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Re: De Gethsémani au Golgotha

Publié : mar. 08 sept. 2015 14:34
par gabrielle

CHAPITRE VII LE PRÉTOIRE DE PILATE (fin)

Pilate se lève, pleinement rassuré, et, tout en murmurant avec un sceptique dédain : « Qu’est-ce que la vérité ? » il retourne à son tribunal extérieur.

Les Juifs attendaient avec une fiévreuse impatience l’issue de l’interrogatoire secret. A la vue de Pilate, ils se pressent au pied de la terrasse, pour entendre sa décision : « Je ne trouve absolument rien de criminel en cet homme, » leur dit-il.

Jésus l’avait suivi et se tenait près de lui, toujours debout, contemplant ces flots de peuple, d’un regard profondément triste.

Alors, pleins de dépit et de colère, les princes des prêtres et les anciens redoublent d’instances, pour obtenir sa condamnation. Ils inventent de plus noires calomnies, produisent de plus perfides témoignages et accumulent tant et de si étranges griefs que Pilate, ne sachant que dire et au comble de l’embarras, se tourne vers Jésus et l’invite à prendre lui-même sa défense.

« N’entends-tu pas, - lui dit-il, combien d’accusations ils vocifèrent contre toi! Est-ce que tu n’as rien à répondre? » Jésus laisse s’exhaler la rage de ses ennemis et ne dit pas un seul mot. Ce silence, ce calme, cette douce résignation, cette majesté sereine au milieu d’une semblable tempête d’invectives et de cris, ajoutent encore à l’anxiété et à l’étonnement du gouverneur. Il se sent de plus en plus porté à sauver Jésus, et il cherche par quel habile expédient il pourra le soustraire à la fureur des Juifs, quand il apprend que l’Accusé est originaire de la Galilée.

« Cet homme, dit un prêtre, soulève le peuple par la doctrine qu’il répand dans tout le pays, depuis la Galilée jusqu’à Jérusalem.»

Ce fut un trait de lumière. Hérode, le tétrarque de Galilée, se trouvait précisément à Jérusalem, pour les fêtes de la Pâque. Rien de plus légitime que de lui envoyer un accusé, relevant de sa juridiction. Pilate atteignait ainsi une double fin : d’abord il se déchargeait d’une affaire qui devenait extrêmement embarrassante ; ensuite, comme il était en froid avec Hérode, il pensait que cet acte de déférence serait un premier pas vers la réconciliation. Du reste, la cause de Jésus lui paraissait si juste, qu’il ne doutait aucunement qu’Hérode le rendît à la liberté.

Mais non ! Vous mourrez, ô mon adorable Sauveur ; et c’est vous-même qui avez prononcé votre sentence, lorsque vous vous êtes proclamé le Roi et le Témoin de la Vérité.

Le monde ne veut pas de votre vérité, car c’est une lumière qui révèle et flétrit ses vices et ses scandales. Tous ceux qui portent cette lumière lui sont odieux, et c’est pourquoi vous avez prophétisé que le disciple ne serait pas mieux traité que le Maître.

O Dieu de vérité ! Victime de la haine des impies et de l’insultante compassion des indifférents, faites que vos disciples ne trahissent jamais leur mission glorieuse et crucifiante !
Qu’ils proclament hautement votre vérité par l’innocence de leur vie, par la douceur de leur charité, par le courage et les saintes hardiesses de leur parole !
Et, si le monde leur ferme la bouche par ses railleries ineptes ou sa méprisante pitié; si le témoignage qu’ils rendent à la vérité déchaîne contre eux les rages de la haine et les fureurs de la persécution, ô Jésus, faites qu’alors ils imitent votre divin silence, et qu’ils goûtent, dans la paix du cœur, la joie de souffrir comme vous, avec vous et pour vous. Amen.

Re: De Gethsémani au Golgotha

Publié : mar. 08 sept. 2015 14:37
par Abbé Zins
De cet

ECCE HOMO (S. Jean 19,5),

on a une saisissante figure prophétique

en la personne du Grand-Prêtre Jésus,

fils de Josédech
(Zacharie, ch. 3) !

Elle précise tout le sens mystique de cette touchante scène de l'

ECCE HOMO !

Re: De Gethsémani au Golgotha

Publié : mar. 08 sept. 2015 14:45
par gabrielle

Chapitre VIII La cour d’Hérode


Voix des Prophètes

Pourquoi les nations se sont-elles soulevées avec fureur, et pourquoi les peuples ont-ils ourdi de vains complots ? Les rois de la terre se sont assemblés et les princes ont fait alliance contre le Seigneur et contre son Christ. (Ps. II, 1,2)

Les insensés eux-mêmes me tournaient en dérision, et lorsque je les eus quittés, leurs langues me déchirèrent ( Job, XIX,18)

Ceux qui voulaient me perdre, tenaient des discours futiles et menteurs, ne cherchant qu’à me faire tomber dans leurs pièges. Pour moi, je semblais être sourd et ne rien entendre, et je gardais le silence comme un muet. J’étais comme un homme qui n’entend point ou qui n’a dans la bouche aucune réplique (Ps. XXXVII, 13,14,15)


La distance à parcourir pour arriver au palais d’Hérode, n’était guère que d’une centaine de pas. Dès que le gouverneur eut rendu sa décision, l’ignoble valetaille se rua sur le divin Prisonnier, et, après l’avoir de nouveau garrotté, elle l’entraîna rapidement à travers les flots toujours grossissants du peuple. Cette foule, composée de Jérosolymitains et d’étrangers venus pour les fêtes pascales, assistait stupéfaite au déshonneur et à l’infamie de l’Homme bon et puissant, qu’elle avait béni jusqu’alors comme l’Envoyé du Ciel. Durant le trajet, les princes des prêtres furieux de la défiance que Pilate leur avait témoignée et de la corvée inattendue qu’il leur imposait, déchargèrent toute leur rage sur l’adorable Victime.

Hérode, averti de son arrivée, s’était empressée de se rendre à la salle des jugements. Il était assis sur son trône, entouré de ses gardes et de tous les grands de sa cour. Il jouissait, dans son orgueil, à la pensée que Pilate, le représentant de l’empereur, déférait à son tribunal une cause de cette importance. Depuis longtemps, d’ailleurs, il avait désiré voir ce Jésus, dont la doctrine et les miracles faisaient tant de bruit parmi les Juifs ; non qu’il voulût se rendre compte du caractère de sa mission : son âme blasée n’avait plus de foi qu’au crime et à la volupté ; mais il était curieux d’entendre cette parole originale qu’on disait si puissante sur les masses, d’assister à quelqu’un de ces prodiges qui déconcertaient la sagacité des plus illustres docteurs. Peut-être même se flattait-il en secret que, plus habile, il ferait tomber le prestige de ces étonnants discours et démasquerait la supercherie de ces prétendus miracles. N’avait-il pas à justifier le titre de renard dont le Sauveur l’avait publiquement flétri ?

