Re: Sermon de Saint Louis de Grenade sur la Passion.
Publié : ven. 07 avr. 2023 11:55
(à suivre)Mais la cruauté des ennemis du Sauveur n'est pas encore rassasiée.Ce n'est pas assez d'avoir percé ses pieds et ses mains avec des clous, ils s'étudient à percer son âme avec leurs langues. « Branlant la tête, ils disent : Toi qui détruis le temple de Dieu et le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même et descends de la croix. Les princes des prêtres, avec les scribes, le raillant aussi, se disaient l'un à l'autre : Il a sauvé les autres, et il ne peut se sauver lui-même. » Marc. xv, 30-32. « S'il est le roi d'Israël, qu'il descende maintenant de la croix, et nous croirons en lui. Il s'est confié en Dieu : si Dieu l'aime, qu'il le délivre maintenant. » Matth. xxvii, 42, 43. Ainsi la rage des pontifes et des Pharisiens n'est pas satisfaite ; mais ne pouvant rien ajouter aux tourments corporels qu'ils lui ont infligés, ils comblent la mesure au moyen de la raillerie et du blasphème. Il a dit par la bouche du Prophète : « Celui que vous avez frappé, ils l'ont persécuté ; et ils ont ajouté à la douleur de mes plaies des douleurs nouvelles. » PS. LXVIII, 31. Le Sauveur, du reste, ressentait encore moins de peine de leurs injures, que de la volonté perverse qui les leur inspirait. Il s'affligeait du sort de ses persécuteurs, en pensant aux malheurs qu'attirait sur eux cet horrible forfait. « Quand on l'a chargé de malédictions, dit saint Pierre, il n'a point répondu par des injures ; quand on l'a maltraité, il n'a point fait de menaces; mais il s'est livré entre les mains de celui qui le jugeait injustement. » I Petr. 11, 23.
Encore un trait de cruauté inouïe, mes frères ! Epuisé de sang, les veines brûlantes et la gorge desséchée, le Sauveur est dévoré d'une soif ardente, et il dit : « J'ai soif. » Que fait le peuple, ce peuple que le Sauveur a cultivé comme une vigne de choix avec tant de soin ? Ce peuple ingrat lui donne des fruits sauvages pour de bons raisins, du vinaigre pour du vin. Traiter de la sorte un homme suspendu an gibet, meurtri, couvert de blessures, dont l'aspect attendrirait des cours de fer ; non-seulement lui refuser une goutte d'eau, mais l'abreuver de vinaigre, n'est-ce pas tout ce qu'on peut imaginer de plus barbare ? Le Seigneur s'est plaint par la bouche du Prophète de tant de cruauté : « Ils m'ont donné du fiel pour ma nourriture, et, dans ma soif, ils m'ont présenté du vinaigre à boire. » Ps. LXVIII, 26. Voilà donc où l'amour du salut des hommes a conduit le Fils unique de Dieu, « en qui tous les trésors de la science et de la sagesse sont renfermés ! » Coloss. II, 3. Attaché à la croix, il n'a pas eu une goutte d'eau pour apaiser sa soif ; et la couronne d'épines ne lui permettait pas même d'appuyer sur le bois sa tête sacrée ! Pourquoi cela, mes frères, que nous devinssions riches par son dénûment, » sinon afin comme parle l’Apôtre : Ut illius inopia vos divites essetis. II Cor. VIII, 9. « Le Sauveur, dit saint Léon-le-Grand, a fait avec nous un traité d'échange qui est tout à notre avantage. Nous lui donnons de ce qui est à nous, il nous donne de ce qui est à lui; nous l'outrageons, il nous honore ; nous le persécutons, il nous sauve ; nous lui donnons la mort, il nous rend la vie. Il avait à ses ordres, pour renverser ses ennemis, plus de douze légions d'anges ; mais il a choisi d'être victime pour nos faiblesses, plutôt que de triompher par sa puissance. » Quiconque méditera sérieusement sur toutes ces souffrances que notre Seigneur a endurées dans son corps et dans son âme, restera convaincu de ce que nous avons dit en commençant, savoir, que toutes les douleurs imaginables, réunies ensemble, ne seraient pas comparables à, son immense douleur.