Le commentaire de Sébastien est assurément très pertinent !
Voici la suite du fil déjà publié ailleurs :
Le commentaire moral du Cardinal Meignan, cité par Si vis pacem, est fort intéressant.
Voici le commentaire historique et spirituel de Saint Augustin sur les fils de Dieu et les filles des hommes. Il s'agit des deux lignées ou cités, celles des descendants de Seth et de Caïn historiquement, et spirituellement celle des enfants de Dieu et des filles du diable :
« Adam fut donc le père de deux postérités dont l'une appartient à la cité de la terre, l'autre à la Cité du Ciel ; après la mort d'Abel dont le meurtre évoque un admirable mystère, il y eut un père pour chacune de ces postérités : Caïn et Seth, et leurs fils dont il fallait mentionner les noms, commencèrent à mieux faire apparaître dans le genre humain les caractères des deux cités.
Caïn, en effet, engendra Enoch au nom duquel il fonda une cité, cité terrestre évidemment, qui n'est pas établie en ce monde comme en un lieu d'exil mais qui s'y installe dans la paix et la félicité temporelle. Or Caïn signifie "Possession" ; aussi à sa naissance fut-il dit par son père ou sa mère : « J'ai acquis un homme par Dieu » (Gen.4,1).
Quant à Enoch, cela signifie "dédicace", car c'est ici-bas où elle est établie qu'est dédiée la cité terrestre, puisqu'ici-bas se trouve la fin où tend son aspiration ... cette cité trouve son origine et sa fin sur terre, où rien n'est à espérer au-delà de ce qu'on peut voir en ce siècle...
Tandis que Seth signifie "résurrection" et son fils Enos signifie "homme" non pas comme Adam. Ce nom aussi signifie "homme" ; mais il se présente dans la langue hébraïque comme nom commun de l'homme et de la femme. Ainsi est-il écrit à propos de lui : « Il les fit homme et femme, les bénit et les appela Adam » (Gen.5,2). Il n'y a donc pas de doute : Eve est le nom propre de la femme, tandis qu'Adam au sens d'homme (d'humain) est le nom des deux sexes. Enos, lui, signifie "homme" dans un sens qui, d'après ceux qui sont versés en cette langue, ne saurait désigner la femme [comme vir à la différence de homo : cf. Saint Jérôme, Quaest.Hebraic. in Gen], en tant que fils de la résurrection où « ni les hommes ne prennent d'épouses ni les femmes d'époux » (Lc.20,35). Car il n'y aura plus de génération dans le séjour où aura conduit la régénération....
« A Seth, est-il dit, naquit un fils et il le nomma Enos, et celui-ci mit son espérance à invoquer le Nom du Seigneur Dieu ». Voilà le témoignage éclatant de la vérité. C'est donc dans l' « espérance » que vit l'homme, fils de la résurrection ; c'est dans l' « espérance » que vit la Cité de Dieu aussi longtemps que dure son exil ici-bas, laquelle est engendrée de la foi en la Résurrection du Christ.
Car ces 2 hommes, Abel qui signifie "deuil" et Seth son frère qui signifie "résurrection" sont la figure de la mort du Christ et de sa vie au sortir d'entre les morts.
De cette foi naît ici-bas la Cité de Dieu, c.à.d. l'homme qui a « mis son espérance à invoquer le Nom du Seigneur Dieu »... Qui ne jugerait qu'il y a là un profond mystère ? Car Abel ... Seth... (n'ont-ils) pas mis (leur) « espérance à invoquer le Nom du Seigneur Dieu »... ?
Pourquoi donc attribuer en propre à Enos ce que l'on remarque être commun à tous les hommes pieux, sinon parce que celui qu'on donne comme premier descendant du père des générations réservées pour une meilleure part, c.à.d. de la Cité d'en-haut, devait préfigurer l' homme ou la société des hommes vivant non selon l'homme dans la réalité de la félicité terrestre, mais selon Dieu dans l' « espérance » de la félicité éternelle ? ...