Ce prince dissolu roulait ces pensées dans son esprit, quand le Fils de Dieu parut sur le seuil du palais. A l’aspect de ses vêtements sordides, de son visage meurtri et souillé de boue, de sang et de crachats, Hérode éprouva d’abords un mouvement de profond dégoût, mêlé de quelque pitié. Mais bientôt, surmontant sa répugnance, il l’interrogea et le pressa de question sur son origine, son enseignement, les merveilles qu’on racontait de lui, la mission qu’il s’attribuait, les motifs de la haine acharnée dont les Pharisiens le poursuivaient et sur une foule d’autres sujets. Il passait ainsi d’une demande à l’autre, insistant pour obtenir une réponse : tantôt assurant le Sauveur de ses bonnes dispositions et lui promettant la liberté, tantôt cédant à la colère et le menaçant de mort.

Tandis qu’il parlait, Jésus le regardait en silence. Il ne lui fit entendre aucun reproche : il ne lui rappela ni la captivité de Jean-Baptiste, ni la mort du saint Précurseur, accordée au désir d’une courtisane, ni ses adultères et ses incestes, ni les débauches et les sanglantes cruautés de toute sa vie. Jésus se contenta de le regarder avec un mépris divin ; il ne daigna pas une seule fois ouvrir la bouche.


Aucun des juges ou des bourreaux qui concoururent à la Passion, ne se mit plus en frais dans ses interrogatoires ; Hérode est le seul à qui Jésus n’ait rien dit! Il avait parlé à Judas, aux grands- prêtres Anne et Caïphe, au valet qui le souffletait ; il avait parlé au païen Pilate… il laisse tomber toutes les paroles, toutes les accusations, toutes les promesses, toutes les menaces, toutes les insultes, toutes les railleries d’Hérode, il n’en relève aucune. Il le regarde… et il se tait !

La voix immaculée du Dieu de pureté pouvait-elle s’élever dans cette cour immonde, témoin des plus infâmes désordres ? Le scélérat qui avait persécuté la vérité jusqu’à la noyer dans le sang du plus grand des prophètes, méritait-il de l’entendre de la bouche de l’Homme-Dieu !

Le dernier châtiment d’une âme coupable, c’est le silence et le mépris de Dieu ; le tyran sacrilège et dissolu n’avait-il pas cent fois mérité ces rigueurs de l’infinie Justice ?

Cependant les princes du sacerdoce et les scribes entouraient le trône d’Hérode, multipliant les plus invraisemblables calomnies et se répandant en perfides insinuations pour arracher à ce prince la sentence si ardemment convoitée. Hérode, outré de dépit, fut plus d’une fois sur le point de céder aux fureurs sectaires de ces forcenés. Mais il n’osait plus affronter les secrètes tortures et les remords affreux que lui avait causés le meurtre de Jean-Baptiste. Et puis, ce regard étrange, fixe, pénétrant qui plongeait dans les replis cachés de sa conscience, le troublait et le fascinait. Une terreur inquiète envahissait peu à peu tout son être. Plus il considérait cet homme extraordinaire, dont le sort était entre ses mains, plus il sentait qu’il y avait là plus qu’un homme; et, instinctivement, il redoutait d’engager son nom dans une cause qui lui paraissait pleine des plus graves et des plus mystérieuses conséquences. Pour rien au monde, il ne voulait assumer une responsabilité, que le gouverneur romain avait lui-même très prudemment déclinée.

D’un autre côté, il ne pouvait laisser impuni, l’outrage public fait à son autorité par le dédaigneux silence du prévenu. En outre, pour se ménager la faveur de la synagogue, il lui fallait, dans une certaine mesure, donner satisfaction aux exigences passionnées de ses délégués. Il prit donc le parti, comprimant son ressentiment et ses craintes, de traiter Notre-Seigneur comme un halluciné, une sorte d’ambitieux rêveur, incapable même de soutenir ses chimériques prétentions en face d’esprits sérieux et éclairés.

En conséquence, il le fit affubler de la longue tunique blanche, réservée aux insensés ; et, après quelques plaisanteries grossières, échangées avec ses courtisans, sur les titres de Roi, de Christ, de Fils de David, et de Fils de Dieu que Jésus s’arrogeait, il descendit les marches de son trône et ordonna qu’on le reconduisit au gouverneur, comme un pauvre fou, dont il n’y avait pas lieu de tant s’inquiéter.

O Jésus ! Verbe du Dieu Très-Haut, Sagesse infinie du Père, Maître et Docteur des anges et des hommes, vraie Lumière qui éclairez toute âme venant en ce monde, je vous adore sous ses livrées d’ignominie, dont vous a revêtu le plus barbare, le plus insensé et le plus abject des tyrans ! C’est pour abattre l’insupportable orgueil de nos pensées, c’est pour confondre solennellement la prétendue sagesse de notre raison, et réprouver les vaines habiletés de notre prudence de mort, que vous avez voulu descendre à ce degré inouï d’humiliation et d’opprobre ! Donnez donc à mon âme, Seigneur, de goûter cette grande et amère leçon! Dissipez, ô radieux Soleil de vérité, les nuages de révolte dont le prince de l’abîme essaie parfois d’obscurcir mon esprit! Et faites-moi bien comprendre que la vraie et infaillible sagesse est celle que l’on puise dans la folie de votre croix ! Amen.

Re: De Gethsémani au Golgotha

Publié : mar. 08 sept. 2015 14:49
par gabrielle

Chapitre IX Barabbas (première partie)


Voix des Prophètes


A qui m’avez-vous assimilé ? A qui m’avez-vous comparé ? A qui m’avez-vous égalé ? Rappelez-vous donc qui je suis, et soyez remplis de confusion ! O vous qui m’avez outragé, revenez à votre cœur, et reconnaissez que je suis Dieu et qu’il n’y a pas d’autre Dieu que moi. (Is. XLVI, 5,8,9)

Les prêtres n’ont point dit : « Où est le Seigneur ? » Les dépositaires de la loi ne m’ont point connu, et les pasteurs de mon peuple se sont insurgés contre moi! Mon peuple a commis deux crimes. Il m’a rejeté, moi, la source d’eau vive et il s’est creusé des citernes, ouvertes de toutes parts et incapables de conserver leurs eaux. (Jer, II, 8,13)


La matinée s’écoulait trop rapide, au gré des ennemis de Jésus. L’heure des sacrifices ne devait pas tarder à les appeler au Temple et chaque moment perdu était une chance de succès qui leur échappait. Ils comprenaient trop bien en effet, que si la cause de leur Victime était remise après les fêtes pascales, ils ne pourraient plus compter sur l’effervescence des passions aveuglées, et que toutes leurs imputations calomnieuses tomberaient d’elles-mêmes devant le bon sens et les souvenirs du peuple. Leur acharnement s’aiguisait de ces craintes, inspirées par tant de délais et d’obstacles qui menaçaient de tout compromettre. Aussi, l’auguste Captif eut à souffrir, du palais d’Hérode à celui de Pilate, d'un redoublement de colère et de barbarie.

