-Sulpice.

- Voici trente sols, lui dit-il, veuillez m'acheter à la friperie une culotte en peau de chamois.

- Mais, répond M. Le Vallier, trente sols, ce n'est rien ; il en faudrait trois fois plus.

- Vous n'avez pas de foi, réplique Montfort. La Sainte Vierge, ma bonne Mère, ajoutera le surplus. Allez ; et si on vous refuse cet habit, donnez l'argent au premier pauvre que vous rencontrerez.

Il arriva ce que le commissionnaire avait prévu : les trente sols ne se multiplièrent pas entre ses mains. Le marchand se moqua d'un pareil acheteur, et ne voulut jamais céder à un tel prix ce qui valait deux pistoles. Mais, fidèle à la consigne reçue, M. Le Vallier, sur le chemin du retour, donna les trente sols à un pauvre, en se disant : la Sainte Vierge, en qui M. de Grignion a tant de confiance, fournira le nécessaire. Et en rentrant au séminaire, il raconta le tout à Louis-Marie.

- Bon, lui répondit celui-ci, pendant que vous étiez occupé à me faire cette charité, une personne m'a apporté deux pistoles. Les voici : je vous prie de retourner chez le marchand.(2)

(2) Un sol valait à peu près 10 centimes, et une pistole 10 francs.
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Re: Saint Louis-Marie Grignion de Montfort - Tricentenaire

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Sa dévotion à Marie, le séminariste déjà missionnaire s'efforçait de la communiquer à ses condisciples : propager le saint esclavage devait être le trait distinctif de son apostolat. M. Grignion voulut donc établir au séminaire l'association des esclaves de Marie ; M. Baüyn l'encourageait volontiers. Mais, comme la formule avait rencontré des critiques en certains milieux, le supérieur consulta M. Tronson, « la Gloire et l'oracle du clergé de son temps ».

Dans sa solitude d'Issy, où il était retiré depuis peu, le vénéré successeur de M. Olier examina la question avec calme : il conseilla de changer le titre de la société, qui devait être non pas l'esclavage de Marie, mais l'esclavage de Jésus en Marie. Plus tard, en face de certaines attaques, le P. de Montfort rappellera cette précision.(1)

A Saint-Sulpice, avec l'approbation officielle de M. Tronson, il pouvait exercer son apostolat et enrôler le plus grand nombre de séminaristes dans la pieuse association.

« D'un esprit inventif et d'une imagination féconde », M. Grignion proposait sans cesse quelques nouvelles pratiques de dévotion.... c'est Marie mieux aimée, Dieu plus glorifié, c'est peu à peu l'emprise du surnaturel sur tous les détails de la journée.

Aussi bien le zèle de M. de Montfort ne se imitait pas aux murs du séminaire.
Dans les rues de Paris, malgré la modestie des regards qu'il s'était imposée, il lui était impossible de ne pas se heurter à certains scandales, qui révoltaient sa nature chevaleresque ou blessaient sa foi ardente.
Un jour, il empêcha deux jeunes gens de se battre en duel et les exhorta tant et si bien que l'un des deux, touché par la grâce, rentra à Saint-Sulpice et devint Chanoine de la cathédrale de Noyon.
D'autres fois, il achetait à des marchands ambulants, leurs chansons licencieuses pour les déchirer sous leurs yeux, et rappelaient à ceux qui les suivaient le sérieux de la vie face à l'éternité et la gravité du péché.
Déjà il s'initiait, et avec quelle audace pour un simple séminariste, à sa vie de missionnaire.
(1) Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge.
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M. Baüyn qui « avait une grâce singulière pour les voies et les personnes extraordinaires » et qui avait conduite notre Saint avec un soin et une attention particulière, mourut le 19 mars 1696.
Ici commence, dans la formation sacerdotale de Montfort, une période délicate...
Louis-Marie avait confié la conduite de son âme au nouveau supérieur du Grand Séminaire, M. Leschassier … un homme d'expérience, un éducateur de profession, très versé dans les voies surnaturelles... c'était son devoir de Père spirituel d'éprouver ce nouveau pénitent.
N'y avait-il pas, dans ce jeune homme très austère, dont s'occupait fort l'opinion des élèves, un esprit d'indépendance ou un fond d'amour-propre qui pourrait tout gâcher ?
… Il résolut de faire la pleine lumière, et de ramener cette ardeur juvénile dans les bornes de la commune mesure.
La campagne commença sans retard : elle fut longue.

D'après le règlement de Saint-Sulpice chaque séminariste devait rendre compte de son intérieur, au moins tous les mois, à son directeur. Louis-Marie … ouvrait son âme jusque dans les moindres replis en toute simplicité ; il multipliait ses visites, pour marcher avec assurance vers la sainteté.

