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Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre III : La création et l'ordre surnaturel

Publié : mer. 15 sept. 2021 9:15
par chartreux
SWS, Livre III, II, C1, §136 traduit par le chartreux a écrit :
D'après cette signification formelle et abstraite, le mot nature se prend souvent aussi au concret et comme collectif, dans le sens de choses naturelles, « êtres de la nature », et cela dans une double acception : l'une, qui est surtout philosophique, indique l'objet de la physique (dans le sens antique comme dans le sens moderne de ce mot, par opposition à métaphysique) ; l'autre, qui est surtout théologique, exprime l'objet direct de la métaphysique, par opposition à la théologie. Ainsi, on appelle êtres naturels les choses de la matière, surtout les êtres organiques, soit individuellement, soit dans leur ensemble ; puis toutes les choses qui sont « devenues », tout ce qui a été créé.

Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre III : La création et l'ordre surnaturel

Publié : ven. 17 sept. 2021 9:05
par chartreux
SWS, Livre III, II, C1, §136 traduit par le chartreux a écrit :
Le mot « naturel » a une signification plus étendue encore que celui de « nature, » par ce qu'il peut exprimer formellement un grand nombre de rapports avec la nature, et qu'il revêt en outre les différentes significations de « nature. » En général, on appelle « naturel » tout ce qui appartient à la nature, tout ce qui en résulte, lui correspond ou lui convient. Le naturel a pour contre-partie le non-naturel, l'anti-naturel et principalement le surnaturel.


Il est donc visible qu'une chose peut être naturelle dans un sens et sous un rapport, et non-naturelle, anti-naturelle ou surnaturelle dans un autre sens ou sous un autre rapport et réciproquement. Il importe de ne pas perdre de vue cette distinction, afin de ne pas confondre les idées ; car la terminologie a varié non-seulement aux différentes époques, surtout entre les Pères latins et les scolastiques, mais aussi dans le même temps et chez les mêmes auteurs, suivant les adversaires qu'ils combattaient ou le point de vue sous lequel ils envisageaient l'objet.

Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre III : La création et l'ordre surnaturel

Publié : sam. 18 sept. 2021 6:38
par chartreux
SWS, Livre III, II, C1, §136 traduit par le chartreux a écrit :
II. On appelle surnaturel en général, « ce qui est au-dessus de la nature ». Dans ce sens large, la théologie appelle Dieu un être ou une substance surnaturelle, en tant qu'il dépasse infiniment toute la nature créée. Cette idée de Dieu comme être surnaturel est précisément la condition essentielle du surnaturel dans les autres êtres, dans les êtres naturels ; car le surnaturel ne se réalise en eux que parce que Dieu l'y produit des hauteurs qu'il occupe, parce qu'il les élève au-dessus de leur nature, pour les unir et les rendre semblables à lui-même.

Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre III : La création et l'ordre surnaturel

Publié : lun. 20 sept. 2021 9:11
par chartreux
SWS, Livre III, II, C1, §136 traduit par le chartreux a écrit :
II. 1. Le surnaturel dans la nature créée, — c'est à ce point de vue surtout qu'il nous occupe, — exprime toujours un bien accordé de Dieu à la nature créée. On l'appelle ainsi 1) parce qu'il ne forme pas une nature particulière, une partie intégrante de l'individu ; 2) parce qu'il ne peut pas émaner de la nature comme sa propriété et son produit ; 3) parce que la nature ne l'exige pas pour atteindre à sa fin essentielle 4) parce qu'il est de telle espèce, qu'il ne peut être produit ou amené par un autre être supérieur, mais seulement par Dieu lui-même, en vertu d'une libre opération qui dépasse toutes les lois de la nature.

Le surnaturel pris dans ce sens rigoureux, les théologiens l'appellent supernaturale quoad essentiam. Ce qui n'est surnaturel que par la manière dont Dieu le produit, ce qui aurait pu dans d'autres circonstances être opéré par une force créée, ou qui ne vise en soi qu'à réaliser la destination essentielle de la nature, se nomme supernaturale quoad modum ou per accidens.

Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre III : La création et l'ordre surnaturel

Publié : mar. 21 sept. 2021 9:26
par chartreux
SWS, Livre III, II, C1, §136 traduit par le chartreux a écrit :
Dans ce sens plus rigoureux, il peut y avoir un surnaturel pour toutes les natures créées, et il en existe un de fait même pour la nature matérielle dans sa transfiguration finale. Mais il a lieu surtout dans les créatures spirituelles, dans les anges et les hommes. Il consiste alors dans des propriétés et des perfections, des forces et des opérations, des dignités et des droits, des rapports et des coordinations au but qui n'ont pas leur principe dans ce qui constitue la nature essentielle des anges et des hommes, et ceux-ci ne peuvent pas les réclamer pour atteindre leur fin essentielle. Dieu seul peut les communiquer par une libre disposition de sa grâce et de sa puissance.

Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre III : La création et l'ordre surnaturel

Publié : mer. 22 sept. 2021 8:20
par chartreux
SWS, Livre III, II, C1, §136 traduit par le chartreux a écrit :
II. 2. Cette définition du surnaturel étant surtout négative, demande à être complétée par une définition positive. En effet, ce qui est surnaturel pour une nature inférieure et se présente chez elle comme un degré plus élevé de perfection, doit toujours être naturel à une nature plus élevée. On détermine donc la notion positive du surnaturel en disant qu'il rend une nature inférieure participante de la perfection qui est naturelle à une nature supérieure.

Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre III : La création et l'ordre surnaturel

Publié : jeu. 23 sept. 2021 8:50
par chartreux
SWS, Livre III, II, C1, §136 traduit par le chartreux a écrit :
II. 3. Sous ce double point de vue positif et négatif, le surnaturel se divise en deux grandes classes, qui comprennent, l'une le surnaturel absolu, l'autre le surnaturel relatif, ou, quand il s'agit de l'homme, le surnaturel et le préternaturel.

(a) Le surnaturel absolu, au point de vue négatif, est surnaturel pour toute nature créée, même pour la nature la plus parfaite, la nature purement spirituelle. Au point de vue positif, il élève la nature créée à la participation de l'excellence et de la perfection qui n'est naturelle qu'à Dieu, l'être surnaturel absolu. Or, quand le surnaturel ne consiste point dans des privilèges transitoires et isolés, mais dans un ordre de choses solidement lié, général, embrassant tous les êtres, il se concentre, comme autour de son type idéal ou de ses formes fondamentales, dans la vision béatifique, ou dans l'union hypostatique, qui sont l'une et l'autre, d'une manière différente, une réunion admirable de la créature avec Dieu tel qu'il est en lui-même.

Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre III : La création et l'ordre surnaturel

Publié : ven. 24 sept. 2021 7:43
par chartreux
SWS, Livre III, II, C1, §136 traduit par le chartreux a écrit :
Dans le premier cas, Dieu rend la créature tellement semblable à lui-même qu'Il devient l'objet immédiat de sa possession et de sa jouissance ; dans le second, il la reçoit dans l'unité de son être propre et de sa dignité personnelle. Ces deux formes fondamentales du surnaturel sont étroitement unies dans le christianisme. La seconde est la racine et le couronnement de la première, non-seulement dans l'humanité de Jésus-Christ, mais encore dans l'humanité en général, du moins après sa chute, à cause de son incorporation à Jésus-Christ. Cependant, la vision béatifique, terme surnaturel de la créature raisonnable, exige déjà par elle-même un ordre surnaturel des biens et de la vie, à prendre celle-ci comme principe et comme acte. Elle demande que d'autres dons surnaturels soient mis en rapport avec la fin surnaturelle, comme des moyens, des préparations qui s'y réfèrent directement et qui participent ainsi de son caractère surnaturel.

Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre III : La création et l'ordre surnaturel

Publié : sam. 25 sept. 2021 9:28
par chartreux
SWS, Livre III, II, C1, §136 traduit par le chartreux a écrit :
On distingue donc ici : 1° le surnaturel béatifiant et glorifiant : c'est la vision béatifique elle-même, comme acte ou comme principe de l'acte, lumen gloriae ; 2° le surnaturel sanctifiant, qui consiste dans un état, dans une vie d'union et de ressemblance à Dieu précédant la vision béatifique et rendant digne de la posséder ; 3° le surnaturel quant à sa vertu sanctifiante (secundum vim sanctificatricem, καθ᾽ ἁγιαστικήν δύναμιν) c'est-à-dire les dons et les actes qui préparent et achèvent l'état et la vie de sanctification. Sous ce dernier rapport, il se confond, pour la chose, en partie avec la seconde forme ; mais sous le premier rapport, en tant qu'il prépare la sainteté, il comprend une espèce particulière de dons et d'actes.

Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre III : La création et l'ordre surnaturel

Publié : lun. 27 sept. 2021 10:07
par chartreux
SWS, Livre III, II, C1, §136 traduit par le chartreux a écrit :

(b) On appelle surnaturel relatif ce qui est surnaturel pour la nature humaine, et non pour celle des anges ; il se borne à élever la nature humaine à un degré de perfection naturelle non-seulement à Dieu, mais aux anges. On comprend dans cet ordre les dons qui affranchissent la nature humaine des imperfections matérielles résultant de la vie animale et même de la vie spirituelle, ou plutôt qui la protègent contre les troubles involontaires que ces imperfections apportent dans sa vie, comme les anges eux-mêmes en sont affranchis ou garantis par nature.

Ce surnaturel relatif se distingue du surnaturel absolu non-seulement par son degré d'élévation, mais encore formellement et dans son rapport avec la nature pour laquelle il est surnaturel. Ainsi le surnaturel absolu dépasse tellement toute la nature des anges et des hommes, qu'il la perfectionne positivement dans sa « pointe la plus élevée », et y dépose le germe d'une vie en Dieu entièrement nouvelle. Le surnaturel relatif se borne à perfectionner la nature humaine dans les limites de cette nature, en soumettant parfaitement les parties et les forces inférieures aux parties et aux forces supérieures, en affranchissant les forces d'en haut de l'influence pernicieuse des forces d'en bas. Il n'introduit pas dans la nature le germe nouveau d'une vie nouvelle ; il garantit seulement la vie existante contre ce qui pourrait la troubler et la corrompre. C'est un état de santé et d'intégrité parfaites, que les Grecs appellent ἀφθαρσία et les scolastiques integritas.