Le gouverneur avait donc échoué dans son dessein. Son astucieux rival avait deviné ses embarras, et, en homme habile, il avait évité le piège qui lui était tendu.

Malgré son extrême répugnance, Pilate remonte à son tribunal et, réunissant autour de lui les princes des prêtres et les anciens du peuple, il leur dit : « Vous m’avez amené cet homme comme un rebelle; vous l’avez accusé de fomenter la révolte parmi votre nation. Je l’ai interrogé devant vous, et je ne le trouve nullement coupable des crimes que vous lui imputez. Hérode non plus, car je vous ai renvoyés à ce prince, qui n’a intenté contre lui aucune action capitale. Je vais donc le faire punir, et je lui rendrai sa liberté. »

Lâche gouverneur ! Tu vas le faire punir ? Mais à l’instant, tu viens de proclamer son innocence ! Même le sanguinaire et fourbe Hérode lui-même n’a pu le convaincre de crime! Tu vas le faire punir ! Et pourquoi? parce qu’il est calomnié ? Parce que sa vertu est une accusation contre les vices et l’hypocrisie de ses calomniateurs ? Est-ce un magistrat qui parle ? Est-ce un juge renommé pour sa droiture d’âme et ses connaissances juridiques ? En vérité une pareille sentence n’est-elle pas le comble de la déraison et de l’injustice ?

Pour vous, ô Jésus, vous vous taisez encore et vous ne relevez point l’inconséquence de ce stupide arrêt, car vous voulez être le modèle et la force de vos disciples, au jour de la persécution. Oui! On reconnaîtra leur innocence, on vantera leurs bienfaits, on n’aura pas assez d’éloges pour leurs vertus; et néanmoins, les habiles du monde, les politiques prudents croiront faire preuve de haute sagesse, en prononçant leur condamnation! Ils diront comme Pilate, qu’ils ont eu la main forcée, qu’il n’était pas d’autre moyen de désarmer la fureur des méchants, qu’il fallait bien leur accorder quelque satisfaction, que sais-je ? N’oseront-ils pas prétendre que leurs iniques décrets ne tendaient qu’à mettre leurs victimes à l’abri de plus grands malheurs !


Mais toutes les concessions, tous les honteux compromis arrachée à la faiblesse du pouvoir, ne servent qu’à enhardir les prétentions de la haine et de l’impiété : témoin, la recrudescence de rage provoquée au sein de la tribu sacerdotale, par les étranges paroles de Pilate.

Comme il cherchait un expédient plus heureux, les députés du peuple s’approchèrent de son tribunal pour lui demander l’élargissement d’un prisonnier. C’était la coutume chez les Juifs, de faire grâce à un condamné, la veille de la Pâque, en souvenir de la délivrance de leurs pères de la servitude d’Égypte. Les gouverneurs païens eux-mêmes respectaient cet usage et Pilate s’était toujours empressé d’y faire droit.

Or, il y avait à ce moment, dans les geôles de la ville, un malfaiteur fameux, nommé Barabbas, coupable de vol, de sédition et de meurtre, et qui devait, sous peu de jours, subir la peine de ses crimes.

Cette circonstances parut au gouverneur des plus favorables à la cause de son Protégé. Il fit donc mander Barabbas en toute hâte, et, sans prendre garde qu’il infligeait à Jésus le dernier des outrages, il mit côte à côte cet infâme criminel et le Saint des saints : « Qui voulez-vous que je vous délivre, dit-il, Barabbas ou le Roi des Juifs? Prononcez vous-mêmes, lequel choisissiez-vous ? »

Re: De Gethsémani au Golgotha

Publié : mar. 08 sept. 2015 14:52
par gabrielle

Chapitre IX Barabbas (suite et fin)


A ses yeux, l’hésitation n’était pas possible. Le peuple qui n’avait aucun motif de haine contre Jésus serait plus juste, ou du moins plus miséricordieux que les prêtres qui le lui avaient livré par envie. Cet incident fortuit allait donc terminer cette malheureuse affaire au mieux de ses désirs.

Les députés du peuple ne surent d’abord que répondre. Ils ne s’attendaient pas à voir Jésus cet homme d’une si éclatante vertu, dont le seul tort était de déplaire aux Pharisiens, mis en parallèle avec un scélérat, convaincu de tous les crimes.

Ils se concertaient entre eux, quand le gouverneur reçut un message de sa femme, qui le conjurait de ne pas se compromettre vis-à-vis de ce Juste, « car – lui écrivait-elle – j’ai été étrangement tourmentée en songe, à cause de lui. » Sans doute, elle avait quelquefois rencontré le Sauveur évangélisant les foules et sa pure et douce physionomie l’avait frappée. Elle n’était pas non plus sans avoir entendu parler de ses nombreux miracles, de sa compassion pour les malheureux et de ses sublimes enseignements. Et puis, n’était-elle pas guidée par cet instinct divinatoire qu’ont les épouses et les mères sur ceux qu’elles aiment, et n’essayait-elle pas de conjurer les malheurs qu’une injuste condamnation ferait tomber sur la tête de son mari ? D’après la tradition cette femme s’appelait Claudia Procula. Quand elle vit ses alarmes réalisées, elle embrassa l’Évangile du divin Crucifié et devint une fervente chrétienne.