Or souvent M. Leschassier ne l'écoutait même pas : il le renvoyait de mois en mois... semblait n'attacher aucune importance à ses communications les plus intimes, traitant d'imagination ses désirs de perfection ; ne permettait certains actes de pénitence ou d'apostolat qu'après les avoir blâmés ou méprisés. Indifférent à tout ce qui enthousiasmé son dirigé, il était « tout de glace », quand celui-ci était « tout de feu ». Jamais une parole de consolation ni d'encouragement ne tombait de ses lèvres.

On sait le grand attrait de M. Grignion pour la mortification. Son directeur tenait en bride ses désirs … Il faut ajouter d'ailleurs qu'il était toujours obéi à la lettre.

M. Leschassier ne se contenta pas de cette première expérience. Il voulut remettre son pénitent entre des mains merveilleusement expertes à mener la guerre contre le vieil homme. … il délégua M. Brenier, directeur du Petit Séminaire... l'homme le mieux qualifié pour s'acquitter d'un tel emploi. Aussi notre saint fut-il humilié, au dire de son ami, « pleinement, longuement et publiquement ».
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On éprouve à la fois de la compassion et de l'admiration à lire la page où Jean-Baptiste Blain a retracé cette litanie d'épreuves :

M. Grignion « recevait de lui (M. Brenier) à toutes occasions de vertes réprimandes ; il ne trouvait sur son visage qu'une air sévère et dédaigneux ; il n'entendait sortir de sa bouche que des paroles sévères et dures, il ne recevait de ses yeux que des regards amers et menaçants. …

M. brenier étudiait à fond son séminariste, ses inclinations, son humeur, son caractère et son tempérament ; il épiait en lui, à toutes occasions, les retours de la nature pour la mortifier, et sur les moindres indices d'amour-propre, il le poursuivait pour le crucifier. Les assauts les plus rudes qu'il lui livrait étaient publics … et lui disait tout ce qu'il imaginait de plus piquant et de plus propre à le mortifier et l'humilier.

Tout autre que M. de Montfort n'aurait pu soutenir, même une fois, les coups de cette main meurtrière de la nature, de cet ennemi exterminateur de l'amour-propre. Cependant il les essuya non un jour, mais six mois entiers de suite, sans marquer le moindre trouble, et il lassa par sa patience et son humilité celui qui s'étudiait à le mortifier...

Après son humiliation il s'approchait, d'un air gai, auprès de son saint persécuteur, comme pour le remercier, et lui parlait avec autant d'ouverture que s'il en eût été caressé. »

Dans cette longue bataille livrée à l'amour-propre, ce fut … la vertu du jeune homme qui resta inlassable. Le supérieur, devant une patience, une obéissance aussi héroïque, dut rendre les armes, et renvoya l'abbé Grignion à M. Leschassier ; celui-ci alors sembla s'adoucir à l'égard de son pénitent.

Au reste, le futur apôtre va continuer sa formation à l'école du sacrifice.
Les manières du jeune clerc ne plaisaient pas à tous ; et ses condisciples, en le voyant traité sans ménagement par les directeurs du séminaire, se crurent le droit de l'humilier à leur tour et de le persécuter. On critiquait sa conduite ; et certains étourdis, qui auraient dû songer à leur propre correction, lui redressaient la tête, qu'il tenait trop penchée à leur sens ; l'un d'eux lui porta même un soufflet en conférence publique.

Fort heureusement Louis-Marie était un saint ; son sang devait frémir, mais sa volonté réagissait, et il souffrait tout avec une douceur et une patience inégalables, « sans rien relâcher de son désir de perfection ».

A toutes ses pénitences intimes, le vertueux séminariste ajoutait les mortifications extérieures qui, si elles étaient modérées, restaient encore extraordinaires...

« Contredit par ses vénérés supérieurs, raillé par ses condisciples, accablant son corps d'austérités, Montfort devait déployer une énergie surhumaine, appuyée sur une abondance de grâces, pour surmonter pareil choc en pleine jeunesse. Les années de Saint-Sulpice furent parmi les plus âpres de sa vie, mais combien formatrices pour une âme aussi ardente à porter la croix à la suite de Jésus ! »
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Louis Le Crom, [i]Un apôtre marial, Saint Louis-Marie Grignion de Montfort[/i] a écrit : En vue d'une salutaire diversion à son grand recueillement, les maîtres de Louis-Marie voulurent lui confier, au séminaire, des emplois d'ordre extérieur. On le chargea du soin de la bibliothèque. Il mit, à s'acquitter de cette fonction toute son application et son esprit d'ordre, et aussi toute son ardeur studieuse. Ayant désormais sous la main une collection de précieux ouvrages, il se rassasia de lectures, les dirigeant toujours, est-il besoin de le dire, dans le sens de ses études théologiques et de ses études de spiritualité.

