« 2e Obj : En Adam tous ont péché (Rom. 5,12), tous meurent (I Cor. 15,22) ; Nous étions par nature des enfants de la colère (Eph. 2,3).
Nous ne nions pas que la Bienheureuse Vierge ait péché en Adam de la façon dont pouvait pécher celle qui n’était pas encore, sinon en puissance, et par là en fut dépendante, de telle sorte que lorsqu’Elle commencerait à exister en acte Elle aurait de fait en Elle le péché.
Néanmoins, nous ajoutons qu’Elle a été préservée par une grâce singulière et un privilège accordé par Dieu, de telle sorte qu’au moment même où Elle a commencé à être, Elle a été juste.
Nous ne nions pas non plus que cette même Vierge ait été morte en Adam, c.à.d. qu’en raison du péché d’Adam, Elle ait contracté le devoir de mourir et de subir la mort.
Car même si au premier instant de sa création son âme a été libérée par grâce de la tache du péché, Elle n’a pourtant pas eu aussitôt la rédemption du corps ..
Enfin, nous ne nions pas non plus que la B. Vierge ait été par nature fille de la colère, mais nous ajoutons que par grâce Elle a toujours été fille de la miséricorde.
En effet, par nature, qu’aurait-Elle pu hériter de la corruption de ses parents, sinon la corruption ?
Il a pourtant plu à Dieu de la prévenir de telle manière en de douces bénédictions, qu’Elle ne soit jamais pécheresse, comme le demandait la nature, mais soit toujours juste, ce que lui a conféré la grâce.»
(Saint Robert Bellarmin, De amissione gratiae et statu peccati, L. 4, ch. 16)
« 3e Obj : .. Car si l’un est mort pour tous, alors tous sont morts, et le Christ est mort pour tous.. (II Cor. 5,14s).
Nous concédons que la Bienheureuse Vierge soit de quelque manière morte par le péché (car c’est sans aucun doute de cette mort que parle l’Apôtre), de telle sorte qu’il soit vrai que le Christ est mort pour la vivifier, comme pour tous les autres.
Toutefois, la Bienheureuse Vierge est dite morte en tant qu’Elle aurait dû être soumise à la mort, et devait nécessairement mourir en vertu de sa génération, si la grâce ne l’avait pas préservée.
Dans le même sens que ce passage :
Le corps est certes mort en raison du péché, tandis que l’esprit vit en raison de la justification (Rom. 8,10) ;
passage où les corps des fidèles justifiés sont dits morts, non qu’ils soient déjà morts, mais soumis à la mort, et devant nécessairement mourir ;
bien qu’il ne soit point douteux que Dieu puisse préserver certains de la mort, s’Il le jugeait expédient à Sa Gloire.»
(Saint Robert Bellarmin, De amissione gratiae et statu peccati, L. 4, ch. 16)
Ne vous, ne nous faut-il pas imiter Notre Dame, en Son humilité et Sa docilité ? :
Saint Jean Eudes a écrit :
« .. l’humilité .. est la première vertu qu’elle a pratiquée au premier moment de sa vie.
Jamais elle ne s’est préférée à personne ; mais elle s’est toujours abaissée au-dessous de tous, et elle s’est toujours regardée et traitée, et a été bien aise d’être traitée comme la dernière de toutes les créatures.
Car la lumière dont elle était pleine, dès le moment de sa conception, lui a fait voir clairement qu’étant fille d’Adam, elle aurait contracté la coulpe originelle, si Dieu ne l’en avait préservée ; ensuite de quoi elle aurait été capable de tous les péchés de l’univers, dont la coulpe originelle est la source.»
(Saint Jean Eudes, L’Enfance Admirable, 3e P. ch. 10)
« Elle savait fort bien que d’elle-même elle n’était rien, et n’avait rien, et ne pouvait rien ; elle savait fort bien qu’elle était fille d’Adam, et par conséquent que, si elle n’avait été préservée, au moment de sa conception immaculée, par un miracle de la divine Bonté, elle serait tombée dans le gouffre du péché originel comme tous les autres enfants d’Adam ; et qu’ensuite, ayant en soi la source de tous les crimes de la terre et de l’enfer, c.à.d. la corruption de ce péché d’origine, elle aurait été capable de tous les désordres imaginables.»