Les Pharisiens avaient profité, avec un zèle satanique, de la diversion imposée à Pilate, par la lecture du message de son épouse et par la réponse rassurante qu’il dut y faire. Les uns s’étaient abouchés avec les députés du peuple; d’autres s’étaient répandus parmi la foule, infectant tous les esprits du perfide venin de leur haine : « Barabbas, disaient-ils, n’a ôté la vie qu’à deux ou trois personnes, tandis que Jésus voudrait perdre la nation entière. Ce Nazaréen est le plus grand impie que la terre ait porté; c’est le suppôt de Satan, qui lui a communiqué sa puissance infernale : voilà tout le secret de ces prodiges qui ont séduit les simples et les crédules. Débarrassez-vous donc, au plus tôt de ce magicien sacrilège, scandale de tout le pays, débarrassez-vous de cet agitateur frénétique, dont les menées révolutionnaires ne manqueraient pas d’attirer sur nous tous une sanglante répression. Il faut qu’il meure! La gloire de Dieu, l’honneur de la Religion, le salut du peuple Juif y sont souverainement intéressés. »

Et ce peuple que Jésus avait tant aimé, dont il avait guéri les malades et ressuscité les morts; ce peuple qu’il avait nourri miraculeusement au désert; ce peuple qui, dans un élan d’enthousiaste reconnaissance, avait voulu couronner son front du diadème royal; qui l’avait accueilli, quelques jours auparavant avec une joie délirante et lui avait spontanément décerné les honneurs du plus beau triomphe; ce peuple ingrat et léger oublie tout en un instant. On dirait qu’il a honte d’avoir pu aimer et bénir cet Accusé, qu’il voit aujourd’hui couvert d’opprobre.

Aussi lorsque Pilate reprend sa question : « Lequel des deux voulez-vous que je vous délivre? » Ce n’est plus qu’un cri dans la foule : « Débarrassez-nous de celui-ci, rendez-nous Barabbas! »

Enfin! les prêtres et les scribes triomphaient ! ces abominables calomniateurs jouissaient de l’abus le plus odieux qu’ils aient pu faire de leurs titres de juges d’Israël, de sacrificateurs du Dieu vivant, de défenseurs nés de la vérité, de la justice et de la Religion. Ils avaient mis trois années à combattre la puissante influence de Jésus; toutes leurs tentatives avaient échoué devant l’admiration et l’irrésistible attachement des foules pour le Maître persécuté. Et voilà qu’au moment décisif, contre toute attente, ce peuple qui leur avait toujours échappé les croit sur parole et enchérit sur leur haine, comme s’il voulait se faire pardonner ses entraînements passés.

Cette réponse unanime, ces cris féroces déconcertaient Pilate et le jetaient dans les plus grandes angoisses : « Eh! que voulez-vous, - reprend-il, que je fasse du roi des Juifs appelé le Christ? » Tous s’écrient : « Crucifiez-le! crucifiez-le! »
Alors, d’une voix où se révélaient l’indignation et le dépit : « Mais quel mal a-t-il donc fait? Je ne vois rien en lui qui mérite la mort! »

Des clameurs sauvages lui répondent : « Crucifiez-l e! crucifiez-le ! » Et les cris devenaient de plus en plus menaçants. Pilate à bout de résistance, revient à sa première idée et dit enfin : « Je vais le faire flageller et je le relâcherai ensuite. »

Il ne sut pas comprendre que cette demi-mesure manifestait son extrême faiblesse et le mettait à la merci d’adversaires plus résolus que lui.

O mon Seigneur Jésus, vos lèvres demeuraient silencieuses, pendant que le peuple réclamait tumultueusement votre mort ; mais de votre Cœur montait vers le ciel un cri plus puissant que la voix de vos ennemis : « Oui, mon Père ! – disiez-vous, - que votre Fils soit crucifié ! Pardonnez à l’Humanité pécheresse ; faites tomber les liens qui l’asservissent à l’enfer ; sauvez-la de la mort éternelle ! Délivrez Barabbas ! Le révolté contre votre loi, le ravisseur de votre gloire, le meurtrier de son âme, et laissez-moi mourir ! afin que le coupable, régénéré dans mon sang, recouvre avec la vie divine, la liberté de son innocence, la beauté de votre grâce et ses titres premiers au céleste héritage promis à vos enfants ! Amen.

Re: De Gethsémani au Golgotha

Publié : mar. 08 sept. 2015 14:58
par gabrielle

Chapitre X La flagellation


Voix des Prophètes

Je suis prêt à subir la flagellation et mon supplice est sans cesse devant mes yeux. ( Ps. XXXVII, 18)

Les pécheurs ont frappé sur mes épaules comme sur une enclume; ils ont prolongé leur iniquité. (Ps. CXXVIII,3)

Ils se sont réjouis de mes malheurs et leurs coups sont tombés sur moi. ( Ps, XXXIV, 15)

Ils ont persécuté, ô mon Dieu, Celui que vous avez frappé, et ils ont ajouté de nouvelles douleurs aux douleurs de mes plaies. (Ps. LXVIII,27)

Depuis la plante des pieds jusqu’au sommet de la tête, il n’y a rien de sain en lui. Ce n’est par tous ses membres que blessure, contusion, plaie enflammée, que personne n’a voulu bander et qu’on n’a point adoucie avec l’huile. (Is, 1,6)


Pilate, en condamnant le Sauveur au supplice de la flagellation, espérait attendrir les Juifs par le spectacle des souffrances et des opprobres de l’Auguste Victime. Il ne pouvait croire qu’ils persévéreraient dans leur barbare dessein contre un innocent couvert de plaie, déshonoré par les derniers outrages et n’ayant plus qu’un souffle de vie.

Pour mieux atteindre son but, il ordonna aux tortionnaires de traiter l’Accusé avec une extrême rigueur. Ses instructions furent cruellement exécutées.

Ces tigres altérés de sang se jettent sur leur proie avec des rugissements de féroce plaisir. Ils l’entraînent précipitamment à travers les flots houleux de la foule. Chemin faisant, ils lui arrachent le manteau dérisoire que les valets d’Hérode avaient jeté sur ses épaules ; puis, arrivés à la colonne de la flagellation, ils le dépouillent de ses autres vêtements. Et voilà que les membres adorables de Jésus, miracle de candeur et d’innocence, formée du sang virginal de l’Immaculée Marie, sont exposés aux regards lubriques et aux obscènes dérisions d’une populace infecte! Le Dieu de pureté infinie, que les Anges contemplent dans sa gloire avec de saints tressaillements, n’est plus couvert, par tout son Être, que d’une confusion immense !

Alors, de ses yeux baissés coulent des larmes abondantes, et, du sein de sa honte, il conjure son Père d’agréer cette grande expiation de toutes les licences criminelles, de tous les plaisirs réprouvés, de toutes les voluptés coupables qui profanent les corps et souillent les âmes des hommes qu’il vient racheter.