En effet ce qui est dit : « Il l'appela Enos, ce qui signifie homme », ainsi que ce qui suit : « Il mit son espérance à invoquer le Nom du Seigneur Dieu », montre bien que l'homme ne doit pas mettre son espérance en lui-même ; car « maudit » (comme on le lit ailleurs), « quiconque met son espérance en l'homme » (Jer. 17,5), et personne dès lors ne doit la mettre en soi-même pour être citoyen de l'autre Cité, celle qui n'est pas dédiée à la suite du fils de Caïn dans le temps présent, c.à.d. pour le cours éphémère de ce siècle mortel, mais dans l'immortalité de l'éternelle Béatitude.» (Saint Augustin, Cité Dieu L. 15 ch. 17,18)
« Car la descendance dont Seth est le père présente aussi le nom de "dédicace", à la 7e génération à partir d'Adam, celui-ci compris. Hénoch, qui signifie "dédicace" est en effet son septième descendant. C'est lui qui fut enlevé parce qu'il plut à Dieu (Gen. 5,24), et c'est un nombre remarquable que le nombre de sa génération, à savoir la septième depuis Adam, nombre qui fut sanctifié par le sabbat.
Cependant, si l'on compte à partir de Seth, père des générations distinctes de celles de Caïn, Hénoch est le 6e : c'est au 6e jour que l'homme fut fait et que Dieu acheva toutes ses oeuvres. Or son enlèvement a préfiguré l'ajournement de notre propre dédicace. Elle est déjà accomplie, à la vérité, dans le Christ notre Tête, ressuscité pour ne plus mourir et Lui-même aussi enlevé. Il reste toutefois une autre dédicace, celle de la maison tout entière dont le Christ est le fondement (Eph. 2,20), reportée jusqu'à la fin, quand la résurrection de tous aura lieu sans qu'ils n'aient plus à mourir. Qu'on parle ici de Maison de Dieu, de Temple de Dieu ou de Cité de Dieu, cela est tout un..» (id. 15,19)
« Quel a été le but de cette énumération de la descendance de Caïn, sinon de la conduire jusqu'au déluge où fut engloutie la race tout entière de la cité terrestre...?
Lorsqu'on en est arrivé à Lamech, 7e descendant d'Adam, on lui compte autant de fils qu'il en faut pour accomplir le nombre onze qui signifie le péché : on ajoute en effet 3 fils et 1 fille... La Loi étant donc promulguée dans le nombre 10 d'où vient le célèbre Décalogue, assurément le nombre 11, puisqu'il passe outre au nombre 10, signifie la transgression de la Loi et par suite le péché...
La descendance d'Adam par Caïn le criminel s'achève donc au nombre 11 qui signifie le péché, et ce nombre lui-même se clôt par une femme dont le sexe est à l'origine du péché par lequel nous mourons tous. Or ce péché une fois commis a été suivi de la volupté de la chair qui résiste à l'esprit. Noéma en effet, fille de Lamech, signifie "volupté".
Par contre, en allant d'Adam par Seth jusqu'à Noé, on atteint le nombre 10 conforme à la Loi. On lui ajoute les 3 fils de Noé, dont l'un est tombé et deux ont été bénis par le père. En soustrayant le réprouvé et en ajoutant les deux fils approuvés, on obtient le nombre douze, insigne chez les Patriarches et les Apôtres, parce qu'on le forme en multipliant les deux parties du septénaire : 3 fois 4 ou 4 fois 3 font 12...
Il importait de mettre ainsi en lumière ces deux cités : l'une qui commence et finit par un homicide (Lamech aussi avoue à ses deux épouses qu'il en a commis un : Gen. 4,23), l'autre qui commence par celui qui a « mis son espérance à invoquer le Nom du Seigneur Dieu ».
Voilà, certes, quelle doit être en cette vie mortelle l'unique et souveraine occupation de la Cité de Dieu en exil en ce monde.» (Saint Augustin, Cité de Dieu L.15 ch. 20,21)
« Deux amours ont donc fait deux cités : I'amour de soi jusqu'au mépris de Dieu, la cité terrestre ; l'amour de Dieu jusqu'au mépris de soi, la Cité céleste.
L'une se glorifie en elle-même, l'autre dans le Seigneur. L'une demande sa gloire aux hommes pour l'autre, Dieu témoin de sa conscience est sa plus grande gloire... L'une, en ses maîtres, aime sa propre force l'autre dit à son Dieu Seigneur, Vous ma vertu, je Vous aimerai (Ps. 17,2).» (Saint Augustin, La Cité de Dieu, L. 14 ch. 28)
Il me restera à citer un court résumé des explications de quelques autres Pères sur le sens spirituel de ces fils de Dieu et filles des hommes.