Re: Un livre pour ceux qui souffrent.. (vie de Sainte Lidwine de Schiedam)
Publié : ven. 20 déc. 2019 15:35
VIE DE LA BIENHEUREUSE LIDWINE.
Désolations. - Les éclats de rire et les larmes. - Le bon prêtre.- Vous êtes bienheureuse ! - Les gloires de la souffrance. - Les joies de la méditation. - Communion et bonheur. - Quand il ne faudrait qu'un Ave Maria !
CHAPITRE V.
Correspondance.
N'allons pas croire toutefois que Lidwine soit déjà arrivée, et encore moins qu'elle soit arrivée sans peine et sans combat à une perfection sans nuage. Les saints ne sont pas d'une autre nature que nous et Dieu en soit loué ! S'ils nous apparaissaient toujours comme des êtres surhumains, étrangers à toutes nos faiblesses ; si nous ne les apercevions jamais que dans l'éblouissante et lointaine splendeur d'une sainteté consommée dès le premier instant, qui donc oserait, sans se sentir écrasé, s'arrêter seulement à la pensée de s'élever jusqu'à eux ! Nous avons besoin de les voir de près, de les rencontrer marchant dans les mêmes sentiers que nous, avec les mêmes misères et les mêmes défaillances. C'est en voyant leurs luttes et en entendant leurs gémissements ; c'est en touchant leurs plaies que, saintement enthousiasmés, nous nous disons : « Nous aussi, allons avec eux ! » C'est leur faiblesse qui fait notre force ; ce sont leurs imperfections qui nous encouragent à leurs vertus !
Lidwine paya donc, elle aussi, son tribut à l'humanité. Au commencement de ses épreuves, malgré toute sa piété, il lui en coûta excessivement pour se dominer. Plus d'une fois, sa patience se démentit. Elle avait certains jours comme des accès de tristesse ou de découragement et alors, trop souvent, elle entrait dans de cruelles désolations. Un jour, par exemple, de son lit, elle entendit des éclats de rire au dehors. C'étaient de jeunes filles qui, presque à sa porte, se livraient à une bruyante joie. Cette joie lui fit mal. Son imagination lui retraça aussitôt son douloureux état. « Ah ! pour moi, se dit-elle, plus d'amusements, plus de joyeux rires ! pour moi, plus d'espérance, plus de guérison ! Demain, après-demain, toujours, ce sera la souffrance ! la souffrance jusqu'à la tombe ! et l'isolement et l'oubli par-dessus ! » Et elle se mit à pleurer; elle pleura avec une effusion, avec une amertume qui navraient le cœur. Bien d'autres fois, elle pleura ainsi !
Ces désolations durèrent pendant les quatre premières années. Sans doute, alors qu'elles se renouvelaient, on accourait près d'elle. C'était son vieux père, sa vieille mère qui, avec toute la tendresse de leur cœur, essayaient de la consoler. C'étaient quelques-unes de ses compagnes, moins oublieuses et plus charitables ; c'étaient des voisins et des parents qui venaient, qui lui disaient tout ce dont ils étaient capables pour relever son courage, pour faire diversion à ses douleurs. Mais rien ne réussissait. Souvent même, loin de la soulager, les consolations lui étaient à charge. Qu'est-ce que les consolations humaines, quand elles ne peuvent guérir, quand elles ne changent rien à nos maux ? Lidwine se désolait toujours. On l'entendait parfois, du fond de son angoisse, mêler à ses sanglots les plus lamentables plaintes. « Mon Dieu ! s'écriait-elle avec un accent plein de déchirement, mon Dieu, pourquoi n'avez-vous pas pitié de moi ? Mes jours et mes années sont des tortures; ma vie n'est qu'une affreuse mort qui se prolonge ! C'est trop me faire souffrir ! Oh ! je suis trop malheureuse !Qui donc est châtié, qui donc est humilié comme moi ? Mon Dieu ! mon Dieu ! mettez fin à vos rigueurs, ou au moins pourquoi ne m'aidez-vous pas ?
Ces quatre années furent ainsi quatre années bien difficiles. C'était l'essai du martyre, le noviciat de la douleur !
Mais le jour des vraies consolations était proche. Lidwine allait enfin entendre la parole qui embaume toutes les souffrances et les rend suaves et glorieuses. Elle allait s'unir à Dieu, à Dieu tout seul, à Dieu tout entière et sans réserve, mais d'une union qu'elle n'avait pas connue jusque-là et, dès lors, Dieu allait lui parler au cœur ; il allait, par de saints enivrements, surabondamment récompenser sa fidèle et bien-aimée servante.