La flagellation était un supplice infamant et cruel. Elle était infligée aux esclaves et aux gens de bas étage qui avaient été condamnés à la croix. On dépouillait le patient de ses habits et on le forçait à se tenir le dos à demi courbé, en liant ses mains et ses pieds à deux anneaux de fer, scellés à une colonne. Dans cette posture, quatre bourreaux ou tortionnaires le frappaient avec des verges plombées ou des lanières de cuir, hérissées de pointes et de crochets. Ils devaient s’arrêter au quarantième coup : c’était tout ce qu’un homme pouvait souffrir. Encore n’était-il pas rare que le coupable succombât avant la fin de sa peine.

Jésus est donc attaché à la colonne du supplice! Sans perdre de temps deux bourreaux commencent l’horrible besogne.

Les verges s’élèvent et retombent avec d’affreux sifflements. Dès les premiers coups, la chair, virginale et délicate de l’Homme-Dieu prend une teinte livide et violacée, puis elle se tuméfie, se meurtrit, se déchire, s’entrouvre, le sang jaillit avec impétuosité des plaies béantes qui sillonnent tous ses membres. Le Fils de Dieu frémit et se tord comme un ver, sous les coups de ces misérables ! La violence de la douleur lui arrache parfois de faibles gémissements : on dirait de plaintives prières sollicitant un peu de compassion. Loin d’en être attendris, les Pharisiens se repaissent des convulsions de son martyre, ils répondent à ses plaintes par d’exécrables sarcasmes et des ricanements satanique s; ils applaudissent à la vigueur des coups qui tombent comme la grêle et font voler en lambeaux les chairs lacérées et pantelantes du Supplicié divin.

La durée légale de la peine est passée depuis longtemps. D’autres bourreaux ont succédé aux premiers; ils frappent… ils frappent toujours! Les plaies se forment sur les plaies, les blessures se creusent dans les blessures, tous les muscles sont rompus, toutes les veines brisées. De la plante des pieds au sommet de la tête, le corps de l’Agneau Sauveur n’est plus qu’une masse informe de chairs saignantes, broyées, labourées de profondes déchirures qui laissent voir à nu tous ses os! Les monstres voudraient frapper encore ; mais ils n’en peuvent plus! Les verges, à moitié brisées, leur tombent des mains, et l’un deux ayant coupé les cordes qui retiennent Jésus à la colonne, l’adorable Victime tombe sur le sol baignée dans son sang.

Notre-Seigneur Jésus-Christ demeura quelque temps, ainsi étendu sous les regards farouches des Pharisiens, qui se délectaient à ce spectacle, du populaire ignoble que la vue du sang enivre, des désœuvrés, venus là en curieux et qui manifestaient hautement leur dégoût. Les soldats, ennuyés à la fin de voir leur faction se prolonger, le poussèrent du pied, comme un vil animal, pour le contraindre à se relever. Ramassant alors tout ce qui lui restait de forces, il se traîna, dans sa nudité sanglante, jusqu’à ses vêtements, dont il se couvrit comme il put, avec des souffrances inouïes. Personne ne s’approcha pour l’aider : tant les âmes étaient pleines de mépris et de dureté, pour Celui qui nous aimait jusqu’à cet excès de douleurs !

Sang précieux qui rougissez la colonne et qui coulez à large flots sur les dalles de la place d’exécution, vous criez vers Dieu avec infiniment plus de force que le sang d’Abel. Mais ce n’est plus la vengeance que votre voix réclame, c’est la grâce du repentir et du pardon qu’elle appelle sur tous les cœurs coupables !

Sang divin, lambeaux sacrés du corps de mon Sauveur, que des barbares sacrilèges foulent aux pieds, je vous recueille avec une vénération filiale et désolée; je vous offre avec mes larmes à l’infinie Justice; en réparation des ingratitudes et des outrages, des blasphèmes et des sacrilèges des hommes à votre égard.

O mon Seigneur et mon Père, agréez en même temps cette offrande comme dédommagement de mes lâchetés, de mes faiblesses et de mes négligences dans l’observation des lois que m’impose votre amour.

Faites enfin, ô mon Dieu rompu de coups, que le souvenir du cruel mystère de votre flagellation ranime la ferveur de ma piété , et que toujours mon âme (au milieu de cette privation de la sainte Eucharistie), entende votre voix lui dire : « Ceci est mon corps qui sera brisé pour vous » Amen.

Re: De Gethsémani au Golgotha

Publié : mar. 08 sept. 2015 15:00
par gabrielle

Chapitre XI La couronne d’épines


Voix des prophètes

C’est pour votre gloire, Seigneur, que j’ai souffert tant d’opprobres, et que mon visage a été couvert de confusion. ( Ps, LXVIII, 8)

Ils ont ouvert la bouche contre moi en me couvrant d’outrages. Ils m’ont frappé sur la joue et ils se sont rassasiés de mes souffrances. Dieu m’a tenu sous la puissance de l’injustice, il m’a livré aux mains des impies. Moi, si glorieux jadis et si fort, j’ai été broyé tout d’un coup. Le Seigneur m’a fait plier la tête, il m’a brisé, il m’a déchiré, il m’a fait plaie sur plaie. Mon visage s’est tuméfié à force de pleuré, et mes paupières se sont voilées de ténèbres. J’ai souffert tout cela, sans que ma main fût souillée par l’iniquité, alors que j’offrais à Dieu de saintes prières. O terre, ne bois pas mon sang, et que mes cris ne soient point étouffés dans tes entrailles! ( Job, XVI, 11-19)


Jésus s’était péniblement relevé, il avait repris ses vêtements, et, s’appuyant de ses deux mains à la colonne de la flagellation, il attendait, résigné, les nouvelles tortures, les nouveaux opprobres qu’il plairait au barbare caprice de ses ennemis de lui faire subir. Son attente ne fut pas longue. Les soldats romains détestaient le peuple Juif, plus qu’aucun autre peuple. En outre, ils avaient hérité de leurs pères d’une haine profonde et d’un souverain mépris pour l’institution de la royauté.

Or, Jésus était accusé d’ambitionner la couronne royale. Lui-même s’était déclaré Roi devant le gouverneur, et celui-ci venait de le proclamer ironiquement, du haut de son tribunal : Roi des Juifs.

Une occasion superbe de manifester leurs antipathies nationales et traditionnelles se présentait aux légionnaires de César. Ils s’empressèrent de la saisir. Et, pour que le divertissement fût complet, ils y invitèrent toute la cohorte dont l’effectif s’élevait à six cents hommes.

Avec une pompe railleuse, ces nombreux soldats viennent se ranger tout autour de l’adorable Victime qui les regardait, de ses yeux mourants, avec une expression de douleur et de prière, capable d’attendrir des cœurs de tigres. Au commandement de marche, ils se dirigent vers la cour des gardes, attenante au prétoire de Pilate. Mais, Jésus, toujours appuyé à la colonne, ne pouvait faire un pas : quelques-uns le saisissent par les bras , d’autres le poussent par derrière et c’est ainsi qu’il est traîné vers le théâtre de son nouveau supplice.