Les Pères de l’Église lui devinrent familiers, tout spécialement St Bernard, vers lequel l'attirait une sympathie d'âme et de piété mariale. Aux saints Pères, il ajouta les écrivains ecclésiastiques et les auteurs spirituels …
Il affirma... hautement qu'il a « lu presque tous les livres qui traitent de la dévotion à la Très Sainte Vierge » (1).

Par esprit de mortification, l'abbé Grignion avait renoncé à la peinture et à la sculpture depuis la mort de M. de la Barmondière. Cependant, selon les directives très sages reçues de celui-ci, il n'avait pas délaissé totalement les travaux de poésie ; à Saint-Sulpice il voulut, dans un but d'apostolat, cultiver ce don providentiel, et se mit à composer des cantiques. A cette nouvelle, grand émoi au séminaire « parmi ceux... qui se piquaient d'esprit » et qui d'avance jugeaient ridicules les vers d'un auteur tout confit en oraison. « Mais ils apprirent par leurs yeux que si ce grand dévot ne savait parler que de Dieu et de Marie, il en savait parler noblement, avec beaucoup de grâce et d'onction, et que l'esprit et la vertu se raffinent et s'épurent quand on les tient cachés ».

La supériorité intellectuelle de notre saint leur ménageait d'autres surprises.

Il eut un jour à soutenir en public une thèse sur la grâce, sujet particulièrement délicat. Fiers de leur science sorbonique, ses confrères se proposèrent d'embarrasser ce contemplatif, en lui citant les passages les plus difficiles des Pères ; les textes furent choisis avec soin, les arguments préparés, le plan dressé pour le confondre et lui prouver ainsi la nécessité d'abréger ses oraisons. Le résultat ne fut point du tout ce qu'ils avaient prévu : « Ils furent fort surpris, dit Grandet, lorsqu'ils l'entendirent répondre en maître, et apporter de longs passages de saint Augustin et des autres Pères de l’Église pour expliquer ceux qu'on lui objectait. »

Cette brillante joute théologique révèle un étudiant à la page : le nom de saint Augustin, Docteur de la grâce, était en effet à l'ordre du jour, en ces temps de jansénisme ; on discutait avec acharnement sur sa doctrine. Du fond de sa solitude, Montfort suivait les débats, marquait les points et, d'un coup d’œil sûr, discernait la vérité.

(1) Traité de la dévotion à la Sainte Vierge, n°118.
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On avait confié au jeune théologien la charge de faire, dans le cours de l'année, le catéchisme aux enfants les plus dissipés du faubourg Saint-Germain et, pendant le carême, celui des laquais du quartier de de Saint-Sulpice. Il s'était initié à ce ministère si important sous la direction de M. Baüyn... Aujourd'hui, il s'agissait pour notre séminariste d'appliquer la méthode de son maître dans un milieu assez difficile, et parfois devant des « milliers » de personnes. Le catéchisme se faisait dans la crypte de l'église Saint-Sulpice, sous la présidence de M. l'abbé Bazan de Flamenville.

Le succès en fut « prodigieux » : les exhortations ardentes de Louis-Marie bouleversaient les cœurs. Ses confrères, trop disposés à la critique, « voulurent un jour en être les témoins, et aller entendre M. Grignion, plutôt pour rire que pour pleurer. Il parla devant eux de la mort, du jugement et de l'enfer... d'un ton si pathétique et si ferme, qu'ils ne purent s'empêcher eux-mêmes de fondre en larmes, et de s'en retourner tout pénétrés des grandes vérités qu'ils lui avaient entendu prêcher, plus persuadés que jamais que M. Grignion avait un rare talent pour toucher les cœurs. »

Décidément ce mystique n'est pas un homme ordinaire. Poète, théologien, orateur, il emporte les suffrages des gens les plus imprévus.

Il va encore étonner son entourage par sa façon de prendre contact avec la réalité : c'est bien à tort qu'on voudrait croire les hommes d'oraison dépourvus de sens pratique.

Le voici maître des cérémonies, sous la haute direction de M. de la Garde. Pendant les six mois qu'il s'en acquittera si parfaitement qu'il mettra au point ce que personne avant lui n'avait pu accomplir. Les différentes indications relatives aux fonctions de diacre, de sous-diacre et d'acolyte, qui se trouvaient dispersées à travers tout un volume de liturgie, il sut les grouper sous des titres appropriés : ce qui permit aux séminaristes de les apprendre plus rapidement, et de mieux s'y conformer.

Nous voyons là se dessiner l'esprit méthodique du saint, qui, plus tard, tracera des règlements pour les hôpitaux et les confréries, rédigera des méthodes de catéchisme, écrira des règles religieuses avec tant d'ordre et de clarté.
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