(Saint Jean Eudes, Le Coeur Admirable de la Très Sainte Mère de Dieu, t. 6, L. 2,ch. 6,Tableau 6 ; cf. aussi t. 8, L. 11, ch. 2, 5e médit.)
« Quelles sont ces deux murailles qui l’ont fermée au péché ?
C’est la grâce extraordinaire qui a été donnée à cette très Sainte Vierge, au moment de sa conception immaculée, laquelle a fermé l’entrée de son Coeur et de son âme au péché originel ;
et c’est la très grande haine du péché dont ce même Coeur a toujours été rempli, qui en a fermé la porte à toute sorte de péché actuel.»
(Saint Jean Eudes, Le Coeur Admirable de la Très Sainte Mère de Dieu, t. 6, L. 2, ch. 7, Tableau 6)
« Descendons de l’éternité dans la plénitude des temps, et nous verrons que cette sacrée Vierge est l’unique entre les enfants d’Adam, que Dieu, par un privilège très spécial, a préservée du péché originel.
En témoignage de quoi la Sainte Église célèbre tous les ans la fête de sa Conception immaculée par toute la terre.
Non seulement l’amour du Fils de Dieu vers Sa très digne Mère l’a préservée du péché originel ; mais outre cela, Il l’a remplie, dès le moment de sa conception, d’une grâce si éminente, que, selon plusieurs grands théologiens, elle surpassait la grâce du premier des Séraphins et du plus grand de tous les Saints, considérée même en sa perfection ; et elle est seule entre tous les enfants d’Adam qui jouisse de ce privilège.
Elle seule aussi est privilégiée, dès le premier moment de sa vie, de la lumière de la raison et de la foi, par laquelle elle commence à connaître Dieu dès ce moment, à l’adorer et à se donner à Lui.
Elle seule, par un autre privilège, commence à aimer son Dieu dès ce premier moment, et elle l’aime plus ardemment que les plus embrasés des Séraphins.
Elle seule l’a aimé continuellement et sans aucune interruption, durant tout le cours de sa vie. A raison de quoi l’on dit qu’elle n’a fait qu’un seul acte d’amour, depuis le premier moment de sa vie jusqu’au dernier ; mais c’a été un acte qui n’a jamais été interrompu.»
(Saint Jean Eudes, Le Coeur Admirable de la Très Sainte Mère de Dieu, t. 8, L. 12, ch. 3, 8e médit.)
« Tous ces dons du Saint-Esprit ont été, avec celui qui en est l’auteur et la source, dans le Coeur de la bienheureuse Vierge, dès le moment de sa conception immaculée, et dans un degré conforme à la dignité de Mère de Dieu à laquelle elle était destinée.»
(Saint Jean Eudes, Le Coeur Admirable de la Très Sainte Mère de Dieu, t. 8, L. 12, ch. 3, 6e médit.)
Saint Jean Eudes a écrit :
« Ne savez-vous pas ce que dit Saint Bernardin de Sienne (serm. 61), que c’est
plus pour elle que pour tous les autres enfants d’Adam, que le Fils de Dieu est venu en ce monde,
qu’Il S’est incarné et qu’Il a opéré tous Ses autres mystères ; et, par conséquent,
que l’oeuvre de l’Incarnation, de la Rédemption, de la justification, et de la glorification
est plus pour elle que pour tout le genre humain ? »
(Saint Jean Eudes, t. 5, L’Enfance Admirable de la Très Sainte Mère de Dieu, 1e P. ch. 13)
Prenez-vous conscience à présent de la différence de base entre ce qui concerne sa condition d’origine, sa nature de descendante d’Adam, et ce qui se rapporte à la sublime grâce singulière du privilège de l’Immaculée Conception ?
Saisissez-vous enfin qu’en traitant de ce qui se rattache à l’origine naturelle on ne nie aucunement ce qui relève par grâce du privilège ?
Comprenez-vous que la Rédemption n’a pas été appliquée à Notre Dame en tant qu’Elle est sans tache, Immaculée, mais que c’est en raison d’une plus sublime application prévenante qu’Elle est sans tache et l’Immaculée ?