« Certainement, tu es un grand roi, lui disaient, chemin faisant, les soldats qui l’entouraient. Mais, tu n’as pu encore te procurer les insignes de ta dignité. Nous voulons nous-mêmes te les offrir et t’en décorer, au nom du Sénat et du peuple romain. »

« Venez donc, criaient-ils aux Juifs, accourez tous pour acclamer avec nous, l’avènement de votre glorieux et puissant monarque! »

A l’entrée de la cour, ils arrachent au Sauveur sa robe sanglante qui s’était collée à ses plaies, et, par cet acte de cruauté sauvage, ils lui renouvellent en un instant toutes les douleurs de la flagellation. Avisant ensuite une vieille chlamyde, ou manteau rouge de légionnaire, ils la jettent sur ses épaules brisées, en guise de pourpre royale. A l’angle de la cour gisait un tronçon de colonne, haut de quelques pieds, ils le roulent jusqu’à Jésus et l’y font brutalement asseoir, comme sur un trône.

Chacune des cérémonies de cette investiture burlesque était bruyamment applaudie de tous les soldats, qui jouissaient à la fois de la confusion du Sauveur et du dépit des Juifs.

Mais, où trouvera-t-on le diadème et le sceptre, ces deux marques distinctives de la souveraineté? Des rameaux flexibles hérissés de longues épines, sont arrachés aux massifs des jardins de Pilate et tressés en couronne : voilà le diadème! Le sceptre sera un roseau, cueilli sur les bords de l’étang voisin.

Un soldat prend cette horrible couronne et la pose avec une gravité moqueuse sur le front du Fils de Dieu. En essayant de la fixer, il se blesse les mains. Alors, plein de colère, il saisit le roseau et frappe, tant qu’il peut, sur la tête sacrée de Jésus : les épines s’enfoncent dans le tissu délicat qui recouvre le crâne, transpercent le front, sortent par les yeux, les oreilles et les tempes; le sang ruisselle à flots pressés, baigne sa chevelure, sa barbe, son visage, ses épaules et se répand sur sa chlamyde. La douleur est tellement aiguë, que la sainte Victime ne peut retenir un gémissement.

Les valets du démon y répondent par des éclats de rire et d’affreux sarcasmes : « Pourquoi te plaindre? lui disent-ils. N’es-tu pas heureux et fier de posséder enfin ce trône et cette couronne, que tu rêves depuis si longtemps? Vraiment la pourpre royale te sied à merveille et tu portes ton sceptre avec une majesté qui impose. Mais, de grâce, ne parais donc pas si triste. Montre-toi bon prince et souris à tes sujets. Est-ce que déjà le poids du gouvernement t’écrase? Ah! tu attends nos hommages , sans doute. C’est trop juste! Eh bien! tu vas être satisfait. Nous irons même au delà de tes désirs!

Sur ces insolentes paroles, ils s’avancent en se moquant, aux pieds du Roi des roi, et, fléchissant le genou : « Salut! Roi des Juifs! » disent-ils Comme la tête de Jésus, épuisée de sang, retombait sur sa poitrine, ils lui prennent le roseau des mains et le frappent en plein visage : « Mais lève donc les yeux! – crient-ils. Accorde-nous au moins un regard! »

La scène devient bientôt affreusement tumultueuse, et c’est au milieu d’une confusion infernal, où l’on n’entend plus qu’imprécations horribles, rires et blasphèmes de démons, qu’ils renversent le Sauveur de son siège de marbre, le relèvent avec dureté, soufflettent sa face adorable, le couvrent de crachats et, ramassant le roseau tombé, en assènent des coups violents sur les épines de sa couronne.

Et Jésus pleurait ! Le sang ne cessait de couler sur ses membres déchirés et livides, une soif brûlante dévorait sa poitrine, il était tout tremblant de fièvre et de faiblesse… et il pleurait ! Dans les rares instants de répit que lui laissaient ses bourreaux, son âme s’entretenait avec son Père, il lui disait : « Père ! est-ce assez pour votre gloire et le salut des âmes ? » « Non, mon Fils, pas encore! » Alors, le Supplicié divin répétait, comme à Gethsémani : « Ce que vous voulez, ô mon Père! Non pas ce que je veux ! »

O souverain Monarque de la terre et des Cieux, je me prosterne à vos genoux, l’âme débordante de douleur et les yeux pleins de larmes. Je vous proclame et je vous salue, non seulement comme Roi de ces Juifs ingrats qui ne répondent à l’excès de votre amour que par l’excès de la haine, non seulement comme le Roi de ces soldats féroces, qui vous abreuvent des flots les plus amères de la honte et de la souffrance ; mais je vous adore comme l’unique Roi de mon âme.

A vous mon cœur, que vous avez façonné de vos mains déchirées; à vous mon esprit que vous avez illuminé des sublimes enseignements de votre Passion ; à vous ma volonté que vous avez dirigée et affermie par les douloureux exemples de votre divine vertu ; à vous mon corps que vous avez purifié et consacré par le sang de toutes vos plaies ; à vous ma vie que vous avez conquise par vos supplices et votre mort.

Et vous Anges du ciel, ne viendrez-vous pas unir vos hommages aux miens et adorer votre Roi sous ces haillons sanglants ? Ah ! vous auriez voulu, durant cette scène d’enfer, couvrir de vos ailes ses membres divins et les abriter contre les coups de ses meurtriers, laver de vos larmes brûlantes les traits bénis de sa face défigurée, étouffer du cris de vos lamentations les cris de la raillerie et du blasphème ! Reconnaissez donc et saluez, dans ce prodigieux anéantissement, le Dieu trois fois saint, le Seigneur des armées dont vous chantez éternellement la gloire et la puissance dans la cité des élus !

Venez aussi, généreuse et vaillante phalange des martyrs, qui, dans l’enthousiasme de l’amour avez revêtu la pourpre triomphale de votre Dieu sous le tranchant de l’épée, au sein des flammes et sur l’arène des amphithéâtres.

Venez, sainte Église de la terre. Vous portez au front le glorieux et cruel diadème de votre sanglant Époux. Votre sceptre est, comme celui de Jésus, un roseau brisé, dont se moquent les sages et les puissants du monde. Hélas ! faudra-t-il qu’il se change pour ces rebelles, en impitoyable verge de fer ! Permettrez-vous qu’ils se damnent, ô mon Dieu, tous ces chrétiens infidèles, que vous avez si laborieusement racheté ? O Jésus, par vos infinies douleurs, convertissez-les ! Sauvez-les et sauvez-moi, afin que tous, au ciel, nous entourions votre trône en chantant le divin cantique des louanges réparatrices : "Au Roi immortel des siècles, au Dieu qui ne s’est révélé qu’aux âmes pures et croyantes, salut, honneur et bénédiction, dans l’éternité des éternités ! "Amen.

Re: De Gethsémani au Golgotha

Publié : mar. 08 sept. 2015 15:15
par gabrielle

Chapitre XII Ecce Homo


Voix des Prophètes

Pour moi, je suis un ver de terre et non un homme, l’opprobre du monde et l’abjection du peuple. (Ps, XXI,7)

Il s’élèvera comme un faible arbrisseau devant le Seigneur et comme un chétif rejeton qui sort d’une terre aride. Il est sans beauté, sans éclat. Nous l’avons vu, il n’avait aucune apparence et nous l’avons méconnu. Il semblait le plus méprisable et le dernier des hommes, un homme voué à la souffrance. Il a pris véritablement sur lui nos langueurs, il s'est chargé de nos infirmités, et nous l’avons considéré comme un lépreux, comme un homme humilié et brisé par la justice de Dieu. Mais, c’est à cause de nos iniquités qu’il a été couvert de plaies, c’est à cause de nos crimes qu’il a été brisé. Il a pris sur lui l’expiation qui devait nous rendre la paix et nous avons été guéris par ses meurtrissures. (Is, LIII, 2-5)


L’orgie sanglante se poursuivait toujours, lorsque le gouverneur parut dans la cour des gardes, pour se rendre compte de l’état où ses soldats avaient réduit le malheureux Prévenu. Quand il le vit ainsi défiguré et ruisselant de sang, sous son manteau rouge et sa couronne d’épines, il ne put s’empêcher de tressaillir. Cette fois, il ne douta plus que la haine des juifs ne fût vaincue par un si déchirant spectacle, et il s’applaudit en secret, d’avoir été assez habile, pour arracher un innocent à la mort et se tirer lui-même d’un mauvais pas.

Il fit donc cesser le supplice et ordonna à Jésus de la suivre. Le divin sauveur était d’une telle faiblesse, que deux soldats furent obligés de le soutenir dans sa marche chancelante. Pilate étant remonté sur son tribunal, montra au peuple l’auguste Prisonnier qui n’avait même plus l’aspect d’un homme : « Le voici! dit-il, je l’amène devant vous , afin que vous puissiez juger si je l’ai épargné. Néanmoins pas plus maintenant que tout à l’heure, je ne le trouve coupable d’aucun crime.»

Un frisson d’horreur et de pitié parcourut tous les rangs. Quelques murmures osèrent même s’élever contre cet excès de barbarie. Puis, la crainte des Pharisiens reprenant bientôt le dessus, un morne silence plana sur toute cette foule auparavant si agitée et si bruyante. Tous les yeux, quelques-uns mouillés de larmes, étaient fixés sur l’adorable Victime. C’était donc là ce Jésus de Nazareth, qui captivait les multitudes par le charme de son regard, la séduction de sa parole et l’infinie bonté de son cœur! C’était là ce Jésus, le doux Fils de Marie, le plus beau des enfants des hommes ! C’était là ce Jésus qui avait pleuré sur Jérusalem et qui avait semé à pleines mains, les prodiges et les bienfaits dans les bourgades et les cités des Juifs ! Tous ces souvenirs, évoqués par le spectacle poignant qu’il avait sous les yeux, étreignaient fortement le cœur du peuple et le remuait jusqu’en ses plus intimes profondeurs.

Pilate, assuré désormais du succès, voulut produire un dernier coup, qui devait être le trait vainqueur. « Voilà l’Homme »

C’était retourner le glaive dans la plaie saignante. Quelle ironie amère, et tout ensemble, quel accablant reproche dans ce mot, prononcé au milieu de telles circonstances ! Le voilà ! l’Homme que vous avez tous connu, aimé, acclamé, ensuite inhumainement persécuté! Le voilà, cruels ! Cet Homme juste que votre haine aveugle m’a obligé, en dépit de mes protestations, de tant faire souffrir ! Le voilà, ce fantôme de souverain, dont la prétendue ambition vous causait si grande peur! Vous fait-il encore trembler, maintenant, et redoutez-vous qu’il devienne un jour votre roi ? Voilà l’Homme !

« Oui, s’écrie Bossuet ! Le voilà ! le voilà ! cet Homme de douleurs que Pilate vous présente du haut de son tribunal. Voilà l’Homme! et qui est-ce ? Un homme ou un ver de terre ? Est-ce un homme vivant, ou bien une victime écorchée ? On vous le dit, c’est un Homme : ECCE HOMO ! Regardez le triste état où l’a mis la synagogue, sa mère, ou plutôt où l’ont mis nos péchés, nos propres péchés qui ont fait fondre sur cet Innocent tout ce déluge de maux. Ô Jésus, qui pourrait vous reconnaître ? Nous l’avons vu, dit le Prophète, et il n’était plus reconnaissable. Bien loin de paraître Dieu, il avait perdu l’apparence d’homme, et nous l’avons cherché, même en sa présence, et desideravimus eum…Est-ce lui ? est-ce lui ? Est-ce là cet Homme qui nous est promis, cet Homme de la droite de Dieu, et ce Fils de l’Homme, sur lequel Dieu s’est arrêté ? C‘est lui, n’en doutez pas ; voilà l’Homme ! voilà l’Homme qu’il nous fallait pour expier nos iniquités. Il nous fallait un homme défiguré, pour réparer en nous l’image de Dieu que nos péchés avaient effacé ; il nous fallait cet homme, tout couvert de plaies, afin de guérir les nôtres.

O plaies, que je vous adore! Flétrissures sacrées, que je vous baise! O sang qui découlez, soit de la tête percée, soit des yeux meurtris, soit de tout le corps déchiré, que je vous recueille! Terre, terre, ne bois pas ce sang! le sang de Jésus nous appartient, et c’est sur nos âmes qu’il doit tomber ! »


Hélas! Pilate avait compté sans la haine farouche et implacable qui bouillonnait plus fortement que jamais au cœur des Pharisiens. Irrités du silence et de l’émotion du peuple, seuls ils répondent avec un redoublement de fureur : « Crucifiez-le! Crucifiez-le ! »

Un pareil acharnement exaspère le gouverneur : « Eh! crucifiez-le vous-mêmes! leur dit-il, avec le sarcasme de l’indignation et du dégoût. Quant à moi, sachez-le bien, je ne trouve aucun crime en lui. »

Or, le peule continuait de sa taire. Il n’osait protester ouvertement contre la rage forcenée de ses prêtres; mais, au fond, toutes ses sympathies semblaient acquises au céleste Accusé.

Voyant alors que la question politique était définitivement écartée par Pilate, et que la foule, n’attachant à cette sorte de grief qu’un très médiocre intérêt, était de nouveau sur le point de leur échapper, les scribes et les docteurs reviennent forcément à la première accusation, qu’ils n’avaient encore osé formuler devant le Gouverneur. « Nous avons une loi, disent-ils, et, selon cette loi, il doit mourir, parce qu’il se prétend Fils de Dieu.»

Non, prêtres d’iniquité, vous n’avez pas une pareille loi. Vous mentez impudemment à la face du ciel et de la terre. La loi d’après laquelle Jésus doit mourir n’est autre que celle de votre haine féroce, ou plutôt, celle de son amour infini !

Mais il fallait que tous les titres du Sauveur fussent reconnus et hautement proclamés, à l’instant même de sa condamnation, afin que le monde sût bien quelle Victime s’immolait pour lui.

Pilate vient, en effet, de déclarer que Jésus est Homme : « Voilà l’Homme! » a-t-il dit ; l'Homme parfait dans tout l’épanouissement de sa dignité, dans tout l’héroïsme de sa vertu; l’Homme idéal, qui résume dans sa personne sacrée tous les besoins, tous les élans, tous les mérites, toutes les réparations de la grande famille humaine.

La synagogue elle-même dans son double interrogatoire de la nuit et du matin a rappelé qu’il est Dieu. « Il a blasphémé! s’est-elle écriée par la bouche du grand Prêtre, en se disant le Fils de Dieu! » Elle est obligée de renouveler son témoignage en présence d’un juge et de soldats païens. Sans doute, elle fait de ce titre la matière d’une accusation. Mais elle n’essaie pas de le discuter, car il faudrait anéantir toutes les prophéties qui l’ont clairement annoncé, tous les miracles qui l’ont manifestement autorisé.

Les valets du Temple l’ont souffleté comme le Christ et le Prophète : « Christ! disaient- ils, prophétises-nous qui t’a frappé?» Le Christ, c’est-à-dire l’Oint du Seigneur, le Prêtre dont la pure oblation, substituée aux holocaustes antiques, doit être offerte de l’orient à l’occident. Le Prophète, c’est-à-dire l’Envoyé céleste, le Messie, le Désiré des nations, que Moïse avait annoncé aux Hébreux dans le désert, lorsqu’il disait : « Le Seigneur vous suscitera un Prophète d’entre vos frères; vous l’écouterez en tout ce qu’il vous dira »

Enfin, les Juifs et les Gentils avaient fait ressortir sa qualité de Roi. Les Juifs l’en accusaient comme d'un crime, et les Gentils en avaient pris occasion d’une parodie sacrilège, dans la cour des gardes.

O Jésus ! Fils de Dieu et Fils de l’Homme! Emmanuel, Dieu avec nous ! Jésus! Prophète qui avez inspiré les prophètes, Roi, par qui règnent et gouverne les rois, Christ, marqué de l’onction éternelle de l’amour et du sacrifice, Prêtre immaculé, plus grand que le cieux, qui vous renouvelez sans cesse dans vos membres, Victime sainte de la croix, blanche et divine Hostie de nos cœurs, moi aussi, je vous confesse dans l’humilité et la reconnaissance de mon cœur, et tout ensemble je vous adore, avec les Voyants des anciens jours, qui vous ont salué de loin comme le Dieu des miséricordes et l’Homme des douleurs. Je vous adore avec Marie, qui vous a reçu dans son chaste sein et qui pleure aujourd’hui sur vos douleurs et sur nos ingratitudes; avec les Apôtres qui ont généreusement effacé la honte de leur défection par le témoignage du sang; avec la sainte Église des martyrs, des pontifes, des Vierges et des Justes.

Je vous adore avec les Chœurs célestes qui tressaillent d’amour et de respect, dans la contemplation de votre double nature divine et humaine. Car c’est vous, ô Jésus, Homme-Dieu, que les Anges fidèles ont célébré dès le commencement des choses, et la gloire de votre Nom contraint les esprits révoltés à ployer le genou, jusque dans les extrêmes profondeurs de l’abîme. Amen.
A SUIVRE

Re: De Gethsémani au Golgotha

Publié : sam. 09 avr. 2016 16:14
par gabrielle
XIII LA CONDAMNATION

VOIX DES PROPHÈTES


Il a été offert en sacrifice parce que lui-même l'a voulu et il n'a point ouvert la bouche pour se défendre. Il sera mené à la mort comme une brebis et il demeurera muet comme l'agneau, devant celui qui le tond, (Is., LIII, 7.)

Les méchants tendront des pièges à l'âme du Juste et condamneront le sang innocent. (Ps. XCIII, 21.)

Mes ennemis ont ouvert la bouche sur moi comme des lions ravissants et rugissants. (Ps. XXI, 14.)

Il faut que le Fils de l'Homme souffre de nombreux tourments, qu'il soit rejeté par les anciens, par les princes des prêtres et par les scribes; qu'il soit mis à mort et qu'il ressuscite le troisième jour. (N.-S. en saint Luc,. XI, 22.)
à suivre

Re: De Gethsémani au Golgotha

Publié : dim. 10 avr. 2016 14:07
par gabrielle
Pilate n'avait pas encore entendu parler de l'étonnante prétention Jésus au titre de Fils de Dieu. Jusque-là, il n'avait vu dans son Prisonnier qu'un juste, calomnié par la jalousie haineuse de la caste sacerdotale, tout au plus un de ces hommes favorisés du ciel, que les Juifs désignaient sous le nom de prophètes.

Fermement convaincu de son innocence, il ne s'était pas mis en peine d'approfondir et de discuter le rôle qu'il s'attribuait parmi les siens. II n'avait même donné aucune suite aux vagues questions qu'il lui avait posées, dans un premier interrogatoire, sur la nature de son Royaume et sur l'essence de la vérité, dont Jésus se prétendait l'infaillible interprète. Ce personnage étrange restait donc une énigme à ses yeux ; mais il ne cherchait pas à déchiffrer cette énigme.

Et voilà que soudainement la nouvelle accusation des Juifs semble éclaira le mystère... Ce ne serait donc pas simplement un homme, qu'on a cité à son tribunal; ce serait un Dieu!...


à suivre